Quelle différence un président peut faire !

Article du professeur William Mitchell de l’Université de Newcastle (Australie) traduit par mes soins.

Une fois de plus, la presse mondiale attise la frénésie de « la sortie de la Grèce » et ressort les économistes dominants de tous poils qui martèlent avec véhémence que la Grèce aurait besoin de l’euro et qu’elle s’accrochera à la corde s’il y en a une. La majeure partie est de la propagande conservatrice. La réalité est que — bien que la sortie serait un coût immédiat — la situation est actuellement si extrême et les perspectives si négatives que ces « coûts » doivent être rapportés au retour presque immédiat de la croissance si la nation sortait et faisait défaut. Apparemment, les élites politiques grecques (le président et les chefs des deux principaux partis) proposent que les récentes élections, qui ont rejeté l’austérité de la troïka si violemment, soient ignorées et que, en remplacement, un gouvernement de technocrates — qui joueront tous le jeu de la troïka — soit installé aux commandes. Les machinations des néo-libéraux ne cessent jamais de m’impressionner. La Grèce devrait s’inspirer en regardant du côté de l’Islande. Mais là ils avaient un président qui s’enquérait décemment de l’intérêt national.

Récemment, Statistiques d’Islande a fournit les prévisions économiques mises-à-jour pour le printemps 2012 :

La croissance économique a atteint 3,1% en 2011 et est due à une consommation privée accrue et de l’investissement. Les prévisions pour 2012–2017 supposent que le redressement économique continuera avec 2,6 % de croissance en 2012. Une croissance positive est attendue tout au long de la période prévisionnelle, bien que des changements dans les investissements industriels de grande ampleur peuvent altérer la prévision. La croissance économique sera emmenée par l’investissement et la consommation.

Ce pourrait être l’avenir de la Grèce. Voici un graphique sorti de la Prévision Économique pour le Printemps 2012.

Comparez cela à cette représentation de la tragédie grecque. J’ai pensé que c’est une œuvre particulièrement saisissante de la part du dessinateur grec Dimitris Hantzopoulos. Le titre de l’image — ΤΗΣ ΗΜΕΡΑΣ — signifie Le Jour.

Si votre géographie est à la traîne, voici un indice :

L’avant-dernier week-end, les Grecs ont voté pour en finir avec l’austérité — un appel catégorique des dernières élections. Mais il y a de la confusion dans l’électorat parce que la majorité veut garder l’euro. C’est un défaut de pédagogie — ils ne peuvent pas réalistement garder l’euro sous les conditions présentes (ou attendues à l’avenir) et éviter une douloureuse austérité.

Plus encore, même s’ils se sortent de cette crise en une forme plus ou moins défaite, — beaucoup plus pauvres avec des divisions sociales béantes — ce n’est qu’une question de temps avant que le prochain basculement du cycle économique ne les frappe et que les conséquences ou les vestiges de la présente sinistrose se démultiplient avec les nouvelles tensions lorsque la demande globale s’effondrera à nouveau.

L’Union Économique et Monétaire (UEM) telle qu’actuellement construite — sans autorité fiscale supra-nationale crédible avec la mission claire de défendre les régions souffrant de chocs de demande asymétriques (positif ou négatif) — ne peut pas gérer des cycles économiques conséquents. Un système monétaire incapable de faire face à de tels basculements de demande globale n’est pas un socle raisonnable pour organiser des économies complexes — si la prospérité de tous les citoyens est le but.

Donc, si la Grèce souhaite éliminer l’austérité et utiliser ses capacités de production pour restaurer la croissance, alors elle doit abandonner l’euro.

il semble toutefois que les coulisses politiques des élites en Grèce (et ailleurs) manœuvrent pour cracher au visage de l’électorat et pour imposer quelque commission technique pour gouverner le pays.

Les élections récentes ont abouti à une impasse — la répartition du vote est telle que le soutien des partis principaux de la classe moyenne de droite comme de gauche s’est effondré. Le peuple grec peut ne pas comprendre les méandres de la tyrannie du système monétaire qui leur est imposé mais il était clair sur un point — il veut la fin de l’austérité voulue par la troïka.

Il ne peut y avoir de doute là-dessus. Les estimations sont qu’une nouvelle élection consolidera cette vue encore plus et que les deux partis principaux perdront encore des soutiens. Il y aurait alors l’espoir de quelque coalition opposée à l’austérité qui n’inclut pas Aube Dorée. Mais corrigez-moi si je me trompe — je peux difficilement passer pour un expert de la politique grecque.

