Hystérie sur le LIBOR

Régulièrement, avec une saveur narquoise un peu amère qui plait à son goût, la classe dominante ridiculise le désarroi de ceux qu’elle dirige et souligne les dérives conspirationnistes qu’ils tentent désespérément, faute d’explication plus rationnelle à leurs problèmes. Elle s’en repaît d’autant plus que leur affolement éclipse sa propre incompétence. Mais que se passe-t-il lorsque cette élite elle-même s’embourbe dans son ignorance et son manque toujours plus grand de prise sur le réel ? La même chose, elle recourt au conspirationnisme. Autant que la chose puisse être saine, délectons-nous à notre tour. Vous souvenez-vous de Laurence Parisot blâmant les lézardes issues des malfaçons de la monnaie unique sur un prétendu torpillage téléguidé depuis les États-Unis ? C’était peu de chose comparée à l’actuelle hystérie qui gagne progressivement toutes nos élites quant aux divers LIBOR (taux interbancaires des différentes monnaies).

Commençons par servir le plat de résistance. En bon néochartaliste, je sais que la banque centrale arrime les taux d’intérêts d’autant plus fermement à son taux directeur que ces taux sont situés sur un marché proche de ceux où elle opère, chose particulièrement vrai pour le marché interbancaire, car c’est là qu’elle opère ! Après le LIBOR du dollar américain et l’EURIBOR, voici maintenant un graphique montrant divers taux LIBOR de la livre sterling, ainsi que le taux d’escompte (un taux directeur) de la Banque d’Angleterre, et même le taux des bons du Trésor britannique :

Taux directeur de la Banque d’Angleterre (orange)
Taux des bons du Trésor du Royaume-Uni (vert)
Taux des LIBOR en livre sterling aux maturités 1, 3, 6, 9 et 12 mois.

On peut constater la « révélation néochartaliste » habituelle : tous ces taux suivent de manière servile les taux directeurs de leur banque centrale, ce qui est le but, avec un léger décalage à la hausse à mesure que la maturité s’allonge (normal : l’immobilisation de la monnaie est facturée) et une seul exception lors du crash de 1987. Cette exception est rigoureusement sans rapport avec l’actuelle hystérie sur la prétendue manipulation des LIBOR qui apparaît après la crise des subprimes de 2007. Conclusion : s’il y a manipulation, les conspirateurs ne sont vraiment pas doués. Qu’importe. Tout le monde est sur les dents, la Commission européenne, et en Amérique la SEC, le DoJ, etc. Tout ce que la finance compte de plus puissant et de plus officiel est lâché sur

Pourtant Barclays, l’une des plus puissante banque de la City londonienne, a dû tout récemment payer récemment 290 millions de livres sterling suite à des enquêtes quant à d’éventuelles manipulations du LIBOR par la Financial Services Authority (FSA), en charge de la régulation de la City. 290 millions de livres sterling, soit 360 millions d’euro ! Et que dit dans son rapport la FSA avoir trouvé pour justifier une telle condamnation ? Que, lors de la collecte des déclarations de taux interbancaire auprès des quelques banques (de 16 pour le LIBOR anglais à 40 pour l’EURIBOR) pour ensuite déterminer quel est le taux interbancaire global, certains des traders donnant l’information au collecteur ont reçu l’ordre de ne pas éveiller les soupçons quant à la solidité de la banque et de déclarer un taux faible, ou au contraire de déclarer un taux élevé, le plus élevé collecté (page 11), et ce sans prévenir des paris via les produits dérivés que d’autres traders de la banque font sur les variations de ce même LIBOR, etc. Assurément, tout cela est peu reluisant, mais le calcul du taux est plus robuste que cela : sont exclues du calcul les valeurs collectées les plus élevées, et celles les plus basses, ainsi la moitié est écrémée pour le LIBOR de la livre sterling et 30 % pour l’EURIBOR (page 7), et ensuite il s’agit d’une moyenne ce qui dilue encore d’éventuelles manipulations. Plus fort, c’est justement l’exclusion du calcul que recherchait l’un des traders (page 11) :

Le trader C exprima sa préférence pour que Barclays soit « éjecté » du calcul moyen.

Si, par le rapport, on a vraiment l’impression d’un monde roublard, malhonnête autant qu’il le peut si ça pousse son avantage, on constate aussi que les roublards grappillent des kopecks (certes, multipliés par le nombre de transactions et les sommes brassés à ces taux.) : sur la même page 12, le trader C pense qu’il devrait rajouter 1 point de base, à 91 points de base (0,91 %), pour ne plus faire partie du calcul ; page suivante, il explique qu’il ne peut pas déclarer 93 ou plus mais seulement 92,5 parce qu’il a abaissé une autre maturité, ou encore, les taux réels étant à 2,90 et 3,05, il souhaite déclarer « immédiatement au-dessus » (« a tick above ») et pour plaire à ses collègues déclare… 2,89 et 3,04 ! Je vous épargne la suite et vous invite à consulter le rapport, si vous ne me croyez pas, page 16, vous verrez graphiquement qu’il n’y a même pas 1 point de base de différence au maximum entre le taux soumis et le LIBOR final à 3 mois, pour les autres maturités l’écart est moindre encore.

Même en tenant compte de ces espiègles gamineries de mauvais garçon, la FSA note que 14 % des déclarations étaient ainsi frauduleuses, 16 % de déclarations douteuses, et… 70 % de déclarations sincères (page 14) !

Mais alors, pourquoi une telle sévérité et une telle hystérie autour de chose aussi minimes ?

Là, ma réflexion devient un peu plus spéculative. Pour une part, je crois que les autorités de régulations sont sur les dents : elles apparaissent tellement nulles qu’elles remplissent de moins en moins leur fonction de mise en confiance des petits acteurs sur les marchés. Aussi, régulièrement, les autorités régulatrices froncent les sourcils pour ses sentir exister et le laisser accroire ailleurs en punissant pour des montants certes impressionnant mais relativement faibles pour ces richissimes banques et ne blâmant que des broutilles. Pourquoi ne pas refaire ce coup cette fois sur le calcul des LIBOR ? La FSA demande 60 millions de livres sterling, leurs collègues américains de la SEC et de la CFTC demandant le reste des 290 millions.

Les taux interbancaires sont dictés par les taux directeurs depuis des décennies ; les traders essaient de grappiller quelques dixièmes de points de base, et les autorités régulatrices y trouvent comme rarement le courage de réagir après la crise la plus catastrophique depuis les années 1930…

Toujours aussi pathétique, on observe monter un clone de cette hystérie ridicule sur les bons du Trésor :

« Récemment, j’ai écrit sur un aspect particulier de cette absurdité : les prix plus élevés des bons du Trésor américain alors qu’ils sont plus fournis que jamais. Cela en soi, est une contradiction financière absolue. Une offre plus abondante devrait impliquer des prix moindre, pour tous les marchés du monde — exceptés les bons du Trésor américain. »

Sa vision est conspirationniste quant au marché des bons du Trésor et il s’en est suivi une série de réponses différentes de Joe Wiesenthal, John Carney et beaucoup d’autres. Ce débat perdure depuis des années sous une forme ou sous une autre.

