L’État, bouc-émissaire de la dette privée

En lisant le tout dernier MMP du professeur L. R. Wray, j’ai découvert ce superbe graphique qu’il faut absolument que je partage avec les lecteurs francophones :

La chose est on ne peut plus parlante, et je n’ai plus qu’à souligner les évidences :

Ce n’est pas le crédit public qui étouffe l’activité économique, mais l’écrasant crédit privé. Il représente en effet 400 % du PIB américain, loin devant le crédit public n’en représentant que 100 %, voire 450 % contre 50 % si on considère que les Entreprises Sponsorisées par le Gouvernement (GSE) telles Freddie Mac et Fannie Mae ont pour objet de soutenir l’activité privée en le délestant d’une part importante de son passif. Or, l’antienne libérale est que l’État, trop gourmand, doit se serrer la ceinture pour que le secteur privé fasse monts et merveilles en retrouvant la confiance

Un second enseignement est que le précédent pic d’endettement est survenu lors de la crise de 1929, et que la crise des années 1930 a consisté à la résorber, non à la relancer. Lorsque la situation est enfin pleinement rétablie (plein emploi, stabilité), c’est-à-dire avec la Seconde Guerre mondiale, le passif public augmente plus vite que le passif privé ne diminue ! Elle s’étale jusqu’en 1960~1970, c’est-à-dire la période où la part de passif public était la plus forte dans le passif national.

Le dernier enseignement est que l’augmentation des crises financières, tant en fréquence qu’en intensité ne peut pas faire mystère : elle est due à une économie dégénérant en machine Ponzi depuis au moins Reagan. La finance Ponzi, selon la typologie donnée par Hyman P. Minsky est le cas où il faut augmenter le passif pour pouvoir payer le passif1. C’est bien le cas.

L’Espagne, l’Irlande ou l’Islande étaient présentées avant crise comme des parangons de vertus libérales : faible endettement public, forte croissance, déréglementation, etc. Aujourd’hui ces pays sont dans des conditions dramatiques et on découvre la source de la performance : des bulles financières à commencer par le grand classique de la bulle immobilière, laissant les secteurs privés ruinés et luttant pour parvenir à réduire leur endettement, comme dans les années 1930…


Note :
(1) Minsky Hyman, Stabilizing an Unstable Economy, Yale University Press, New Haven et Londres, 1986, 353 p., p. 203 :

L’instabilité financière est liée à l’importance relative du revenu, du bilan comptable, et du portefeuille de flux de liquidité dans une économie. Les flux de liquidité entrants — salaires, rémunérations, et paiements pour les produits intermédiaires et finaux — sont la fondation sur laquelle reposent le portefeuille de flux de liquidité et le bilan. Si les revenus de liquidité réalisés et attendus sont suffisant pour satisfaire à tous les engagements de paiements sur les obligations au passif en cours pour un agent, alors l’agent sera de la finance couverte. Toutefois, les flux de liquidité depuis un agent peuvent être plus grands que la recette des revenus de manière à ce que la seule façon de les satisfaire est de rouler ou même d’accroître la dette ; les agents qui font rouler la dette sont engagés dans la finance spéculative et ceux qui accroissent la dette pour la payer sont engagés dans la finance Ponzi.

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Classé dans Compléments d'enquête

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