Inventeur de l’ECU (ancêtre de l’euro) : « Le néochartalisme est tabou, incontesté et exact »

Bernard Lietaer, l’un des concepteurs de l’ECU (prédécesseur de l’euro qui fonctionnait nettement mieux), nous livre ses convictions sur le néochartalisme :

Combien d’entre vous sont diplômés en économie ? La plupart. Ce cours concerne l’économie ! Bien. Combien d’entre vous connait le chartalisme ? Un chartaliste ? Intéressant, n’est-ce pas ? L’école chartaliste existait dans les années 1920, est toujours vivante, produit des articles, des journaux, dont vous n’entendez jamais parler. Et vous ne trouverez jamais une référence chez quelqu’un ou quelque part dont vous parlez. Pourquoi ? En vérité ils montrent qu’il est possible d’avoir un système monétaire assurant le plein emploi ET la stabilité des prix, mais à condition de franchir le Rubicon de l’émission monétaire par le gouvernement. [sifflotements, puis chantant :] Tabou, tabou ! Personne n’en parle. Mmmh ?! Ces types habitent à l’Université du Missouri à Kansas City, ce qui est équivalent dans le système soviétique à la Sibérie. Vous envoyez les gens là-bas et vous n’entendez plus jamais parler d’eux. Et vous vous assurez qu’ils n’obtiendront jamais de retours de la part de [NdT : inaudible] ou de n’importe qui d’autre. Non ? Donc, il est maintenant possible de le plein emploi et l’inflation. Académiquement, cette école n’a jamais été mise en difficulté, et pour ce que j’ai pu en étudier, ils ont raison !

Bernard Lietaer exagère l’ostracisme et le tabou frappant le néochartalisme. Mais il y a beaucoup de vrai, tant les libéraux ont l’État pour tabou. Enfin, il oublie Warren Mosler qui habite Christiansted (au sud de la Floride) et surtout William Mitchell à Newcastle en Australie, l’un de mes néochartalistes favoris (avec Wray).

Voici un lien vers l’intégralité de la conférence de Bernard Lietaer sur les angles morts monétaires et leurs solutions structurelles.

[Ajouté le 21 juillet] Voici des extraits d’un entretien de Lietaer donné à Usbek & Rica pour leur numéro de l’hiver 2012 :

surtout, on entretien un grand flou artistique autour de la monnaie. L’économiste John Kenneth Galbraith disait : « Le domaine de la monnaie est, en économie, celui dans lequel la complexité est utilisée pour cacher la réalité plutôt que pour l’expliquer. » Les lobbies sont ultra-sophistiqués sur le plan sémantique, vous sortent un vocabulaire au sens biaisé et des équations à tomber raide mort. Tout ça n’est pas innocent.

Galbraith était l’un des économistes d’après-guerre ayant le plus eu l’oreille des présidents, et l’un des plus critiques de l’économie capitaliste aux États-Unis. À noter que son fils, James, a suivi la même voie et est extrêmement proche du néochartalisme (je ne suis pas sûr qu’il le revendique).

Le morceau de Lietaer sur Krugman est tout aussi savoureux. Paul Krugman est proche du néochartalisme dans le sens où il estime que les gouvernements n’ont pas à rembourser leurs dettes. Mais il est trop ambigu par ailleurs pour être jugé néochartaliste, et il se revendique différent d’eux.

Lors d’un congrès à Séoul, Paul Krugman, qui sort comme moi du MIT, me confiait : « Il y a un conseil de nos professeurs du MIT que j’ai toujours religieusement suivi : « Never touch the money system »

« Ne touchez jamais au système monétaire. » en français.

15 Commentaires

Classé dans Paroles Tenues

15 réponses à “Inventeur de l’ECU (ancêtre de l’euro) : « Le néochartalisme est tabou, incontesté et exact »

  1. Décidément, ton attraction pour la position victimaire se révèle, justifiant en retour une véhémence, excusable du fait de ton jeune âge, qui te ferme des portes, justifiant en retour ta position victimaire. Du grand classique, connu de tous les connaisseurs de systèmes.. Les attitudes autoréalisatrices, le syndrome de Stockholm et toutes les parano font partie de cette famille homéostatique.
    Attention, je n’ai pas dit que le néochartalisme n’était pas tenu à l’écart, même les paranos ont des ennemis! Bourdieu, à nouveau, peut t’être d’un grand secours par la connaissance des mécanismes qui régulent les champs qu’il peut t’apporter. Aux néochartalistes d’être un peu patients et de bien faire fructifier leur capital symbolique qui donnera de plus en plus de puissance à leur voix.

