7. Oui, « Il faut bien que l’argent vienne de quelque part. »

Confronté au néochartalisme, le néophyte est souvent si troublé face à cet argent qui semble fluer selon des principes autonomes qu’il s’exclame « Mais d’où vient l’argent ? Il faut bien qu’il vienne de quelque part ! » et de revenir à son intuition première selon laquelle l’argent a dû être « volé » d’une manière ou d’une autre. C’est cette illusion qui sous-tend le servage pour dette universel qui nous sert de système monétaire actuellement, et il convient de la dissiper.

Supposons que, dans une économie stable et prospère, il y ait un engouement soudain et croissant pour l’art contemporain parmi l’élite : avoir réussi, c’est posséder de l’art contemporain. Ainsi, simplement parce que son revenu s’est élevé, celui qui a réussi va consacrer une part de son revenu à le montrer, et achète Künsterscheisse de Manzoni pour 30 000 €. Le prix est bien plus élevé que le coût de revient : une boîte de conserve, une étiquette, son impression, un peu de colle, trente grammes de fèces de monsieur Manzoni, la fermeture de la boîte. L’inflation de ces ingrédients qu’on peut attendre de la production des Künsterscheisse est donc infinitésimal. Pourtant, l’élite se rachète et se revend toujours plus de ces boîtes et il se trouve par conséquent toujours plus d’argent qui s’agglutine autour de ces œuvres. Or, il faut bien que l’argent vienne de quelque part, et ce malgré que le produit n’en est manifestement pas la source.

Ici il n’y a plus que deux possibilités : Soit on considère que l’argent devant bien venir de choses « avec une vraie valeur », on refuse d’injecter de l’argent dans le reste de l’économie et on la force soit à baisser ses prix, soit à augmenter son endettement, simplement pour lui permettre de fonctionner à production constante. Soit on comprend que le prix d’échange n’est qu’une convention et on laisse un déficit renflouer le secteur privé ainsi ponctionné par cette lubie, et en laissant les taxes contracycliques l’éliminer une fois que l’élite se sera lassé et redirigera son argent vers le reste de l’économie. Ce qui compte, c’est que de l’argent parvienne jusqu’à tout le monde, pour que tout le monde puisse gagner de quoi se payer un train de vie décent et vivre. Peu importe que ce soit le budget de l’État ou les hauts revenus qui le fournisse, mais il faut que quelqu’un le fasse ; prétendre que seuls les plus aisés doivent fournir cet argent parce qu’ils sont du secteur privé, alors même qu’ils n’ont aucune envie de le faire, et interdire à l’État de mettre cet argent sur la table sous prétexte qu’il faut que cet argent vienne de quelque part, est inepte.

Non seulement, il se peut parfaitement que l’argent vienne de nulle part, mais lorsqu’on considère certains achats, il semble y retourner. Il est bon de chercher à ce que l’argent correspondent à de la richesse réelle, mais il faut bien comprendre que jamais on ne parvient à mettre le prix correspondant parfaitement à la valeur de la chose, qu’il y a toujours une part de convention arbitraire et que les vendeurs le savent bien, eux qui ont l’art de la tirer à eux. Il est légitime de veiller à ce que l’argent ne vienne que pour des services de valeur, mais il est tout aussi légitime de s’assurer que pour des services de valeur, de l’argent vienne de quelque part afin de pouvoir les acheter. Ce n’est que lorsqu’une ressource est totalement employée que l’injection d’argent devient mécaniquement et entièrement inflationniste, si une partie de la ressource est inemployée, l’argent supplémentaire viendra augmenter les quantités vendues, pas leur prix. Les produits dont la rareté fait le prix, comme les biens Veblen, de luxe, tel Künsterscheisse, ne sont qu’une minorité de produits, et assurer le plein-emploi n’est pas ce qui déclenchera inéluctablement l’hyperinflation, et ce d’autant plus que nous disposons de mécanisme encore plus raffinés de déficit ciblé pour mieux lutter contre l’inflation (cf article suivant : L’Employeur en Dernier Ressort).