Les élites de l’euro, bien sûr, émettent toutes sortes d’avertissement et les élites grecques depuis le président jusqu’aux chefs des deux partis principaux (si violemment battus lors des récentes élections) conspirent à présent pour implanter un gouvernements de technocrates et de politiciens. Le peuple grec ne supporte clairement pas l’intronisation de Lucas Papademos (sous pression de la troïka) lorsque le Premier ministre élu a indiqué qu’il proposerait le dernier plan de sauvetage au suffrage populaire.

Ils devraient se mettre à l’école de l’Islande.

L’Islande a tôt appris que lorsque votre gouvernement vous trahit, son seul recours est une intervention de son chef attitré (président). C’est ce qui arriva en Islande lorsque le président intervint en 2010 — en accord avec le sentiment populaire —  et refusa de signer la législation entérinée par l’intention d’un gouvernement coupé des réalités de se gargariser sur la scène internationale en promouvant une admission à l’UEM en dépit des dommages évidents qu’elle causerait à la nation.

Le président islandais a opposé son véto à une loi du parlement qui aurait obligé la nation à « rembourser » 3,4 milliards de livres sterling à la Grande Bretagne et aux Pays-Bas. Ce remboursement était relatif aux montants que les gouvernements britannique et néerlandais payèrent à leurs citoyens qui avaient des dépôts dans une banque islandaise privée qui s’est effondrée au plus fort de la crise financière mondiale.

À présent, l’hystérie journalistique atteint de nouveaux sommets avec toutes sortes d’avertissements extrêmes au peuple grec s’il ose quitter la zone euro et abandonne l’Allemagne à l’Espagne et à l’Italie (et l’Irlande) et bientôt d’autres nations.

Au moment où le président islandais intervint, l’hystérie journalistique atteignait déjà des sommets. La chauvine presse britannique brandit toutes les menaces contre leur minuscule voisin du nord.

Les Islandais toutefois étaient véhéments et outrés que le gouvernement du Royaume-Uni ait utilisé la loi antiterroriste britannique pour geler tous les actifs islandais aux Royaume-Uni fin 2008. C’est ce mouvement qui fut le dernier clou dans la solvabilité des banques islandaises.

La population islandaise a considéré que l’accord obtenu par leur parlement n’était pas dans leur intérêt ni de leur responsabilité et elle a réalisé que les motivations des chefs politiques islandais étaient, en fait, de faire leurs premiers pas dans l’UEM, ce à quoi l’immense majorité de la population se refuse.

La même chose peut maintenant être dite de la population grecque. Ils ont voté avec fracas pour qu’on ne leur impose plus de l’austérité.

Les gouvernements britannique et néerlandais ont sauvé leurs propres citoyens après avoir autorisé Icesave à opérer sous le système « passport ». Ils essayèrent de quémander l’argent au gouvernement islandais — il y eut des affirmations que sous la loi européenne il y a une garantie souveraine des dépôts (c’est douteux — il n’y a aucune obligation de garantie étatique).

Plus encore, ils affirmèrent que l’Islande était discriminatrice (à l’encontre de la loi européenne) en cela qu’elle n’avait sauvé que ses citoyens mais refusait de faire de même pour les citoyens étrangers (également douteux). Les Néerlandais et les Britanniques n’allèrent pas devant une cour de justice indépendante pour que ces questions soient tranchées de manière impartiale. La raison — ils auraient probablement perdu leur brutale capacité à faire pression pour que l’Islande paie.

Exactement les mêmes affirmations sont émises contre les Grecs — menaces légales, menaces économiques — toutes insignifiantes si le gouvernement grec reprend le contrôle de sa monnaie et la laisse se déprécier.

Le problème auquel les citoyens islandais durent faire face était que le parlement islandais, apparemment désireux d’apaiser ceux qui bloqueraient sa proposition d’entrée dans l’UEM (le Royaume-Uni a menacé), ont finalement accepté de rembourser les prêts.Vous pouvez lire plus sur ce que pense le peuple sur la page d’accueil d’In Defence.

Il est clair que les citoyens n’approuvèrent pas cet accord et que la vaste majorité ne voulait pas être accepté par l’euro (c’est-à-dire, entrer dans l’UEM). La protestation populaire accumula des forces en 2009 et donna au président sa motivation pour protéger les intérêts nationaux. Ce n’était que la deuxième fois durant les 66 ans d’histoire de l’Islande comme république que le titulaire avait exercé ce pouvoir.

