2. Le crédit-monnaie

La seconde conception de la monnaie, qu’on essaie de nous imposer de force à l’heure actuelle malgré son impossibilité, est la monnaie comme crédit. Commençons par examiner ce qu’elle recèle de vrai.

Selon la théorie monétaire du crédit, les banques, lorsqu’elles ouvrent une ligne de crédit, par exemple lors d’un prêt, créent de la monnaie, au sens de moyen de paiement, et permettent à ses clients de payer effectivement via ces crédits. Ces crédits influencent donc les prix,  permettent de s’acquitter de ses taxes, etc. Une vraie monnaie semble-t-il. Cette conclusion est d’autant plus tentante que les transactions financières sont réalisées à plus de 90 % via ce crédit bancaire. Si on compte la part des pièces et des billets par rapport aux sommes échangées via différentes forme de crédit, depuis les chèques, les cartes bancaires, les virements interbancaires, les dettes assimilées à des fonds propres comme les bons du Trésor (de la dette de l’État), alors ces pièces et ces billets représentent moins de 1 %  de la masse totale de monnaie, celle incluant le crédit. Joseph Alois Schumpeter dans son Histoire de l’analyse économique, s’enthousiasmait par ce constat et fut de ces libéraux qui parachevèrent son hégémonie avec des slogans résumant leurs analyses comme : « Les crédits font les dépôts. ».

Cette explication, particulièrement le slogan par laquelle on la résume est trompeuse. Précisons d’abord le fonctionnement des banques. Si le crédit bancaire peut payer jusqu’aux taxes de l’État c’est pour une raison simple : le crédit est un droit à tirer sur la monnaie souveraine dont dispose la banque. Lorsque nous payons nos taxes par nos comptes en banques, la banque débite notre compte du montant de la taxe, débite son passif (colonne de droite enregistrant les sommes dues dans les livres comptables) concernant les dépôts à vue du même montant, puis sort de ses comptes de crédit et passe à ses comptes en monnaie souveraine, il y débite sa trésorerie du montant de la taxe et le donne à l’État qui crédite sa propre trésorerie toujours de ce montant. L’intérêt de ce détour pour la banque est que, lorsque de nombreux clients exécutent leurs paiements par ses soins, et lorsque l’État désire être payé, la banque additionne toutes les taxes à payer, soustrait tous les paiements que l’État verse à ses clients et ne paie avec sa trésorerie (ou reçoit par le Trésor public) que la différence. Ainsi, avec une fraction seulement de la monnaie souveraine, la banque effectue les paiements de nombreux clients qui lui paient des frais de tenue de comptes. Les choses se passent de même entre banques qu’entre une banque et le Trésor.

Or, il n’est pas très difficile de comprendre que cette situation n’est pas équivalente à celle où tout le monde paierait directement ses taxes à l’État, en pièces et billets : si toute cette clientèle retirait en billets de l’État ses crédits et appliquait la seconde situation, la banque, qui ne dispose que d’une maigre fraction (quelques pourcents) des sommes promises serait en faillite bien avant d’avoir donné à chacun son dû. Beaucoup, parmi les clients, ne pourrait pas payer ses taxes et serait à son tour en faillite.

Cette possibilité de défaut est la différence fondamentale entre la monnaie souveraine et la monnaie de crédit. S’il suffisait aux banques de s’accorder un crédit pour avoir un dépôt avec lequel elles peuvent payer, alors il n’y aurait jamais eu les faillites de Bear Stearns, Lehman Brothers, Northern Rock, etc. Plus une banque accorde de crédit sur sa trésorerie, plus elle risque de faire faillite si les aléas des transactions font qu’elle doit débourser un peu trop. Au contraire, lorsque le client dispose d’un billet de 100, il est impossible pour le billet de faire défaut.