    Tu as déjà mon écoute (c’est bien peu dans le champ économique:-), il me reste à bien comprendre comment les néochartalistes assurent la stabilité des prix, quels contre-pouvoirs les y contraignent, à bien comprendre comment leur politique de croissance est pensée d’emblée en fonction des impératifs écologiques qu’on ne peut plus traiter après-coup (cf mon commentaire sur l’utilisation de la TVA pour piloter une politique économique), comment cette idée d’employeur en dernier ressort ne détruit pas les ressorts du marché du travail et sans doute quelques autres questions à venir sur les échanges internationaux, comme par exemple le fait que la manipulation des taux de change par les plus forts ne semblent pas poser de question, alors que je crois que c’est une question centrale, mais ce sera pour plus tard.

    • Neo

      Je te rejoins Michel.

      Ecoute attentive pour cette théorie. Besoin de bien comprendre aussi (et ca me demande du temps…).

      La remarque sur l’écologie me paraît très pertinente. Il est passé le temps ou l’on pouvait s’intéresser à ces qestions « après-coup ». Il devient clair que les problèmes environnementaux qui vont se poser à nous vont être d’une telle ampleur qu’ils vont forcer la « sphère économique » à les prendre en compte. Bon gré, mal gré…

      Le néochartalisme semble dire, pour ce que j’en comprends jusqu’à présent, que l’Etat pourvoit à la « relance »… et je dirais même à la « croissance » via son déficit. Cela semble simple… (peut-être même trop simple pour certains…) et efficace mais est-ce « respectueux » de notre environnement?

      Il semble nous donner des pistes efficaces pour faire tourner le « moteur économique » à plein régime (métaphore)…mais peut-il nous être utile pour rendre ce moteur sobre? ou pour l’adapter à un autre carburant? plus propre et moins rare?

      Les questions de ce type ont-elles déjà été soulevées par les auteurs néochartalistes?

      Cordialement.

      Néo

      • https://frappermonnaie.wordpress.com/2012/07/16/un-post-chartalisme/#comment-1182

        On peut d’abord faire les réformes écologiques et ensuite seulement des réformes néochartalistes, si on tient à la préséance symbolique. On peut observer un délai d’un an, d’un mois, d’une semaine ou même d’une heure selon la préférence de chacun. Bine sûr, si on fait des réformes écologiques et du déficit zéro pendant un an, il y aura récession, chômage, et les gens risquent d’attribuer cela à l’écologie. On peut aussi faire toutes ces réformes simultanément, ou dans n’importe quel ordre. Ce sont deux problèmes distincts.

        • Pour le néochartalisme et l’écologie, du moment que l’utilisation de la TVA au lieu des niches pour mener une politique économique est OK, ça fait déjà un moyen compatible de faire du néochartalisme et de l’écologie ou plutôt du développement durable en même temps.

        • Neo

          Ok…
          Je pensais à des mécanismes pour « orienter » l’activité économique.
          L’EDR à été imaginé pour atteindre le plein emploi tout en stabilisant les prix. Alors pourquoi pas une réflexion sur des mécanismes qui permettraient de favoriser certains secteurs d’activité par rapport à d’autres? Par exemple, quid des différents types de monnaies dont parle Bernard Lietaer…

          http://www.money-sustainability.net/about-money-and-sustainability/

        • Merci beaucoup pour le lien :D

          Si les néochartalistes tiennent tant à l’EDR, c’est parce qu’il résout tout le débat sur la courbe de Phillips > Taux Naturel de Chômage friedmanien > Taux de chômage n’accélérant pas l’emploi (NAIRU). Au lieu que les libéraux disent « Le budget libre de l’État fait de l’inflation parce qu’il essaie démagogiquement de trouver un emploi pour tous les chômeurs. On a essayé, maintenant c’est fini. » ils se voient opposé la stabilité des prix PAR le plein emploi. Mais on peut même imaginer le néochartalisme sans EDR. Tout comme l’économie serait moins efficace sans mesures écologiques, elle serait moins efficace sans EDR. Mais ce serait déjà mieux que la situation actuelle.