Rappelez-vous le discours télévisé national que le président fit lorsqu’il annonça sa décision à la nation. Sa déclaration officielle dit qu’après que le parlement entérina la loi pour rembourser les prêts, il :

… avait reçu une pétition, signé par un quart de l’électorat, appelant à ce que cette loi soit soumise à référendum. C’est une proportion de l’électorat beaucoup plus grande que celle citée dans les déclarations et propositions de partis politiques.

Les sondages d’opinion indiquent qu’une écrasante majorité nationale est du même avis. De surcroît, des déclarations faites au parlement et des appels que le président a reçu de parlementaires individuellement indiquent qu’une majorité des parlementaires préfère la tenu d’un tel référendum …

C’est la clef-de-voûte de la structure constitutionnelle de la République d’Islande que le peuple est le juge suprême de la validité de la loi …

Maintenant le peuple a le pouvoir et la responsabilité entre ses mains.

À mettre en regard avec ce qui se passe en Grèce.

Quand l’actuel Premier ministre Georges Papandréou a indiqué qu’il soumettrait le précédent plan de sauvetage à référendum la troïka le limogea en toute hâte. Les Allemands vont jusqu’à suggérer que la Grèce devrait garder son Premier ministre non-élu indéfiniment (c’est-à-dire, évitant les prochaines élections) de la même manière que les Italiens suspendent leur vote démocratique jusqu’en 2013 au moins.

Il est vrai que l’Islande a sa propre monnaie et que la Grèce utilise une monnaie étrangère. Le fait que l’Islande dispose de sa propre monnaie lui a donné un puissant levier contre les marchés financiers internationaux. La Grèce ne dispose pas d’un tel levier. L’Islande pouvait faire défaut pour des dettes libellées en monnaie étrangère et laisser sa monnaie se déprécier.

Les Grecs doivent changer la totalité de leur système monétaire, ce qui ajoute des difficultés — qui sont toutes surmontables.

Pour l’Islande, la crise a imposé des coûts réels massifs sur la nation mais les bénéfices devinrent tangibles relativement rapidement. Un retour plus rapide à la croissance était assuré. La Grèce en est maintenant à sa cinquième année de récession (Dépression) sans la moindre sortie en vue.

Le 17 février 2012 l’agence de notation Fitch a relevé la note islandaise et dit:

La restauration de la notation d’investissement en monnaie étrangère à long terme de l’Islande reflète les progrès accomplis pour restaurer la stabilité macroéconomique, avançant des réformes structurelles et reconstruisant la solvabilité souveraine depuis la crise bancaire et monétaire de 2008 … L’Islande a quitté son programme du FMI avec succès et gagné un accès renouvelé aux marchés des capitaux internationaux. Un redressement économique prometteur est en cours …

Bien que je prenne les affirmations des agences de notation avec des pincettes, elles reflètent effectivement ce que pensent les marchés obligataires. Le fait est que l’Islande est dans une position internationale que les nations membres de l’UEM envient en ce moment même.

Bien que le gouvernement islandais n’a certainement pas fait d’orgie fiscale et a permis aux exportations nettes de récolter les avantages de la dépréciation massive, le gouvernement n’a pas non plus écorché l’économie avec de l’austérité. Ils ont laissé la croissance construire ses revenues de taxation plutôt que d’extorquer un lourd tribut à ses citoyens.

Comme le montre les prévision du printemps 2012 — la consommation privée et l’investissement emmènent la croissance — avec le retour de la confiance — le chômage chute, les salaires réels sont en hausse et la demande globale est stable.

Tout cela était prévisible. Le néochartalisme (Modern Monetary theory, MMT) montre qu’un gouvernement souverain n’est jamais contraint par ses revenus parce qu’il a le monopole d’émission de sa propre monnaie. Ce qui signifie qu’il a toujours la capacité (étant données les ressources réelles) d’améliorer la croissance domestique et l’emploi sans se soucier de ce qui advient dans l’économie privée ou dans le secteur étranger.

Plus encore, une monnaie en change flottant permet à la politique fiscale et monétaire de se concentrer sur la politique domestique sans avoir besoin de s’engager dans des « interventions officielles » (des transactions entre banques centrales sur le marché des changes internationaux) pour stabiliser un taux donné.

Cela signifie que les déséquilibres extérieurs n’ont pas à être résolus par de tragiques dévaluations internes (dégradations des conditions de travail).

Voici quelques preuves illustrées soutenant ce discours.

