Pourquoi le libéralisme dégénère toujours

En lisant une recension intitulée Quand nos comportements déroutent les économistes sur La Vie des idées, j’ai pu vérifier une énième fois ce que je tiens pour l’aporie constitutive du libéralisme donc la raison pour laquelle il dégénère toujours. Voic d’abord l’essentiel de la recension :

Avec son ouvrage The Tyranny of Utility, Gilles Saint-Paul, professeur d’économie et membre de l’école d’économie de Toulouse, (…) présente comment les développements de l’économie comportementale ont considérablement affaiblit l’hypothèse standard en économie de la rationalité de l’individu, pour au contraire favoriser l’émergence d’une conception de l’individu aux personnalités multiples (multiple selves) et incohérentes. Comme l’indique Saint-Paul, la science économique était jusqu’à encore récemment le dernier refuge de la conception rationaliste de l’individu héritée des philosophes des Lumières. Cette conception a été historiquement entretenue par les économistes au travers de la fameuse figure de l’homo economicus. À cet égard, l’une des vertus de cet ouvrage est de parfaitement résumer ce que renferme le concept de rationalité pour un économiste : la rationalité d’un individu se définit par la possession de préférences sur un ensemble de résultats et par le fait que ces préférences sont cohérentes (l’axiome de transitivité). (…)

L’auteur souligne à juste titre que ces postulats sur la rationalité individuelle n’ont jamais eu de fondements empiriques. Bien au contraire, les hypothèses comportementales posées par les économistes dès le début du XXe siècle ont d’abord eu une justification méthodologique (…)

Toutefois, les résultats issus de l’économie comportementale depuis une vingtaine d’années sont venus considérablement affaiblir la conception rationaliste de l’individu, remettant en cause au passage la définition du rôle économique de l’État. (…) Dans ce cadre, le principe des préférences révélées n’est plus opérationnel puisque rien n’indique que les choix d’une personnalité reflètent les préférences d’une personnalité future ou alternative. Par conséquent, en même temps que la conception traditionnelle de la rationalité, ce sont les fondements des limites utilitaristes à l’intervention de l’État dans l’économie qui s’écroulent, ouvrant la voie au paternalisme. (…)

De ce point de vue, le cadre standard de l’analyse économique est totalement compatible avec une forme ou une autre de paternalisme, dès lors qu’il est scientifiquement avéré qu’un tel paternalisme est socialement efficient. On voit alors apparaître ce que l’auteur nomme le « paradigme post-utilitariste » (p. 65) : une tentative de reconstruire les préférences sociales lorsque des biais comportementaux ont été identifié. Ce paradigme post-utilitariste ouvre la voie à une multitude d’interventions plus ou moins intrusives : restrictions des choix, taxation atteignant parfois des niveaux quasi-prohibitifs, internalisation de pseudo-externalités telles que l’envie, manipulation des préférences et des croyances (éventuellement par la divulgation de fausses informations comme ce fut le cas en France lors de l’accident nucléaire de Tchernobyl). L’auteur s’emploie à montrer à quelles extrémités cette logique a déjà conduit : dans la mesure où un individu ne peut plus être totalement tenu pour responsable de ses actes (puisqu’il est fait de personnalités multiples), les schémas incitatifs traditionnels de l’économiste ne sont plus opérationnels. Des mesures préventives plus ou moins coercitives sont alors recommandées. Dans d’autres cas, il sera économiquement efficient de reporter la responsabilité des actes d’un individu non-rationnel sur un individu rationnel, par exemple en rendant responsable le patron d’un bar pour les actes commis par ses clients sous l’effet de l’alcool, y compris hors de son établissement. (…)

La nature philosophique de l’argument est pleinement assumée par l’auteur : à plusieurs reprises en effet, il indique qu’il est inutile de chercher à discuter les résultats de l’économie comportementale sur le terrain scientifique. (…) L’argument déployé par Saint-Paul présente quelques ressemblances frappantes avec celui développé par Friedrich Hayek dans son ouvrage La route de la servitude, notamment quant à l’idée sous-jacente de la « pente savonneuse ». Même si en apparence les mesures paternalistes justifiées par l’économie moderne sont bénignes, elles reflètent une normalisation de l’intrusion de l’État dans la vie privée des citoyens qui ne pourra que s’accroître au fur et à mesure que les économistes, les psychologues et les neurologues documenteront toujours plus de biais comportementaux. Cette évolution ne peut à terme que rentrer en contradiction avec le principal libéral fondamental du caractère premier de la liberté individuelle (et du principe de responsabilité qui l’accompagne). Le problème de cette démarche est toutefois évident : le lecteur ne sera convaincu par l’argument de Saint-Paul que s’il accepte ses prémisses libérales selon laquelle la liberté est une valeur fondamentale qui ne souffre d’aucune exception, et ce quelques soient les circonstances.

