Austérité fiscale – la dernière généralisation fallacieuse

Traduction par mes soins de Fiscal Austerity – the newest fallacy of composition de William Mitchell, professeur d’économie à l’Université de Newcastle en Australie.

Les origines de la macroéconomie remontent à la reconnaissance que l’approche de la science économique dominante, quant à l’agrégation, fut éviscérée par le concept de Généralisation Fallacieuse (« Fallacy of Composition »), erreur de logique survenant en « inférant qu’une propriété est vraie pour l’ensemble par le fait qu’elle est vraie pour tout ou partie des éléments de l’ensemble ». Ainsi la généralisation fallacieuse se réfère aux situations où des actions logiques individuellement deviennent irrationnelles collectivement. Cette erreur est des plus communes dans les raisonnements des macroéconomistes dominants et est utile pour saper leurs propositions politiques. L’actuel passage en force de l’austérité à travers le monde est un énième exemple flagrant de ce type de raisonnement faussé. Le fait même que l’austérité est promue à grande échelle générera les conditions de son échec comme stratégie de croissance. Nous n’apprenons jamais vraiment.

Les origines de cette erreur logique reposent dans le développement historique de la science économique dominante. Elle s’occupait largement de la microéoconomie et commençait ses raisonnements a priori dans la perspective d’un individu atome. Le consommateur seul ou l’entreprise seule. Je n’irai pas ici dans les détails, mais ce corpus théorique rencontra vite de graves difficultés avec le dénommé Problème d’Agrégation (Aggregation Problem).

Ainsi, pour affirmer des choses sur l’industrie, les marchés ou l’économie dans son ensemble, l’école dominante devait agréger leurs analyses individualistes. Bien sûr cela s’avéra impossible en utilisant n’importe quelle base rationnelle et ainsi ils maquillèrent le problème et supposèrent un « ménage représentatif » comme étant le côté de la demande d’un marché spécifique et une « entreprise représentative » comme étant le côté offre. Ensemble, ils vendent et achètent un « produit composé ».

Le maquillage intervient parce que ce tour de passe-passe transpose les principes applicables aux individus jusqu’au composé ou agrégé.

Avant les années 1930, il n’y avait pas de discipline séparée appelée macroéconomie. La théorie dominante – elle l’est encore aujourd’hui – considérait la macroéconomie comme étant l’agrégat des individus. Donc l’entreprise et le ménage représentatifs étaient ainsi simplement devenus plus gros mais les principes comportementaux qui étaient utilisés pour l’analyse étaient ceux appliqués au niveau individuel.

Par là-même, toute l’économie est perçue comme étant simplement comme une entreprise ou un ménage seul. Il s’ensuit que des changements de comportements ou d’environnements qui peuvent bénéficier à l’individu ou à l’entreprise sont automatiquement proclamés profitables à l’économie dans son ensemble.

L’erreur fondamentale de raisonnement qui survient lorsqu’on essaie d’appliquer au niveau macro une logique qui pourrait fonctionner au niveau micro est appelé généralisation fallacieuse. Les économistes néoclassiques ( précurseurs des néolibéraux contemporains) ne comprenaient pas le piège de la généralisation fallacieuse et exhortaient à réduire les dépenses publiques et les salaires au plus fort de la Grande Dépression.

Keynes mena le combat contre l’école dominante en exposant plusieurs généralisations fallacieuses. Bien que ces erreurs abondent dans l’école macroéconomique dominante, il y en a deux particulièrement fameuses dans la pensée macroéconomique : a) le paradoxe de l’épargne ; et b) la résolution du chômage par réduction des salaires.

Lors du premier semestre d’un cours décent de macroéconomie, les étudiants apprennent le paradoxe de l’épargne – où une vertu individuelle peut devenir un vice public. Lorsque les consommateurs essaient en masse d’épargner plus et que rien ne remplace la consommation perdue, tout le monde souffre parce que le revenu national chute (puisque le niveau de production réagit à la baisse de la consommation) et le chômage monte.

Le paradoxe de l’épargne nous dit que ce qui s’applique au niveau microéconomique  (la capacité d’accroître son épargne si on est suffisamment discipliné) ne s’applique pas au niveau macro (si tout le monde épargne de la demande globale, alors, on réduit la production et les revenus sauf intervention du gouvernement). L’économie plongerait même en récession.

