Qu’est-ce que l’État peut faire d’un surplus budgétaire ? Rien.

Très favorable au milieu des affaires, un éditeur senior de CNBC nous rappelle quelques points de bon sens à tous ceux qui voudraient faire de l’État un ménage craintif épargnant laborieusement pour asseoir sa position. En voici l’essentiel traduit par mes soins :

Il me semblait évident bien avant que je n’entende parler de la TMM [NdT : Théorie Monétaire Moderne, Moder Monetary Theory, MMT, autre nom du néochartalisme] que le gouvernement ne devrait probablement jamais avoir son budget excédentaire — ou ne devrait le faire qu’en des circonstances très extrêmes. Lorsque le budget public est excédentaire, cela signifie qu’il extrait plus d’argent hors de l’économie qu’il n’en injecte en dépensant dans cette économie. Ça nous rend plus pauvres.

(…)

Semblablement, un excédent de revenu pour le gouvernement est une invitation au gaspillage. Cela tente le prétendant à changer le monde d’imaginer de nouveau projets dont la générosité peut être mise en avant. Presque toujours, ces nouveaux projets ne seront que du gaspillage. S’ils valent la peine d’être accomplis, ils valent la peine d’être accomplis sans surplus budgétaire. Généralement, un surplus dégénère en une simple excuse pour accroître en permanence la taille du gouvernement, ce qui ensuite s’ajoute aux déficits budgétaires quand les recettes diminuent lors d’un retournement de conjoncture.

Plus important encore, même quand ce n’est pas gaspillé dans de stupides projets gouvernementaux, le surplus en lui-même est un gaspillage. Si ça vous préoccupe que le gouvernement dépense l’argent du contribuable pour des ponts aboutissant nulle part, vous devriez être effaré lorsque le gouvernement prend l’argent par des taxes et ne le dépense pour rien du tout. Cela, bien sûr, est exactement ce qui arrive lorsque le gouvernement taxe plus qu’il ne dépense. Les actifs financiers du peuple sont tout simplement confisqués.

(…)

Une autre bizarrerie qui tarauda mes réflexions économique à cette époque — fin des années 1990 — en est une que j’ai déjà décortiqué plusieurs fois ici sur NetNet : le préjugé contre la dette. Pour moi, ça n’avait aucun sens que beaucoup de gens présument qu’il valait mieux financer les dépenses gouvernementales par des taxes plutôt que par l’émission d’une dette. Les taxes sont coercitives ; l’achat de dette volontaire. Il était clair pour moi que le financement par la dette était préférable à celui par taxes.

L’idée que les taxes sont comptées comme un gouvernement « vivant dans la mesure de ses moyens » m’était aussi absurde que de professer qu’un cambrioleur vivait dans la mesure de ses moyens lorsqu’il dépensait l’argent qu’il obtenait en trafiquant des biens volés. Il me semblait que l’argent qui pouvait être emprunté était plus « dans nos moyens » que l’argent qu’il fallait prendre sous la menace de la force ou de l’emprisonnement.

En effet, que le gouvernement peut-il faire de tous ces billets qu’il a imprimé et qu’il a récupéré et entassé ? Acheter des bons du trésor ? Ce serait se verser à lui-même son propre argent. Attendre une bonne opportunité de dépenser ? Il aurait de toute façon de quoi la saisir en créant sur le champ la monnaie nécessaire. Non, vraiment, le surplus budgétaire ne sert qu’à plonger le secteur privé en dépression (cf citation en fin d’article) pour soulager les esprits perturbés qui ont l’État pour bouc-émissaire, qui voit tout ce qu’il fait comme la source du mal, et la réduction de son statut éminent à celui d’humble comparse de ses citoyens comme une garantie de sa bienveillance…

28 Commentaires

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28 réponses à “Qu’est-ce que l’État peut faire d’un surplus budgétaire ? Rien.

  1. Chaque unité monétaire est une certaine obligation de l’émetteur de la monnaie. Lorsque l’émetteur reçoit ces unités monétaires, elles n’ont aucune valeur entre ses mains. En effet, une obligation envers soi-même est nulle. La monnaie détenue par l’Etat, ou par la Banque Centrale, est donc de nulle valeur.

    • Sophie

      Sauf que c’est l’Etat qui décide quelle monnaie il accepte en paiement de ses prélèvements… et qu’il enverra si besoin la force publique pour se faire payer!
      Donc seule la monnaie d’État peut payer l’État; de ce fait, fonctionnellement, elle n’a pas une « valeur nulle » (aucun juriste d’ailleurs ne vous soutiendrait dans cette argumentation circulaire) et au contraire elle a une valeur libératoire.