6. La stabilité des prix < Série Les Bases > 8. L’Employeur en Dernier Ressort

27 Commentaires

Classé dans Les Bases

27 réponses à “7. Oui, « Il faut bien que l’argent vienne de quelque part. »

  1. hartig

    Si je comprends bien la crise de la dette des états européens vient de l’accumulation de boîte de caca par les plus fortunés. L’argent déversé dans le circuit est accaparé par quelque uns pour acheter des boîtes de caca et ne se redescend plus en bas de la société. Le jour où la coprophilie des classes dirigeante aura cessé nous pourrons enfin reprendre une vie normale.

    • Voilà, mais il faut comprendre que les riches achètent de la merde en boîte aussi au figuré, simplement pour accumuler le fric, et que les autres détails techniques du système économique sont nécessaires si on veut pouvoir construire une alternative qui fonctionne. Voici un extrait du film Margin Call qui illustre bien une variante de merde en boîte qui ruine en bas pour enrichir en haut, du moins tant qu’en bas, ça parvient encore à suivre ces turpitudes d’en haut (à partir de 49min) :

      – Monsieur Sullivan, qu’est-ce que votre modèle représente pour nous ici.
      – Bien c’est là qu’il devient une projection, mais euh…
      – C’est à moi que vous parlez Mr Sullivan.
      – Eh bien monsieur, si ces actifs ne baissaient ne serait-ce que de 25 % et demeuraient dans nos livres, cette perte serait plus grande que la capitalisation boursière actuelle de cette compagnie.
      – Donc, si je comprends bien ce que vous dites, c’est que la musique va bientôt s’arrêter. Et qu’on va se retrouver avec dans nos bras un bien gros sac d’excréments. Le plus gros jamais réuni de toute l’histoire du capitalisme.
      – Je ne suis pas certain que j’aurais dit ça ainsi, mais laissez moi clarifier ça. J’utiliserai votre analogie. Ce que ce modèle nous montre, c’est que la musique eh bien, elle ralentit. Si la musique s’arrêtait comme vous le dites, alors ce modèle serait bien loin de ce scénario, la situation serait de loin pire que ça.

      Je te laisse découvrir le reste si ça te dit.

  2. Neo

    « Ce qui compte, c’est que de l’argent parvienne jusqu’à tout le monde, pour que tout le monde puisse gagner de quoi se payer un train de vie décent et vivre »

    Bonjour..

    Un point qui m’avait chiffonné lorsque je lisais ces pages pour la première fois c’est quelque chose du genre: bon, nous avons là un système de pensée économique qui nous dit qu’il est possible pour un état d’émettre autant de monnaie qu’il le juge nécessaire. Il n’y a pas de « limite » contingente.

    Dans un système économique qui me paraît « parasité » par une « finance » qui s’avère de plus en plus gourmande et nuisible, cela ne revient-il pas à dire, que gaver le parasite n’est pas un problème du moment que, dans ce qui est injecté par l’Etat il y a une fraction suffisante qui parvient à l’hôte? Au risque de perdre de vue que, lorsque la tique devient plus grosse que sont hôte, elle risque de l’écraser?

    Une autre analogie me vient à l’esprit. En admettant que le néo chartalisme soit la bonne manière de décrire le fonctionnement du « moteur économique » de notre société , à quoi cela sert-il si il ne dit pas aussi que ce moteur, correctement réglé, n’a certes aucun problème de carburant mais qu’il est fait pour tracter 1000kg en sécurité, 1500 au plus.. mais au-delà il y a risque de surchauffe sur le plat et, de toute façon, incapacité à franchir la moindre côte.

    Voilà, j’espère avoir rendu mes interrogations intelligibles à défaut d’avoir pu les formuler entre termes économiques.

    cordialement,

    Toujours intéressé par les idées que vous développez Aliena et toi, je continue à lentement essayer de me faire une opinion. Pas facile… les discours sont si divergents, si « argumentés » de toutes parts et parfois si pationnels (je goûte le ton courtois qui règne ici). J’en viens à penser que, comme pour la théorie (physique) de la relativité, il faudrait pouvoir annoncer anticipativement des phénomènes observables qui, si ils se produisent, valident la théorie qui les avaient prédits.