Source ; un prix d’achat plus élevé d’un bon du Trésor signifie un moindre intérêt payé par le Trésor car il paie la somme promise et reçoit la somme d’achat. En France, on peut observer les mêmes germes par exemple chez des observateurs pourtant critiques par ailleurs comme Olivier Berruyer à de multiples reprises. Aucun d’eux ne comprend que c’est la monnaie souveraine qui est émise par le Trésor, réémise par la banque centrale, et qui paie ensuite les bons du trésor ou les taxes, et non les bons du Trésor qui iraient chercher une monnaie rare et précieuse et devraient surenchérir pour l’obtenir. La banque centrale dicte les taux d’intérêt interbancaires comme souverains, comme le montre le graphique ci-dessus pour le cas britannique.

PS : Confirmation sur FT Alphaville et sur Pragmatic Capitalism (Cullen Roche) du caractère surfait de cette « affaire du LIBOR ».

42 Commentaires

Classé dans Compléments d'enquête, La planche à billets maîtrise les taux

42 réponses à “Hystérie sur le LIBOR

  1. 100% d’accord. C’est l’évidence même. Tiens ça me fait penser au coup de l’équateur :) . « Non nous ne paierons pas la dette ! » hop les prix des bons chutent (pour les détenteurs) et hop l’équateur les rachète en masse à vil prix… Et hop, plus de dette ! :)

    Le prix n’est pas « cher » ou « pas cher »… Ca dépend surtout de quel côté on se place !

  2. Ivan

    Je suis assez consterné de l’accueil qui vous est réservé sur le blog de Paul Jorion.
    Il semble y avoir un problème avec la réception de votre théorie, que j’ai cependant du mal à cerner (le problème de la réception, pas la MMT !), tant, au niveau de l’analyse, la MMT colle à la réalité. Les commentateurs/modérateurs semblent d’ailleurs de ce fait incapables de l’attaquer correctement puisqu’on a d’abord eu une tentative d’amalgame grossier et erroné avec le monétarisme (ce qui relève de l’ignorance crasse), qui s’est ensuite mué en attaque assez absurde sur le fait que la MMT n’était que l’antinomie du monétarisme et qu’elle n’apportait donc rien. Je n’ai pas relevé tellement c’est grotesque ! Car on pourrait aussi bien dire la même chose du marxisme, ce qui reviendrait à produire l’argument absurde que le marxisme est inutile sous prétexte qu’il constitue l’antithèse du capitalisme !

    Quant au dernier « argument », c’est assez grandiose : il consiste à dire que la MMT n’apporte rien, une fois de plus, car il s’agirait d’une « tautologie ». On est là en présence d’un suicide argumentatif puisque avancer l’argument de la tautologie c’est reconnaître que la MMT décrit la réalité du fonctionnement de la création monétaire et de l’économie. Par là, c’est valider ses principes et ses axiomes.
    Bref, tout ça pour dire mon incompréhension par rapport à la réception de la MMT sur ce blog. Avez-vous un élément d’explication ?

    Cordialement

    • Hélas oui, vous avez entièrement raison. Pour des raisons que j’ignore (je ne risque pas, ça a été censuré) le débat s’est extrêmement mal passé entre eux et Aliena. Depuis, il y a une sorte de mentalité obsidionale : quoique je fasse, c’est perçu comme une manipulation d’ultra-libéral particulièrement retors, et au lieu d’examiner ce que je leur montre, ils combattent pied à pied tout ce que je leur dis. La moindre approximation (et qui peut se vanter d’une précision absolue ?) devient motif à rejet et à renforcement de leur aversion. Si je tente de forcer subtilement leur jugements par des arguments frontaux et profonds, c’est ignoré (par exemple, le déficit qui renfloue le privé lors d’une récession est le même que celui qui finance la croissance du privé : j’ai obtenu un silence royal), voire pire, je parais pour encore plus insidieux. Je ne sais pas ce qui s’est passé entre eux et Aliena, mais manifestement, j’arrive très tard. :/ Pas trop tard j’espère.

      Merci pour vos quelques messages de soutien sur le blog de Jorion, je me sentais nettement moins seul (et il y a aussi Michel que je salue). Cordialement,

      JBB

      • Ce qui est ordinaire, c’est le malentendu.

        « Si je tente de forcer subtilement leur jugements par des arguments frontaux et profonds, c’est ignoré (par exemple, le déficit qui renfloue le privé lors d’une récession est le même que celui qui finance la croissance du privé : j’ai obtenu un silence royal). »
        Ce serait le genre de points à mieux développer. Je crois que c’est toujours une erreur de déraper des arguments vers les attaques de personnes, ça n’apporte rien sinon de renforcer les obstacles au dialogue qui sont déjà largement suffisants pour qu’il nous faille beaucoup de temps pour nous comprendre. Il y a des raisons de stabilité systémiques à la difficulté de dialoguer. C’est l’équilibre même des personnes avec qui tu discutes qui peut se trouver mis en jeu, donc inutile de leur donner les arguments leur permettant de radicaliser leur position en évitant l’essentiel.

        « …voire pire, je parais pour encore plus insidieux. » ce ne serait pas un petit début de parano? :-) Tu trouveras toujours quelqu’un pour te trouver ci ou ça, mais tu vas repérer ci ou bien ça. ça fait partie des barrières au dialogue.

        Mon seul conseil: développe et confronte sereinement tes argumentaires sur le néochartalisme et évacues, ignores tout ce parasitage nocif. Laisses ça pour les journaux à scandale, ça ne vaut pas une seule minute de ton temps. Sous forme de parabole: si on passait son temps à se focaliser sur les piques des bogues de châtaignes, au lieu de s’intéresser aux châtaignes elles-mêmes;il se pourrait qu’on se laisse mourir de faim par idiotie. Ce qui ne veut pas dire que les piques des bogues n’existent pas.

    • Sophie

      http://criseusa.blog.lemonde.fr/2012/06/24/jorion-ou-de-limposture/

      Magnifique analyse qui complète une bonne part des analyses antérieures sur « Postjorion »!

    • Jorion est un néo-libéral, je crois que c’est clair maintenant (pour moi en tout cas!)
      Son discours sur la dette et le déficit public sont néo-libéral (les US vont faire faillite, la Chine les finance, etc…), et il pense que le déficit public est inflationniste et ça c’est la vision monétariste. Je lui ai souvent rappelé que la Chine n’émet pas de dollars US et il me censure en général. Voila pourquoi il ne veut pas entendre parler de MMT. Je crois qu’il est aussi de « l’ecole autrichienne », cette accusation de tautologie vient directement de mises.org

      • @Aliena,
        que vos analyses vous semblent plus performante que celles de Jorion, passe, à condition de le démontrer plutôt que d’attaquer la personne, mais que vous disiez que Jorion est un néo-libéral, c’est quand même un peu fort. Il a proposé diverses régulations (interdiction des paris sur les variations des prix, bancor…) qui sont honnies par les libéraux.