      • @Sophie
        Relisez mieux mon commentaire. La monnaie, chaque unité monétaire, est une obligation de l’émetteur. Ainsi chaque billet de banque est une certaine obligation de la Banque Centrale.

        J’écris sur un papier « contre ce papier, gidmoz vous verse un gramme d’or ». Entre mes mains, ce papier n’a aucun valeur. Mais entre vos mains, ce même papier vaut un gramme d’or. Une obligation entre les mains de son émetteur a, bien évidement, une valeur nulle. Tout juriste le sait bien.

        La Banque Centrale est une administration de l’Etat. Ou un mandataire de l’Etat, ce qui est ici équivalent. Comme le dit justement Jean-Baptiste B, c’est se « verser son propre argent ». Une obligation de la Banque Centrale est une obligation de l’Etat. C’est ma main droite qui prête à ma main gauche. Mais c’est le même individu.

        Un billet de banque, lorsqu’il est entre les mains de la Banque Centrale, est de nulle valeur. On dit qu’il est « démonétisé ».

      • @ Sophie
        Gidmoz ne faisait que reformuler ce que j’avais écrit en fin d’article.

        @ Gidmoz
        Oui, et le gramme d’or est inutile, un papier « Gidmoz reconnaît un gidmo$ au porteur », ça marche aussi : tous les porteurs peuvent obtenir un gidmo$ auprès de vous, mais vous-même n’avez aucune utilité à accumuler vos gidmo$. Vous pourriez ancrez la valeur de vos gidmo$ sur absolument n’importe quoi : faire une coupe de cheveu par gidmo$, de la limonade, ou contre un euro (activité bancaire), ou contre un repas (système des ticket-repas ou des bons alimentaires) ou contre le fait de participer et de bénéficier de la communauté de Gidmozie et des services et protection de son État, la République de Gidmozie.

        L’or est très loin d’être la seule source de valeur…

      • @Jean-Baptiste B
        Les gens jugent que l’or a de la valeur. L’or a donc, pour eux, de la valeur. Je fais les billet de banque gidmoz « contre ce billet, gidmoz vous donne 1gr d’or ». J’achète un pain ou contre des marchandises. Je donne quelques billets gidmoz-or en guise de paiement. Mes fournisseurs acceptent mes billets gidmoz-or.

        La raison pour laquelle mes fournisseurs acceptent ce paiement est qu’il savent que je paierai car je possède une maison. En effet, ils savent qu’en venant chez moi, je leur remettrai de l’or. Et en cas de problème, un juge saisirait ma maison pour les payer.

        La monnaie est ici, non pas l’or, mais les billets gidmoz-or. Oui, le choix de l’or n’est pas le seul choix possible pour créer une nouvelle monnaie. Je suis d’accord avec vous sur ce point. Mais 1gr d’or est quand même bien plus pratique à définir qu’un repas.

        En plus l’or s’échange plus facilement qu’un bon pour un repas. Pour définir un « repas », il est nécessaire de définir précisément la qualité et la qualité de chaque ingrédient ,de « repas-monnaie ».

        L’usage de l’or réduit le coût de la transaction car l’or se pèse facilement. Il est facile de vérifier que c’est bien de l’or pur en le faisant sonner à l’oreille. On dit alors qu’une pièce d’or est sonnante et trébuchante(balance).

        gidmoz est un commerçant ordinaire. Chaque billet gidmoz-or est une promesse commerciale, c’est à dire un contrat commercial ordinaire. gidmoz accepte les concurrent. Il ne veut créer ni communauté, ni république. gidmoz ne demande qu’a rester un humble commerçant honorablement connu dans son quartier.

        gidmoz est banquier, c’est à dire commerçant en monnaie. Il prête des gidmoz-or contre un taux d’intérêt. Ça le fait vivre, le brave gidmoz. Et les prêts de gidmoz rendent bien service aux emprunteurs de son quartier.

      • Sophie

        @Gimoz
        Dire qu’un billet de banque centrale, lorsqu’il est dans les mains de la banque centrale est démonétisé est une évidence, et le signaler c’est enfoncer une porte ouverte. Mais ce même billet, hors la banque centrale a bien une certaine valeur puisque c’est le moyen de paiement qu’impose l’Etat qui ne veut pas des « papiers gimoz » même s’ils sont garantis par la parole de Gimoz, de l’or ou une maison.
        Les billets Gimoz sont exactement comme les monnaies des banques, sauf que celles ci garantissent leur échange contre les billets de banque centrale (on sait tous que c’est une promesse qu’elles ne peuvent tenir simultanément, mais le sujet n’est pas là)

      • @Sophie
        Je suis d’accord avec votre commentaire, à l’exception de ce que vous avez mis entre parenthèses.