Schumpeter s’enthousiasmait pour ce système alors que l’économie était en plein essor. En ce cas, la monnaie souveraine circule aisément, et on en trouve suffisamment pour honorer ses promesses de paiement. Mais lorsque la conjoncture se retourne et que la récession s’installe, le cercle vertueux du crédit devient vicieux : chacun se met d’autant plus à rechercher de la monnaie souveraine qu’elle est devenue difficilement accessible. Plus l’économie est stable et prospère, et plus le crédit se développe ; mais plus le crédit se développe, et plus l’économie devient instable. Un seul acteur peut alors calmer cette panique du défaut : l’État, car lui seul dispose d’une monnaie qui n’est pas à la merci d’un échéancier. C’était la grande leçon de l’économiste Hyman Philip Minsky (1919-1996), par exemple dans Stabilizing an Unstable Economy, ou du plus illustre encore John Maynard Keynes dans sa Théorie générale de l’emploi de l’intérêt et et de la monnaie.

1. La monnaie souveraine < Série Les Bases > 3. La passivité du crédit

25 Commentaires

Classé dans Les Bases

25 réponses à “2. Le crédit-monnaie

  1. johannes finckh

    Je vous suis aussi largement. En effet, la « monnaie-crédit » ne peut jamais être monnaie, mais être ce qu’elle a toujours été: une dette pour l’un et une créance en face. Un défaut du débiteur implique une perte pour le créancier.
    Je fais simplement déjà quand même remarquer que la monnaie dite souveraine telle qu’elle existe actuellement révèle déjà ses limites ici.
    Dans les faits, la monnaie banque centrale qui est, par délégation légale de la part des autorités publiques, la monnaie souveraines actuelle, perd malheureusement, dès son émission (ex nihilo effectivement) une composante de sa souveraineté. Cette part passe, sans aucune contrepartie valable ou légitime, à celui qui détient le billet. En effet, s’il est bien sûr interdit de créer de la monnaie soi-même, il est de même interdit de la « détruire », car cela serait une atteinte à la souveraineté. Le souverain (ou par délégation la banque centrale) est en effet le propriétaire du billet, le détenteur est propriétaire du seul pouvoir d’achat!
    Nous pouvons voir immédiatement la faille du système actuel: la destruction du billet est formellement interdite, par contre, sa détention sans aucune limite de durée reste autorisée et peut même être ressentie comme encouragée, moyennant quoi, on doit bien en convenir que la monnaie souveraine peut être gelée parfois longtemps et ne servir à rien. Cela revient à permettre et même à encourager une « destruction temporaire » de la monnaie souveraine, une soustraction à la circulation.
    C’est comme construire des routes interdites à la circulation.
    Car une monnaie n’est monnaie que tant qu’elle circule et opère des transactions.
    Une monnaie thésaurisée n’est plus monnaie et devient sans alors, pour tout le temps qu’elle est thésaurisée, seulement un objet patrimonial qui ne s’échange pas et qui n’achète rien. La monnaie immobilisée n’est plus monnaie!
    Il s’en déduit directement le principal problème que nous subissons: le capitalisme lui-même: Le « chantage à la rétention », le chantage d’immobiliser son argent qu’un agent qui en a plus qu’il n’en dépense couramment (l’épargnant ou tout dit « capitaliste ») peut exercer pour renoncer à le faire s’appelle « prime de (renonciation à la) liquidité » ou « intérêt monétaire net » ou encore rente du capital.
    Il s’avère donc que la monnaie dite souveraine n’est plus souveraine dès son émission dans les conditions présentes.

    • Une monnaie thésaurisée n’est plus monnaie et devient sans alors, pour tout le temps qu’elle est thésaurisée, seulement un objet patrimonial qui ne s’échange pas et qui n’achète rien. La monnaie immobilisée n’est plus monnaie!

      Si si, elle est monnaie. Son utilisation est de stocker de la valeurs. C’est un peu comme quand vous dormez : non seulement vous êtes toujours vous, vous ne cessez pas d’exister, mais même vous fonctionnez mieux une fois reposé. Comme pour la monnaie : si on peut la stocker plutôt que de devoir l’échanger à nouveau toujours plus instantanément, on peut constituer une épargne qui permettra de faire face aux imprévus, entre autre.