        • Je n’attaque pas la personne, je le situe au niveau idéologique. Penser que le déficit public est inflationniste est CLAIREMENT néo-libéral.
          C’est bien le refus de stimulus fiscal qui empêche la reprise aux US. La crise en Europe est aussi le résultat du refus de faire des déficits.
          Que Jorion se dise de gauche ou anti néo-libéral n’engage que lui. Sa conception macroéconomique est et reste néo-classique/libérale.
          Ses propositions de reforme bancaire/financière sont intéressante et je suis complètement d’accord avec lui a ce sujet.

          Mais la vision néo-Keynésienne pense qu’il faut « réduire le déficit », qu’il doit être « remboursé » ainsi que la dette publique.
          MMT montre que ce n’est pas une vision valide du fonctionnement monétaire moderne. L’État émet la monnaie et doit NÉCESSAIREMENT la dépenser (déficit) avant de pouvoir la taxer. L’État n’a pas besoin de taxer pour se financer. La dette et le déficit ne se rembourse pas, c’est de la monnaie, et les rembourser mène droit a la dépression économique.

          De la même façon, la Chine n’émet pas de dollars américain et est donc dans l’impossibilité de financer les États-Unis. Les États-Unis émette leur propre monnaie et la Chine place son surplus commercial en bons du trésor. C’est tout. Les États-Unis ne vont pas faire faillite et si la Chine se débarrasse de sa dette américaine, a moins de la déverser dans la mer, elle devra la dépenser et cela fera un stimulus fiscal pour les US et le reste du monde. (La chine n’a pas l’intention de se séparer de ses réserves de devises étrangères.)
          Tout ceci est logique et est la réalité mais la théorie néo-classique/libérale a choisit de l’ignorer. Et Jorion aussi.
          Les analyses de MMT sont plus perfomante. Je vous rappelle que Jorion a passé son temps a annoncer une hyperinflation imminente et qu’il ne comprend strictement rien au QE. Sans compter ses previsions de faillite des US etc…

          Au sujet du Bancor
          « Enfin, une nation en déficit sous le Bancor fera toujours face à des perspectives de déflation pour maintenir la valeur de sa monnaie par rapport au Bancor. Pas de réel changement ici.  »

          Une monnaie internationale? Espèrons que non!
          http://alienaeconomics.blogspot.com/2010/12/une-monnaie-internationale-esperons-que.html

        • Le bancor n’est pas une monnaie internationale, c’est un compte compensatoire, aucune devise de bancor ne circule (c’est vrai que le FMI propose un faux bancor qui serait une devise internationale). Le bancor agit comme une écluse entre les économies et les monnaies. Le taux de change bancor/monnaie locale évolue avec les échanges internationaux. Si en fin d’exercice votre compte bancor est positif, votre monnaie sera réévaluée vis à vis du bancor et l’inverse dans le cas contraire. Le but est de tendre vers un compte bancor nul. C’est une façon (théorique jusqu’ici) de redonner toute leur souveraineté monétaire aux pays et d’avoir une cohérence entre pouvoir politique et monnaie.

      • Ivan

        Non, Jorion est un Keynésien à tendance arnarcho quelque chose… Bref, un Keynésien qui cherche à dépasser Keynes, car Keynes reste un capitaliste et ne permet pas de dépasser les contradictions du système capitaliste. Bref, Jorion se veut force de proposition mais n’a pas encore posé d’alternative structurée au système actuel, voir les « questions à résoudre », même s’il semble aller vers une solution anarchiste inspirée de Proudhon. Dans cette configuration, se priver des apports de la MMT ou des théories à Revenu de Base ou Revenu Universel est une erreur grossière qui montre qu’il n’a pas su dépasser le keynésianisme. Ces théories monétaires sont l’avenir de l’économie, elles permettent de sortir du cadre.

        • Keynes est néo-classique/libéral

        • Ivan

          Oui, Keynes ne sort pas du cadre de l’économie classique. Libéral, cependant, est abusif, ce n’est pas son école mais celle contre laquelle il a lutté et contre laquelle il s’est définit. En gros il a opposé sa théorie de la demande à celle de l’offre…

      • bdu

        Jorion était un peu intéressant au début, c’est devenu un produit périmé.

        Un triste sire qui se donne des airs de sauveur avec une foule de copiés-collés dans tous les domaines de la connaissance et des censures ineptes exécutées par son majordome à bas front, le sieur Julien Alexandre. Lui, il est encore plus grave de chez grave.

        En même temps, il protège sa petite entreprise à 2000 puis 3000 euros le moi(s).

        On ne peut pas tout à fait lui reprocher de gagner son beefsteak par de la contrefaçon. Il a sa clientèle, sa part de marché. Il s’est fait jeté des universités, de l’intelligence artificielle, puis de la finance, il construit sa revanche par les pires détours. Le gars a une forme de talent qui se retourne toujours contre lui.

        Une nouvelle petite cure psy lui serait de bon augure. Cotisez pour cette œuvre.

  3. BA

    L’Histoire s’accélère.

    Vendredi 6 juillet 2012 :

    Zone euro : la Finlande préfère sortir de l’euro que payer les dettes des autres.

    La Finlande préfère se préparer à sortir de l’euro plutôt qu’à payer les dettes des autres pays de la zone euro, affirme la ministre des Finances Jutta Urpilainen, vendredi dans le quotidien financier Kauppalehti.

    http://www.romandie.com/news/n/Zone_euro_la_Finlande_prefere_sortir_de_l_euro_que_payer_les_dettes_des_autres30060720121200.asp

  4. Bonjour

    Bravo pour tout ce boulot et pour votre maitrise de la publication sur la Toile !

    Ce qui est vraiment d’actualité, je crois, c’est cette démo selon laquelle: « Sans déficit public pas de croissance ! »

    N’étant pas économiste, j’ai du mal à voir où réside la différence avec ce « bon vieux Keynes »… qui recommandait, il me semble, la dépense publique pour relancer l’activité ?
    (Peut être est-ce une question de temporalité: pour Keynes, ce n’était peut être qu’un expédient à utiliser en temps de crise, pas en permanence ?)

    Ceci n’est pas l’essentiel ! L’essentiel, il me semble, c’est l’urgence de… donner plus de notoriété à votre site !

    Je me demande si le souci, (qui vous honore), être « nickel »… être « béton »… ne finit pas par nuire à l’efficacité de votre démarche ?! Il me semble que vous voulez expliquer, convaincre, et ne surtout pas laisser la moindre inexactitude, à partir de laquelle un « bon apôtre » pourrait tenter de démolir l’ensemble ?!

    Or, avec la ratification désormais prochaine du Pacte Budgetaire Mer-Kozy qu’ils voulaient renégocier… les nouveaux venus doivent absolument entendre votre discours… Faudrait que ce constat « Sans déficit public pas de croissance ! » circule jusqu’à leur cortex ! (s’ils en ont un !)