        Je reviens sur votre premier paragraphe. Le monopole monétaire interdit l’existence d’autres monnaies. L’État interdit donc les billets « gidmoz-or ».

        Vous avez encore raison lorsque vous dites que les billets de la Banque Centrale ont de la valeur car « c’est le moyen de paiement qu’impose l’État ». Le fondement de la valeur du billet de banque est la contrainte étatique d’utiliser la monnaie étatique pour tout échange. Ainsi, C’est l’interdiction des autres devises qui donne de la valeur à la monnaie étatique monopolistique.

        Vous avez encore raison lorsque vous remarquez que « les billets gidmoz sont exactement comme les monnaies des banques ». En effet, une banque, la BNP par exemple, émet sa monnaie les euro-BNP. Je donne ce nom de « euro-BNP » pour faire simple. Chaque euro-BNP est la promesse de la BNP de livrer un euro de la BCE, un euro de la Banque Centrale. Ces euro-BNP sont les sommes inscrites aux comptes des clients de la BNP.

        J’en viens à ce qui est, amha, la question la plus intéressante. Les banques peuvent-elles, simultanément, honorer leurs promesses de verser des euro-BCE? Cette question est au coeur du fonctionnement du système bancaire actuel. Cette question est essentielle dans une banque en free banking. Une réponse possible est de remarquer que la BNP peut être raisonnablement certaine d’honorer toutes ses promesses de versement en euro-BCE.

        • « Le monopole monétaire interdit l’existence d’autres monnaies. L’État interdit donc les billets “gidmoz-or”. »

          C’est presque faux (ça dépend de ce que vous signifiez) : l’État n’a pas de monopole néochartaliste sur la création de monnaie. Dans des pays comme la Nouvelle-Zélande, il n’y a même plus de loi ou de cours légal, et ça fonctionne comme chez nous parce que seul le dollar néo-zélandais est accepté pour payer les taxes de l’État néozélandais. Mais vous pouvez proposer vos gidmo$ et clamer que vous n’accepterez vos paiements qu’en gidmo$ et ne distribuerez que des gidmo$. C’est juste que, contrairement aux glaces qu’on aime tantôt à la framboise, tantôt à la vanille, on n’aime pas avoir plusieurs monnaies : ça complexifie considérablement les calculs économiques (exemple : variations du cours de l’or par rapport au dollar néozélandais plus la capacité de gidmoz à convertir ses gidmo$ en or comme promis). Cf https://frappermonnaie.wordpress.com/2012/01/31/pourquoi-seul-letat-frappe-monnaie/

      • @Jean-Baptiste B
        L’Etat peut utiliser quatre procédés pour avoir un monopole étatique d’un service, d’une production.
        1. l’Etat interdit la concurrence par une loi.
        2. l’Etat met quelques règles administratives discrètes qui rendent plus coûteux les éventuels services concurrents.
        3. Le service étatique proposé est quasiment gratuit pour les usagers, financé par l’impôt. Une hypothétique concurrence est alors tuée avant que d’exister.
        4. L’Etat taxe les activités concurrentes

        Pour instaurer son monopole, l’Etat utilise des combinaisons de ces divers procédés. Ainsi, en France, la loi n’interdit pas d’utiliser l’or comme moyen de paiement. Mais à condition de verser 5% de taxe à chaque échange.

        Une monnaie étatique ne peut fonctionner que si elle bénéficie du monopole. Une vraie concurrence monétaire anéantirait la valeur de la monnaie étatique. C’est à dire l’autorisation du free banking dans un pays. Chacun peut alors créer sa monnaie et créer sa banque sans aucune autorisation ni contrôle étatique.

        L’Etat de new-zealand a surement un moyen d’assurer un monopole monétaire.

        • « Une monnaie étatique ne peut fonctionner que si elle bénéficie du monopole. »
          Non, justement elle fonctionne sans au Canada, en Nouvelle-Zélande, etc. Le monopole est une qualité superflue pour l’hégémonie de la monnaie de l’État.

