Une vie digne

Mesquin vient de l’arabe miskin signifiant pauvre ; et de fait, les rapprochements entre pauvreté et indignité abondent, quoique la langue française tienne à distinguer les deux, un peu en dernière ligne droite, en offrant l’alternative de l’humilité, sorte de noblesse de la pauvreté, avec son pendant l’arrogance, ignominie de ceux aveuglés par la richesse et la puissance. Mais même avec cette nuance, on imagine mal la pauvreté comme étant plus qu’un second choix, et l’idéal est évidemment de cumuler et la richesse et l’humilité. D’être digne physiquement et moralement. Cet objectif est tellement important que l’entreprise communiste visant à l’assurer à égale part pour tous via l’égalisation du partage des richesses a pu rassembler sous sa bannière jusqu’à un tiers de l’humanité.

Le néochartalisme a ce problème a cœur, et la plupart de ses figures fondatrices l’ont constitué avec la nostalgie du plein emploi des Trente Glorieuses, et se définissent ouvertement comme progressistes, en un sens large. Ainsi de Mitchell en Australie ou des professeurs de l’Université du Missouri à Kansas City. Ce n’est pas toujours le cas, et Warren Mosler est venu au néochartalisme simplement en voulant une économie qui fonctionne et découvrant que le Trésor public fonctionnant comme un ménage était un mythe. La proposition qui reflète le plus cette préoccupation est l’Employeur en Dernier Ressort, agence de l’État employant quiconque le désire à salaire fixe et à temps plein, dans des projets d’intérêt public, permettant de stabiliser les prix et d’assurer le plein emploi.

Mais jusqu’à quel point cela fonctionnerait-il ? À quelles conditions ? Parmi les critiques que j’ai pu recueillir quant à cette proposition, celles-ci reviennent souvent :

  • L’argent serait gaspillé dans des projets ubuesques et corrompus de l’État.
  • L’État deviendrait officiellement esclavagiste ou presque.
  • Cette politique ne vaudrait pas une significative augmentation du SMIC et maintiendrait les individus dans une certaine pauvreté.

Je vais répondre à toutes ces questions en précisant sous quelles conditions et dans quelles mesures elles sont ou non pertinentes. Vu à quel point elle sont contradictoires entre elles, ces éclaircissements sont nécessaires.

Gaspillage public contre bonne gestion privée ?

Contrairement aux idées reçues, en la matière, il n’y a pas de vérité clairement définies, et l’administration publique peut gérer l’assurance santé ou le service postal à moindre frais administratif que le secteur privé. Bien sûr, on peut trouver des contre-exemples, mais la vérité est tout simplement que la saine administration de larges structures dépend tout simplement plus de la probité et de la compétence de ses organisateurs que de leurs statuts privé ou public.

Dans le cas particulier des chômeurs, accuser l’État de les gaspiller en les employant est ridicule à tout point de vue. Ils sont déjà gaspillés, et on peut au plus appeler à les employer mieux encore, mais certainement pas pointer du doigt l’État comme étant une source de gaspillage. Qui plus est, comme le salaire est fixe, et sans évolution de carrière, il est aisé pour le secteur privé de réembaucher ces personnes lorsque l’envie lui en vient enfin.

Même en supposant que les projets de l’Employeur en Dernier Ressort soient complètement absurdes, par exemple qu’il ne fasse que vérifier que les employés creusent et rebouchent les mêmes trous, avec un volume minimal par jour, cela enrichirait encore la communauté de la manière suivante : le salarié, volontaire rappelons-le, aurait un meilleur salaire (le SMIC probablement) ; les employeurs préfèrent une personne qui est toujours dans une dynamique d’emploi à un chômeur volontiers soupçonné d’oisiveté ; les commerçants et producteurs qui trouvent dans ce salaire un meilleur débouché ; la cohésion nationale qui réintègre ses membres au chômage mais sans assistanat. Non seulement on peut tous gagner avec un projet aussi idiot et gaspilleur que de creuser et reboucher sempiternellement un trou, mai en plus on n’est même pas obligé d’être aussi idiot, et ceux qui pensent que l’État n’est pas capable de faire mieux sont d’une mauvaise fois qu’une simple fréquentation des services de l’État suffit à dissiper.

Corruption publique ?