En définitive, les revenus chuteraient et les individus seraient empêchés d’accroître leur épargne au total (parce que l’épargne est en fonction du revenu). Ce qui fonctionne pour l’un ne fonctionnera pas pour tous. C’est cela que l’école dominante occulte.

La causalité reflète la compréhension basique que la production et le revenu sont fonctions de la dépense globale (demande) et des ajustements dans la seconde enclenchent des changements dans les premiers. Il est même possible que l’épargne totale diminue en termes absolus lorsque tous les individus essaient d’épargner plus parce que les ajustements par les revenus sont très brutaux.

Keynes et d’autres considérèrent que les généralisations fallacieuses tel le paradoxe de l’épargne donnent un excellent argument pour considérer a priori l’étude de la macroéconomie comme discipline séparée. Comme écrit précédemment, jusqu’alors, les néoclassiques (l’école dominante moderne) a ignoré les caractéristiques particulières de la macroéconomie qui requéraient qu’elle soit étudiée séparément.

Ils supposèrent qu’on pouvait simplement empiler les relations microéconomiques (l’individu ajoute à un segment du marché qui ajoute à l’industrie qui ajoute à l’économie). Ainsi l’entreprise, le consommateur, ou l’industrie représentatif affichait le même comportement et les mêmes contraintes que les sous-éléments individuels. Mais Keynes et d’autres démontrèrent que l’école dominante n’avait pas de théorie de l’agrégation parce qu’elle ne pouvait pas résoudre ces problèmes de généralisations fallacieuses.

Comme elle supposait simplement que ce qui était vrai pour un individu serait vrai pour tous les individus. Cela amena les opposants à l’école dominante à souligner les plus importantes généralisations fallacieuses de la pensée dominante – leurs tentatives de passer du particulier au général échouèrent en raison des différentes contraintes que l’analyse de niveau macroéconomique appelle.

Paul Krugman l’a saisi de cette manière dans son blog du New York Times Comment les consommateurs capitulent :

… un des points culminants du semestre, si vous êtes un enseignant en introduction à la macroéconomie, survient lorsque vous expliquez comment la vertu individuelle peut être le vice public, comment les tentatives par les consommateurs de faire la bonne chose en épargnant plus peut appauvrir tout le monde. La clé est que si les consommateurs réduisent leur dépense, et que rien ne vient la remplacer, l’économie glissera dans la récession, réduisant le revenu de tous. En fait, le revenu des consommateurs peut même baisser plus que leur dépense, de manière à ce que leurs tentatives d’épargner plus se retournent contre eux – une possibilité connue par le nom de paradoxe de l’épargne.

L’expression paradoxe de l’épargne s’invita dans la nomenclature pendant la Grande Dépression lorsque Keynes et d’autres virent ce problème particulier donner un bon argument pour que le gouvernement dépense un déficit public afin de remplacer la consommation perdue lorsque le secteur non-gouvernemental cherche à accroître son épargne.

Là réside le rôle crucial des déficits budgétaires – financer le désir privé d’épargne. Par conséquent, l’économie nationale peut produire un certain volume de biens et de services à tout moment si elle emploie toutes les ressources disponibles (c’est-à-dire un chômage inférieur à 2 % et pas de sous-emploi). Cette production génère un revenu qui peut être dépensé ou épargné.

Si le secteur privé désire épargner, par exemple, 10 pour 100 $ qu’il reçoit alors ces 10 $ sont perdus pour l’ensemble des dépenses. Si rien d’autres n’advient, des stocks invendus surgiront et les entreprises commenceront à licencier des employés parce que le niveau de production est trop élevé relativement à cette demande. Les entreprises projettent la demande attendue et prennent leurs décisions de production sur ce qu’elles pensent pouvoir vendre dans les périodes à venir.

Le déclin de la croissance économique réduit alors le revenu national qui à son tour réduit l’épargne, étant donné que le premier est une fonction positive du revenu national total.

Mais si l’économie veut se maintenir au plein emploi, toute la production doit être vendue. Sur ce vient le gouvernement. C’est le seul secteur qui peut par une dépense nette de 10 $ pour chaque 100 $ venir combler le « manque de dépense » occasionné par l’épargne. Toute la production est vendue et les entreprises sont heureuses de retenir l’emploi à des niveaux créant cette production. Ce système est ce que les économistes appellent un « équilibre de plein emploi ».