          Faites votre banque avec des gidmo$ si vous le souhaitez. Tout comme il y a das banques à Bitcoins, des places de change en or, des e-gold, etc. Vous aurez la banque de Gidmoz avec de vrais gidmo$ à l’intérieur. C’est juste que ce sera périphérique. Si vous voulez concurrencer « l’entreprise » République française ou monarchie constitutionnelle anglaise, développez votre propre banque, développez les services liés, une vraie culture « d’entreprise » suscitant un attachement fort à votre Gidmozie, acquérez des territoires et défendez-les…

          https://www.contrepoints.org/2011/09/02/43633-des-iles-libertariennes

          Si vous n’êtes pas concurrentiel, faites-vous une raison.

      • @Jean-Baptiste B
        En Ecosse, de 1715 à 1845, 30 banques concurrentes émettaient des billets. Chaque billet était la promesse de la banque de verser 1gr d’or. Aucune banque Centrale, ni contrôle de l’Etat écossais. Ce fut 130 ans de prospérité. L’Ecosse était alors plus prospère que l’Angleterre.

        Il existe des dizaines d’exemples de free banking dans presque tous les pays développés. Voir mon article http://gidmoz.wordpress.com/2011/09/20/crises-monetaires-et-free-banking/

        N’imaginez pas qu’une monnaie serait nécessairement crée par un Etat. Bien au contraire, le monopole de l’Etat sur la monnaie est aussi absurde et nuisible que le serait un monopole de la fabrication et la distribution de chaussures dans un pays.

        • Je ne pense pas que la croissance et la stabilité économiques écossaises (que je n’ai pu que très mal vérifier) soient dues à un simple libéralisme économique et bancaire. Les États-Unis n’eurent aucune banque centrale de 1830 à 1913 mais ça n’a pas empêché les paniques bancaires…

      • @Jean-Baptiste B
        Le principe de cette monnaie écossaise est identique au principe de la monnaie jusqu’en 1971. C’est à dire chacun billet convertible en or.

        L’exemple écossais est un exemple qui prouve que la monnaie peut exister sans aucune intervention de l’Etat. Et qu’elle fonctionne normalement. C’est le free banking. Adam Smith faisait l’éloge de la banque Écossaise, laquelle fonctionnait sans intervention aucune de l’Etat écossais.

        • Sans intervention aucune ? Il me semble au contraire que la Bank of Scotland etc. émettaient de la monnaie papier par monopole octroyé par l’État…

          Mais ce n’est pas tout ce qui m’intéresse : quel niveau de prospérité, de stabilité et d’égalité cette période a-t-elle effectivement réalisé ? Comment se compare-t-elle aux trente Glorieuses ?

          Les enclosures et la paupérisation de masse aboutissant à une vague d’émigration écossaise me suggère que tout n’était pas rose, loin s’en faut. Si c’est la traditionnelle croissance libérale de la productivité retournée contre les salariés, ça ne m’intéresse pas…

      • @Jean-Baptiste B
        Aucune zone de free banking ne fut parfaite. L’Etat, par cupidité, a toujours tendance à se mêler de ce qui concerne la monnaie. Chaque intervention de l’Etat dans une zone de free banking eut une influence nuisible sur le bon fonctionnement de la monnaie.

        La « tragédie des communs » résulte de ce que la propriété privée produit plus de valeur qu’une zone exploitable par tous sans droit de propriété.

        La science économique n’est ni pas une science expérimentale. C’est un raisonnement cohérent sur des concepts validés. Les exemples du passé peuvent illustrer un raisonnement. Mais aucun épisode du passé ne rendra jamais juste un raisonnement erroné.

        La seule cause structurelle de la pauvreté est toujours et partout l’absence de respect de la propriété privée.

        • L’État est votre bouc-émissaire. Classique pour un Autrichien. Je vous ai donné un lien pour faire votre île paradisiaque sans État. Je n’ai jamais vu de pays prospère et décemment stable sans État, et j’attends de voir vos prouesses pour voir.

          « La seule cause structurelle de la pauvreté est toujours et partout l’absence de respect de la propriété privée. »

          La voilà, votre racine idéologique. Ah, si seulement on avait respecté le droit de propriété des rois et empereurs, le libéralisme s’épanouirait avec toutes ses merveilles ! Ah, non : ces guerriers eux-mêmes ne respectaient pas les droits de propriété de leurs voisins et accaparaient hommes, terres, etc.