    André

    • À l’instar de William K. Black, je suis néochartaliste ET pour une ferme régulation de la finance. Simplement, mieux vaut-il que l’économie soit parasitée par la finance et endure une austérité qui achève de la faire plonger, ou mieux vaut-il qu’elle ait cette bouée de sauvetage et puisse rassembler ce qui lui reste de force et contrattaquer ? Mon idéal et, bien sûr, que le système soit néochartaliste ET que la finance soit régulée fermement. Ça ne doit pas faire l’ombre d’un doute. Sinon, les inégalités entre la finance et le reste de l’économie font que l’économie, sans sombrer entièrement, travaille pour ces rentiers totalement illégitimes selon une fraction toujours plus fortes, et qu’effectivement, des stabilisateurs pleinement automatiques avec une finance telle qu’aujourd’hui nous permettrait de gagner beaucoup de temps, de créer de petites citadelles imprenables, mais pas de les éliminer par le simple jeu économique… Par exemple, la finance par sa spéculation prélève une dîme colossale sur les matières premières, ça coûte au reste de l’économie, même si elle survivra (la bulle spéculative explose et elle se refait, mais les financiers seront sauvés par le système actuel).

      Voici quelques prédictions néochartalistes, et même la petite mienne toute personnelle à moi qui balbutie ;)

  3. Sophie

    Après une longue absence je reviens vers vous sur ce sujet. J’ai fait l’effort de relire la majorité de vos billets et de ceux d’Aliena mais ce votre commentaire sur la régulation de la finance me donne un peu l’occasion de rebondir.

    Il me semble que dans le néochartalisme vous ne proposez pas de régulation des capacités bancaires à émettre de la monnaie de crédit, qui n’est pas une monnaie d’État mais va servir néanmoins à toutes les formes de spéculation. En effet si vous considérez le système bancaire secondaire dans son ensemble, les compensations entre banques s’annulent et il n’a donc pas besoin de monnaie centrale pour effectuer ces compensations. Les seuls besoins de monnaie centrale représente le tout petit 1% de réserves obligatoires et le gros 10 à 15% de demande de billets que les banques secondaires s’efforcent de réduire. Au final c’est donc jusqu’à 5 ou 6 fois plus de monnaie bancaire qui circule que de monnaie d’État.

    Le lien entre monnaie d’État (monnaie centrale) et la capacité de création de monnaie de crédit est connu (multiplicateur ou ”diviseur” de crédit selon qu’on considère que la Banque Centrale est à l’origine de la distribution de monnaie centrale ou est obligée de suivre la demande de monnaie centrale des banques suite à leurs émissions de crédits)

    La proposition néochartaliste (que j’approuve) d’émettre plus de monnaie centrale en période de récession risque d’avoir pour effet que le système bancaire secondaire dispose de plus de monnaie centrale, permettant des crédits suivant les ”humeurs du marché” (et donc la spéculation financière) et donc induise une surchauffe importante de la masse monétaire. Nous pourrions dire que le néochartalisme n’a pas la capacité de réguler la masse monétaire (ne me dites pas que la monnaie des circuits économiques n’est ”que” la monnaie de base centrale, ce serait une erreur vu au niveau de l’ensemble des banques), non?

    • Pour faire simple, les néochartalistes sont généralement très régulateurs, mais ils ne pensent pas que ce soit la capacité de créer du crédit ex nihilo qui soit à la source des problèmes. Par exemple, William K. Black, lorsqu’il était l’un des rares régulateurs dans l’âme au moment de la préparation de la crise des Savings&Loans, il a remarqué que les banques pourries faisant du Ponzi avec leur marché avait une croissance exponentielle. Aussi est-il laborieusement parvenu à faire adopter comme régulation que les banques ne pouvaient excéder un plafonds de vitesse de croissance. Malheureusement, comme ils étaient très seuls comme lui à vouloir réguler, très peu des autres mesures qu’ils préconisaient furent prises et surtout appliquées continûment. Toutefois, comme cette règle-là nécessitait de comprendre la nature factice, Ponzi, du fonctionnement des S&Ls pourries, les pseudo-régulateurs qui les ont supplanté n’ont pas compris que c’était elle qui empêchait la bulle immobilière de grossir encore plus comme ils l’espéraient et le promouvaient par ailleurs, de sorte que la bulle a éclaté beaucoup plus tôt qu’attendu.