Il est savoureux de noter que l’utilitarisme fut idéologiquement développé par les libéraux pour s’assurer de l’émancipation contre les valeurs alors officiellement régnantes. Puis, lorsque le collectif ainsi refondé produisit une longue mutation consistant à démontrer la fausseté idéologique de l’utilitarisme et à le rénover de manière à meiux orienter la communauté (travail beaucoup plus difficile à réaliser collectivement qu’individuellement, comme l’illustre le Nobel d’économie Stiglitz), le libéralisme s’insurge, s’effare, s’étrangle.

Il y a toujours un rapport aux valeurs, dans les jugements. Chez les libéraux aussi. On peut même affirmer sans risque que le travail philosophique sert moins à comprendre le fonctionnement du monde qui nous échappe trop en définitive pour réussir pareille aventure, qu’à vanter certaines valeurs, à démontrer tout ce qu’elles peuvent accomplir, toute l’harmonie qu’elle peuvent apporter. Le choix des valeurs, lui, relève très largement de l’irrationnel, au contraire, et procède de la personnalité, d’un émerveillement inexplicable ou d’un traumatisme inavouable, ou encore du simple mimétisme, par exemple héréditaire, quand ce n’est pas largement de l’indétermination flottante. Une fois certaines valeurs reçues comme des révélations, l’individu raisonne et juge le reste à partir desdites valeurs. Certains l’assument, comme Hayek déclarant que son adhésion au libéralisme est une foi, d’autres finissent par croire complètement en leur montage théorique et se prennent pour des architectes de l’univers comme Milton Friedman1.

Officiellement pourtant, l’utilitarisme a été abandonné par le libéralisme2. Alors pourquoi s’inquiéter ? Parce que justement, la structure logique destinée à rassurer l’irrationalité humaine est percée, on retrouve le chaos que tente de juguler l’humanité. Ce sont les valeurs qui sont essentielles, celles-là mêmes que le marché utilitariste prétendait reléguer au second plan, et ce sont les constructions rationnelles les étayant qui sont secondaires. Plus le maillage théorique est serré, plus tout se tient, plus la moindre faille peut emporter tout l’édifice, même si elle ne concerne que de vieilles fondations déjà doublées de la structure. Aussitôt, l’auteur Gilles Saint-Paul revoit surgir l’hydre aux têtes innombrables. Doté du post-utilitarisme comportementaliste, l’État ment lors de catastrophe comme Tchernobyl (Alors qu’avant, il ne le faisait pas, c’est bien connu.), il s’immisce au point de menacer les libertés fondamentales, par exemple en imposant des photos choquantes sur les paquets de cigarettes. Sans surprise pour un tel partisan idéologique (dont le système d’idée est tout, la théorie tente de phagocyter le réel.), et à l’instar de Friedman ou de Hayek, Gilles Saint-Paul recommande la récession et le chômage afférent plutôt qu’un assouplissement du cadre monétaire. Il a raison en revanche de pointer que l’inflation des produits de base, mais ne dit pas un mot sur l’origine financière de l’inflation par bulles spéculatives, pas un mot sur la captation du pouvoir par la finance. C’est vrai qu’en comparaison, les photos de poumons cancéreux de fumeurs invétérés sur des paquets de cigarettes sont décisives. Non, l’État n’est pas le bouc-émissaire des libéraux. Non, leur science ne se résume pas à lui imputer toujours plus de fautes. Comment des esprits aussi libres et modernes que ceux des libéraux pourraient être prisonniers d’archaïsmes aussi aliénants !