Très voisine de la précédente, cette objection est tout aussi fausse. Là aussi, un vrai problème concernant un autre débat est utilisé pour étouffer celui-ci. Quand bien même l’EDR servirait à construire des villas privées aux potentats locaux et seraient l’occasion de nombreuses malversations, les chances de les empêcher de vivre sur le dos de leurs administrés sont plus fortes si ces administrés sont assurés de leurs subsistance et ont l’obligation de les employer comme preuve concrète de l’existence d’une communauté civique que s’ils sont des chômeurs ou des travailleurs précaires aux abois. Berlusconi ou Sarkozy sont survenus dans des systèmes niant le statut d’émetteur de la monnaie du Trésor, et on pu mené la corruption qu’ils souhaitaient. En vérité, croire que lorsqu’un mal survient, c’est le bien détourné pour l’occasion qui doit se justifier plutôt que le mal lui-même, c’est avoir une attitude profondément nihiliste, où rien de bien ne peut vraiment arriver, où le mal est la norme indépassable et le bien une illusion qu’il suscite parfois à l’occasion de ses convulsions.

Travail forcé ?

Celle-là m’a beaucoup surpris. J’avais pourtant toujours pris soin de préciser que l’EDR n’emploie que ceux qui le désirent. Le seul moyen de forcer les gens à être embauchés par l’EDR, c’est d’avoir un solde budgétaire hors EDR en surplus. Alors, par la coercition qui accompagne les taxes, l’État forcerait à accepter des emplois EDR le montant du surplus divisé par le salaire fixe, modulo ce que le secteur privé souhaite ou peut épargner ou dés-épargner. Comme le néochartalisme est favorable au déficit public, par EDR ou non, pourvu qu’il soit contracyclique, je ne vois pas où d’objection rationnellement opposable. Sauf à avoir des convictions anarchistes, où toute immixtion de l’État est par nature irrévocablement et absolument dictatoriale, aussi innombrables les précautions de souplesse et les concessions soient-elles, et même en tenant compte de la possibilité pour les individus d’adhérer au projet d’une communauté collective constituée…

Une cautère sur une jambe de bois ?

Mélenchon ou Arthaud proposent un SMIC à 1 700 euros par mois, alors que ma version du néochartalisme le fixerait simplement au SMIC alors présent, même à 1 400 euros comme aujourd’hui. Pas une vraie mesure progressiste ou humaniste, en somme. D’autres, aussi modérés que feu Jacques Marseille (dont je recommande la lecture d’Empire colonial et Capitalisme français : Histoire d’un divorce) prônent une allocation universelle, de montant moindre que le SMIC, mais sans contrepartie de travail ou autre.

Avec de la sympathie pour cet esprit, les néochartalistes gardent la tête plutôt froide et comprennent qu’il ne suffit pas de distribuer de l’argent pour que tout s’améliore. Mieux vaut que la monnaie serve à insérer l’individu dans un projet commun à la communauté plutôt que de simplement lui faire l’aumône. La monnaie en a une bien meilleure vertu éducative. Une allocation universelle peut aussi bien prendre la forme d’une mère isolée achetant le nécessaire à ses enfants qu’elle éduque durement que celle d’un individu paumé retirant son allocation à un distributeur automatique et se payant de la drogue. Au contraire, un salaire EDR réintègre monétairement et psychologiquement dans la communauté : il travaille à des projets définis démocratiquement, sur lesquels elle a un droit de regard. Ça me paraît beaucoup plus sain, beaucoup plus favorable à la dignité de chacun.

Plus délicate est la question du montant. Bien qu’elle améliore la situation des plus pauvres, l’EDR n’est pas conçu pour corriger toutes les inégalités ou assurer un certain niveau de vie, seulement pour assurer une opportunité à chacun en même temps que la stabilité macroéconomique, à commencer par celle des prix. Il est ainsi possible de voir les salariés les moins payés, donc ceux de l’EDR, vivre dans des taudis surpeuplés ou à la rue comme des travailleurs pauvres simplement parce qu’ils sont victimes d’une bulle immobilière que les autorités refusent de traiter, ou parce que le gouvernement a virtuellement abandonné toute authentique politique de la ville en faveur de la spéculation immobilière, comme la léthargie politique devant la désertification rurale l’illustre depuis plusieurs décennies déjà.

Les libéraux développent souvent le simplisme consistant à accuser l’action de l’État de tous les maux, sans s’enquérir de savoir comment le privé se débrouillerait pour faire mieux. La dérégulation devient pour eux l’équivalent d’une baguette magique. Au risque de décevoir ceux qu’intéressent le néochartalisme, l’EDR n’est pas plus une baguette magique, et ne peut remplacer une politique de l’urbanisme, une politique de la fiscalité, une politique anti-monopole, une politique d’éducation publique, etc. (sauf bien sûr, si, parmi les projets de l’EDR, figurent des groupes travaillant sur ces questions, par exemple en construisant des logements sociaux, ou en travaillant les questions économiques, à l’instar de Milton Friedman sous l’administration de Roosevelt).