Comparaison des croissances réelles du PIB – La Grèce et l’Islande

Le graphique suivant est construit avec les dernières données de comptabilité nationale trimestrielle de l’Islande et de la Grèce (fournies par leurs agences nationales de statistiques). Il compare la croissance du PIB réel (corrigé des variation saisonnières et annualisés) du trimestre de mars 2005 au trimestre de décembre  2011 pour chaque nations.

Il n’y a qu’une seule conclusion — la nation qui a le mieux résisté aux élites néolibérales européennes et démontré la solidité de sa direction est en voie de guérison d’un plus gros choc que ce la Grèce a subi. Cette nation — qui s’est toujours plus inclinée devant les demandes irréalistes de ces mêmes élites jusqu’au point d’installer à la présidence un technocrate-banquier-central non-élu — coule.

Je ne suggère pas que l’Islande est entièrement paradisiaque. Loin de là. Mais elle a le contrôle de sa monnaie et a permis la flexibilité inhérente à ce contrôle de jouer à son avantage (mouvements des taux de change, capacité de la banque centrale à fixer les taux d’intérêt et soutien fiscal).

Taux de change réels et nominaux

Le graphique suivant utilise les données disponibles chez la Banque Centrale d’Islande et montre que le dollar des États-Unis, l’euro, et les taux de changes de l’Indice Global des Échange (Broad Trade Index) contre la Couronne islandaise (moyenne mensuelle, mi-taux) de janvier 2000 à Mai 2012.

Vous pouvez en lire plus sur l’Indice Global des Échanges ici, mais il suffit de dire qu’il représente une parité d’échange pondéré en fonction des importances relatives de ses partenaires. La Banque Centrale d’Islande met régulièrement à jour les monnaies du « panier », qui est utilisé pour calculer l’Indice lorsque la configuration des échanges évolue.

En 2010, les principaux partenaires commerciaux de l’Islande étaient les États-Unis (14,4 pour-cent du commerce total), la Chine (13,8 pour-cent), la Russie (8,6 pour-cent), la Suisse (6,6 pour-cent) et la Norvège (4,2 pour-cent) (Source).

La dépréciation de la monnaie islandaise contre les principales monnaies mondiales pendant la crise fut extrême. Le même type d’ajustements surviendrait rapidement en Grèce si elle sortait de la zone euro et restaurait sa souveraineté monétaire.

Mais notez que la dépréciation est terminée ! Ceux qui clament que les nations allant à l’encontre les sentiments des marchés financiers encourent un effondrement de leur monnaie et de ne jamais s’en remettre, échouent à comprendre les dynamiques d’une crise des taux de change. Bien évidemment, une dépréciation majeure survient.

Mais historiquement, les taux se stabilisent et commencent à s’améliorer une fois que les ajustements structurels qu’apporte la dépréciation (changement des termes de l’échange, changement de la composition des industries, etc.) commencent à apparaître.

Considérez le graphique suivant qui montrent le taux de change réel (c’est-à-dire le taux nominal corrigé de l’inflation relative des prix). Les mouvements du taux de change nominal et du niveau des prix relatif (Pw/P) doivent être combinés pour nous dire quelque chose des mouvements relatifs de compétitivité. La taux de change réel saisit l’impact global de ces variables et est utilisé pour mesurer notre compétitivité dans le commerce international.

Le taux nominal peut aussi être ajusté au coût unitaire du travail. Je montre les deux dans le graphique qui suit.

Laissez-vous aller à lire mon blog — Saturday quiz – January 28, 2012 – answers and discussion (Réponse à la Question 2) — pour plus de discussion sur les dérivées du taux de change réel.

La chute rapide du taux de change réel a donné à l’Islande une impulsion fulgurante à sa compétitivité internationale. C’est la même impulsion que la Grèce obtiendrait si elle quittait la zone euro. Pour peu qu’elle puisse isoler les effets sur les revenus réels de l’effondrement du taux de change — ce sera limité et la croissance reviendra presque immédiatement.

Notez que les deux manières de calculer le taux de change réel — les mesures IPC (CPI en anglais, inflation globale) et CUT (coût du travail, ULC en anglais) — évoluent de conserve. Ce qui vous dit que les coûts du travail étaient effectivement contenus alors que les prix des importations augmentaient face à la dépréciation rapide du taux de change nominal. Cela permit à la hausse de la compétitivité de se « coller » (« stick ») (dans le jargon de ma profession).