          Pareil pour les puissantes entreprises, les fameux barons voleurs, dont nous avons l’exacte réplique à Wall Street, à Monsanto, etc. Les Autrichiens sont des niais : ils croient en un État de nature rousseauiste, d’une violence facilement régulée, de l’État source de perversion face au naturellement bon « bon sauvage ». Eh bien non. Relisez Hobbes, lisez René Girard, ou même simplement https://frappermonnaie.wordpress.com/2012/01/26/la-delicate-question-du-pouvoir/

      • @Jean-Baptiste B
        Un bouc-émissaire est une victime totalement étrangère à une affaire et qu’on accuse injustement. L’État prend, par les impôts, la moitié de la production des habitants. Il prétend être responsable de multiples fonctions sociales. Lorsqu’une de ces fonctions dysfonctionne, il est légitime de dire que l’État en est responsable. C’est l’État lui-même qui revendique cette responsabilité.

        L’analyse économique autrichienne est puissante et pertinente. Elle ne vise pas à s’installer dans une ile paradisiaque. Vous faites un contre-sens sur l’école autrichienne d’économie.

        Vous dites n’avoir pas vu de pays prospère sans État. D’une part l’analyse économique autrichienne ne présuppose pas l’absence de l’État. Votre critique ne convient donc pas. D’autre part, ce n’est pas parce qu’une chose n’aurait jamais existé, qu’elle serait impossible ou nuisible. Là encore, votre raisonnement est fautif.

        Vous enchainez ensuite sur une autre erreur de Logique en disant « j’attends de voir vos prouesses ». D’une part, on ne juge pas de la justesse d’une théorie par les faits, mais par la cohérence du raisonnement. D’autre part, cet argument ad hominem n’a aucune pertinence.

        Vous avez choisi un ton ironique et méprisant pour traiter un sujet de débat d’une importance primordiale. Le droit de propriété est le concept clé du Droit et de l’économie. C’est un débat essentiel depuis dix siècles. Néanmoins votre ton ironique rend impossible ma réponse. Et je le regrette.

        • « D’une part, on ne juge pas de la justesse d’une théorie par les faits, mais par la cohérence du raisonnement. »

          C’est la définition du raisonnement idéologique : le mépris des faits au profit de la cohérence interne, le plus sûr moyen de transformer les légères erreurs d’appréciation initiales en monstrueuses divergences entre la théorie idéologique et la réalité des faits…

      • @Jean-Baptiste B
        Une particularité de l’école autrichienne d’économie est de soutenir que la science économique est une science exacte fondée sur le raisonnement et des concepts validés. Elle réfute, a priori, les théories fondée sur l’Histoire, ou sur des concepts indéfinissables. Le philosophe Karl Popper avait écrit « Misère de l’Historicisme » pour dénoncer les théories fondées sur l’observation des faits historiques. La réalité des faits n’existe qu’au travers d’un regard, au travers d’une analyse critique de ces faits.

        Le terme « idéologie » aurait convenu bien à l’école autrichienne si ce mot n’avait pas été associé à des comportement intellectuels fautifs. Je préfère donc l’éviter puisque ce mot est devenu péjoratif, voire insultant.

        Une théorie ne méprise pas les faits. Elle les explique. Un fait en lui-même ne parle pas. La théorie l’explique. Et toute théorie utilise des concepts, car ils sont nécessaires au raisonnement.

        • « La réalité des faits n’existe qu’au travers d’un regard, au travers d’une analyse critique de ces faits. »

          Donc, si on cesse de regarder un fait, il n’existe plus. Par exemple, une civilisation s’éteignant il y a des millénaires cesse de ce fait d’exister, avant de resurgir du néant lorsque des archéologues tombent sur les lieux où il y avait des vestiges, et où ces vestiges réapparaissent mystérieusement au moment où les archéologues cherchent.
          Pratique ! Il n’y a plus de divergence possible entre les faits et leurs interprétations.

          « Le terme “idéologie” aurait bien convenu à l’école autrichienne si ce mot n’avait pas été associé à des comportement intellectuels fautifs. Je préfère donc l’éviter puisque ce mot est devenu péjoratif, voire insultant. »

          Oui, je suis bien d’accord, l’école autrichienne est une idéologie et elle ne répugne à l’avouer que parce qu’elle a pris conscience de la connotation péjorative de la chose. Un peu comme les gens qui ne s’avouent pas fascistes aujourd’hui, ou ceux qui ne s’avouent pas communistes aux États-Unis…

          J’ajoute que Destutt de Tracy aussi ne voyait pas de connotation péjorative lorsqu’il a créé le terme idéologie. Au contraire. Et comme vous, il voulait absolument que là où il pense qu’il n’y a rien, il n’y ait rien aussi dans la réalité, qu’il n’y ait aucun jeu entre l’interprétation et l’interprété. Depuis, tout le monde a compris sauf quelques uns dont les Autrichiens.