On ne peut pas indexer le salaire EDR sur l’inflation : c’est son caractère contracylique qui le rend efficace contre l’inflation. Un scénario où le salaire EDR traînerait loin dernière les autres suppose une forte rigidité des prix à la baisse, et pas seulement des salaires. En supposant un tel environnement, on peut raisonnablement imaginer définir le salaire EDR comme au minimum, mettons, 80 % des salaires les plus faibles payés hors EDR. Tout en conservant un caractère fortement contracyclique, ça assurerait que l’écart ne se creuse pas trop entre le niveau de vie minimal offert par le secteur privé et celui offert par l’EDR. Mais je n’imagine que très mal un tel scénario : pourquoi, au lieu d’augmenter les salaires et de garder les mêmes prix, le secteur privé ne se contenterait de garder les mêmes salaires, mais de baisser ses prix, pour redistribuer les gains de productivité ? La perspective de perdre des clients qui attendraient alors que leur épargne achète plus et mieux n’arrête pas nécessairement l’activité, comme pour l’électronique actuellement. Ce qui fait de la déflation un mal terrible, c’est lorsqu’il diminue le salaire des consommateurs : alors, la consommation se fait particulièrement inquiète, l’épargne beaucoup plus facile, et peut aller jusqu’à paralyser l’économie. Mais, si je me trompe, alors la proposition ci-dessus suggère très bien quelles réponses on pourrait trouver aisément.

Une variation sur ce dernier thème est la hausse correctrice : pour remplacer la part des salaires perdus dans la répartition des gains de productivité (ainsi en Australie, les salaires ont progressé quatre fois moins vite que la productivité). Remarquons que c’est l’ensemble des salaires qui est à la traîne de part le monde développé, excepté les plus privilégiés à partir du dernier décile (et avec une accélération pour les toujours plus hauts revenus). Une des raisons pour lesquelles je suis pour le protectionnisme plutôt qu’un vague juste échange comme la plupart des néochartalistes, c’est parce que la pression déflationniste sur les salaires qu’elle crée est énorme. L’EDR peut empêcher cette pression de crever le plancher comme l’attestent les nombreuses violations du SMIC, des conditions de travail, etc. qui tiers-mondise littéralement notre pays, mais il ne peut que faiblement inciter à partager les gains de productivité pour autant. Au plus, il assure la solvabilité d’une partie de la demande. Pour que le rapport de force entre employeurs et salariés devienne suffisamment favorable à ce dernier, il faut qu’il devienne un denrée suffisamment rare, suffisamment prisée pour mériter surenchère vu les gains qu’il rapportera à son employeur. Le déficit public ne fait que renchérir cette denrée, pas la rendre irremplaçable. Le déficit public peut simplement accumuler de la monnaie jusqu’à ce que le vaste monde connaisse suffisamment d’inflation salariale pour que les emplois socialement et écologiquement responsables deviennent comparativement peu chères. Vu le nombre de Chinois, de petits Thaïlandais, Roumains, Africains, etc. pouvant encore servir de main-d’œuvre corvéable à merci et sans soucis écologiques, sans compter les couches suffisamment éduquées en Inde ou ailleurs pour faire concurrence aux nôtres mais en coûtant encore 4 à 6 fois moins cher tellement ils sont content de s’être sortis de la misère la plus noire, on imagine mal l’EDR suffire à rééquilibrer le rapport de force à lui tout seul. Ce qui hâterait suffisamment l’effet de saturation de la demande de salarié par déficit public, c’est un protectionnisme. De la même manière que les cellules ne gèrent leurs petites usines mitochondrie qu’en contrôlant les échanges avec l’extérieur via une membrane la plus souvent hermétique. L’échange n’empêche pas la frontière, au contraire.

Lors des Trente Glorieuses, véritable âge d’or du salariat, puisque c’est lui qui a constitué les classes moyennes que fait disparaître la résurgence libérale de ces trente et quelques dernières années, il y avait un fort protectionnisme comparé à aujourd’hui. Ça me paraît une manière de procéder autrement plus fiable que de forcer les entreprises à redistribuer les gains de productions qu’elles effectuent de plus en plus complètement à l’étranger : elles préféreront toujours que ce soit une concurrente qui supportent les coûts des salariés nationaux qui font ses consommateurs plutôt que de perdre en rentabilité sans assurance de retour sur investissement (ses salariés n’achètent pas que ses produits).

Voilà, j’espère que ça vous a éclairci les idées.