Les nations membres de l’UEM sont piégées et ne peuvent exploiter la flexibilité d’une monnaie souveraine. Le seul ajustement aux équilibres externes est alors la dévaluation interne qui impose une tendance récessive. Ajouter de l’austérité fiscale au même moment est la raison pour laquelle les comptes nationaux grecques sont dans un état si effarant.

Pour qu’un gouvernement poursuive le bien public il doit contrôler sa propre monnaie et cela signifie qu’elle doit flotter.

Inflation

Qu’en est-il de l’inflation ? Beaucoup de commentateurs clament que les taux de changes flexibles sont dangereux parce qu’ils résultent en une inflation qui s’accélère. La protestation n’est que partiellement vraie et échoue à prendre en compte les ajustements internes (substitutions aux importations) et externes (amélioration de la compétitivité des exportations) qui surviennent lorsque les termes de l’échange évoluent — particulièrement lorsqu’ils sont aussi drastiques que montrés dans les graphiques ci-dessus.

Le graphique suivant est issu de la Banque Centrale d’Islande et vous montre ce qui arriva au taux annuel d’inflation isslandais entre 2000 et 2012.

Il est clair que l’inflation a culminé (le taux annuel passa de 3,4 % en Août 2007 à un pic de 18,6 % en janvier 2009 alors que la Couronne islandaise se dépréciait). Depuis la croissance économique est repartie, le taux d’inflation s’établit à environ 4 % par année.

Il n’y a aucune preuve soutenant l’opinion qu’une large dépréciation a créé un environnement instable de haute inflation. La plupart des effets sur les coûts ont bien été gérés et sont déjà répercutés à travers le système.

La dépréciation a probablement des implications de long-terme pour le niveau des prix sur les salaires (non-négociés) et les prix domestiques se courent les uns après les autres en une spirale de résistance des salaires réels et du taux de profit.

Si la nation est préparée à accepter la perte de salaire réelle incluse dans la dépréciation — qui est généralement limitée — alors l’ajustement des taux travaille en sa faveur (une compétitivité accrue).

Salaires réels

Statistiques d’Islande a également publié un Indice du Salaire Réel qui est montré dans le graphique suivant (de janvier 2005 à mars 2012). Il a culminé à 120,2 en janvier 2008 et atteint alors un creux en mai 2010 à 103,9 (moins 13,6 % que le pic). Il a maintenant récupéré une partie de la perte et en mars 2012 se tenait à 112,1 (moins 6,7 % que le pic).

C’est une séquence prévisible. La dépréciation du taux de change érode le salaire réel lorsque le prix à l’importation augmente.

L’indice du salaire nominal a continué à croître en Islande à travers la crise bien que le taux de croissance s’est ralentie considérablement en 2008 et 2009. Cela concerne un important aspect de la dispute entre Keynes et les auteurs Classiques qui exhortaient à des coupes salariales durant la Grande Dépression. Cela concerne aussi ce qui se passe lorsque les champions de l’austérité avancent de larges réductions des salaires nominaux sur les employés comme ingrédients du soi-disant ajustement structurel.

Keynes notait que les employés résisteraient aux réductions de salaires réels si elles étaient administrées en salaires nominaux mais les toléreraient si elles étaient induites par l’inflation générale. L’explication donnée était que la première solution perturberait la structure des prix relatifs alors que la seconde l’impacte plus ou moins uniformément.
Mais il y a une autre raison à préserver les salaires nominaux qui soit importante.

La plupart de nos engagements contractuels sont libellés en unités nominales (€ ou n’importe quelle monnaie est valable). Aussi lorsque les salaires réels sont réduits par l’inflation (en ce cas par dépréciation du taux de change) mais les salaires nominaux sont préservés, les employés peuvent faire les ajustements de la composition de leur dépense sans, avant tout, miner leur capacité à régler leurs obligations contractuelles (par exemple, les traites de leurs hypothèques).

Attaquer les niveaux de salaires nominaux, mine beaucoup plus directement la capacité des travailleurs à tenir ces obligations contractuelles nominales et rend possible un surcroît d’instabilité (effondrement du crédit).

Comparez la trajectoire des salaires réels en Islande avec cette histoire d’Athens News (27 avril 2012) Real wages tumble by 25% as tax burden soars in 2011. Nous lisons cela en Grèce :

Le think tank localisé à Paris affirme que les salaires réels avant taxe ont chuté dans 18 de ses 34 membres en 2011, avec de loin les plus brutales réductions prenant place en Grèce, où les revenus des salaires bruts ont chuté de 25,3 % …

En chiffres absolus, le rapport de l’OCDE annuel Taxer les Salaires stipule que le revenu brut moyen a décliné depuis 20 457 euros en 2010 à 15 729 euros en 2011, ce qui équivaut à une réduction réelle de 25,3 pour-cent, en prenant en compte le taux d’inflation à 3 pour-cent.