    Ceux qui peuplent désormais les Palais de la République vont répétant qu’ils veulent à la fois l’austérité et la croissance… sans bien se rendre compte que, seuls des fous pourraient vouloir en même temps… l’obscurité et la lumière !

    Permettez au vieux schnock que je suis de vous dire, que vous maitrisez assez votre sujet pour procéder, comme eux… par affirmations ! (en renvoyant à vos pages web autant que de besoin).

    Dans un monde idéal, je rêve d’un article expliquant pourquoi le compromis qu’Hollande prétend avoir si bien négocié… le 28 juin, sera aussi catastrophique que les précédents compromis franco-allemands, 1991 ou 2007 notamment.

    Une tribune sur le site Web du Monde (bien sur moins prestigieuse qu’un article dans l’édition papier) doit faire entre 2500 et 5000 caractères; en tant qu’abonné, je peux soumettre, (sous votre signature bien entendu), une telle tribune (voir par exemple: http://abonnes.lemonde.fr/raymond_zaharia/admin/ )

    Bien amicalement,
    R Z
    http://tinyurl.com/arzilib
    http://tinyurl.com/France21

    PS dans votre exemple sur le rôle stabilisateur, vis à vis de l’inflation, de la TVA, il me semble que la TVA pour l’exemple d’une récession (80 E au lieu de 100), est mal calculée !

  5. BA

    Vendredi 29 juin 2012 : « le sommet européen de la dernière chance » n’a fait illusion que quelques jours. Et ensuite, les investisseurs internationaux ont compris que c’était du pipeau.

    Conséquence : les taux de l’Espagne et de l’Italie recommencent à exploser.

    Le Titanic « ZONE EURO » est en train de couler.

    Ce week-end, il va encore falloir organiser un « sommet européen de la dernière chance ».

    Espagne : taux des obligations à 10 ans :
    Lundi 2 juillet : 6,38 %.
    Mardi 3 juillet : 6,25 %.
    Mercredi 4 juillet : 6,41 %.
    Jeudi 5 juillet : 6,776 %.
    Vendredi 6 juillet : 6,954 %.

    http://www.bloomberg.com/quote/GSPG10YR:IND

    Italie : taux des obligations à 10 ans :
    Lundi 2 juillet : 5,74 %.
    Mardi 3 juillet : 5,63 %.
    Mercredi 4 juillet : 5,77 %.
    Jeudi 5 juillet : 5,979 %.
    Vendredi 6 juillet : 6,026 %.

  6. Reforme de la banque centrale argentine

    The Shots Heard Round the World
    Why conservative economists are aghast at radical reforms by Argentina’s central bank
    http://www.foreignpolicy.com/articles/2012/07/03/the_shots_heard_round_the_world?page=0,0

    « In response to her critics, Central Bank President Marcó del Pont denied that printing currency necessarily leads to inflation, especially when inflation is rooted in other causes. While monetarists may view inflation as primarily the result of too much money in circulation, Marcó del Pont argued that economists should also consider additional sources of inflation, such as bottlenecks in supply routes or external factors like price hikes on international markets — factors that have been known to spur inflation in Argentina and other countries like it. In such cases, simply raising domestic interest rates — as the IMF often demands — does little to solve the root of the problem. What’s really needed, in many cases, is increased public investment targeted at clearing up supply bottlenecks or buffering against external shocks. « 

  7. BA

    Aujourd’hui, l’Allemagne a lancé un emprunt à 6 mois, avec un taux négatif record à – 0,03%.

    Aujourd’hui, la France a lancé un emprunt à 13 semaines (3 mois) et 24 semaines (6 mois) : les taux sont négatifs, ils sont ressortis à respectivement – 0,005% et – 0,006%. Le taux moyen de l’émission à 50 semaines (1 an) est tombé lui à 0,013%, un niveau historiquement bas.

    En revanche, les taux de l’Espagne et de l’Italie continuent à exploser.

    La zone euro est en train de se disloquer.

    Espagne : taux des obligations à 10 ans :
    Lundi 2 juillet : 6,38 %.
    Mardi 3 juillet : 6,25 %.
    Mercredi 4 juillet : 6,41 %.
    Jeudi 5 juillet : 6,776 %.
    Vendredi 6 juillet : 6,954 %.
    Lundi 9 juillet : 7,062 %.

    http://www.bloomberg.com/quote/GSPG10YR:IND

    Italie : taux des obligations à 10 ans :
    Lundi 2 juillet : 5,74 %.
    Mardi 3 juillet : 5,63 %.
    Mercredi 4 juillet : 5,77 %.
    Jeudi 5 juillet : 5,979 %.
    Vendredi 6 juillet : 6,026 %.
    Lundi 9 juillet : 6,105 %.

  8. Pour l’instant les néo-keynésien (Krugman, Stiglizt, etc..) sont néo-libéraux quand ils refusent de démentir les mensonges des pires conservateurs, a savoir que les États « n’ont plus d’argent » et qu’il faut « réduire la dette et le déficit ». Tout ceci est faux et archi-faux et c’est utilisé pour détruire les progrès fait depuis une centaine en terme économiques et social. Point a la ligne.

    Keen vs Krugman and why it matters
    http://www.3spoken.co.uk/2012/04/keen-vs-krugman-and-why-it-matters.html

    « It seems the first skirmish in the battle for economic minds may be at an end. Krugman has declared the debate at an end.

    And thanks to modern technology we’ve been able to watch and take part in this debate.

    A summary has been posted and everybody believes their man won. But you may be wondering why this arcane battle matters at all.

    It matters a lot. The Post Keynesian view of endogenous money creation changes the view on the causal relationships within the economy. It brings money and finance centre stage, rather than abstracting it out of existence as the Neo-Keynesians do.

    Firstly it allows the build up of excess savings in the non-goverment sector – these ‘savings net of investment’ – and it allows them to build up first in the causal chain. That means that the non-government sector can be seen as ‘pushing’ money onto the government sector. This is the view that MMT takes and bases its economic model upon – the non-government sector is the one doing the ‘net saving’ which the government sector then has to react to.

    With a Neo-Keynesian model it cannot – the government has to be ‘pulling’ money from the non-government sector – the government sector is over spending and the private sector is reacting to that. The current Neo-Keynesian viewpoint is why all governments are talking about cutting spending, trying to avoid ‘pulling’ money from the private sector because they believe that is what is stopping the private sector spending.

    Secondly it allows the build up of an excess of private sector debt. Banks can push debt and are not constrained by having to fund the debt because the debt funds itself by its very creation. This leads to dynamic instability in the system and a collapse due to the funding of ponzi schemes. This is the area where Steve Keen and the Modern Circuit Theorists operate and drives their view that the level of private debt must be controlled to prevent any more ‘Minsky Moments’ like we saw in the GFC.

    In the Neo-Keynesian model the level of private debt is a distributional issue and has limited or no effect on the macroeconomy. Banks cannot lend in excess of savings and will be brought under control ‘in the long term’. And this is why government isn’t panicking about the 450% private debt levels in the UK, and its economic strategy involves pushing more debt onto the non-government sector in an attempt to kick-start the economy.