Cependant, notez ce qui est arrivé. La dépense nette par le gouvernement (le déficit) ratifie les décisions d’épargne du secteur privé. Le déficit budgétaire maintient la demande globale assurant le plein emploi et le revenu national en résultant génère le niveau d’épargne désiré. Ainsi le déficit budgétaire finance l’épargne privée quotidiennement.

Il n’y a donc pas de problème particulier pour l’économie lorsque les ménages veulent accroître leur épargne. La solution ne repose pas sur une rapide reprise de l’investissement privé, bien qu’une accélération de la formation de capital améliorerait le rythme de la reprise. Aussi longtemps que le secteur gouvernemental « finance » ce comportement d’augmentation de l’épargne de la part des ménages, la croissance économique peut se poursuivre et le paradoxe de l’épargne peut être compensé. La dépense nette en hausse favorise la croissance des revenus et de l’emploi, qui se combinent pour générer le capacité d’épargne désirée par les ménages. Gagnant-gagnant.

En connaissant l’importance de la généralisation fallacieuse dans la macroéconomie dominante de l’époque, elle encaissa un coup terrible pour sa crédibilité. Comme notre mémoire est courte. Comment ces idées dominantes qui furent discréditées si méticuleusement à l’époque ont été capables de se réaffirmer comme le discours dominant est une autre histoire (aux profondeurs abyssales).

L’autre généralisation fallacieuse majeure concerne la solution de l’école dominante contre le chômage. La macroéconomie a émergé de l’échec de la science macroéconomique dominante à conceptualiser des problèmes à l’échelle de l’économie entière – en particulier, le problème du chômage de masse. Cf mon billet – What causes mass unemployment? – pour en savoir plus à ce sujet.

Marx l’avait déjà compris et vous voudrez peut-être lire la Théorie du Surplus de la valeur où il discute du problème de la réalisation lorsqu’il y a du chômage. À mes yeux, Marx fut le premier à réellement comprendre la notion de demande effective – dans sa distinction entre la demande notionnelle pour un bien (un désir) et la demande effective (celle qui est accompagnée d’argent).

Cette distinction, bien sûr, était la base des travaux de Keynes et des débats subséquents dans les années 1960 lorsque Clower et Axel Leijonhufvud ont démoli les tentatives de l’école dominante de saper la contribution de Keynes en avançant une compréhension monétaire sophistiquée de sa Théorie Générale.

Le fait est qu’avant cela l’école dominante échouait à comprendre ce qui arrive à un individu n’arrivera pas à tous les individus s’ils tentent la même chose. En terme de solution au chômage, elle croyait qu’une entreprise pouvait réduire ses coûts en abaissant les salaires de ses employés. Cependant ils échouèrent à voir que si toutes les entreprises font la même chose, la dépense totale chuterait brutalement et l’emploi aussi. Une fois encore, essayer de raisonner au niveau du système sur la base de l’expérience individuelle échoue le plus souvent.

Les salaires sont à la fois un coût et un revenu. L’école dominante ignore le côté revenu de la négociation salariale. Le problème technique vient de la trompeuse supposition que l’offre agrégée et la demande agrégée sont mutuellement indépendantes. C’est une présupposition standard de la science économique dominante et elle est clairement fausse.

Le chômage de masse apparaît lorsqu’il n’y a pas assez d’emplois et d’heures de travail générés par l’économie pour pleinement employer toute la population désireuse de travailler. Et la raison en est qu’il y a une insuffisante dépense agrégée dont la dépense nette gouvernementale est l’une des sources.

La réponse dominante erronée au chômage persistant qui obère la plupart des économies depuis les trois dernières décennies est d’invoquer des mesures du côté de l’offre – réduction des salaires, des tests d’activité plus stricts pour bénéficier des allocations de solidarité, des programmes sans fin de formation. Mais cette approche politique, qui a dominé la période néo-libérale et reflète leur focalisation sur l’individuel, est une proie facile pour le problème de la généralisation fallacieuse.

Ils méprennent un échec systémique pour un échec individuel. Vous ne pouvez pas chercher des emplois qui ne sont pas là. La principale raison faussant l’approche par le côté de l’offre est qu’elle échoue à reconnaître que le chômage se lève lorsqu’il n’y a pas assez d’emplois créés pour satisfaire les préférences de l’offre volontaire de travail. Les recherches sont claires : brasser les gens à travers des programmes d’entraînement déconnectés de l’environnement du travail salarié est un gaspillage de temps et de ressources, et démoralise les victimes de ce procédé – les chômeurs.

