La preuve en image

J’ai plusieurs fois affirmé que que les taux des bons du trésor américain ne dépendaient pas du marché, ou de la prétendu solvabilité du gouvernement fédéral des États-Unis, mais essentiellement des taux directeurs de la Fed. Il me semble n’avoir jamais prouvé cette assertion, alors voici la preuve en image :

Taux directeurs de la Fed (vert, %)
Taux des bons du Trésor à 3 mois (bleu, %)
Taux des bons du Trésor à 1 an (rouge, %)

Tout comme pour les taux Libor (interbancaire), on voit clairement que les taux des bons du Trésor suivent servilement les taux directeurs de la Federal Reserve. Le coefficient de corrélation entre les taux à 3 mois et les taux directeurs est de 1,00 (avec arrondi), la perfection ! Allonger la maturité des bons du Trésor ne change que très progressivement le constat : le taux de corrélation entre les bons à 1 an et les taux directeurs monte seulement jusqu’à 0,99.

Autrement dit, aucune comparaison n’est pertinente entre le financement de l’État fédéral et la fable de la cigale et de la fourmi : l’État peut vivre au jour le jour et sans se soucier du lendemain (du moins avec des stabilisateurs automatiques contre l’inflation, et d’autres réponses adapté pour chaque problème) et vivra d’autant moins cher qu’il vivra au jour le jour (les taux à 1 an sont légèrement plus élevé que les taux à 3 mois).

Enfin, le marché primaire (vente pour la première fois des bons du Trésor) suit de très près le marché secondaire (revente des bons entre banques) : les deux séries statistiques que j’ai utilisées sont GS3M et TB3MS, et elles ont un coefficient de corrélation de 1,00 (aussi avec arrondi). Le marché primaire paie son éloignement de la Federal Reserve de maximum 64 points de base (0,64) durant toute la série, et 0 points depuis avril 2009…

Le marché des bons du Trésor américain est aussi bien verrouillé par la banque centrale américaine que le reste du marché interbancaire (cf le Libor américain).

11 Commentaires

Classé dans La planche à billets maîtrise les taux

11 réponses à “La preuve en image

  1. grosrené

    Bonjour,

    Ce petit billet est très intéressant et j’aimerais en comprendre les implications :

    – Les taux des bons du trésor Américain ne sont pas fixés par le marché, mais par les taux directeurs de la Fed. C’est une chose positive selon vous ? Dans quelle mesure le système de financement de l’Etat Etasunien correspond à vos préconisations ?

    – Quand vous dites : « l’État peut vivre au jour le jour et sans se soucier du lendemain », si le taux directeur de la Réserve Fédérale augmente, cela lui pose-t-il quand même des problèmes ?

    – Qu’en est-il pour l’Europe, vis-à-vis les taux de la BCE ? Les taux des obligations Grecques, Portugaises etc. ne sont très clairement pas dans ce cas, et le marché joue un rôle important dans leur valeur, non ? Et pour l’Allemagne et la France ?

    – Quelles sont les conséquences du fait que le marché primaire suive de très près le marché secondaire ?

    Merci d’avance pour vos réponses et désolé pour le nombre de questions :)

    • Les taux des bons du trésor Américain ne sont pas fixés par le marché, mais par les taux directeurs de la Fed. C’est une chose positive selon vous ? Dans quelle mesure le système de financement de l’Etat Etasunien correspond à vos préconisations ?

      Oui, c’est positif : les finances du système sont pérennes. Le système monétaire américain est conforme au néochartalisme dans la mesure où tout ce dont il a besoin pour l’être pleinement, ce de ne plus voter de plans d’austérité, mais des budgets simplement contracycliques (avec stabilisateurs automatiques), et de continuer à voter régulièrement le relèvement du plafond de la dette publique fédérale, comme il l’a toujours fait, voire de la supprimer purement et simplement.

      Quand vous dites : “l’État peut vivre au jour le jour et sans se soucier du lendemain”, si le taux directeur de la Réserve Fédérale augmente, cela lui pose-t-il quand même des problèmes ?

      Ça n’affecte que la part du budget de l’État qui est versé aux rentiers. Cela a uniquement un effet distributif, donc sur les inégalités. Aucun problème de financement n’en survient, et globalement, ça ne peut déstabiliser les prix (mais ça peut subdiviser le marché entre celui du luxe pour les rentiers, et le reste pour les misérables…)

      Qu’en est-il pour l’Europe, vis-à-vis les taux de la BCE ? Les taux des obligations Grecques, Portugaises etc. ne sont très clairement pas dans ce cas, et le marché joue un rôle important dans leur valeur, non ? Et pour l’Allemagne et la France ?