      Le problème n’était pas que des banques puissent faire du crédit, la plupart des S&Ls étaient honnêtes, surtout au début, avant que leur marché ne devienne fou. Il eût été un très rude de les punir avec les fraudeurs en interdisant le crédit. Le problème était que, conformément à l’idéologie libérale, on refusait (littéralement, c’est-à-dire que certaines règles ayant force de loi et avec des agences dédiés à leur application refusaient de les mettre en place au nom de l’auto-régulation des marchés) de réguler.

      On peut avoir une attitude modérée, cohérente, et ne pas interdire le crédit qui est une plutôt bonne chose et un facteur de croissance s’il est bien régulé. Sinon, oui, on peut toujours arguer que dératiser à la bombe atomique est plus efficace. ;)

      Je te recommande l’ouvrage de Black The Best Way to Rob a Bank Is to Own One. On peut être néochartaliste et régulateur, si si.

  4. Sophie

    Est ce que tu peux essayer de trouver la croissance M3 moins M0, ou même M2 – M0 (qui représente exactement la croissance de la masse monétaire secondaire par le crédit ) sur la période 2001 => 2007 . C’est bien le crédit (trop de crédit) qui a déstabilisé nos économies, j’en suis certaine.

    • Très certainement. Et avec une régulation digne de ce nom, il n’y en aurait pas eu autant, de crédit. C’eût été remplacé par du déficit public. Mais du crédit (pas autant mais tout de même) eût été souhaitable.

      Voir, par exemple, ici : https://frappermonnaie.wordpress.com/2012/03/17/un-suspens-insoutenable/

      • Sophie

        En fait je m’aperçois que je suis tout à fait dans les proposition néochartalistes, mais que je mâtine du « 100% Monnaie », ce qui a pour conséquence que seul l’Etat doit pouvoir créer la monnaie. Il va falloir inventer un nouveau mouvement ;)

        • Non, non, pas un nouveau mouvement : une nouvelle sensibilité. Les mouvements à sensibilité unique n’existent pas, et les mouvements qui se fractionnent façon microbe ne parviennent pas à peser. Tu es néochartaliste favorable à l’élimination de la pratique du crédit. Moi, je suis néochartaliste favorable au protectionnisme, ce n’est pas le vague juste échange des néochartalistes fondateurs, mais c’est quand même insuffisant pour « faire un courant à moi tout seul ». S’il-te-plait, pas de MMR ;).

          J’ajoute que Warren Mosler, néochartaliste historique, est ou a été (je n’ai pas précisément suivi l’affaire) favorable à l’élimination pure et simple des taux directeurs, en laissant les stabilisaeurs automatiques faire tout le travail, et en éliminant toute rente pour les financiers. Mais je crois qu’il est le seul à défendre cette proposition un peu « osée ».

          Bienvenue parmi nous :)

  5. grosrené

    Par curiosité, le « 100% monnaie » interdit-il tout le crédit bancaire, ou seulement le crédit ex-nihilo ? Lorsque l’on prête de l’argent que l’on possède, c’est bien un crédit, mais sans création monétaire.

    • Qu’est-ce qu’un crédit non-ex-nihilo ? Un prêt.

    • Sophie

      @grosrené
      Le 100% monnaie interdit, par sa structure même, la création de « monnaie » de crédit bancaire. Dit autrement les banques ne peuvent plus créer de signes monétaires, et seule l’épargne (la monnaie existante) peut faire l’objet d’un prêt . La masse monétaire secondaire ne peut croître que de l’injection de monnaie (par la Banque Centrale ou un quelconque « Institut d’Émission Monétaire ») au niveau du Trésor Public: une partie sera transférée en épargne donc en prêts par les agents économiques ( pour plus de détails http://osonsallais.wordpress.com/2010/02/22/christian-gomez-100-money/ )

      @Jean-Baptiste B.
      Il y avait un smiley à la fin de ma phrase ;) . En fait je cherche à comprendre si le 100% monnaie est compatible avec le néochartalisme ; il me semble que oui.

      • C’est ce que je t’ai toujours dit. Simplement, il est dommage de supprimer (si tant est que ce soit possible) purement et simplement le crédit. Il permet de rendre l’argent plus directement productif, de le faire solder plus de transaction, moyennant une prise de risque à gérer il est vrai. Ce risque est géré d’une part par les stabilisateurs automatiques au niveau macroéconomique, et d’autre part au niveau microéconomique par une régulation ferme (mais intelligent :P).