          Comme je l’avais écrit et comme le dit Lietaer : Toutes les monnaies ne sont pas crées égales. On désire plus ou moins fortement établir une monnaie, et lorsqu’il y a les taxes pour en accepter une, cette dernière s’impose. Comme je l’avais dit à Galuel : les monnaies complémentaires ne peuvent pas remplacer la monnaie principale de l’État, et leur pullulement est plus un symptôme qu’une solution. Aucune monnaie privée ne peut rivaliser avec une monnaie gérée conformément au néochartalisme. Maintenant, pourquoi pas. On demeure libre de le faire.

          Le néochartalisme est une théorie monétaire extrêmement aboutie et ne préjuge pas de ce qu’on peut ou doit faire dans les autres domaines. Même sur la question voisine du commerce internationale, je suis le seul néochartaliste que je connais à prôner le protectionnisme. Il est une condition sine qua non à l’écologie et à un développement social harmonieux. Pourtant la plupart des néochartalistes restent dans un vague « juste échange » sans trop se prononcer. Chacun peut mettre sa société néochartaliste à sa sauce ;)

        • OK aussi.
          Pour la prise en compte de l’écologie, ça peut être géré avec la TVA bien mieux qu’avec les niches, comme l’ensemble de la politique économique. Il reste à convaincre que la TVA n’est pas l’impôt le plus injuste et que les inégalités sont, elles bien mieux traitées par l’IR (tous les revenus et avantages sans distinction), on peut même aller jusqu’à un IR négatif ou plus simplement un crédit d’impôt universel (premier pas vers un revenu d’existence auquel je préfère le revenu garanti de Jean Zin).
          http://solidariteliberale.hautetfort.com/prelevements-obligatoires.html

        • Sophie

          @Michel Martin
          Tout à fait : http://alternatives-economiques.fr/blogs/godard/2012/07/16/tva-avec-compensation-pour-les-plus-pauvrescmpp/
          J’irais encore plus loin en proposant une TVA variable selon l’effet « sociétal » et écologique du type de consommation

  2. BA

    Vendredi 20 juillet 2012 :

    Vers 15 heures 30 :

    Espagne : taux des obligations à 10 ans : 7,241 %. Record historique battu.

    http://www.bloomberg.com/quote/GSPG10YR:IND

    Espagne : la région de Valence demande l’aide de l’Etat.

    La région espagnole de Valence, fortement endettée, a fait savoir vendredi qu’elle demanderait à bénéficier du mécanisme d’aide de quelque 18 milliards d’euros proposé par le gouvernement pour assainir les finances publiques des régions.

    Le plan d’aide est assorti de la stricte condition que la région concernée se conforme à ses objectifs de réduction des déficits.

    L’annonce a fait chuter les Bourses européennes ainsi que l’euro, tombé sous le seuil de 1,22 dollar.

    Le gouvernement espagnol a approuvé la semaine dernière la création d’un nouveau fonds pouvant atteindre 18 milliards d’euros destiné à aider les régions en difficulté à se financer.

  3. @Sophie,
    suite à l’article de Godard, j’ai mis un commentaire pour argumenter contre la TVA variable sociétal pour trois raisons:
    « Mener une politique sociale avec la TVA (bas taux de TVA sur les produits de base et fort taux sur les produits de luxe) me semble contreproductif pour trois raisons:
    1) ce choix social va se trouver en contradiction avec la conduite d’une politique économique (par exemple on va taxer fortement des pompes à chaleur de luxe ou on va faire une exception? Donc ça complique).
    2)C’est une mesure stigmatisante. A chacun de savoir ce qu’est pour lui un produit dont il juge qu’il a besoin.
    3)cette question est nettement mieux traitées par l’IR qui est le meilleur outil pour gérer les inégalités (y compris à l’aide d’un crédit d’impôt universel, du même type que votre CPP, mais non dédié à la consommation, mais plus général). »

    • Sophie

      Le (1) est un bon argument mais de nombreuses études sur des classes de produit permettent de déterminer quelle est la part d’énergie et de pollution cumulée ( sur toute la durée de vie) qu’ils contiennent
      Sur le (2), c’est une réflexion très libérale qui nous emmène dans le mur. La taxation différentielle permet d’orienter la consommation.
      Sur le (3), je considère que c’est une fausse piste car il y a tellement de facilité d’échapper à l’IR pour tous les non salariés (ou alors il faudra supprimer les espèces )…
      De plus, il faudrait au moins considérer le solde  » revenu diminué de l’épargne (ou de l’investissement) », alors qu’actuellement on taxe l’investissement potentiel en empêchant donc qu’il se produise.
      Pour la planète, je préfère nettement la taxation sur la consommation.
      Mais bon, ce que j’en dis :)

      • C’est l’ensemble de la fiscalité qu’il faut considérer. L’équilibre entre les directs et les indirects. Utiliser les indirects pour gérer la politique économique et les directs pour gérer les inégalités. Et surtout simplifier.