      Il me semble que les taux des diverses dettes publiques des membres de l’euro ne suivent les taux de la BCE qu’en moyenne. En tout cas, ils sont loin de les suivre comme dans le cas des États-Unis. L’euro n’est pas néochartaliste parce que les transferts entre les différentes parties prenantes publiques (banques centrales et trésors publiques) ne seront pas assurés, c’est-à-dire tant qu’ils feront l’objet de compromis politiques précaires, au sein du conseil des gouverneurs de la BCE ou ailleurs. Les pays membres de la zone euro sont dans une situation intermédiaires entre le Trésor fédéral américain et le trésor argentin du temps où il avait fixé le taux de change en dollar américain du peso argentin :

      1 La Federal Reserve se foutait d’assurer la stabilité monétaire du marché argentin qui avait décidé de son propre chef de s’arrimer à son dollar, alors que la BCE a un contrat moral avec ses membres : elle ne peut simplement abandonner à leur sort ses membres dès que ça se gâte.

      2 La Federal Reserve ne peut se permettre de briser le fonctionnement du marché monétaire américain en asséchant le marché interbancaire sous prétexte que le Trésor fédéral veut caser les dettes lui donnant droit de continuer ses opérations. La BCE peut nettement plus se permettre de mettre en défaut un membre : il lui en reste 16 autres. mais quid du précédent ? Les 16 autres l’accepteront-ils, ou préféreront-ils faire de cette situation un tabou ?

  2. grosrené

    merci de vos réponse !

  3. BA

    Mercredi 13 juin 2012 :

    L’Italie emprunte 6,5 milliards d’euros à un an, mais ses taux s’envolent.

    Le Trésor italien a emprunté mercredi comme prévu 6,5 milliards d’euros à un an, mais a vu ses taux d’intérêt s’envoler alors que la péninsule est revenue depuis le début de la semaine dans la ligne de mire des marchés, a annoncé la Banque d’Italie.

    Les taux de ces obligations à un an se sont inscrits à 3,972%, contre 2,34% lors de la dernière opération similaire le 11 mai.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___L_Italie_emprunte_65_mds_EUR_a_un_an_mais_ses_taux_s_envolent85130620121112.asp

    Fin 2011, l’Italie avait une dette publique de 120,1 % du PIB.

    120,1 % du PIB, soit 1897,179 milliards d’euros.

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  7. xavier

    Très bon site, bien expliqué! J’effectue en ce moment même un mémoire en économie (où j’ai utilisé quelques unes des informations présentes sur ce site, évidemment en le citant). Il m’a permis de comprendre plein de points essentiels, même si je pense que la monnaie n’est qu’un détail du problème global.
    Selon vous, outre le fait qu’il ne le sache pas (cela me paraît fort peu probable) pourquoi les pays « néochartlaliste » s’endettent en devise étrangères (DE) alors que le risque de défaut en monnai locale est nulle (techniquement)?
    L.Wray pense que ces Etats ne devraient jamais s’endetter en DE:
    Wray L.Randall et Nersisyan S.Yeva. Un excès de dette publique handicape-t-il réellement la croissance ? Revue de l’OFCE, numéro 116, janvier 2011, page 15
    En tout cas je tenais en tout cas à vous remerciez de la qualité de vos billets.

    • J’aimerai bien recevoir votre mémoire lorsqu’il sera terminé. Il y a un formulaire de contact dans la page « à propos » du blog (en haut).

      Il y a beaucoup de raisons au fait qu’on puisse s’endetter en devise étrangère, en sus de la méconnaissance de la nature chartaliste de sa propre monnaie (que je croie très probable, au contraire cf ce que dit Bernanke à Duffy), mais les principales se résument à celle-ci : se « raccrocher » à la prospérité enviée de la monnaie d’endettement. C’est parfois hyper-caricatural, comme mirage, par exemple comme dans Confessions of an Economic Hitman de John Perkins. Là, on bascule carrément dans les jeux de pouvoirs : qui pigeonnent qui. On a ça aussi entre classes socio-professionnels, avec les financiers actuellement très bien placés dans la lutte. Dernière raison, toute bête mais très vraie : comme n’importe qui, on peut sombrer dans le mirage du crédit. C’est très euphorisant d’avoir soudainement un pouvoir d’achat ex nihilo. Et emprunter une monnaie puissante, genre dollar américain, est beaucoup plus rapidement enivrant que de se constituer une économie robuste, compétitive, donc à la monnaie reconnue. Les néochartalistes sont contre le surplus commercial obligatoire (qui n’est de toute façon pas possible pour tout le monde), mais pas contre le surplus commercial dans l’absolu. En fait, nous croyons que la chose est largement endogène, automatique : plus l’économie est efficace, plus elle a sa monnaie désirée par l’étranger, c’est-à-dire que c’est sa propre monnaie qui sert à ses échanges extérieure. Réciproquement, plus l’économie est faible, plus le taux de change se déprécie jusqu’à faciliter les exportations, donc la construction d’une économie compétitive, etc. Voir par exemple les mouvements de la couronne islandaise.

      À noter qu’à titre personnel, je suis pour une stratégie commerciale nettement plus resserrée, avec du protectionnisme (historiquement, personne ne s’est constitué sans).

      Mais dans tous les cas, emprunter en monnaie étrangère demeure une mauvaise idée, à n’utiliser qu’avec beaucoup de parcimonie, donc.

      Cordialement,

      jbb

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