        • Sophie

          Le « problème » est que dans un système à réserves partielles tel qu’il existe actuellement, garder cette possibilité c’est justement laisser au système bancaire la possibilité d’amplifier d’une manière incontrôlée dans un sens comme dans un autre la quantité de « monnaie secondaire » en circulation… c’est le motif initial qui avait amené Irving Fisher à proposer le 100M
          Car en fait la « vraie monnaie » qui serait émise par l’Etat est nécessairement de la monnaie de base qui est l’un des ingrédients nécessaires pour permettre le crédit et donc risquer de détruire la « prudence » de l’émission étatique.

        • Ayez l’esprit ouvert : il y a d’autres moyens de réguler le crédit que de le supprimer. Par exemple le fameux Glass-Stegall, où l’immédiat après-guerre, malgré la forte croissance favorable aux bulles de crédit, on connut une période remarquablement stable financièrement. Je vous recommande le régulateur impitoyable William K. Black pour en savoir plus.

          C’est un raisonnement triste que celui du 100 % monnaie : on supprime le malade avec la maladie qui le ronge. Oui, on peut détourner le crédit, mais comme à peu près tout en ce monde, aussi mieux vaut ne pas supprimer tout ce qui peut-être détourné. J’ajoute que vous avez de petits bras, et que l’école autrichienne souhaite le 0 % monnaie : retour au troc de l’or… À ce petit jeu, on peut toujours trouvé plus borné que soi.

          Bon, c’est la dernière fois que je vous réponds sur le 100 % monnaie, Sophie, je crois que nous avons épuisé le sujet lors de nos nombreux échanges.

          Cordialement,

          JBB

  6. grosrené

    Merci de vos réponses (je confondais crédit et prêt).

    Pour reprendre la remarque de Jean-Baptiste B., dans le 100M, comment faire pour interdire le crédit ? Il n’est pas forcément simple de distinguer un crédit d’un prêt dans le système actuel. Lorsqu’une banque crédite un compte courant, comment savoir si elle possède ou non la monnaie promise ?
    Faudrait-il interdire à la Banque Centrale de fournir les banques en monnaie souveraine à leur demande ?

    • Personnellement, je pense qu’on ne peut pas interdire le crédit. Lorsque des entreprises paie leurs fournisseurs avec des « effets de commerce » ou « papier commercial », ce n’est rien d’autre que du crédit. Lorsque les anglais passèrent le Peel’s Act de 1844 interdisant l’émission de billets de banque en surnombre par rapport aux réserves d’or de ces banques, le crédit se développa très intensément et rien ne changea. Si on interdit au banque le crédit façon 100 % monnaie, alors des entreprises multiplieront les effets de commerce et rien ne changera. Mieux vaut essayer de dissocier réprimer les usages illégitimes du crédit plutôt que tous ses usages, sinon la loi échoue façon Prohibition : les gens n’y adhèrent pas assez pour qu’elle soit appliquée…

      Voilà, j’espère que ça éclaire.

    • Sophie

      @Grosrené
      Puisque Jean-Baptiste B. ne veut plus me parler [ ;) ], je vais éviter de m’étendre sur ce blog… Allais a parfaitement répondu à vos interrogations: voir http://osonsallais.wordpress.com
      Fisher l’a fait également…

      Notes:
      – Il ne faut pas confondre crédit entre entreprises et crédit (création monétaire) par une banque.
      – Il ne faut pas confondre monnaie (totalement liquide) et épargne (illiquide)
      – Votre question/problème vient du fait que vous n’imaginez pas séparer les banques en deux entités (qui n’ont rien à voir avec la séparation du Glass-Steagall Act) : banques de dépôts (gestion des liquidités) et banques de prêts (gestion de l’épargne)

      • « Il ne faut pas confondre crédit entre entreprises et crédit (création monétaire) par une banque. »

        Et pourquoi ? Le crédit, c’est le crédit. Les banques se sont constituées ainsi, en se spécialisant dans le crédit… :¬P