        Quelques remarques sur tes commentaires (encore beaucoup de malentendus entre nous).
        Pour le 1) on est d’accord, c’est exactement ce que je dis (tu donnes une option de conduite à partir de critères énergie et pollution, alors que je reste plus général, mais je suis d’accord avec ce choix de durabilité).
        Pour le 2) t’es hors sujet. Relis.
        Pour le 3) Avec une fiscalité simplifiée ne comportant que le strict minimum de niches fiscales, aucune chance d’échapper à l’IR.

  4. BA

    Dimanche 22 juillet 2012 :

    Une seconde région espagnole va demander l’aide financière de Madrid.

    La région de Murcie, dans l’est de l’Espagne, a annoncé dimanche qu’elle allait demander à son tour une aide financière à Madrid, deux jours après une demande similaire formulée par Valence.

    Le président du gouvernement régional de Murcie, Ramon Luis Valcarcel, a indiqué au quotidien régional La Opinion de Murcia que son gouvernement demanderait « environ 200 à 300 millions d’euros » au nouveau fonds public, doté d’un montant total maximum de 18 milliards d’euros, mis en place la semaine dernière par Madrid pour venir en aide aux régions en difficulté.

    M. Valcarcel a affirmé que la Murcie demanderait formellement cette aide au cours du mois de septembre, ajoutant qu’il s’attend à ce que les conditions posées par le gouvernement central en échange de ces fonds soient « très strictes ». « Personne ne doit penser qu’ils vont nous faire cadeau de cet argent », a-t-il ajouté.

    Pour sa part, la région de Valence, très fortement endettée, avait indiqué vendredi qu’elle allait faire appel à ce fonds faute de pouvoir trouver l’argent nécessaire pour remplir ses obligations financières.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202183920504-une-seconde-region-espagnole-va-demander-l-aide-financiere-de-madrid-346171.php

    En Espagne, ce sont six régions qui sont en faillite.

    Deux régions ont officiellement demandé l’aide de l’Etat : la région de Valence, et la Murcie.

    Les quatre autres régions en faillite sont la Catalogne, Castille-La Manche, les Baléares et l’Andalousie.

  5. BA

    Jeudi 26 juillet 2012 :

    La probabilité d’une sortie de la Grèce de la zone euro sous 12 à 18 mois est désormais de 90%, estime Citi dans une étude publiée jeudi qui estime que cette éventualité risque surtout de se matérialiser dans les deux à trois prochains trimestres.

    La banque américaine dit aussi s’attendre à ce que l’Italie et l’Espagne demandent formellement une aide financière à l’Union européenne et au FMI, venant compléter dans le cas de l’Espagne le plan d’aide à la recapitalisation des banques déjà consenti par l’UE.

    Les économistes de Citi avaient auparavant évalué la probabilité d’une sortie de la Grèce de l’euro entre 50% et 75%.

    « Nous restons pessimistes sur la crise de l’euro », écrivent-ils.

    « Au cours des prochaines années, l’issue pour la zone euro passera vraisemblablement par la combinaison d’une sortie de l’Union économique et monétaire (Grèce), d’une importante restructuration de dettes souveraines et bancaires (Portugal, Irlande et éventuellement, peut-être l’Italie, l’Espagne et Chypre), avec un degré limité d’intégration budgétaire », écrivent-ils.

    Citi s’attend à ce que la sortie de la Grèce et la faiblesse des économies de la périphérie de la zone euro entraînent de nouvelles dégradations des notes souveraines de pays du bloc dans les deux à trois prochains trimestres.

    Citi anticipe une dégradation d’au moins un cran par au moins une des principales agences de notation pour l’Autriche, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal et l’Espagne.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/reuters-00457174-athenes-quasi-condamnee-a-sortir-de-l-euro-sous-18-mois-citi-347761.php

  6. Pingback: Les craquements continuent, séisme imminent ? | Frapper monnaie

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