      • @Jean-Baptiste B
        Nous sommes rendus à un point hélas! bas de notre intéressant débat. Je ne souhaite pas répondre à l’accusation de raisonnement idiot qui prétendrait qu’un chose n’existât plus dès qu’elle quitte le champ de ma vision.

        Je ne souhaite pas discuter pour savoir si les économistes autrichiens seraient d’immondes fascistes. C’est nauséabond. Surtout lorsqu’on sait que ces économistes ont fui le socialisme hitlérien pour se réfugier dans des pays plus respectueux de la liberté.

        Je ne souhaite pas non plus discuter pour savoir si Destutt de Tracy aurait été un gros nul incapable de raisonner correctement. Je ne souhaite pas non plus me défendre d’être un aussi gros nul que Destutt de Tracy.

        • Vous vivez vraiment tout au premier degré. Si on lit sans le moindre recul ce que j’avais écrit, les libéraux autrichiens seraient fascistes ET communistes. Donc, même au premier degré, on peut quand même soupçonner que je ne fait un parallèle que sur l’aspect idéologique de leurs pensée et leur caractère inavouable dans une société contraire. Si ça peut vous rassurez, à choisir entre communistes, fascistes, et libéraux autrichiens, je préfèrerai encore les libéraux, quoiqu’il faille le solide espoir de pouvoir renouer avec l’esprit de Keynes, et de tous les penseurs économiques qui ne se sont pas enfermés dans l’ornière idéologique individualiste/collectiviste (chacun ne concevant rien entre les deux), avec des auteurs comme Walras, Knapp ou Allais pour ne pas me suicider.

          Il est très pénible de discuter avec vous, gidmoz, quand on fait dans la nuance, vous récusez ces nuances au nom de votre vision en noir et blanc (x a pour seule et unique cause y, j’ai compris cela, je réduis l’univers à cela).

          Ensuite, il ne suffit pas de se réfugier depuis un pays idéologique vers un pays plus libre pour avoir un brevet d’anti-idéologie. Ça suggère plutôt un brevet d’inefficacité anti-idéologique…
          En l’occurrence, il suffit de voir les libéraux se complaire avec Pinochet, laisser la porte ouverte à la Chine communiste et actuellement s’asseoir sur les démocraties européennes pour soupçonner que ces libéraux n’aient une vision que très utilitariste de la liberté de ceux qu’ils veulent régenter : si ça les importunent trop, eh bien, les asservis n’ont qu’à mieux se défendre ! C’est de leur faute si ça ne coûte pas plus cher de les asservir !

        • @ Gdimoz

          Il semble écrit rien que pour toi : « Le capitalisme rend le socialisme acceptable » sur le très bien nommé Capitalisme Pragmatique, j’ajoute que réciproquement le socialisme rend le capitalisme acceptable…

      • @Jean-Baptiste B

        Dans cette citation Stiglitz dit « L’introspection – et, plus encore, un regard sur mes semblables – m’a convaincu… ». L’introspection est au fondement de la praxéologie de Von Mises. La praxéologie est le fondement de l’école autrichienne. La rationalité humaine est au coeur de la question du Droit, donc de la science économique.

        Rothbard est un économiste de l’école autrichienne. Il démolit les thèses des autres manières de voir l’économie. Si vous lisez Rothbard, il y aura un avant Rothbard et un après Rothbard. Je vous suggère « économistes et charlatans ». Ce livre « économistes et charlatans » est disponible sur certains sites internet. C’est un ouvrage universitaire, donc truffé de nombreuses références à ses collègues économistes. Néanmoins, ce livre se lit avec passion, comme on découvre un continent inconnu.

        • Une fois de plus, c’est Hayek qui ressort très rehaussé de la comparaison avec les autres membres de l’école autrichienne.

          « Tout compte fait, je ne suis pas absolument persuadé que les nombreuses discussions sur la méthode scientifique, lors des dernières décennies aient, malgré leur grande qualité, conduit à améliorer notablement les travaux que les savants publient aujourd’hui. J’ai moi-même été un lecteur assidu de ces publications, et elles m’ont certainement appris à éviter bien des erreurs. J’en ai tiré la conclusion qu’il est beaucoup plus difficile que je ne l’imaginais de mettre au point des théories utilisables et qu’il y a bien des pièges difficiles à éviter. Malheureusement, une bonne partie de ces textes impliquent qu’il existe une procédure, simple et facile à apprendre, qu’il suffirait de respecter soigneusement pour arriver à des résultats de qualité. Or, c’est ce dont je suis de moins en moins convaincu. »