    Thirdly it allows these excesses to persist ‘into the long term’ (that favourite cop-out phrase of all economists). The Post Keynesian view doesn’t see an automatic return to equilibrium – savings can stay in excess of investment for a very long time indeed. Certainly long enough to affect pension planning and the like. So you get persistent trade deficits and you get persistent government deficits due to the dynamics of the money system. Therefore policy must deal with these conditions. MMT’s choice to accommodate those savings defers the issue of dealing with them to the future. You deal with them if and when they become spending in excess of your economy’s ability to cope in the future. Chances are they won’t and the impact will be smaller in the future because you’re building a stronger economy today.

    In the Neo-Keynesian view that must all resolve itself ‘in the long term’. So you get the line that the central bank ‘must’ put up its interest rates if government runs a persistent deficit and that the trade deficit ‘must’ be repaid in the future at some point. In their view you have to get rid of excess government spending/trade deficit now because you will have to deal with the results of that excess in the future and it’ll be a bigger problem then. Hence the lines about enslaving our grandchildren, etc.

    Make no mistake this debate over the nature of money is the capital debates of our time. The result of this will have a profound effect on all our futures.

    Keen vs. Krugman represents the start of the Kambridge Kontroversy.  »

    Pas le temps de traduire. Je le ferai plus tard.

    • Neo

      Bonjour à tous,

      J’ai un peu de mal à suivre là…

      Kruggman, Stiglitz…dans mon esprit ce ne sont pas précisement d’ardents partisants des mesures d’austérité et des réductions de déficits. J’ai fait une rapide recherche et les résultats qui sortent de suite sont de ce type:

      « La dette est donc importante, c’est vrai. Mais aujourd’hui, d’autres aspects comptent encore plus. Nous avons besoin de davantage – et non de moins – de dépenses d’Etat pour nous sortir de ce piège du chômage. Et cette obsession malavisée nourrie d’inexactitudes au sujet de la dette nous barre la route. » Paul Krugman
      http://www.rtbf.be/info/chroniques/chronique_personne-ne-comprend-rien-a-la-dette-paul-krugman?id=7323463

      Par ailleurs je découvre Steve Keen, crois comprendre qu’il serait proche de la MMT, explore un peu (c’est très intéressant ceci dit cette controverse avec Kruggman) et là, bardaf.. je tombe directement sur des trucs du genre « Steve Keen et le problème de la dette », ou je comprends qu’il y aurait réellement un problème de dette trop importante, et qu’il faudrait la réduire par un défaut! (et tant pis pour les banquiers/créanciers).

      Mieux, je tombe sur ceci : http://www.alternatives-economiques.fr/minsky-1–krugman-0_fr_art_1147_58871.html

      voici un extrait:

      « Mais, selon l’économiste australien Steve Keen, il faut aller plus loin. S’inspirant des travaux de Hyman Minsky et de Joseph Schumpeter, Keen développe l’idée selon laquelle les banques peuvent prêter  » à partir de rien « , sans disposer au préalable de l’argent prêté. Pour Keen, ce mécanisme permet à la demande de croître plus rapidement que l’offre, assurant ainsi le dynamisme de l’économie.

      Une question vient cependant : les banques ne sont-elles pas obligées de posséder de la vraie monnaie, des vrais billets ? Si, mais cet argent, elles se le procurent après avoir prêté. C’est ce que montre Jesse Frederik, qui cite neuf banquiers centraux répétant tous la même chose : la banque centrale ne maîtrise pas la quantité de monnaie en circulation.

      Paul Krugman n’est pas convaincu – et c’est un euphémisme. Pour lui, les banques se limitent à transférer l’argent des épargnants vers les emprunteurs, et leurs prêts sont limités par la quantité de monnaie émise par la banque centrale. Krugman ironise même, accusant Keen de faire des banques  » des institutions qui possèdent des pouvoirs spéciaux « . Or, c’est précisément le cas, comme le démontre Larry Randall Wray dans un texte lumineux sur le fonctionnement des banques et les éléments principaux de la pensée d’Hyman Minsky. »

      Alors là… Wray c’est bien un des auteurs/penseurs principaux de la MMT? L’auteur du texte ci-dessus, laisse bien entendre qu’il aurait démontré que les banques avaient des « pouvoirs spéciaux » (je comprends: pouvoir de créer de la monnaie). Dans la MMT, la monnaie « crédit » des banques est quand même bien d’une autre qualité que la monnaie « centrale ». J’ai encore en tête l’expression de Jean Baptiste disant à peu ceci: la monnaie crédit d’une banque n’est rien d’autre qu’un droit de tirage sur la réserve de monnaie centrale que possède cette banque.

      Bon, alors soit c’est mon anglais… trop approximatif pour ce genre de texte pointu (c’est très probable). Soit il y a parfois de la confusion ou plutôt… des associations peu claires entre les auteurs, les théories, les écoles de pensées, ce qui est soutenu, ce qui est combattu…

      Quelqu’un se risque a essayer de clarifier ça pour moi? D’avance merci!

      Cordialement…

      Ah au fait.. un petit rappel sur mon message dans le sujet précédent où je me questionnais sur (pour faire bref) la prise en compte par la MMT de la « création des richesses » et de la « confiance » des utilisateurs de la monnaie. N’ayant pas eu de réactions je me dis qu’il aurait peut-être mieux valu que je le place dans le dernier sujet en cours (ou alors mes questions sont tellement c.. qu’elles n’appelent pas de réponses mais… soit! laissez moi encore un peu d’illusions pour le moment ;-)

      • @Neo
        Krugman et Stiglitz pensent que la dette et le déficit doivent être remboursés, ils pensent juste que ce n’est pas judicieux de la faire pendant une dépression économique. Pour eux, le déficit public est forcement inflationniste et leur recommandation est donc de l’inflation (mais le déficit public n’est pas forcement inflationniste, voir le Japon).
        Ils ne remettent rien en cause, une fois la dépression passée, ils laisseront a nouveau s’accumuler un niveau d’endettement privé insoutenable dans l’économie, ce qui mènera a une autre crise. Ils n’ont pas vu la crise venir. Ils pensent que les surplus budgétaires sont toujours désirables. Une différence minime avec les néo-libéraux.

        Wray est bien un des fondateur de MMT.
        MMT considère que la dette publique n’est pas un problème (puisqu’elle n’est pas différente de la monnaie d’État). Elle est même nécessaire pour fournir la « vraie » monnaie (monnaie verticale qui est un actif sans passif) et la monnaie-crédit émise par les banques qui est simplement le « leverage  » de la « vraie » monnaie (monnaie verticale qui est un actif avec un passif). Il y a bien une hiérarchie des monnaies et cela se voit fortement pendant les crises. C’est la différence avec Keen qui parle de faire défaut sur la dette publique. Je ne sais pas si il a changé son point de vue depuis a ce sujet, en tout cas Keen et MMT sont très proche en effet.