      • johannes finckh

        C’est une question de définition, évidemment. Si vous ne distinguez pas soigneusement la thésaurisation de l’épargne en banque, vous vous exposez à ne pas saisir pourquoi la monnaie telle qu’elle est est facteur de grande instabilité, notamment au niveau de la dite « vitesse de circulation ». En économie, la monnaie opère des transactions seulement en changeant de mains. Et quand 90% de la monnaie liquide « dort » (comme vous l’admettez et comme le confirment toutes les banques centrales), on peut considérer que cette monnaie n’est pas là.
        L’épargne en banque nourrit les crédits et l’investissement, elle maintient le niveau des transactions, car l’emprunteur achète ce que le prêteur n’achète pas. Pour la monnaie gelée, ce n’est pas le cas.
        Selon ma proposition, et en toute rigueur, je dis donc: la monnaie thésaurisée n’est plus monnaie aussi longtemps qu’elle « dort ».
        La comparaison avec le « dormeur » comporte de limites.

        • Non, la monnaie thésaurisée a une utilité : vous comme moi, nous nous sentons beaucoup plus serein si nous avons une grosse liasse de billets disponibles a tout moment que si on vit avec zéro centime d’avance sur son budget. Si je n’ai aucune épargne, je consommerais moins, je prendrai moins de risque au boulot et ailleurs, etc.

          La monnaie thésaurisée continue à exister et a une énorme importance.

        • johannes finckh

          L’utilité, c’est une chose, le coût en est une autre!
          Pourquoi le fait de thésauriser serait-il largement gratuit quand on sait que les nuisances causées ne sont pas négligeables?
          Le fait que 90ù de la monnaie liquide soit thésaurisée n’a aucune utilité.
          Que l’on « thésaurise » peut-être 10 ou même 20%, cela peut éventuellement être acceptable et « gérable », mais 90%, certainement pas!
          Le résultat est que la banque centrale patine et ne peut plus mener une politique monétaire réactive et efficace.
          Si un individu veut thésauriser de petites sommes il en assumera aussi le coût d’une petite « fonte ».
          Une « utilité » se paie!

  2. yoananda

    Désolé, je butte a un endroit : la « monnaie souveraine », le terme n’est pas défini. Peut-être c’est évident pour tout le monde, mais n’étant pas familier des dénominations économiques, je ne sais pas a quoi ça fait référence. C’est les pièces et billets ? en quoi ils sont souverains de nos jours puisque les banques centrales sont indépendantes ?

    « débite son passif » = diminue son passif ? (je ne suis pas encore ultra alaise avec la compta)
    « débite notre compte du montant de la taxe » = diminue notre compte ?

    « le crédit est un droit à tirer sur la monnaie souveraine dont dispose la banque » c’est quoi un « droit a tirer » ?

    Et si on supprimait la monnaie souveraine, les banques pourraient-elle toujours faire faillite du coup ? si oui est-ce que cela signifierait autre chose que « elles ont prêté aux mauvaises personnes » (destruction créatrice de schumpeter)
    est-ce que les paniques bancaires ne se stopperaient pas d’elle même, la faillite de l’une profitant a l’autre ?

    Et si on supprimait la monnaie dette ? quelle conséquence ? une économie sans crédit, a la manière des dictatures, ou il est impossible (cf pays arabes) si on ne connait pas un membre de la famille royale de monter une entreprise.
    Alors qu’a l’inverse le système américain permet a chacun d’avoir sa chance.

    Je ne comprends pas bien ou ce texte est censé nous amener. (je lis la suite, peut-être que les réponses y sont, mais ca serait bien d’être plus explicite)

    • cf Les Bases n°1. La monnaie souveraine est la monnaie libérant de tout paiement (contrairement au crédit qui est une promesse de paiement). Elle correspond en pratique à M0 ou MB dans les agrégats monétaires standards. C’est-à-dire pièces, billets, monnaie versée par le Trésor, monnaie fournie par la banque centrale.