8 Commentaires

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8 réponses à “Une vie digne

  1. grosrené

    Merci pour votre article, qui répond à bon nombre de questions que je me posais. Des réponses qui amènent d’autres questions évidemment, et dont je vous ferai part bientôt.

    En attendant, et toujours sur le thème de l’allocation universelle, connaissez-vous l’idée du Dividende Universel développée dans la « Théorie Relative de la Monnaie » : http://www.creationmonetaire.info/2011/06/theorie-relative-de-la-monnaie-20.html

    Je ne suis pas sûr que tout soit très rigoureux ; cependant, pour ce que j’en comprends, l’idée de l’auteur est un revenu minimum universel visant à répartir le plus équitablement la masse monétaire entre les individus, et ce, aussi bien spatialement que temporellement (les nouvelles générations sont défavorisées si les anciennes possèdent l’essentiel de masse monétaire). Cela amène à créer une quantité de monnaie qui est une fonction d’un taux « idéal » d’inflation.

    D’autre part, sur la notion d’oisiveté, et pas nécessairement en contradiction avec vos vues, je me permets de vous signaler l’essai de Bertrand Russell « Éloge de l’oisiveté » (1932) http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89loge_de_l%27oisivet%C3%A9

    • Je me suis arrêté au passage où il argue avec équation de dérivée et exponentielle… J’avais déjà un très mauvais pressentiment lorsqu’il parlait des illustres ingénieurs ayant jalonné l’économie. Contrairement à ce que suggère les chiffres en tout sens, l’économie est une science humaine, et non une science dure. Les équations des ingénieurs s’adaptent mal à l’économie, avec cet être humain qui n’est pas une quantité constante mais varie en tout sens (pas trop brusquement la plupart du temps, heureusement). Pire, même si une équation est observée, ce n’est pas pour autant qu’on peut s’appuyer dessus (critique de Lucas, loi de Goodhart) : comme l’illustre la relation entre le montant des réserves et la quantité de crédit, relation que l’assouplissement quantitatif brise en voulant l’exploiter.

      J’aime bien le loisir, mais l’oisiveté ou la paresse guette et peut enliser l’individu dans un sable mouvant émollient. Trop de travail est malsain pour l’équilibre individuel, rivant le nez sur le guidon, empêchant de profiter de ce qui est achevé, etc. Trop de paresse aussi, et ce n’est pas parce qu’on a du temps libre qu’on l’emploie bien. Assurer à tous la possibilité de participer à un travail mutuellement profitable tout en laissant chacun libre de choisir sa part de loisir, ou de travail en totale liberté, me paraît meilleure que de l’argent distribué au nom de l’oisiveté. Parfois, j’ai l’impression que notre société n’a pas plus d’idéal que de vouloir être aussi de richissimes maîtres du monde servis par les esclaves du tiers-monde, à l’image de nos dirigeants, sans comprendre qu’il n’y a à ce petit jeu pervers qu’une poignée de maîtres et qu’ils sont de toutes façons trop nombreux, et que nous ne pouvons être le maîtres que tant que nous avons suffisamment d’avance à dilapider encore sur nos rivaux étrangers. À voir les Chinois, certains sont extrêmement pressés de nous reléguer au statut de petits iliens des mers du Sud, avec couronne de fleurs et soumission rapide en cas de conflit. Je pense notamment au passé traumatique de Porto Rico vis-à-vis des États-Unis. L’oisiveté n’est pas tout.

      • grosrené

        « Je me suis arrêté au passage où il argue avec équation de dérivée et exponentielle… »
        Même si l’ensemble n’est pas très clair, son idée de « dividende universel » me semble l’être, et peut être extraite du reste.

        « Assurer à tous la possibilité de participer à un travail mutuellement profitable tout en laissant chacun libre de choisir sa part de loisir, ou de travail en totale liberté, me paraît meilleure que de l’argent distribué au nom de l’oisiveté »

        Russell, dans son Eloge, ne propose pas du tout de distribuer de l’argent au nom de l’oisiveté. Il dit juste que, la productivité humaine (en 1932) étant nettement supérieure à celle des siècles précédents, il n’est plus nécessaire de travailler autant pour assurer la subsistance de tous. Il propose de réduire la proportion de temps travaillé (de moitié par exemple) au lieu de sur-produire, d’imposer une oisiveté forcée, culpabilisante, accompagnée de misère (le chômage) à une partie de la population et d’obliger les autres à travailler beaucoup avec peu de loisirs. Une plus juste répartition du travail et une valorisation du loisir comme une occupation noble et créatrice (les grandes inventions, découvertes des siècles passés sont souvent le fait de privilégiés oisifs et sachant occuper leur temps libre intelligemment. Des gens qui _ont eu le temps_ de se cultiver).