        Au delà de la coercition des taxes (et de la prison si vous ne les payez pas!) pour faire accepter une monnaie, la confiance dans cette monnaie se résume a la confiance que les gens ont dans leur gouvernement, leurs institutions, la force et la sante de leur économie etc…si vous décidez d’acheter une ile déserte et de vous déclarez président de cette ile, puis ensuite d’émettre votre monnaie souveraine, elle ne vaudra rien puisqu’il n’y a personne et pas d’économie sur votre ile. Ou si votre pays est en guerre et partiellement détruit, que la production s’arrête, la population est a la guerre…

        Seules les vraies richesses (l’ingéniosité et le travail humain, les ressources naturelles) comptent pour MMT, la monnaie n’est qu’un moyen d’organiser la production et les échanges. La monnaie est une abstraction comptable. Les Sumériens n’utilisaient pas de monnaie, ils utilisaient des tablettes d’argile pour enregistrer la production et les échanges. La monnaie est une abstractions de cette comptabilité. Il n’y a pas de limite a cette comptabilité, la seule limite est la disponibilité des ressources.
        Je ne sais pas si cela réponds a toutes vos questions, n’hésitez pas a demander, désolée de ne pas avoir répondu plus tôt, Jean baptiste va peut être répondre aussi.

        • Je voulais juste ajouter une chose, en relation avec le scorekeeper.
          Il y a toujours des chiffres et des nombres pour comptabiliser, il est impossible de ne plus avoir de chiffres et de nombres. C’est absurde.
          Il y a toujours des « points » (des chiffres et nombres) pour compter un score, une production, un échange, et tout ce qui demande a être comptabilisé.
          Et vous ne pouvez pas comptabiliser des buts qui n’ont pas été encore marqué ;-)
          (ou si c’est le cas, c’est de la triche ou un message du futur, au choix :-P )

        • *il faut lire:

          « la monnaie-crédit émise par les banques qui est simplement le « leverage  » de la « vraie » monnaie (monnaie HORIZONTALE qui est un actif avec un passif) »

    • Traduction:
      « Il semble que le premier accrochage dans la bataille des idées économiques touche a sa fin. Krugman a déclaré la fin du débat.

      Et grâce a la technologie moderne nous avons pu être témoin et prendre part au débat.

      Un résumé a été fait et chacun pense que leur homme a gagné. Mais vous vous demandez peut être pourquoi cette bataille obscure a de l’importance finalement.

      Elle est très importante. La vision Post-Keynésienne de la création monétaire endogène change la vision des relations causales a l’intérieur de l’économie. Elle amène la monnaie et la finance au centre du débat, plutôt que de les faire disparaitre dans une abstraction comme les Neo-Keynésien le font.

      Premièrement, la vision Post-Keynésienne admet l’accumulation de l’excès d’épargne dans le secteur non-gouvernemental — « épargne moins l’investissement » — et met cette accumulation au premier plan dans la chaine causale. Cela veut dire que le le secteur non-gouvernemental peut-être vu comme « poussant » la monnaie vers le gouvernement. MMT assume cette vision et construit son modele économique dessus — le secteur non-gouvernemental est celui qui accumule « l’épargne nette » et le gouvernement doit réagir a cette accumulation.

      Ce n’est pas le cas dans un modele Neo-Keynésien — le gouvernement « retire » la monnaie du secteur non-gouvernemental — le gouvernement dépense trop et le secteur prive doit réagir a cette dépense. Le point de vue Neo-Keynésien actuel est la raison pour laquelle tous les gouvernements parlent de couper les dépenses publiques, essayant d’éviter de « retirer » la monnaie du secteur privé, parce-qu’ils pensent que c’est ce qui empêche la dépense du secteur prive (c’est « l’effet d’éviction », « crowding out » en anglais).

      Deuxièmement, la vision Post-Keynésienne admet l’accumulation d’un excès d’endettement du secteur privé. Les banques peuvent pousser a l’endettement et ne sont pas contrainte par le financement de cette dette qui se finance elle-même par sa création. Cela conduit a une dynamique instable dans le système et un effondrement économique en raison du système de « ponzi ». C’est le domaine ou Steve Keen et le « Modern Circuit Theorists » opèrent et conduit leur vision a établir que le niveau de dette privée doit être contrôlé pour empêcher d’autre « Minsky Moments » comme celui que nous venons de voir dans la crise financière globale.

      Dans le modèle Neo-Keynésien le niveau de dette privée est un problème distributionnel et a un effet limite ou pas d’effet du tout sur la macroéconomie. Les banques ne peuvent pas prêter plus que l’épargne et seront mise sous contrôle  » sur le long terme ». Et c’est pourquoi les gouvernements ne paniquent pas concernant le niveau de 450% de dette privée au Royaume Uni (et ailleurs) et que sa stratégie économique est de pousser encore plus de dette sur le secteur prive dans sa tentative a faire redémarrer l’économie (QE).

      Troisièmement la vision Post-Keynesienne admet que ces excès persiste « sur le long terme » (c’est la phrase bidon favorite des économistes). La vision Post-Keynésienne ne voit pas un retour a l’équilibre automatique — l’épargne peut rester en excès de l’investissement pendant très longtemps en fait. Certainement assez longtemps pour avoir des conséquence sur la planification des retraites et autre. Donc vous obtenez des déficits commerciaux persistant et des déficits publics persistant du a la dynamique du système monétaire. Par conséquent, la politique doit gérer ses conditions. Le choix de MMT pour accommoder cette épargne est de le gérer dans le futur. Le gouvernement devra s’occuper de cette épargne si et quand elle deviendra un excès de dépense dans le futur et que l’économie ne pourra pas satisfaire cette demande excessive. Il y a beaucoup de chance pour que cette épargne ne soit pas un problème et que son impact sera plus petit dans le futur parce que le gouvernement construit une économie plus forte dans le présent.

      Dans la vision Neo-Keynesienne tout cela doit se résoudre de lui même « sur le long terme ». C’est pourquoi elle avance l’argument que la banque centrale « doit » augmenter les taux d’intérêts si le gouvernement fait un déficit persistant et que le déficit commercial « doit » être rembourser dans le futur a un moment donné. Dans cette vision le gouvernement doit se débarrasser de l’excès de dépense/déficit commercial maintenant parce que le gérer dans le futur sera un plus gros problème. Ce qui explique l’argument sur la mise en esclavage de nos petits-enfants, etc.

      Ne vous y trompez pas, ce débat sur la nature de la monnaie est le débat principal de notre époque. Le résultat aura un effet profond sur le futur de tous.

      Keen contre Krugman représente le début de la controverse de Cambridge. »

      L’auteur du billet (parle de Neo-Keynesian mais Krugman est New-Keynesian (pas le temps de me pencher sur la différence).
      Donc, bien que le sens de « neo » soit « nouveau », Neo-Keynesian est different de New-Keynesian (a ne pas confondre comme je l’ai fait d’ailleurs).
      Jean-baptiste, peux-tu corriger si la traduction te semble incorrecte?