Conclusion

Le président grec devrait faire preuve de la même stature que le chef en titre de l’Islande a démontré lorsqu’il a bloqué les machinations des politiciens comploteurs qui avaient l’intention de jouer selon la cabale de l’élite européenne.

Le fait que l’Islande ait également maintenu leur propre monnaie leur a permis de restaurer la croissance et la confiance relativement vite, malgré la récession massive qu’ils ont traversé.

La Grèce est coincée dans l’austérité sans la moindre échappatoire. Elle ne peut croître de manière robuste et soutenue que si elle quitte la zone euro. Elle devrait déclarer une vacance des banques lundi prochain (en faisant la déclaration pendant le week-end), faire défaut sur toute sa dette libellée en euro et renégocier avec la force de sa propre monnaie.

Elle devrait aussi commencer à imprimer des cartes en allemand pour prendre soin des nuées de nordiques qui voudront profiter du basculement des termes de l’échange.

Ce sera tout pour aujourd’hui !

5 Commentaires

Classé dans Compléments d'enquête

5 réponses à “Quelle différence un président peut faire !

  1. Intéressante analyse, mais attention tout de même à ne pas idéaliser le cas islandais. La dévaluation de la couronne pose notamment d’énormes problèmes pour l’Islande (dévaluation, contrôle des capitaux, surendettement).

    Cf cet article : http://boilingfrogs.info/2012/05/10/dark-side-iceland-revival/

    • C’est ce que dit Mitchell :

      Je ne suggère pas que l’Islande est entièrement paradisiaque. Loin de là.

      Mais entre trimer pour améliorer la situation, et trimer pour ne jamais en voir le bout, le choix est vite fait. Merci pour le commentaire et pour le lien. Les prêts hypothécaires indexés sur des monnaies étrangères devraient faire défaut aussi, ou au moins être désindexés.

  2. Je découvre votre site et il me plait, hop dans mes liens recommandés…

    Je partage complètement votre avis sur le courage des Islandais ; mais je ne suis pas sûr que la Grèce devrait et pourrait faire pareil…
    A contrario de la Grèce, la balance commerciale islandaise était déjà excédentaire avant leur défaut et la dévaluation de leur monnaie ne fait que booster un peu plus ce que les autres viennent acheter chez eux, ce qui devrait les conduire à aller de mieux en mieux… Tout le problème, c’est que la Grèce n’a « rien à vendre » et que ce n’est pas en sortant de l’euro qu’elle deviendra pour autant une pompe à investissements…

    • Merci pour les compliments, ça me fait très plaisir.

      La Grèce a à vendre, notamment ses armateurs. Elle avait et a encore une des plus grosses flottes commerciales du monde, malgré la petitesse de son pays. D’autres industries peuvent (re)devenir compétitives. Quelle est l’alternative ? Une vie de rentier pour les quelques uns qui sont encore branchés sur l’eurosystème et la récession jusqu’au post-apocalytpisme pour les autres ?

  3. Bah, ce ne sont pas les armateurs grecs qui emploient principalement des équipages étrangers esclavagés qui vont donner plus de boulot aux Grecques… même la manutention est en train d’échapper à ce pays par l’implantation d’unités portuaires tenues exclusivement par des Chinois…

    Quelle est l’alternative pour la Californie et tant d’autres États fédéraux US qui sont en faillite ? Pour autant, ça ne leur viendrait pas à l’idée de créer leur propre monnaie et de sortir du dollar…
    La Grèce, c’est le symptôme le plus visible d’un système global qui ne fonctionne pas et sortir de l’Euro ne résoudra en rien leurs problèmes, puisque le contexte monétaire, de concurrence internationale et de financiarisation resteront identiques…
    Les solutions sont ailleurs, tel que j’essaye de le démontrer sur mon blog… et en attendant que le système global soit réformé (ou s’effondre sur lui-même), il y a de multiples solutions locales pour prendre le système à son propre jeu… au final et en tout état de cause, nous ne pourrons pas faire l’économie de remettre en cause nos modèles de croissance, ainsi que toutes les « libéralisations » des marchés, tel que vous le pointez par ailleurs sur votre site.

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