Une chimère nommée « rilance »

Notre classe politique, composée d’hommes d’action, c’est-à-dire très souvent à courte vue malheureusement, observe les effets immédiats des différentes tentatives de remettre en marche cette boîte noire qu’est pour eux notre système monétaire et financier. Lorsqu’ils font de la relance, l’endettement gonfle, et ils ne peuvent (pour la zone euro uniquement) l’empêcher de sombrer dans une spirale qui attisent tous les spéculateurs. Lorsqu’ils font de la rigueur, l’économie retourne en récession, et les financiers – au premier rang  desquels lesdits spéculateurs – s’insurgent aussi, laissant nos politiques comme l’âne de Buridan, mais entre la peste et le choléra et avec l’obligation de choisir et vite.

Nous autres néochartalistes, nous savons que c’est la contrainte budgétaire qui est fictive et la contrainte économique qui est réelle (cf la série Les Bases), bien que l’euro soit parvenu à créer la contrainte budgétaire de toutes pièces quasiment à la perfection. Il n’y a pourtant rien d’absolument inimaginable là-dedans, la monnaie est une fiction à l’évidence, et l’économie réelle est, comme son épithète l’indique, réelle ; en bonne logique tout le monde devrait donc chercher à adapter la fiction à la réalité plutôt que l’inverse. Pas nos politiques. Aveugles, ils cherchent une troisième voie, et leur manque d’imagination les poussent à synthétiser les deux. C’est le concept de « rilance » mot-valise composé par rigueur et relance, forgé par Christine Lagarde alors ministre français des finances (et très accessoirement de l’économie). Depuis, elle est partie, et, sans reprendre le mot, c’est bien la seule politique imaginée par les gouvernements de toute l’eurozone et même ailleurs, pouvons-nous constater.

En quoi consiste exactement la « rilance » ?

Vu l’aberration que c’est, mieux vaut commencer par définir rigueur et relance.

La rigueur budgétaire consiste à diminuer les dépenses publiques ou à augmenter les recettes publiques (les impôts, principalement), ou le plus souvent un mélange des deux précédents, afin de réduire le déficit public, ou, très rarement, de dégager un surplus budgétaire. En clair : l’État cherche à gagner plus d’argent qu’il ne gagne ou à se rapprocher du moins autant que possible de cette situation, quitte à sommer l’économie réelle de s’adapter.

La relance budgétaire consiste à augmenter les dépenses publiques (financement de ponts, routes, laboratoires de recherche, écoles, etc.) ou à diminuer les recettes publiques, ou le plus souvent un mélange des deux précédents, afin d’augmenter le déficit public, ou, très rarement, de le créer après un surplus budgétaire. En clair : l’État cherche à ce que l’économie réelle gagne plus d’argent et (re)trouve de la croissance, quitte à ce que son budget, son déficit et sa dette impressionnent encore un peu plus les badauds.

Donc, la rilance consiste à… À rien, du coup. Le concept de rilance ne rime à rien car, au lieu d’être une troisième voie, il est simplement la fusion de deux contraires, un oxymore, et conceptuellement : une aporie. Logiquement, la rilance est la perpétuation du budget tel qu’il est. C’est de l’immobilisme politique.

Toutefois, si on tente de lire entre les lignes les projets de rigueur-relance, car les politiques sont très avares de détails sur eux – Et pour cause ! –, (mais on connait suffisamment déjà les premières mesures votées, comme chez les Grecs, les Irlandais, les Espagnols, et nous aussi Français déjà un peu, pour pouvoir deviner la suite), la rilance n’est pas rien mais plutôt le camouflage d’une politique de rigueur dont les politiciens ont peur mais dont ils ne savent pas se défaire. Loin de la relance, la rilance est de la rigueur avec un surcroît d’inhibitions et d’hypocrisie.

Il faut dire que les récessions qui s’ensuivent systématiquement ont effectivement de quoi faire douter. Mais pourquoi ne font-ils que douter, sans même s’arrêter ?

1 commentaire

Classé dans En vrac

Une réponse à “Une chimère nommée « rilance »

  1. La vidéo du lancement du terme rilance par Christine Lagarde (anglais). Remarquons qu’elle le définit comme un synonyme d’austérité.

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