Émerveillés par ce que les individus peuvent spontanément arranger, les libéraux ont comme une révélation religieuse, et leur théologie consiste à ne plus voir, ou de plus en plus mal, ce que le collectif gère de ce que les individus ne parviennent pas à gérer spontanément. La dynamique en est philosophique : une fois la liberté posée comme principe premier, la pensée oscille entre la liberté englobant tout comportement, mais elle n’est alors plus capable d’éclairer le jugement, soit au contraire en définissant précisément chaque empiètement par rapport à une liberté absolue, et en visant à les éradiquer, mais alors, la liberté peut devenir la feuille de vigne de l’oppression d’autant plus sûrement qu’elle ne possédera aucun recours puisque la chose fut jugée dans l’absolu. Les libéraux masquent la chose en invoquant le fragile compromis de valeurs existant La première s’est fourvoyé dans l’avènement du nazisme, légal et légitimé par le vote démocratique ainsi que les décisions des élites au pouvoir. La seconde s’est fourvoyé dans le laisser-tuer, laisser-mourir de la tragédie des communes en Écosse, de la misère des grandes dépressions dont celles des années 1930, avec leur fatalisme, répondant à tous ces gémissements « Ainsi vous êtes libres. » ce qui rend odieuse la liberté et qui a préparé une réaction tout aussi idéologique sous la forme des totalitarismes.

Les néochartalistes apprécient beaucoup la valeur de la liberté, et la revendiquent. Mais ils pensent qu’elle ne se suffit pas à elle-même, et ils adhèrent naturellement (il y a des exceptions) également à d’autres valeurs, comme la solidarité, la tolérance et le sens de la communauté. C’est ce qu’expriment des projets comme l’Employeur en Dernier Ressort. On retrouve parmi les penseurs qui ont refusé de choisir entre solidarité et liberté des grands noms comme Léon Walras (et non la caricature qu’on en donne généralement), John Maynard Keynes, ou Maurice Allais. Tous voyaient dans l’antagonisme inexpiable entre libéralisme et socialisme une aberration stérilisante, et aucun n’en concevait qu’un simple ralliement au libéralisme économique comme le Parti Socialiste actuel. Je pense même que là réside le principal échec de Keynes : répugnant à s’imposer sur le terrain philosophique, il n’a pas répondu aux angoisses irrationnelles terrées au fond de notre humanité. Cela a permis à la fiction de l’État devant se financer de survivre d’extrême justesse, puis de lui refaire jouer son rôle de bouc-émissaire (victime expiant pour l’incapacité des autres à trouver suffisamment de sens qu’en rejetant sur elle la culpabilité de leurs malheurs) lorsque l’inflation survint et de l’imputer à son déficit public, avant de toujours plus le rabaisser, jusqu’à remettre en cause toute nos solidarités.

Mais là, le néochartalisme n’étant pas plus une philosophie, mais une simple théorie économique, le risque est grand qu’il ne fasse que gagner un répit en proposant un fonctionnement concret aux valeurs attaqués de solidarité, etc. sans éviter un retournement du même type que celui qui a emporté le keynésianisme. Cela ferait toujours de nouvelles Trente Glorieuses, la période la plus prospère, stable et égalitaire de toute l’histoire de l’humanité. Et il n’est pas dit qu’on ne trouvera pas la solution d’ici là.

PS : L’article L’autre dogme libéral poursuit cette réflexion sur l’utilitarisme, le besoin idéologique qu’il satisfait, et les conséquences pratiques désastreuses qu’il amène.


Notes :

(1) Et encore. Vers la fin de sa vie, Milton se range presque à l’avis de sa femme :

J’ai toujours été impressionnée par la possibilité de prédire les vues positives [scientifiques] d’un économiste par ma connaissance de son orientation politique, et je n’ai jamais été capable de me persuader que l’orientation politique était la conséquence des vues positives. Mon mari continue à résister à cette conclusion, sans conteste en raison de sa répugnance à croire que ses propres vues positives peuvent être ainsi expliquées et sa générosité caractéristique à attribuer des motivations différentes des siennes. (…)

Comme Rose l’a dit, dès 1976, quand ses remarques furent imprimées, je glissais déjà dans sa direction. Je dois confesser que j’ai continué à glisser dans cette direction et que je suis bien moins confiant aujourd’hui d’avoir raison que je ne l’étais il y a plus de quatre décennies quand j’ai écrit cet article de méthodologie qu’elle avait cité.

