Au programme : François Hollande

Nous voici à mi-chemin de la série Au programme avec cette fois le projet présidentiel du candidat du Parti Socialiste François Hollande.

François Hollande jouit d’une réputation de fin manœuvrier et on peut le constater sur les questions monétaires : face à la situation actuelle, il est à la fois pour et contre, et chacun peut y entendre ce qu’il veut.

Contre : son vote ainsi que celui des socialistes conte la règle d’or sauce Sarkozy ; sa promesse de mettre au pas les banques sous tous leurs aspects (juridiction, type d’activité, statut fiscal, etc.) lors de la proposition n° 7 ; son retour sur l’actuel Traité sur la Stabilité la Coopération et la Gouvernance (proposition 11) en faveur d’un autre désirant « sortir de la crise et de la spirale d’austérité qui l’aggrave ». Voilà qui flatte l’oreille néochartaliste, et plus généralement l’expérience commune quant au résultat d’une politique d’austérité. Mais ce n’est pas tout le discours de François Hollande.

Pour : deux propositions plus tôt (n° 9 donc), il affirme vouloir ramener le déficit à 3 % dès 2013 (contre 4,4 % de prévu officiellement pour 2012), et le déficit zéro en fin de mandat, c’est-à-dire une politique d’austérité forte dans la droite ligne de Sarkozy. Ce qui classe Hollande parmi ceux qui croient que le gouvernement doit s’autoriser un déficit en période de crise, et un surplus pour compenser en période de croissance, sans comprendre que le déficit qui renfloue lors de la crise et aussi celui qui finance lors de la croissance car le crédit n’est qu’un petit tour de prestidigitateur amplifiant le cycle économique. Il est osé de croire que ce défaut sera significativement compensé par du protectionnisme et une croissance financée par les déficits étrangers, car il est très vague sur son ambition de juste échange. Emmanuel Todd analysait pertinemment que si on a peur du mot protectionnisme, c’est qu’on a peur de la chose. Pour la régulation financière, il a tantôt affirmé que le monde de la finance est son ennemi, tantôt affirmé que la finance ne devait pas avoir peur de la régulation qu’il proposait et qu’il disait ça pour plaire au peuple, qu’il a les mêmes conseillers qu’Obama. Sachant qu’Obama fut le candidat le plus financé par Wall Street de l’histoire américaine, et que sa régulation est un gruyère avec plus de trous que de matière, Dodd-Frank en premier, on comprend bien la démagogie populiste actuelle et la désillusion qui s’ensuivra.

Ce n’est pas le Parti Socialiste qui l’en empêchera, lui aussi est très massivement pro-Union Européenne. Aucune sortie de l’euro, sous quelque forme que ce soit n’est envisageable pour eux, et le déficit zéro est une conséquence naturelle d’être tous liés par la même monnaie. Au mieux, on peut s’attendre à ce que Hollande se montre particulièrement peu pugnace dans la réalisation de ses objectifs que, par exemple, François Bayrou qui est un convaincu, mais pas qu’il oriente la France dans la bonne direction. Il est extrêmement difficile de ne pas constater que le Parti Socialiste a une part entière de responsabilité dans la faillite de la génération politique actuelle. Ce n’est pas un double discours qui peut convaincre qu’ils ont enfin changé.

François Hollande, clairement, n’est pas un candidat néochartaliste. Il est trop flou pour pouvoir être pleinement identifié quant à ses convictions profondes, s’il en a sur ces sujets, et les concessions qu’il fait semblent beaucoup plus tenir du rapport de force entre le besoin électoral et ses bonnes relations avec l’élite libérale, rapport de force qui changera instantanément avec la fin des élections. Face à la crise toujours plus profonde que cause le parachèvement de l’entreprise libérale, il faut plus que du suivisme électoraliste ralentissant la progression de la maladie. C’est pourquoi, sur les questions monétaires François Hollande ne peut-être préféré qu’aux pires candidats de ces élections, comme Nathalie Arthaud.

1 commentaire

Classé dans Élections Présidentielles de 2012

Une réponse à “Au programme : François Hollande

  1. grosrené

    Pour info, une (vague) prise de position (ça date de quelques années) de François Hollande sur la création monétaire.

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