Étude de cas : la parabole des 100 chiens et 95 os

Imaginez une petite communauté de 100 chiens. Chaque matin ils vont déterrer des os dans le jardin. Si assez d’os pour tous y sont enterrés alors tous les chiens parviendront à réussir leur quête quelque soit leur niveau de rapidité et de dextérité.

Maintenant imaginez qu’un jour les 100 chiens se mettent à chercher dans le jardin comme d’habitude mais découvrent qu’il n’y a que 95 os enterrés.

Certains limiers particulièrement fins ont déterré deux os comme d’habitude pendant que d’autres n’en déterrent qu’un habituellement. Mais, par construction comptable, il y a au moins 5 chiens qui reviendront sans os à la niche.

Maintenant imaginez que le gouvernement décide que c’est intenable et que ce sont les talents et la motivation des chiens sans os qui sont le problème. Ils ne sont pas assez doués.

Aussi toute une palette de psychologues pour chiens et de dresseurs est appelée pour travailler sur les capacités et les attitudes des chiens sans os. Ces chiens sont évalués et assignés à des agents de suivis. On leur dit que s’ils ne s’entraînent pas ils perdront leur gamelle nocturne que le gouvernement leur donne lorsqu’ils n’ont pas d’os. Ils se sentent découragés.

De toute façon, après que des habiletés à courir et à creuser sont transmises aux chiens sans os, les choses commencent à changer. Chaque jour les 100 chiens vont chercher 95 os, on commence à voir des chiens différents revenir sans os. La file des sans-os semble être remélangée par les programmes d’entraînement.

Toutefois, pour n’importe quel jour, il y a toujours 100 chiens courant sur le jardin et seulement 95 os enterrés là !

Aux États-Unis il y a 90 os pour 100 chiens et en Espagne 80 os pour 100 chiens !
Le fait est que les généralisations fallacieuses pullulent dans les raisonnements de la science macroéconomique dominante et ont conduit à des décisions politiques très malencontreuses par le passé.

Le sophisme du gouvernement bon père de famille

Une autre source majeure d’erreur de raisonnement dans les théories macroéconomiques dominantes qui mène le bal en faveur de l’austérité est l’analogie trompeuse entre un ménage et le budget du gouvernement. J’y ai souvent répondu.

Dans un système à monnaie fiduciaire, un gouvernement souverain n’est jamais contraint par ses revenus parce qu’il dispose du monopole d’émission de la monnaie. Mais les ménages utilisent cette monnaie et sont toujours financièrement contraints. C’est une différence fondamentale.

Mon ami et parfois coauteur Randy Wray a écrit un très intéressant billet l’année dernière intitulé – Teaching the Fallacy of Composition: The Federal Budget Deficit – où il traite de ces problèmes dans le détail.

Il note que l’analogie du budget gouvernemental avec celui d’un ménage « ignore l’impact qu’a le déficit budgétaire sur les autres secteurs de l’économie ». Il utilise l’approche des soldes sectoriels pour montre que :

Au niveau global, la dépense en dollar de chacun des trois secteurs combinés doit être égal au revenu reçu par les trois secteurs combinés. La dépense globale égale le revenu global. Mais il n’y a aucune raison pour qu’un secteur dépense exactement son revenu. Un secteur peut dégager un surplus (dépenser moins que son revenu) aussi longtemps qu’un autre a un déficit (dépenser plus que son revenu).

Et, « si nous avons un secteur étranger à l’équilibre, il n’y a aucun moyen pour que le secteur privé dans son ensemble n’épargne sauf si le gouvernement opère un déficit. Sans déficit gouvernemental, il n’y aurait pas d’épargne privée. Bien sûr, un individu peut dépenser moins que son revenu, mais un autre aura à dépenser plus que son propre revenu ».

Donc la relation dépense/revenu entre les trois secteurs peut être exprimée sous la forme du cadre comptable des soldes sectoriels se contraignant réciproquement.

Cela est très pertinent quant à la manière dont nous pensons à l’actuelle campagne pour l’austérité.