Friedman Milton & Rose, Two Lucky People, The University of Chicago Press, Chicago, 1998, xii + 660 p., p. 217-219

(2) L’emphase est mienne.
Schumpeter Joseph Aloïs, Histoire de l’analyse économique : I – L’âge des fondateurs, Gallimard, Paris, 2004 (1954, 1983), XVIII+519 p., p. 421-422 :

Mais n’oublions pas que ce que fut la théorie « subjective », ou de l’« utilité » des prix, qui eut le vent en poupe, jusqu’à ce que l’influence de la Richesse des Nations, et spécialement celles des Principes de Ricardo, s’affirmât. Même après 1776, cette théorie prévalut sur le Continent et il y a une ligne continue de développement de Galiani à J.-B. Say : Quesnay, Beccaria, Verri, Condillac et bien d’autres de moindre renom contribuèrent à la fonder de plus en plus solidement. Tous, ils relièrent directement le prix et le mécanisme de sa formation à ce qu’ils concevaient comme étant le but fondamental de l’activité économique, la satisfaction des désirs. Tous acceptèrent la définition que Cantillon donne de la richesse [en fr.], non seulement comme une phrase oubliée aussitôt que prononcée, ou, comme dans le cas de Smith, dont on se souvient seulement pour recommander telle ou telle politique, favorable aux consommateurs, mais bien comme un point de départ pour l’analyse des prix. Qui plus est — et cela s’applique à chacun d’eux —, le phénomène des prix prenait racine dans le calcul des plaisirs et des peines, exactement comme ce fut le cas pour Jevons. De ce point de vue, ils étaient benthamistes avant la lettre et benthamistes plus convaincus que ne devait l’être les partisans de cette doctrine parmi les économistes anglais. Ainsi ne furent-ils pas seulement les précurseurs des « subjectivistes » dans la seconde moitié du XIXe siècle, mais encore ils scellèrent la déplorable alliance entre la théorie de la valeur et l’utilitarisme qui devait devenir si embarrassante un siècle plus tard.

Schumpeter Joseph Aloïs, Histoire de l’analyse économique : III – L’âge de la science, Gallimard, Paris, 2004 (1954, 1983), 710 p., p. 28-9 :

Mais Marshall affirmait avoir une certaine sympathie pour les objectifs socialistes et parlait sans autre précision ni restriction des « maux de l’inégalité » ; c’est aussi le premier théoricien qui ait prouvé théoriquement que le laissez-faire, même en cas de concurrence parfaite et indépendamment de ces maux de l’inégalité, n’assurait pas le bien-être maximal à la société dans son ensemble ;  et il était favorable à une forte imposition, plus qu’il n’est compatible avec un libéralisme authentique. Cela s’applique à la plupart des économistes anglais. Le fait qu’on les classe comme « libéraux » tient au solide soutien qu’ils ont apporté à la liberté du commerce et aussi peut-être à ce qu’on ne prête pas suffisamment attention aux métamorphoses du credo du parti libéral anglais dont nous avons parlé ci-dessus. La plupart des économistes allemands étaient des piliers de la Sozialpolitik et des adversaires farouches des émules de Smith et de l’école de Manchester. Dans l’ensemble, les économistes de tous les pays soutenaient politiquement les tendances contraires au libéralisme plutôt que les tendances libérales encore dominantes. En ce sens , nous pouvons dire que l’alliance entre la science économique et le libéralisme — et, à quelques exceptions près, entre la science économique et l’utilitarisme — était brisée.

13 Commentaires

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13 réponses à “Pourquoi le libéralisme dégénère toujours

  1. @Jean-Baptiste B
    Dans votre citation, l’économiste Gilles Saint-Paul pose la question de la rationalité de l’homme et ses conséquences en science économique. Un juge doit s’appuyer sur un droit qui ne dépend pas de l’individu qui exerce ce droit ou qui le transgresse. Ce droit doit aussi être connu apriori, afin que chacun sache, a priori, s’il agit selon son droit, ou bien en violation du droit d’un autre. Ce sont des conditions nécessaires de toute norme de Droit cohérente.

    Les considérations psychologiques individuelle sur la rationalité ne peuvent pas exister dans une norme de Droit. Ces considérations seront seulement des circonstances pour la sévérité de la punition dans le cas d’une violation du droit d’autrui. S’il n’est pas possible de connaitre a priori le droit de son action, il ne peut exister ni acte juste, ni acte injuste. Donc aucun Droit opérationnel dans une société.