          Hayek avouait ouvertement que son système de pensée était une foi. Rothbard réessaie beaucoup plus résolument de faire passer ses théories pour de la science. Cela donne des apories du style « le collectif n’existe pas, il n’est qu’une collection d’individu ». Comme si un collectif n’émergeait jamais des individus, comme si tous les individus associés en communautés s’étaient tous toujours trompés, comme si une collectivité telle que « l’entreprise » ne pouvait pas exister. Comme si personne ne pouvait se dévouer à un idéal, ou à son projet, et souhaiter qu’il se perpétue, le trouver beau et y travailler, quand bien même la chose dépasserait de très loin sa petite personne. Certes, il ne faut ignorer l’individu sous prétexte du collectif, mais il ne faut pas ignorer le collectif sous prétexte de l’individu. Rothbard reproche aux déterministes leur réductionnisme, leur prétention à tout réduire à un système réduit de variables et d’équation. Très bien. Mais il cherche à réduire le collectif à de simples lois individuelles. Il fait la même chose que ce qu’il reproche à d’autres, seulement avec des valeurs implicites (pas si implicites d’ailleurs) différente, et vous voudriez que je vous déclare les seuls vrais !
          je ne suis pas sorti d’un obscurantisme pour tomber dans un autre. Je ne tomberai pas dans ces dénis du réel nouvelle manière (en fait ancienne manière, parce que je fus libéral et aie même tenté d’être libertarien pour sauver mes convictions).

          Mais revenons à vous, car vous fuyez en essayant de m’obliger à être un expert ès école autrichienne pour avoir le droit de pointer vos erreurs.
          « Un bouc-émissaire est une victime totalement étrangère à une affaire et qu’on accuse injustement. L’État (…) prétend être responsable de multiples fonctions sociales. Lorsqu’une de ces fonctions dysfonctionne, il est légitime de dire que l’État en est responsable. C’est l’État lui-même qui revendique cette responsabilité. »
          D’abord j’élimine votre vision en noir et blanc : non il ne faut pas être totalement innocent et encore moins totalement étranger pour être un bouc-émissaire. Au contraire, un peu de culpabilité aide à croire que le bouc-émissaire n’en est pas un, donc qu’on peut le lyncher en se refaisant une parfaite bonne conscience (le but de la technique du bouc-émissaire). Ainsi, je mentionnais que ce qui allait devenir le souverain était délibérément poussé à la faute la future victime sacrifiée. Ainsi, Hans Staden restitue Nus, Féroces et Anthropophages,) une scène autrement incompréhensible : avant de procéder à un sacrifice et de dévorer la victime, les Tupinambas laissent les femmes l’insulter et la poussent à répliquer, afin d’attester de sa nature maléfique et coupable, si la victime ne s’y prête pas, tout le monde redouble d’effort et la pousse à suivre scrupuleusement le rituel. Plus près de nus, il y a la fable des Animaux malades de la peste, où le fait que le baudet ait brouté une raie d’herbe ne lui appartenant pas est la faute inexpiable, prétexte à en faire le bouc-émissaire. Vous même vous tenez à votre bouc-émissaire : à la fois vous adhérez à des théories qui nient le collectif (la récusation sur « “l’Angleterre” ou “la France”auraient couru, parce qu’“elles perdaient leur or” »…), et à la fois vous tenez à le rendre coupable de tout, plutôt que de considérer sa culpabilité comme aussi illusoire que le reste. Ça correspond point à point à une attitude inconsciente à l’égard d’un bouc-émissaire : bon à rien, coupable de tout. Sans nuance.

          « Elle ne vise pas à s’installer dans une ile paradisiaque. Vous faites un contre-sens sur l’école autrichienne d’économie. » Bon alors, Peter Thiel, un entrepreneur à succès comme Rothbard les vénère, fait aussi un contre-sens, et pareil pour tous les libertariens (j’inclus les anarcho-capitalistes)… Encore une fois, Hayek était plus pénétrant que les autres Autrichiens, plutôt que de prétendre à une science rationnelle, il comprenait la dynamique libérale même s’il n’en saisissait pas toutes les implications : « En fait, leur thèse n’a jamais été ni orientée contre l’État en tant que tel, ni proche de l’anarchisme – qui est la conclusion logique du laissez-faire ; elle a été une thèse tenant compte, à la fois, des fonctions propres de l’État et des limites de son action. » (von Hayek Friedrich August, La Constitution de la liberté, Litec, Paris, 1994 (1960), XXVII+530 p., p. 59) Thiel est juste plus logique avec les principes libéraux que les partisans autrichiens du libéralisme. De la même manière que David D Friedman a succédé à Milton Friedman, les anarcho-capitalistes succèdent aux Autrichiens. Ils sont vos enfants naturels. Pour vous donner de l’espoir, les anarcho-capitalistes étant encore moins praticables que les Autrichiens, toujours en raison du caractère idéologique, ils ont encore moins de chance de parvenir au pouvoir, à l’instar des maoïstes cyniques ayant finalement dominé les gardes rouges plus fidèles aux principes de Mao, lorsque leur anarchisme fut trop ingérable pour ne plus succomber à leur tour sous la répression. Et pour vous ôter de l’espoir, ça fait longtemps que les élites ne croient plus à la version autrichienne du libéralisme et n’utilise vos principes que très cyniquement, vous êtes donc très loin de revenir au pouvoir.