      • johannes finckh

        Effectivement, Je suis d’accord avec la réponse de Jean-Baptiste. Dès qu’une monnaie est officielle et acceptée pas tous, elle atteint un degré de « souveraineté » même au-dessus des états comme nous le voyons avec l’euro ou même le dollar qui est accepté dans le monde entier.
        Mais vous ne m’avez pas répondu quant à l' »utilité » économique de la thésaurisation sous quelque que forme qu’elle soit.
        Je maintiens qu’elle est non seulement inutile, mais surtout hautement problématique et toxique. Elle paralyse presque totalement les banques centrale dans la conduite d’une politique monétaire efficace – avec de la monnaie étant devenue insuffisamment « souveraine », car, en ne circulant plus, elle n’est plus « monnaie » au sens où la monnaie se définit comme ce qui achète. Une monnaie qui n’achète (qui ne circule pas) n’es t plus monnaie pour un temps plus ou moins long.

    • SI on supprime le crédit, (je ne pense pas que ce soit possible, il faut au minimum laisser la création de monnaie souveraine cf https://frappermonnaie.wordpress.com/2012/02/20/un-systeme-monetaire-enfin-clair/

      Ce serait mieux pour la clarté du fonctionnement monétaire, mais dommage pour le crédit. Mieux vaut les deux, en laissant l’État ne pas s’endetter lorsqu’il crée sa monnaie.

      Non, il n’est pas nécessaire d’avoir une dictature : il suffit que l’État ait un déficit par stabilisateur automatique et maintienne ainsi un secteur privé très actif.

  3. johannes finckh

    Peut-être comprenez-vous plus vite si je vous explique encore plus longtemps, qui sait?
    Justement, « thésauriser » et « épargner » sont à distinguer soigneusement!
    En effet, je suis parfaitement convaincu de l’utilité du crédit tout comme celle de l’épargne.
    Epargner en banque implique justement que je dépose mon argent en banque, autrement que je lui prête ou lui fais crédit. La banque prêtera bien entendu ces sommes épargnées à son tour. Tout cela revient à dire que le circuit de la monnaie disponible reste fermée et non interrompue. L’emprunteur (l’investisseur) dispose des sommes que l’épargnant met à sa disposition, et le volume des tansactions n’a en rien changé, car l’emprunteur dépense en plus ce que l’épargnant dépense en moins. Cela est très utile et indispensable bien sûr.
    Par contre, thésauriser veut dire que ces sommes sont soustraites à la circulation pendant tout le temps que ces sommes dorment sous le matelas. Thésauriser fait varier plus ou moins fortement et la masse circulante et la vitesse des transactions. En cela, la thésaurisation reste le facteur principal de l’instabilité conjoncturelle. Quand, selon les évaluations mêmes des banques centrales, 90% de la monnaie liquide (environ 900 milliards sur les 1000 milliards d’euros émis en monnaie centrale!), cela n’est plus du tout un phénomène marginal et a pour effet que la banque centrale n’a plus guère les moyens de mener une politique monétaire efficace.
    Le fait que la monnaie centrale ne manque quand même pas tient au fait que la banque centrale dispose de suffisamment de papier et d’encre pour pourvoir l’économie toujours de liquidités suffisantes.
    Mais cela ne rend pas pour autant utiles les 90% de liquidités thésaurisées!
    La menace d’une disparition supplémentaire de ces liquidités conduisant à l’affaiblissement supplémentaire des transactions et de la demande reste présente.
    Reste présente aussi le danger d’un retour intempestif de grandes quantités de ces liquidités, dans les événements spéculatifs erratiques comme nous le voyons lors d’envolées boursières ou lors d’emballement des prix des matières premières qui sont destinées à faire encore plus d’argent qui sera à son tour retiré de l’économie dite réelle.
    Tant que la monnaie ne peut être maintenue en circulation que par le biais d’une épargne rémunérée (par l’intérêt monétaire net), conséquence directe de la menace de la thésaurisation (ou de la dite « trappe aux liquidités »), il en sera ainsi.
    La conséquence de tout cela est évidemment que les débiteurs ne peuvent que s’endetter davantage au même rythme que les épargnants s’enrichissent par le biais des intérêts des intérêts (intérêts composés).
    En clair, la nuisance de la thésaurisation est encore davantage la menace de la spéculation supplémentaire que la thésaurisation déjà constituée (compensée par l’émission de monnaie nouvelle).
    Tant qu’il en sera ainsi, le système restera capitaliste, sans marche arrière, et aucune possibilité n’existe de réduire l’endettement.
    Cette situation rend aussi la contrainte de la dite « croissance économique » nécessaire pour maintenir la paix sociale, car ce ne sera qu’au prix de la croissance et de la destruction de la planète que cette croissance supplémentaire peut être espérée (de plus en plus difficilement du reste!). En situation de régime de croissance (supérieur à l’endettement nouveau), la dette peut « diminuer » si on la rapporte au PIB, même si, bien sûr, elle continue de croître en volume.
    Ce serait seulement en car d’excédent primaire que la dette publique diminue, mais, dans ce cas, la dette des entreprises et des ménages augmente encore plus vite, conduisant à des faillites supplémentaires, des reculs de la demande, des baisses de recettes fiscales, et, finalement, ce sera quand même la dette publique (avec un décalage d’un an an ou plus) qui augmentera.
    Après ce long exposé, peut-être saisissez-vous un peu mieux pourquoi le mode d’émission de la monnaie et son remplacement par le SMT est nécessaire.
    Pas pour « pénaliser » l’épargne, seulement la thésaurisation et la spéculation.
    Je rappelle que la fonte ne s’applique a priori qu’à la monnaie liquide, et si la banque prête les sommes déposées à des taux faibles ou nuls (et qu’elle ne rémunèrera plus guère), comme c’est sa raison d’être, le circuit de la monnaie restera toujours bouclée, le désendettement pourra effectivement s’engager dès lors que l’épargne (le capital monétaire) cessera de croître par le jeu des intérêts composés.
    Je vous en dirai davantage quand vous m’aurez répondu à tout cela.