    Toute norme de Droit est contrainte de postuler la responsabilité de l’individu. Certains individus sont juridiquement irresponsables. Un autre individu est alors civilement responsable d’un tel individu. Ainsi, un enfant, un malade mental, un vieux perdant la tête.

    La raison d’être de la responsabilité est certes, que l’homme est capable de raison, capable aussi d’exercer son libre-arbitre. La religion catholique rappelle que chacun est seul responsable de ses actes. Il ira au paradis ou en Enfer selon ses choix de vie, selon ses actes et selon ses pensées. Un telle norme de droit se fonde sur la responsabilité et ignore la question de l’étendue de la rationalité humaine. Cette rationalité minimale est postulée pour faire exister la nécessaire norme de Droit. La responsabilité est la capacité à répondre devant un tribunal.

    Le discours sur une rationalité absolue ou relative n’a pas sa place dans une norme cohérente de Droit.

    J’en viens maintenant à la science économique. La science économique est l’analyse de la création de valeur par chacun. Comment chacun acquiert un droit de propriété sur une chose. Comment ces droits se forment. Comment chacun dispose du droit de jouir d’une chose. La science économique n’aurait aucun sens si elle ne se fonde pas sur le droit de propriété individuel.

    Les principes de la science économique doivent donc ignorer l’évidente rationalité relative de tous les hommes. Ces principes doivent aussi nécessairement ignorer leurs faiblesses physiques et mentales, toutes aussi évidentes. La science économique se fonde sur le droit de propriété, se fonde sur une norme de Droit qui ignore nécessairement la rationalité relative.

    • D’où votre conclusion commune : « Il n’y a qu’à laisser crever. » Bizarrement, ça n’emporte pas mon adhésion, et à beaucoup d’autres non plus. Allez savoir pourquoi.

      • @Jean-Baptiste B
        Vous seriez bien aimable d’éviter de m’insulter. Je n’ai pas prononcé la citation ignoble que vous citez. Si vous ne comprenez pas ce que j’écris, vous pouvez me demander d’expliciter.

        • @ gidmoz
          Lorsque la réalité diverge trop avec votre cadre de pensée, plutôt que de retoucher votre cadre de pensée, vous préférez sauver les principes en laissant dépérir tout ce qu’y échappe au cadre. C’est ça « le choix du chômage » de masse lié dans cet article. Et ne croyez pas qu’il n’y ait jamais de mort, jamais de suicides et autres parmi ces toujours plus nombreuses trajectoires brisées. Il ne s’agit pas juste de jouets moins fabuleux pou les enfants à Noël.

          Quand on arrive à une telle divergence entre le réel et la théorie, alors même que la théorie était censée apporter prospérité universelle et égalisation des conditions telles que les chantaient Bastiat, la dérive idéologique est évidente (dérive que vous revendiqueriez si elle n’était pas socialement si réprouvée), on se précipite pour modifier la donne, quitte à prudemment improviser par essais et erreurs dans un premier temps.

          Mais non, vous vous êtes rassurés à bon compte avec une théorie qui stipule qu’en dehors de sa petite cohérence interne il n’y a rien. Alors lorsque vous découvrez qu’il y a quelque chose malgré tout, et préférant votre confort théorique, vous choisissez de « réduire à rien » les témoins gênants. En clair, vous culpabilisez ce qui dépasse du cadre comme étant la source de tous les maux, ça innocente votre système, et vous en faites des boucs-émissaires, dont le déchaînement contre eux aide à restaurer votre équilibre mental en restaurant à l’horizon votre vision idyllique. Moins vous croirez en l’idylle, plus vous deviendrez de cyniques sacrificateurs, jusqu’à ce que vous vous suicidiez vous-mêmes par dégoût (phase ultime qui ne survient pas nécessairement). C’est la rançon du « Il n’y a pas de meilleur monde possible » (c’est même parce que ceux qui ont une trajectoire brisée pensent une telle chose qu’ils en arrivent à une telle extrémité). Je vous plains donc, je crois vraiment que votre enfermement idéologique est sans issue (autre que ne plus croire en l’idéologie bien sûr), à terme. Un jour vous aussi, vous aurez un moment de faiblesse, et vous constaterez sur votre propre personne à quel point votre système peut-être impitoyable. Je vous souhaite sincèrement d’avoir encore des ressources et de rebondir à temps. Parce que pour les autres, le néant ne cesse de grossir en absorbant tous les perdants, toujours plus nombreux, du système actuel, et ils ne seront pas rien indéfiniment, comme on peut le constater en Grèce ou en Islande. Et ne me dites pas que si le vrai libéralisme, autrichien, avait été appliqué, rien de mal ne serait arrivé. C’est aussi crédible que les communistes rejetant toutes les tentatives de réalisations du communisme, en commençant par l’URSS, comme trop incomplètes voire trop détournées pour être versées au dossier…