Nous savons que si le secteur gouvernemental essaie d’opérer des surplus lorsqu’il y a un déficit extérieur et que le secteur privé domestique veut épargner, les conséquences en seront mauvaises. La ponction fiscale réduit le pouvoir d’achat, ce qui entame la croissance des revenus et de la production, et ultimement force le secteur privé domestique à diminuer son épargne.

Le seul moyen d’annuler les dégâts survenant de cette ponction fiscale est d’avoir un surplus extérieur (exportations nettes) ajoutant de la dépense à l’économie locale et soutenant la croissance des revenus et le désire d’épargner. C’est la situation norvégienne.

Ainsi nous savons que si le secteur privé domestique désire épargner globalement, agit en conformité et que la nation bénéficie d’un déficit extérieur, alors le seul moyen de soutenir cela est un flux continu de déficits publics. Ils doivent être permanents et dimensionnés pour satisfaire le manque de dépense laissé par les deux autres secteurs.

Plus encore, c’est le seul moyen de réduire le niveau d’endettement du secteur privé lorsque le solde extérieur est en déficit.

Et cela me mène à l’idée que la campagne pour l’austérité est elle-même tombée dans le piège de la généralisation fallacieuse – aussi dévastatrice que les autres qui pullulent à travers la pensée macroéconomique dominante.

L’austérité comme généralisation fallacieuse

Le FMI a promu des stratégies de croissance orientées vers l’exportation dans les pays émergents depuis des années. Parfois fondées sur l’industrie (Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour) ou d’autres fois fondées sur les récoltes agricoles ou l’extraction de ressources à l’exportation. Tandis que les premières stratégies d’exportations industrielles des tigres asiatiques (qui précédèrent l’offensive des programmes d’ajustement structurel à partir de la fin des années 1970) furent des succès les recherches montrent très clairement que la plupart des nations pauvres ont régressé avec ces programmes.

Dans le cas du commerce, la généralisation fallacieuse consiste en une contrainte à l’« empilement » quant à la capacité des nations à exporter simultanément des biens sur le marché extérieur – ce qui revient pour la plupart des nations à pénétrer les mêmes marchés.

Le FMI et maintenant les fous de l’austérité invoquent leurs arguments habituels. Premièrement, il n’y a aucune contrainte du côté de la demande parce que le nations riches croîtront suffisamment vite pour supporter le volume accru des importations et éviter les engorgements déprimant les prix des exportations. Deuxièmement, les nations pauvres commenceront à commercer entre elles. Troisièmement, les nations pauvres introduisent continument des techniques de production intensives en capital et feront de la place pour les exportations intensives en main-d’œuvre d’autres nations.

Lorsqu’on lit les nombreuses études sur ce sujet, on découvre qu’en réalité les contraintes par la demande survenant par la concurrence sur les marchés limités à l’exportation sont fortes. Plus encore, les marchés engorgés à l’exportation voient leurs prix continuellement baisser pour les pays moins développés qui ont alors eu à emprunter encore plus de fonds au FMI pour joindre les deux bouts. Dans l’intervalle, ces nations minent leur agriculture de subsistance pour en faire des cultures d’exportations et les gens ont faim.

Mais les plans d’austérité actuels ont quelques similitudes avec la stratégie de développement du FMI, ce qui n’est aucunement une surprise étant donné que le FMI a écrit la récente réponse du G20 endossant les programmes d’austérité.

La magazine The Economist (1er juillet 2010) avait un intéressant article – Austerity alarm – où ils ont écrit que « Les deux camps opposés du débat austérité c. stimulus exagèrent, mais le lobby de l’austérité est plus dangereux ». C’était un retournement pour l’analyse traditionnellement néolibérale qu’on lit dans ce magazine.

The Economist écrit :

… le monde développé semble parti pour un ajustement fiscal collectif pesant 1 % de son PIB annuel total l’année prochaine, la plus grosse contraction budgétaire synchronisée depuis au moins quatre décennies.

Pour les critiques keynésiens le basculement vers l’austérité est une bourde monumentale … [qui] … poussera l’économie mondial dans la dépression. Avec le chômage élevé, une production très en dessous de son potentiel, une dépense privée encore fragile et des taux d’intérêts proches de zéro … le stimulus fiscal demeure un soutien essentiel pour l’économie et des réductions de déficits maintenant appelleraient la stagnation et la déflation.