    • Voilà : pour moi il n’y a d’épargne réelle que thésaurisée. Ce que vous prônez, c’est de la monnaie à flux tendu, avec encore plus de crédit, donc un structure financière de l’économie encore plus fragile…

  4. johannes finckh

    d’acord pour le « flux tendu », mais cela aura l’effet contraire que pour la production: cette monnaie serait constamment présente et ferait disparaître toutes les fragilités financières bien sûr!
    Le délire actuel autour des réserves obligatoires (critères de Bâle) se révèlerait pour qu’il est: un délire qui ne protège de rien du tout, car le crédit n’est jamais garanti par les « fonds propres (ou sales) des banques mais toujours par les dépôts.
    Des dépôts toujopurs disponibles et non réduits du fait de la Thésaurisation.
    Les SMT réaliserait le 100%money de Fisher et la couverture à 100% à tout moment et élégamment!
    La monnaie thésaurisée est « réelle », oui, mais ce n’est pas de l’épargne, c’est un changement d’état de l’objet monnaie qui devient « objet » (précieux) et valeur réfuge. Je me répète:
    La monnaie n’est monnaie que l’instant de l’échange!

    • La monnaie n’est monnaie que l’instant de l’échange!

      Vous, vous n’êtes pas épistémologue. La monnaie est autant de la monnaie lorsqu’elle n’est pas échangée que vous êtes vous-même lorsque je ne vous regarde pas ou que vous dormez. EN disant cela vous ressemblez à un enfant qui dit « Je disparais » en fermant les yeux. La monnaie est toujours monnaie lorsqu’elle est thésaurisée. La preuve ? Échangez de la monnaie thésaurisée, pour voir si elle a vraiment disparu. Et comme vous vous ressourcez en dormant, la monnaie thésaurisée vous assure que vous pourrez échanger, donc vous épargne la folie du raisonnement en flux tendu : en flux tendu, la moindre erreur tourne à la catastrophe. Si vous devez payer votre loyer et que vous n’avez rien épargné, soit vous trouvez là maintenant des revenus suffisant, soit c’est le défaut ; si le propriétaire de votre logement comptait sur votre loyer pour payer ses propres charges, il fait défaut en domino, et ainsi de suite de proche en proche jusqu’à ce que tout s’effondre. Croire à l’absence d’épargne possible et souhaitable, c’est croire à la perfection de l’humanité, qu’elle réussit toujours tout du premier coup, qu’il n’y a pas d’imprévu qu’elle ne sache immédiatement résorber, comme sans effort.