          PS : encore une fois ne montez pas sur vos grands chevaux. Vous ne cessez pas de caricaturer grossièrement mes propos, mais je ne m’estime pas insulté pour autant. Je ne m’estime pas traité de con à chaque fois que vous m’assénez qu’en dehors de vos raisonnements autrichiens, il n’y a rien de juste, etc.

      • Sophie

        @gidmoz
        Le droit de propriété n’a jamais été que le droit du plus fort. Alors bien sur, ceux qui ont profité de ce droit peuvent aussi avoir quelques bons sentiments, leurs « bonnes oeuvres » et dire qu’il suffit de s’aider pour que le ciel aide à son tour.
        Non, ce n’est pas comme cela que ça se passe; ne parlons pas des pays pauvres, mais même dans nos pays riches, la spirale de la pauvreté et de la détresse est vite irréversible.
        Ne peut on penser que le droit de propriété doit être limité?

      • @Sophie
        Le plus fort n’a pas besoin du droit de propriété pour jouir d’un bien. Il dispose grâce, à sa force violente, de tous les biens que sa force lui permet de prendre à autrui.
        Le plus faible a besoin d’un droit de propriété respecté par autrui afin de pouvoir jouir d’un bien, de jouir de son bien.

        Le vol est l’obtention du bien d’autrui sans son consentement. Un vol peut être fait sous la menace d’une arme, par la violence, ou par la ruse et la tromperie. Le plus riche soufre moins que le pauvre d’un vol. Car il peut remplacer le bien volé en rachetant un autre bien équivalent.
        Un pauvre ne peut pas s’enrichir lorsqu’il n’existe pas un droit de propriété reconnu et respecté.

        La violence est antinomique du Droit. En ce sens, il n’existe pas de « droit du plus fort ». Il ne s’agit pas de droit, mais de fait de violence. La force, la violence ne peut pas être une norme cohérente de Droit. La force est un fait. Pas un droit.

        Sans un droit de propriété reconnu est respecté, le plus fort doit entretenir une force armée pour pouvoir jouir de ses biens. Il est plus rentable pour lui de respecter les biens possédés par autrui afin que chacun respecte les siens. Le vol est une manière couteuse de jouir d’un bien. Le cout supporté par le voleur inclut la réaction des victimes du vol. Cette réaction est immédiate, mais aussi à plus long terme.

        Attenter à la propriété d’autrui, c’est attenter à sa dignité, à sa personne. La réaction de la victime envers le voleur risque d’être d’une égale violence, voire supérieure, à la violence de l’agresseur.

        • Je crois que ce que voulait dire Sophie, maladroitement certes, c’est que le droit de propriété ne suffit pas et est aisément détourné par le plus fort. Il n’y a qu’à voir la notion de territoire ou les représailles encourues en cas d’intrusion même minime dans ce que les bandes de voyous jugent être leurs propriétés pour se convaincre que le droit de propriété est une garantie nullement suffisante d’harmonie sociale. Par exemple, le marché avec son libre jeu de propriété et de concurrence n’a jamais assuré le plein-emploi qu’en théorie. En pratique, il y a toujours, parmi les plus faibles du chômage. Et la chose est un cercle vicieux : plus on est faible, plus le moindre obstacle devient une calamité qui vous fait replonger encore plus sûrement.

          Je me souviens, en lisant L’Amérique pauvre, Comment ne pas survivre en travaillant de Barbara Ehrenreich, d’avoir eu le même étonnement que l’auteur lorsqu’une autre femme employée de la société de ménage à domicile avec laquelle elle s’était un peu liée se réjouissait d’abandonner sa collocation avec son frère (ou son cousin, je ne m’en souviens plus exactement) qui la harcelait pour vivre seule. Elle avait enfin pris ce qui était pour elle une grande décision et avait ses quelques bagages pour emménager dans un hôtel. Barbara et moi-même nous étonnâmes du choix d’un dispendieux hôtel pour logement principal, et elle répliqua, comme si nous venions d’un autre monde (ce qui est assez vrai, en définitive), en demandant si elle, elle avait de quoi avancer la caution pour la location durable d’un appartement. Barbara, dans sa comptabilité de nouvelle pauvre (elle est par ailleurs très aisée avec son mari, mais elle voulait jouer le jeu), dut bien reconnaître qu’elle en était loin. Or, au mois, la location d’un hôtel est beaucoup plus cher que celui d’un appartement, rendant l’éventualité d’emménager dans ce dernier encore plus lointaine…