… les partisans de … l’austérité croient que c’est nécessaire et approprié : la dépense déficitaire ne peut se poursuivre éternellement et en stimulant la confiance des entreprises et des ménages et diminuant la prime de risque sur la dette gouvernementale, une consolidation fiscale bien peut en vérité stimuler la croissance … l’épargne fiscale accroîtra la dépense privée en réduisant l’incertitude quant à la politique d’imposition et à la dette gouvernementales.

Il est clair que les terroristes du déficit ne spécifient jamais comment ils répondraient à cette question : Si le gouvernement prend x pour cent de la dépense globale, qu’est-ce qui les remplacera ? Mais, plus encore, le remplacement doit ajouter plus que ce que le gouvernement ôte pour que la croissance continue.

Mis à part les allusions confuses qu’une sorte d’équivalence ricardienne inversée entrerait en action – ainsi les consommateurs et les entreprises dépenseraient soudainement le liquide qu’ils auraient épargné pour payer les taxes supplémentaires anticipée une fois qu’ils réalisent que les déficits chutent – il n’y a que très peu d’arguments consistants présentés pour étayer le choix de l’austérité. Lisez, je vous prie, mon billet – Pushing the fantasy barrow – pour une discussion sur l’absurdité des arguments de l’équivalence ricardienne de la science macroéconomique dominante.

Dans le Wall Street Journal de la semaine dernière (1er juillet 2010), Thomas Frank a écrit que nous devons Éviter le Piège de l’Austérité (Avoiding the Austerity Trap) :

La réduction du déficit est une obsession malsaine.

Les hausses récentes du déficit fédéral ont fait trembler la classe des experts, mais ne sont pas vraiment mystérieuses. Elles sont, pour la plupart, un produit de la récession, qui a réduit les recettes fiscales, justifié les plans de sauvetages et les mesures de relance, et permis les allocations chômage et autres « stabilisateurs automatiques ».

Réglons la récession et nous réduirons le déficit finalement aussi. Le danger réel est qu’à la place nous décidions de regarder le déficit comme un problème en soi – une question quasi-morale qui doit être résolue indépendamment de la vaste économie – et que nous procédions à l’équilibre du budget nous-mêmes tout droit à nouveau dans l’ornière économique. Pour un aperçu de son fonctionnement, jetez un œil à l’Irlande anciennement prospère, où un régime sévère pour contrôler le déficit public a rendu la récession plus ou moins permanente.

L’austérité serait un choix terrible en ce moment, mais la pulsion gaffeuse démange le clergé politique ces jours-ci. Une raison à cela est que la réduction du déficit est le plus souvent un levier pour autre chose, quelques projets politiques qui doivent demeurer obscurs parce qu’ils sont trop écœurants pour être discutés ouvertement.

La lecture de cet article m’a rappelé la prose sur les déficits stratégiques. C’était une phrase du cru de David Stockman directeur du budget du président Ronald Reagan « pour décrire l’utilité de créer des manques à gagner budgétaires de long-terme pour saper le soutien politique à la dépense gouvernementale » (Source en anglais).

Il y a donc clairement des arrière-pensées politiques sous les appels à l’austérité.

Mais le meilleur argument que les fous présentent habituellement est le commerce extérieur et c’est là que nous rencontrons une autre généralisation fallacieuse dévastatrice. J’ai vu quelques papiers sortis ces mois-ci pour prétendument documenter des cas où l’austérité a conduit à la croissance. Deux pays sont souvent tenus pour exemplaires de cette approche – le Canada et la Suède dans les années 1990.

Dans les deux cas les gouvernements ont réduit leurs dépenses nettes et la croissance apparut les années suivantes. L’article de The Economist note que :

Mais dans la plupart de ces exemples les taux d’intérêt ont chuté ou la monnaie s’est dépréciée. Ces remèdes ne sont pas disponibles actuellement : les taux d’intérêts sont déjà bas et les monnaies des pays riches ne peuvent toutes se déprécier simultanément. Sans ces amortisseurs, l’austérité fiscale ne peut probablement pas stimuler la croissance.

Ainsi bien que le Canada ait pu compenser les réductions de sa dépense publique par l’amélioration du solde extérieur ainsi qu’une compétitivité accrue par des ajustement des taux de changes, cette solutions ne peut pas fonctionner si tous les pays s’engagent dans de l’austérité. Là réside la généralisation fallacieuse.