        • Sophie

          Désolée, je me sens obligée de répondre.
          Si les banques sont des entreprises qui émettent des signes de paiement, les entreprises non bancaires ne sont pas des banques: elles n’ont pas le droit d’émettre de monnaie (dans l’acceptation générale, je ne parle pas de monnaie de base).
          N’oublie pas que la monnaie « c’est une dette de banque qui circule, un élément du passif bancaire reconnu comme moyen de paiement par tous (pouvoir libératoire) »

          L’acte de création monétaire consiste à transformer des créances sans pouvoir libératoire en moyens de paiement… ce que ne peut pas faire un Agent Non Bancaire

        • Sais-tu quel est le pôle le plus rentable dans la grande distribution ? Le pôle service financier. La grande distribution a largement évolué vers un profil de banquier. Sauf qu’au lieu de collecter l’épargne des gens et de tenir leurs comptes, elle encaissent leurs achats et ne paient les fournisseurs que longtemps après.

          Si tu interdis le crédit bancaire, attends-toi à une explosion de crédit commercial à utilisation « élargie », tout comme le Peel’s Act avait interdit les billets de banques non couvert par l’or en faveur d’une explosion du crédit bancaire.

          Trop de gens veulent financer leurs activités, ils veulent trouver des moyens de paiements qui leur permettent d’accélérer la musique. Mets-toi des œillères et bouche-toi les oreilles si tu y tiens, mais c’est ainsi. Mieux vaut s’appuyer sur la peu du défaut de paiement pour réguler la pratique et la maintenir dans son lit (façon cours d’eau) que de l’interdire par pur arbitraire et voir les gens contourner ce qui leur semble une tyrannie. Et mieux vaut adapter la quantité de monnaie dans l’économie en fonction de ses fluctuations via ses stabilisateurs automatiques plutôt que de forcer sa croissance à un taux fixe prédéterminé. Le 100 % monnaie est très inférieur au néochartalisme et ressemble beaucoup au dogme du déficit zéro : sous prétexte de réguler fermement et simplistement, on préfère rajouter des contraintes contre-productives et qui menacent de tout faire sauter par leurs contradictions…

        • Sophie

          Désolée encore, cet exemple de la grande distribution n’a rien à voir avec le crédit bancaire: il n’y a pas de « crédit » il y a juste une gestion de trésorerie optimisée (à leurs yeux, mais pas à ceux des fournisseurs qui, eux, auront surement besoin de crédit bancaire), et il n’y a aucune création de monnaie.

          Les problèmes que soulèvent Allais ou Fisher n’ont rien à voir avec d’éventuels défauts de paiement… Ce qu’ils cherchent à obtenir c’est:
          – une masse monétaire sous contrôle en dehors de toute influence des “humeurs” des agents économiques
          – un objectif de croissance monétaire “optimal” inscrit dans la constitution
          – un système monétaire et financier “insubmersible” quelles que soient les circonstances
          – des taux d’intérêt débarrassés des perturbations monétaires
          – la fin du “privilège” monétaire et la capture de la rente monétaire par la collectivité
          – des ressources budgétaires additionnelles donc l’augmentation  planifiée de la masse monétaire  via le financement des dépenses publiques (c’est le point commun au chartalisme)
          – une neutralisation d’une grande partie de la dette publique par rachat des titres publics détenus par les banques à l’occasion du transfert des dépôts vers les banques de dépôt

          Bon week end

        • il n’y a pas de “crédit” il y a juste une gestion de trésorerie optimisée

          C’est justement ça le crédit : la création de moyen de différer les paiements. Quand un consommateur demande à son boulanger ou à son petit commerçant habituel de lui « faire crédit », il témoigne d’un sens économique plus développé que votre vision engoncé dans sa nomenclature. on peut créer mille et une manière de différer les paiements qui ne sont pas le crédit bancaire au sens strict, ici : une simple promesse verbale de paiement. Des entités non-bancaires peuvent faire crédit.

  7. Sophie

    Oui, des entités non bancaires peuvent faire crédit … je te fais crédit de ta bonne foi (mais je ne vois pas à qui tu vas pouvoir transférer ce crédit)..
    Mais ca n’a rien à voir avec une monnaie qui est un élément du passif bancaire (une dette de banque) qui circule.
    Bon, cette fois je ferme jusque lundi!

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