Lorsque ça devient vraiment trop gros

En lisant une excellente tribune de Philippe Murer sur Marianne 2 : La zone euro à la merci des États, tant pis pour le peuple !, on voit que tout l’échafaudage intellectuel néolibéral s’effondre dans le tragi-comique.

Contrairement à ce que les néolibéraux soutiennent, financiers et banquiers centraux en tête, ils ne peuvent pas se permettre le défaut de paiement d’un État (qui assurerait la police et l’exécution des contrats de crédit, par exemple. Eux-même à leurs propres frais, avec des milices privées ?). Lorsque Milton Friedman écrivait en 1948 qu’il était préférable d’officialiser la souveraineté monétaire constitutive de l’État, mais prétendait déjà que l’or ou l’interdiction du déficit pourrait préférablement entraver l’État, il actait la réalité de la situation tout en indiquant ses désirs qu’il souhaitait prendre pour des réalités. Aujourd’hui que leurs désirs sont officiellement la réalité, nous pouvons tous constater l’absurdité dans laquelle ils nous font vivre. Le résumé la tribune de Philippe Murer :

  1. Les États sont contraints à l’austérité par le dogme sur la nécessaire bonne gestion de la monnaie, qui ne peut être que de crédit privé, nous serine-t-on. Sans quoi ce serait la déroute économique. Que l’État se finance en taxant l’économie ou en diminuant les dépenses qu’il y fait ! assène-t-on.
  2. Les banques sont financées de manière illimitée par les banques centrales, afin de distribuer ces précieux crédits qui rendent l’économie si prospère nous garantit-on.
  3. L’État pratiquant l’austérité, l’économie se contracte. Et cette dégradation est telle que les banques rechignent à lui faire crédit comme le constate la BCE.
  4. L’effondrement économique dégrade les bilans des banques privées (ils regorgent de prêts à l’économie qui font défaut de plus en plus), ce qui incite encore plus les banques centrales à leur fournir des crédits en illimité, et elles placent ces crédits auprès… de l’État qui retrouve donc un financement illimité ! Moyennant de copieux intérêts, bien entendu.

Système absurde !

Tout le monde finit par voir cette évidence. Philippe Murer cite Marc Fiorentino, un financier télégénique, mais il y a aussi Michel Rocard, socialiste renommé, les candidats aux présidentielles Dupont-Aignan, Mélenchon et Le Pen, Arnaud Montebourg, le troisième aux primaires du PS, etc.

Le gros problème de l’hypocrisie, c’est de faire en sorte que les autres jouent le jeu, consciemment ou non. Lorsque tout le monde s’écrie que l’empereur est nu, combien de temps reste-t-il avant l’effondrement final ?

2 Commentaires

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2 réponses à “Lorsque ça devient vraiment trop gros

  1. artesan

    Oh le miracle de la monétisation! ou comment payer une dette en dégradant sa valeur. Seul l’Etat, et pas les banques, à le pouvoir de le faire. Ou plutôt, avait ce pouvoir. Depuis il y a eu la monnaie commune… Nos partenaires ont pris le soin de séparer l’Etat et la Banque centrale, pour éviter les solutions faciles, à la française, ou à l’italienne.
    Je lis dans votre article que certains rêvent encore de ce bon vieux temps. Le temps ou les politiques jouaient avec la valeur de la monnaie de tous les citoyens, pour financer les dépenses publiques.
    Le temps des illutionistes est fini, enfin pas tout à fait, à ce que je vois, en lisant cet article. C’est quand la fin des prestidigitateurs de la monnaie, en France?

    • C’est jamais, comme partout ailleurs. La monnaie est une illusion, une fiction à laquelle nous prêtons de la valeur arbitrairement et que nous créons artificiellement. Tous ceux qui prétendent que la monnaie n’est pas créée par l’humain, par exemple que la monnaie est une chose de la nature, ou qu’elle est consubstantielle à un divin marché, sont des charlatans. Quelqu’un quelque part doit commencer par émettre cette monnaie avant que les autres ne la gagnent « durement ». Tout le reste dépend donc des règles que nous nous donnons pour l’émettre, la retirer, l’échanger. Tout comme l’arbitre a des points illimités et artificiels mais ne le distribue que selon des règles et des interactions entre joueurs qui font ou non un beau match de sport. Celui qui prétend qu’il est préférable d’artificiellement choisir une source limitée de points pour que le match soit un jour bloqué faute de point disponible et afin que ces points « aient de la valeurs » n’ai pas compris grand chose au sport et aux points.

      J’ajoute que je ne suis pas favorable aux dévaluations et autres techniques mercantilistes : mieux vaut ne pas abaisser la valeurs de la monnaie nationale pour qu’ils cherchent la monnaie étrangère mais au contraire fournir suffisamment de monnaie nationale pour accommoder les désirs de croissance et d’épargne nationales en faisant profiter notre État du seigneuriage afférent.

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