        Il prône une société généreuse en temps libre et sobre en biens matériels, qui me semble bien opposée à l’idée d’une société de « richissimes maîtres du monde servis par les esclaves du tiers-monde ».

        « ce n’est pas parce qu’on a du temps libre qu’on l’emploie bien »
        C’est certain, mais laissons la liberté aux individus de décider du bon emploi de leur temps libre.
        Utilisé comme argument « contre l’oisiveté » (et en caricaturant, j’en conviens), cela évoque ces bourgeois capitalistes, au début du XXe siècle, qui étaient horrifiés à l’idée que les prolétaires puissent avoir quelques jours de congés payés. Ils ne pouvaient que tomber dans l’ivrognerie et la paresse, mère de tous les vices comme chacun sait. Le travail était encore ce qui leur convenait le mieux.

        • Au contraire ! C’était trop clair : c’est une version très mathématisée des théories créditistes. Mais mis à part le camouflage mathématique, il demeure que la monnaie est versée sans contrepartie aucune, je préfère que chacun bénéficie de la prospérité commune en étant payé plus par elle qu’en étant payé pour rien par elle. Ensuite, répartir le temps de travail ne nécessite pas de dividende universel : on peut réduire la durée individuelle de temps de travail, comme on l’a encore fait avec les 35 heures. Je préfère donc le travail avec large possibilité de loisir, universel, au dividende universel. Quant à la répartition entre riches et pauvres, secteurs sinistrés et secteurs en surchauffe, c’est le caractère contracyclique du budget qui s’en occupe. Et là, la création monétaire n’est pas automatique : elle complète le crédit privé. Elle ne pose aucun des problèmes de ces créations là qui mettent l’argent dans des mains qui n’ont pas de rapports directs avec la création des richesses ainsi redistribuées.

          Je n’aime pas l’idée même de revenu universel inconditionnel. Généreux certes, mais oublieux de toute pédagogie, économique ou non. Nous sommes des êtres déjà suffisamment désintégrés pour ne pas encore en rajouter dans l’individualisme.

          Un employeur en dernier ressort avec une semaine de 30 heures si tu y tiens (moi je pensais tout bêtement offrir des temps partiels, et laisser l’augmentation du pouvoir d’achat de la monnaie se traduire en choix de temps de travail réduits), mais pas d’oisiveté subventionnée pour autant. Le loisir oui, mais que chacun en soit responsable.

  2. Une théorie relative de la monnaie? mes profs post-keynésiens de la fac étaient déjà depuis belle lurette à la théorie quantique de la monnaie :p

  3. grosrené

    Un bel article sur le sujet, pour poursuivre la réflexion :

    «  » » « la liberté au lieu du temps libre ». Et c’est bien cela qui fait peur : la liberté. Marie-Paule Perrin se rappelle avoir entendu parler pour la première fois du revenu garanti autour de 1997, avant le vote de la loi Aubry sur les 35 heures, en France : « On se demandait ce que les gens allaient faire du temps que la loi allait libérer, on réfléchissait au partage entre travail et loisirs, et, de fil en aiguille, au sens de la vie. Beaucoup ressortaient Le Droit à la paresse. » A droite, la psychose des 35 heures était en marche. En 2003, l’essayiste libéral Nicolas Baverez estimait sans complexes que, autant la réduction du temps de travail est « appréciable pour aller dans le Lubéron, autant, pour les couches les plus modestes, le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance » «  » »

    http://www.peripheries.net/article326.html#nh11

  4. grosrené

    http://www.peripheries.net/article326.html#nh11

    Un bel article sur le sujet que vous évoquez ici. Extrait :
     »
    En allemand, Häni et Schmidt ont cette formule : « Freiheit statt Freizeit » – « la liberté au lieu du temps libre ». Et c’est bien cela qui fait peur : la liberté. Marie-Paule Perrin se rappelle avoir entendu parler pour la première fois du revenu garanti autour de 1997, avant le vote de la loi Aubry sur les 35 heures, en France : « On se demandait ce que les gens allaient faire du temps que la loi allait libérer, on réfléchissait au partage entre travail et loisirs, et, de fil en aiguille, au sens de la vie. Beaucoup ressortaient Le Droit à la paresse. » A droite, la psychose des 35 heures était en marche. En 2003, l’essayiste libéral Nicolas Baverez estimait sans complexes que, autant la réduction du temps de travail est « appréciable pour aller dans le Lubéron, autant, pour les couches les plus modestes, le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance »
    « 

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