En ce moment, l’Irlande a montré un sursaut du PIB tiré par la croissance britannique et américaine. Mais ces deux nations ralentissent dorénavant en introduisant des politiques d’austérité que ce soit explicitement ou implicitement par l’expiration des mesures de stimulation.

Ainsi la stratégie de croissance par l’exportation ne peut s’appliquer à toutes les nations qui réduisent leurs demandes domestiques.

Il est également ironique que les interventions fiscales les plus importantes (Chine) ont procuré quelque croissance globale. Et même cette injection de dépense sera probablement réduite l’année prochaine.

Le résultat est que vous obtenez la stratégie politique typique de l’UEM – écorcher l’économie domestique en dégradant les allocations, les salaires et les conditions de travail – et espérer une croissance extérieure. Un pays pourrait s’en sortir ainsi mais pas tous.

La seule manière fiable de prévenir une généralisation fallacieuse comme celle-là est de maintenir un soutien fiscal adéquat par la dépense pendant que le secteur privé réduit son endettement excessif par l’épargne.

Cette stratégie est également la meilleure pour stimuler les exportations parce que la croissance du revenu mondial sera plus forte et que les importations sont en fonction de la croissance du PIB.

Les austérichiens [NdT : mot-valise avec autrichiens, une école ultra-libérale, et austérité] ne sapent pas seulement les droits et le bien-être des citoyens mais sapent également  la source des revenus de l’exportation – la demande agrégée domestique.

Digression : La banque centrale australienne maintient ses taux d’intérêt

Aujourd’hui la Reserve Bank of Australia (RBA) a décidé de maintenir constants ses taux d’intérêt en Australie à 4,5 pour cent. On peut lire le Communiqué pour comprendre pourquoi. En gros, ils deviennent un peu pessimistes quant à l’environnement extérieur.

J’aurais préféré une réduction des taux !

Conclusion

Ce sera tout pour aujourd’hui !

Un peu étourdi, j’avais cru que cet article était tout récent, et ne me suis rendu compte de sa date exacte (6 juillet 2010) qu’après avoir largement entamé la traduction. Je l’ai terminée parce que les prédictions de Mitchell se sont avérées et celles des libéraux se sont effectivement démenties, enfin parce que le débat a largement stagné depuis, d’où ma méprise. Espérons que l’austérité continuera à laisser des déficits supérieurs aux critères de Maastricht, on pourrait alors éviter le pire. Mais pour la zone euro, c’est peu probable.

9 Commentaires

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9 réponses à “Austérité fiscale – la dernière généralisation fallacieuse

  1. BA

    Les politiques d’austérité sont en train d’installer la récession dans les économies du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie, de la Grèce, de l’Espagne, etc, etc.

    Vendredi 1er juin 2012 :

    L’agence de notation Egan-Jones abaisse la note de l’Italie de « BB » à « B+ », avec une perspective négative au vu de « l’état misérable » de son économie.

    Lisez cet article :

    Les Bourses ont terminé en forte baisse vendredi de part et d’autre de l’Atlantique, des chiffres décevants sur l’emploi aux Etats-Unis s’ajoutant aux craintes liées à la situation financière et économique de la zone euro et au ralentissement de la croissance chinoise.

    L’économie américaine n’a créé que 69.000 emplois en mai, un chiffre inférieur de plus de moitié au consensus Reuters et le plus faible depuis un an. Le taux de chômage est reparti à la hausse, à 8,2%.

    Ces chiffres sont venus s’ajouter aux mauvaises nouvelles en provenance d’Europe, où se multiplient les signes de ralentissement de l’activité, et où aucun signe encourageant n’est venu apaiser les craintes liées à la crise de la dette dans la zone euro, ainsi que de Chine, où l’industrie a confirmé son ralentissement dans les dernières enquêtes auprès des directeurs d’achats.

    Selon une enquête Reuters réalisée après la publication des chiffres de l’emploi américain, Wall Street juge de plus en plus probable que la Fed engagera un nouveau cycle d’assouplissement monétaire pour préserver la reprise fragile de l’économie américaine.

    Sur le front de la crise de la dette en zone euro, l’agence de notation Egan-Jones a abaissé dans la soirée la note de l’Italie de « BB » à « B+ » avec une perspective négative, faisant part de ses doutes quant à la capacité du pays à soutenir ses banques sans aide extérieure au vu de « l’état misérable » de son économie.

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5E8H1JK120120601

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