          On peut choisir le libéralisme, et laisser tout ce monde s’engloutir dans les sables mouvants de la misère, ou alors on peut décider que la théorie économique ne sert qu’à améliorer notre situation, et que si notre situation ne cesse d’empirer à cause d’elle, il n’y a qu’à chercher une meilleure théorie économique. Vous les Autrichiens, vous préférez les laisser crever.

          Me suis-je trompé dans ton interprétation, Sophie ?

      • @Jean-Baptiste
        Vous dites « Vous les Autrichiens, vous préférez les laisser crever ». Bis repetita. Quand vous cesserez vos outrances répétées et les insultes dévoilant ainsi votre ignorance, je vous expliquerai comment et pourquoi vous n’avez rien compris à l’école Autrichienne. Et pourquoi je suis convaincu que vous n’en avez pas lu ce qui importait. Et que vous n’en avez pas compris l’essentiel.

      • Sophie

        @JB
        Me suis-je trompé dans ton interprétation, Sophie ?
        Non, c’est ça, mais en précisant je puis préciser mon avis. L’origine des accumulations de richesses est toujours la conséquence de l’emprise du plus fort sur le plus faible (cf l’origine de la « noblesse »). Je ne serais pas loin de penser comme Proudhon que « la propriété c’est le vol ».
        Les lois sur la propriété, point d’argumentation principal de Gidmoz, ont été faites pour les riches, par les plus riches… par les forts contre les plus faibles, certainement pas par les plus forts pour protéger les plus faibles, en dehors du vernis social minimal nécessaire pour éviter l’explosion.

        • Exactement. C’est ce qu’avouait Hayek, un Autrichien :

          Ce que nous connaissons maintenant sous le nom d’assistance publique ou de secours aux indigents, et qui, sous des formes diverses, existe dans tous les pays n’est que la vieille « loi des pauvres » adaptée aux conditions modernes. La nécessite d’une organisation de ce genre dans une société industrialisée est incontestable – ne serait-ce que dans l’intérêt de ceux qui entendent être protégés contre les réactions de désespoirs des nécessiteux.

          von Hayek Friedrich August, La Constitution de la liberté, Litec, Paris, 1994 (1960), XXVII+530 p., p. 285

      • @Sophie
        Chaque échange accepté crée de la richesse pour l’acheteur et crée de la richesse pour le vendeur. Cette double création de richesse est la première source des richesses. Ainsi si j’achète mon pain un euro, mon boulanger s’enrichit. Et je m’enrichis, moi aussi, de la possession de ce pain. Je préfère posséder ce pain plutôt que un euro. Pour moi, ce pain vaut donc plus que un euro.

        L’échange est aussi la seule et unique manière par laquelle la création des richesses est répartie entre les individus dans le Monde entier.

        Si un échange existe, c’est qu’il a enrichit l’acheteur et qu’il a enrichit le vendeur. Sinon, cet échange n’existerait. Nul n’échange s’il n’y trouve aucun avantage. Donc Nul n’échange s’il ne s’y enrichit pas.

        C’est ainsi que le commerçant, l’industriel, s’enrichit et enrichit chacun de ses clients. Un salarié vend les produits de son travail en échange d’un salaire. L’accumulation des richesses acquises par un individu provient donc uniquement de l’enrichissement de ses clients. J’exclue évidement le vol. Ni le vendeur ne contraint l’acheteur. Ni l’acheteur ne contraint le vendeur.

        • « Si un échange existe, c’est qu’il a enrichit l’acheteur et qu’il a enrichit le vendeur. Sinon, cet échange n’existerait. Nul n’échange s’il n’y trouve aucun avantage. Donc Nul n’échange s’il ne s’y enrichit pas. »

          Vous l’aviez déjà dit, et j’avais déjà répondu, mais peut-être n’aviez-vous pas lu ma réponse.

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