      Votre obstination à ne voir que le rôle de facilitateur d’échange de la monnaie, et pas le rôle de stockage de la valeur qui en dérive me semble complètement idéologique. Pourtant, ce second rôle est très largement admis, par exemple ici http://www.lexinter.net/JF/monnaie.htm En fait c’est du B-A-BA de la monnaie, même les libéraux t’apprennent ça.

      La thésaurisation ne pose pas de problème insurmontable il suffit de créer de la monnaie pour remplacer l’ancienne, par déficit public, et d’enlever de la monnaie lorsqu’on en thésaurise moins, par surplus budgétaire.

      https://frappermonnaie.wordpress.com/2012/06/29/precieux-brouillon/

      • johannes finckh

        Je pense que nous pourrions nous entendre. Quand je stigmatise la thésaurisation, c’est les dimensions qu’elle a prises: 900 milliards sur les 1000 milliards émis par le BCE!
        Dans de telles dimensions, elle est inutile et nocive.
        Une thésaurisation sous forme d’encaisse n’est pas un problème, bien sûr.
        Je maintiens: l’épargne est en banque, la thésaurisation diminue la masse circulante et les transactions, car ces sommes ne sont pas offertes pendant des périodes parfois longues. Et la capacité de crédits des banques diminue d’autant; ma distinction tient la route.
        J’accepte aussi de dire que les sommes thésaurisées redeviennent monnaie instantanément, dès qu’elles sont mobilisées, c’est évident.
        Ceci dit, la force de la monnaie qui circule est bien le fait qu’elle ne peut faire défaut, même en cas de défaut, car de nouvelles sommes seront rapidement là. à +, jf

        • Et si « l’encaisse » est un magot d’un trafiquant de drogue qui a planqué tout cela ailleurs, que fait-on ? On punit tous les autres en leur imposant une monnaie fondante ou on laisse faire les stabilisateurs automatiques ?

  5. johannes finckh

    il n’y a pas de « stabilisateurs automatiques » autres que le temps qui passe. Je ne vois pas où le très faible montant d’une « fonte » trimestrielle poserait un problème pour des encaisses adaptées. S’agissant de grosses sommes (chez des trafiquants etc. et autres spéculateurs), en cas de trafic, la « punition » sera efficace et parfaitement justifiée!

    • Le problème c’est que la monnaie fond. Si tu veux économiser pendant quinze ans pour la maison de tes rêves ou l’entreprise de ta vie, tu ne peux pas. Ou alors il faut un taux de fonte dérisoire. Il n’y a pas que les trafiquants qui ont des sommes qui feraient mieux de ne pas fondre : il y a les pays avec une monnaie mal gérée : le cas le plsu caricatural est sans doute le zimbabwé où le rand sud-africains a largement éliminé le dollar local. L’euro s’exporte très bien. Pas nécessairement pour de mauvaises raisons…

  6. johannes finckh

    Tu ne sembles pas lire très attentivement en quoi « consiste » la dite « fonte »!
    Le montant, de l’ordre de 5% annuels, et qui frappe uniquement les sommes liquides, a un coté à la fois anecdotique, « dérisoire » dirais-tu, et pourtant terriblement efficace.
    Je dois me répéter sans cesse parce mes lecteurs ne semblent pas clairement distinguer entre monnaie liquide et épargne en banque!
    Tout ce qui est épargné en banque n’a aucune raison particulière de « fondre », car ce qui est visé, c’est que, via la réduction a minima (à défaut de l’éliminer totalement, je le concède dans son utilité marginale) des sommes stagnantes et thésaurisées, l’ensemble de la monnaie soit en permanence disponible et circule sans cesse en passant de main en main ou en passant par les banques pour générer des crédits (bon marché).
    Ainsi, si je garde tant par mois sur mon compte en banque (d’épargne), je peux parfaitement épargner sans aucune fonte.
    Et si tu rapportes le nombre de transactions d’un billet (fondant) en trois mois (ou un an) à la fonte finalement effective, celle-ci est totalement négligeable.
    Un billet de 50 peut générer des centaines ou de milliers de transactions ou plus pour finir par fondre de 5% tous les ans (1,25% tous les trois mois), ce qui fait un chiffre gigantesque auquel il convient de rapporter la fonte minime finalement intervenue: 2,5 (fonte) sur 100000 (chiffre de transactions réalisées par ce même billet par exemple! Fais le calcul si tu veux.
    Cette dite fonte doit être une incitation efficace contre l’immobilité de la monnaie, et c’est suffisant. Si tu ajoute à ce fait que la « fonte » annuelle de la masse est dûment compensée (je l’écris aussi partout) par la banque centrale en versant ces sommes au budget de l’état ou en le redistribuant à tous les enfants qui naissent, l’effet fondant est neutre quant à la consommation et maintient le rapport des prix parfaitement stable.
    Sans inflation, mais aussi sans rémunération d’intérêts, l’épargne d’un sujet épargnant grandira au fur et à mesure de ses efforts, mais sans devenir source de rente.
    Tu cites le Zimbabwé, mais c’est justement un cas où la fonte n’est pas « dérisoire » et où il y a une telle inflation que la monnaie nationale n’inspire plus confiance et est remplacée par des devises étrangères. cela ne sera pas le cas en cas de pouvoir d’achat stable de l’unité monétaire, chose que je revendique aussi constamment.