      Articles de Bill Mitchell qui explique bien le probleme:
      Au-delà de l’austérité
      http://alienaeconomics.blogspot.com/2011/05/au-dela-de-lausterite.html

      Quand vous avez des amis comme ça
      http://alienaeconomics.blogspot.com/2011/03/quand-vous-avez-des-amis-comme-ca.html

      Nos enfants n’auront jamais besoin d’envoyer leur production réelle dans le passé
      http://alienaeconomics.blogspot.com/2010/12/nos-enfants-nauront-jamais-besoin.html

      Plus d’infos:
      Cambridge capital controversy
      http://en.wikipedia.org/wiki/Cambridge_capital_controversy

      Post-Keynesian economics
      http://en.wikipedia.org/wiki/Post_Keynesian_economics#Major_Post_Keynesian_economists

      New Keynesian economics
      http://en.wikipedia.org/wiki/New_Keynesian_economics#Major_New_Keynesian_economists

      Neo-Keynesian economics
      http://en.wikipedia.org/wiki/Neo-Keynesian_economics

  9. @Michel Martin

    Le bancor est bien une monnaie internationale et c’est un système de taux de change fixe. Vous devriez lire l’article, c’est interressant.

    Une monnaie internationale? Espèrons que non!
    http://alienaeconomics.blogspot.com/2010/12/une-monnaie-internationale-esperons-que.html

    « La proposition initiale de Keynes était que le Bancor – la nouvelle unité monétaire – aurait sa valeur fixée à 30 matières premières, y compris le prix de l’or.
    La justification avancée à l’époque était que l’utilisation d’un large panier de matières premières pour ancrer le Bancor permettraient de stabiliser ses mouvements (les moyennes d’un grand nombre sont moins volatiles que le rattachement à un seul). »

    « Les nations en surplus perdraient leur stock de bancors en-dessus de la limite de découvert à la fin de chaque année, ce qui les obligeraient à depenser leur accumulation – sans doute en augmentant leur demande d’importations.
    Des versions plus modernes du régime suggèrent qu’une nation ne peut fournir de l’aide internationale comme un moyen de dépenser leur surplus de bancor.

    Le point essentiel est que les deux sorte de nations, en déficit et en excédent, devront faire des ajustements dans les flux de biens et services.

    Mais notez que tout cela repose sur des biens et services en echange contre des biens et services.
    Il y a clairement des mouvements distincts dans les actifs financiers.
    Par exemple, une attaque spéculative déterminée détruirait l’accrochage au bancor très rapidement tout comme elles peuvent porter atteinte à un taux de change flexible.
    Le système bancor ne va pas améliorer les choses dans ce cas. Et c’est en grande partie ces flux financiers que nous considérons être les dangers dans un système de taux de change flexible. »

    « Tout pays qui rattache sa monnaie à une monnaie étrangère (ou une unité qu’il n’emet pas en situation de monopole) impose d’emblée des contraintes à la fois sur la politique fiscale (budgétaire) et monétaire qui ne sont pas présents dans un systeme de taux de change flexible. »

    Plus d’infos:
    Etalon-or et taux de change fixes — des mythes toujours présent
    http://alienaeconomics.blogspot.com/2010/08/etalon-or-et-taux-de-change-fixes-des.html

    • Il y a un grand flou concernant le Bancor. Il me semble qu’on désigne et qu’on confond divers projets sous ce terme. On a deux sens presque opposés. Un sens utilisé par le FMI qui est celui d’une monnaie internationale qui est en fait plutôt le projet de Jacques Schmitt et le projet de Keynes qui est celui d’un compte de compensation et pas du tout d’une monnaie internationale.
      http://www.pauljorion.com/blog/?p=12129
      Si on pousse le projet de Keynes, son Bancor n’a besoin de se rattacher à rien du tout. Il suffit de lui attribuer une valeur relative initiale qui partirait des niveaux de change entre les monnaies régionales et d’ajuster ensuite cette parité en fonction des performances d’échange internationaux. A chaque exercice, si votre solde est négatif en bancor, votre monnaie est dévaluée vis à vis du bancor et l’inverse dans le cas contraire. Le but est d’obtenir un compte en bancor nul (cad un équilibre de vos échanges internationanux au moyen de l’ajustement de la parité de votre monnaie vis à vis du bancor). Du point de vue de votre monnaie régionale, vous faites ce que vous voulez. Vous pouvez appliquer une politique monétaire chartaliste.

      • Le bancor est une idée intéressante dont l’application concrète s’appelle protection commerciale (protectionnisme chez les libéraux). Il est au commerce extérieur ce que la monnaie fondante de Gesell est au néochartalisme. Un début de réponse largement impraticable et inefficace à une vraie question. Mieux vaut ne pas attendre d’accord international pour rééquilibrer les échanges internationaux, sinon ça n’arrivera jamais.

        • Il faudra que tu m’expliques deux ou trois choses à propos du bancor, parce que je ne vois pas en quoi il serait protectionniste. Il ne fait que refléter l’équilibre d’une région entre son économie et sa monnaie.
          J’avoue ne pas saisir pourquoi il serait impraticable et inefficace (quelques références lisibles pour u nul peut-être?).

          Je suis assez d’accord avec toi que l’accord international sur le sujet est peu probable, du moins à court terme. Mais ce n’est pas certain que cet accord international soit nécessaire. Si l’Europe se dotait d’un banceuro, elle serait assez puissante pour l’imposer au reste du monde en ce qui concerne ses échanges avec lui.

        • Exemple :
          La Chine veut développer son industrie, mais au lieu de faire des vœux pieux à l’européenne, ou de se faire pigeonner par le FMI comme les pays africains, elle décide de se doter d’une politique volontariste de développement de son industrie. Pour ce faire, elle développe un protectionnisme agressif, attirant les entreprises étrangères et forçant autant que faire se peut le transfert de leurs technologies à des concurrents ad hoc chinois. Et ça marche ! Les excédents commerciaux sont des records historiques, la Chine protectionniste est en passe de supplanter les très libre-échangistes Américains, tout comme les alors protectionnistes Américains avaient supplanté les déjà libre-échangistes Anglais (qui eux-mêmes s’étaient bâtis par protectionnisme).

          Le Bancor que j’avais survolé chez Keynes disait en substance que ceux qui avait des surplus commerciaux permanents ou trop importants étaient pénalisés, de manière à limiter les déséquilibres internationaux. Autant faire directement du protectionnisme (d’ailleurs, Keynes était pour, vers la fin de sa vie).

          PS : si l’Europe pourrait s’autoriser à être suffisamment forte pour imposer ses conditions au reste du monde, pourquoi ne pas directement le faire avec la France ? Ce n’est pas en attendant d’être aussi gros que la Chine ou que l’Inde qu’on peut opérer de tels sauts qualitatifs, mais en opérant de tels sauts qualitatifs par rapport à ses voisins qu’on les phagocyte jusqu’à devenir un géant. Commençons par croire en nous, ça aidera les autres à nous croire aussi.