          « ce n’est pas parce qu’une chose n’aurait jamais existé, qu’elle serait impossible ou nuisible. Là encore, votre raisonnement est fautif. Vous enchainez ensuite sur une autre erreur de Logique en disant “j’attends de voir vos prouesses”. D’une part, on ne juge pas de la justesse d’une théorie par les faits, mais par la cohérence du raisonnement. D’autre part, cet argument ad hominem n’a aucune pertinence.» Je n’ai jamais dit qu’une chose n’ayant jamais existé n’est ni possible ni souhaitable ! Ce blog est dédié au néochartalisme, une théorie jamais pleinement appliquée et que j’estime éminemment souhaitable ! Au contraire malgré que je sois extrêmement dubitatif quant à la solution libérale, je vous invitais à montrer vos exploits, que votre île soit anarcho-capitaliste, minarchiste, ou avec encore plus étatique. Vous me seriniez que l’âge d’or du free banking existe et que seul les « monopoles » de l’État (qui confine à sa simple existence si on vous lit), je vous répondais que je croyais que c’était un mythe et l’obstacle de l’État un prétexte. Je demandais simplement à voir pour croire, que les plus convaincus, façon Thiel, commencent, pour ma part je ne viendrai qu’ensuite si c’est concluant, venant grossir le flot de l’humanité marchant vers la liberté (insérer musique lyrique et tableaux allégoriques). Ça n’a rien d’ad hominem, pas plus envers vous qu’envers Thiel, c’est juste que si le raisonnement est si cohérent, il devrait pouvoir être mis en pratique… Voyez que c’est beaucoup plus nuancé. Cessez de tout voir en noir et blanc, ça vous fait cumuler les fautes logiques.

          « Néanmoins votre ton ironique rend impossible ma réponse. Et je le regrette. » Ne prenez pas vos grands airs ! Ces deux phrases concluent une réponse, et précède deux autres. Ça ne doit pas être si impossible que cela !

          « Dans cette citation Stiglitz dit “L’introspection – et, plus encore, un regard sur mes semblables – m’a convaincu…”. L’introspection est au fondement de la praxéologie de Von Mises. La praxéologie est le fondement de l’école autrichienne. La rationalité humaine est au coeur de la question du Droit, donc de la science économique. »
          Oui. ce n’est pas pour autant qu’elle est apte à en supporter seule le poids… Stiglitz par exemple, cherche à l’étayer avec quelques arc-boutants, les néochartalistes aussi. Mieux vaut ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier…

          « Rothbard est un économiste de l’école autrichienne. Il démolit les thèses des autres manières de voir l’économie. Si vous lisez Rothbard, il y aura un avant Rothbard et un après Rothbard. Je vous suggère “économistes et charlatans”. Ce livre (…) se lit avec passion, comme on découvre un continent inconnu. »
          Eh bien non, j’ai déjà lu des Autrichiens, et du meilleur (Hayek, Schumpeter). À côté, Mises et Rothbard, comme je peux maintenant l’attester à la lecture, sont de piètre idéologues, quoique au-dessus du tout-venant. J’ai été libéral. Mais je suis dans l’après de l’après, et lire ROthbard me donne la sensation d’en revenir au Tupinamba (ou presque)… Pour moi, le tout dernier après en date est le néochartalisme, pas l’école autrichienne nostalgique du XIXème siècle et ressuscitée au XXème par réaction aux monstruosités totalitaires…

  2. Sophie

     » Non, vraiment, le surplus budgétaire ne sert qu’à plonger le secteur privé en dépression «  rejoint tout à fait l’article de Bernard Vallageas (Keynésien circuitiste)
    http://www.attac.org/sites/default/files/POURQUOI%20LES%20ETATS%20SONT%20d%C3%A9ficitaires.pdf

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