    Je renverse donc sans hésiter le problème actuel: le problème et l’absence de la « fonte » (de la marque du temps qui passe), et nous cessons alors de vouloir nous séparer matériellement du billet, chose pourtant nécessaire si nous voulons que les biens et services offerts trouvent preneur en toute circonstance et à tout moment.
    Le fait de la monnaie est qu’elle doit être présente tout le temps, sur le marché, pour passer de main en main, pour circuler.
    Quant aux biens, services et biens d’équipement, ces choses (les marchandises) ne sont produites que pour pour disparaître plus ou moins vite via la consommation.
    Le mouvement de la monnaie est circulaire (de main en main en restant toujours sur le marché), celui de la marchandise est linéaire (de la production vers la destruction par la consommation. Suis-je épistémologue ou pas en disant cela? Je m’en fous, en tout cela est ainsi déjà maintenant. C’est pourquoi je dis la monnaie stagnante est devenu plutôt un objet précieux et n’est plus monnaie tant qu’elle est stagnante.
    Je ne veux spolier personne, contrairement au capitalisme existant réellement qui prélève partout la rente monétaire comme prix à payer pour que la monnaie circule « sans fonte ».
    Comparé à cela, la fonte est gratuite (car toujours rendue à la collectivité.
    Vraiment, j’ai du mal à comprendre pourquoi cette chose si simple est si difficile à admettre.

    • Désolé, j’avais oublié si les comptes en banques fondaient aussi ou non, et j’avais cru que c’était le cas.

      Comment te le dire simplement.

      Je veux bien considérer par curiosité un système qui me contraindrait à ne plus pouvoir thésauriser tranquillement mon liquide mais m’oblige à surveiller mes billets comme des bons de réductions avec date de péremption (si le taux est trop fort pour être ignoré), ou me saigne lentement de manière indolore comme une petite sangsue (si le taux est suffisamment faible pour être ignoré), mais, compte tenu du fait que le néochartalisme répond à tous les problèmes que la monanie fondante essaie de résoudre sans ces inconvénients, la monnaie fondante ne m’intéresse pas.

      Voilà, je préfère avoir et la stabilité économique, et la stabilité des prix et la stabilité de la monnaie et une administration simplifiée ;)

  7. johannes finckh

    Soit, mais je ne vois nullement comment le néochartalisme apporte la stabilité que vous préconisez.
    Il est sensible que tu ne t’es pas très sérieusement penché sur ce que j’ai écrit et ressassé.
    Je n’en ai peut-être pas fait davantage pour te suivre, mais, pour ce que j’ai compris, je ne vois pas comment, dans ton système, on évite les blocages et la rente du capitale, les deux principaux facteurs de la crise systémique. Essaye un peu de me convaincre, au mieux via ce genre d’échanges pas trop à la fois, pas à pas.,merci.

  8. Pierrot

    Quelle est la position des néochartalistes sur la proposition de « Glass Steagall »  » nouvelle.? Faut-il ,pour vous, séparer les banques universelles en banques de crédit/dépots et banques d’investissement ?

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s