      • Premièrement, Jorion n’est pas une référence.

        Deuxièmement, il s’agit bien du projet de Keynes
        « La proposition initiale de Keynes était que le Bancor – la nouvelle unité monétaire – aurait sa valeur fixée à 30 matières premières, y compris le prix de l’or. La justification avancée à l’époque était que l’utilisation d’un large panier de matières premières pour ancrer le Bancor permettraient de stabiliser ses mouvements (les moyennes d’un grand nombre sont moins volatiles que le rattachement à un seul).
        Tout pays qui signait a la création de l’Union internationale de compensation (USI) aurait un compte en bancor et une facilité de découvert. Au départ, l’USI allouerait des bancors à chaque pays au prorata de leurs volumes d’échanges (exportations et importations).
        Le bancor ne serait pas convertible en or et serait donc devenue la monnaie de réserve. »

        Troisièmement, vous le mentionnez vous-même–> »au moyen de l’ajustement de la parité de votre monnaie vis à vis du bancor »
        s’il y a parité, cela veut dire que votre monnaie est accroché au bancor et que la banque centrale devra toujours défendre cette parité (au détriment de la politique fiscale et budgétaire), ce qui veut dire que:
        « une nation en déficit sous le Bancor fera toujours face à des perspectives de déflation pour maintenir la valeur de sa monnaie par rapport au Bancor. Pas de réel changement ici.  »

        Le système de change flexible est la pierre angulaire de MMT. Dans un système de change fixe (comme l’euro) il n’y a pas de possibilité de faire une politique chartaliste.

        Plus d’infos:
        Etalon-or et taux de change fixes — des mythes toujours présent
        http://alienaeconomics.blogspot.com/2010/08/etalon-or-et-taux-de-change-fixes-des.html

        • « le Bancor – la nouvelle unité monétaire – aurait sa valeur fixée à 30 matières premières, y compris le prix de l’or »

          Avec quelle souveraineté et donc légitimité l’appropriation de matières premières comme base monétaire serait-elle en accord avec les Droits de l’Homme ?

          Quel loyer serait payé par l’USI aux êtres humains sur cette base monétaire ainsi appropriée ? Quel dividende universel serait allouée à chaque individu présent et futur sur cette appropriation de la matière originelle ? Sans répondre à cette question on ne voit pas bien comment ça ne finirait pas mal.

          C’est une discussion sur une appropriation unilatérale ? J’avoue ne pas bien comprendre qui se permet ainsi de faire des hypothèses sur ce qui ne lui appartient pas…

  10. Merci Aliena pour toutes tes bonnes réponses alors que j’étais partie en vacances :)

  11. martinmijopi

    Encore un petit sur le bancor. Il s’agit bien d’un protectionnisme sur la monnaie en tant que marchandise, mais sur rien d’autre.

    • Ça revient au même. Une des techniques favorites des chinois est de jouer sur le taux de change du yuan…

      • martinmijopi

        Oui, les chinois jouent sur le taux de change, mais tu conçois tout de suite que ce n’est pas une méthode généralisable. L’équilibre entre la monnaie et l’économie est la seule solution pérenne et acceptable par tous. C’est ce que propose le bancor, de démarchandiser la monnaie et de tendre vers cet équilibre.

  12. Neo

    Bonjour,

    Merci à Aliena pour ces réponses et traductions.

    Quelques remarques et questions:

    Tu dis (on se tutoie? c’est quand même plus sympathique!)
    [..Krugman et Stiglitz pensent que la dette et le déficit doivent être remboursés..].

    Pour Stiglitz je sais pas mais pour ce qui est de Krugman es-tu sure de ton fait? Car je lis par ailleurs des choses qui vont en sens inverse. Sur certains blogs, il se fait même pas mal villipander comme « monsieur les dettes ne se remboursent jamais ».
    Et j’ai vraiment l’impression que ces deux messieurs n’apprécient guère l’excès d’endettement privé…

    Mais baste! j’ai pas spécialement d’intérêt à une « polémique » sur ces personnes! Mon principal intérêt en venant ici s’est d’essayer de comprendre/décotiquer MMT (sorry Jean Baptiste mais c’est tout de même plus court à écrire que « néochartalisme » ;-).

    Question concernant Keen: Celui-ci nous dit que l’argent est d’abord créé au niveau des banques, ensuite seulement la banque cenrtale suit en alimentant les banques en fonction de leur demande de monnaie centrale. Est-ce conforme/compatible avec MMT?

    Sur le scorekeeper: tu dis [ vous ne pouvez pas comptabiliser des buts qui n’ont aps encore été marqués]. Pourquoi ai-je repris cette analogie, parce que j’ai compris par ailleurs que le déficit devait « précéder » la taxation ;-)… avec l’analogie du sport ça me donne l’impression qu’il devrait y avoir une sorte de distribution de points avant le match. Comprends tu mieux mon interrogation formulée comme ça?

    Et, in fine, lorsque MMT parle de déficit, d’émission d’actifs nets, ce que je ne sens pas c’est comment MMT fait le lien avec la réalité? Ces actifs qui sont une abstraction… comment s’assure-t-on qu’ils correspondent bien à une « réalité »

    [Seules les vraies richesses (l’ingéniosité et le travail humain, les ressources naturelles) comptent pour MMT, la monnaie n’est qu’un moyen d’organiser la production et les échanges. La monnaie est une abstraction comptable. Les Sumériens n’utilisaient pas de monnaie, ils utilisaient des tablettes d’argile pour enregistrer la production et les échanges. La monnaie est une abstractions de cette comptabilité. Il n’y a pas de limite a cette comptabilité, la seule limite est la disponibilité des ressources.]

    Et si ce lien avec la « réalité » n’est pas bien assuré, il me semble qu’à terme, c’est la confiance dans cette abstraction comptable qu’est la monnaie qui est menacée.

    Dis encore autrement: Est-ce l’état qui précède la création de richesse par l’émission de monnaie/déficit ou à l’inverse acte-t-il la création de richesse par le besoin de monnaie (qui s’exprimerait, par exemple, dans les besoins en monnaie centrale du secteur banquaire)?

    Bon, je m’en tiens là pour aujourd’hui…

    Au plaisir de vous lire et à bientôt!!

    Néo

  13. Anonyme

    Hello,

    Merci pour les réponses.

    [… Moins Minsky]

    Euh.. Aurais-tu quelque chose pour découvrir Minsky? En attendant je vais chercher de mon côté.

    Cordialement!

    Neo

  14. Face aux scandales des banques d’affaires ! Citoyens, Exigeons une vraie réforme bancaire avec la loi des séparations des banques !

    Signez et faites circuler l’appel Glass Steagall : http://www.appel-glass-steagall.fr

  15. Pingback: Le point sur le Japon par Frapper Monnaie | Pour un débat sur le libre-échange et sur l'euro…

  16. Pingback: Afrique du Sud et Brésil « Frapper monnaie

  17. Pingback: Wray : Le quotidien frauduleux des financiers « Frapper monnaie

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