Sauvé par le déficit (Martin Wolf)

Voici la traduction française du Monde d’un très bon article de Martin Wolf.

Je vous recommande sa lecture intégrale ; en voici les meilleurs morceaux :

si les États-Unis enregistrent un produit intérieur brut (PIB) plus dynamique que celui des autres pays, le taux de chômage américain a plus que doublé, passant de 4,7 % en juillet 2007 à 10 % en octobre 2009. Depuis, il n’a que légèrement baissé.

Pourtant les États-Unis font mieux que la zone euro, dont l’économie est en berne et où le taux de chômage a atteint 11,1 %, contre 8,2 % outre-Atlantique.

Les économies stagnent alors même que la politique suivie est agressive. Le taux d’intérêt à court terme le plus élevé de ceux fixés par les banques centrales des grandes économies à haut revenu est de 0,75 %, proposé par la Banque centrale européenne (BCE). […]

Aux États-Unis, par exemple, le montant total de la dette privée est passé de 112 % du PIB en 1976 à un pic de 296 % en 2008.

Ce ratio est retombé à 250 % à la fin du premier trimestre 2012, un niveau qui correspond à celui où il était en 2003. […]

Surtout, les secteurs privés enregistrent de vastes excédents de recettes par rapport aux dépenses. Aux États-Unis, la balance financière du secteur privé est passée d’un déficit de 2,4 % du PIB au troisième trimestre 2007 à un excédent de 8,2 % au deuxième trimestre 2009.

Ce basculement massif aurait provoqué une énorme dépression si le gouvernement s’était refusé à creuser des déficits budgétaires compensatoires. C’est ainsi que la dépression a été contenue.

[…]

Il en résulte que ces pays enregistrent soit de vastes excédents des comptes courants, soit de gros déficits budgétaires. L’Allemagne est dans le premier cas. D’autres pays creusent leur déficit budgétaire. Comme il est peu probable que ces grands pays puissent enregistrer simultanément de gros excédents des comptes courants (avec qui le feraient-ils ?), ils doivent donc creuser leur déficit budgétaire lorsque leur secteur privé enregistre d’énormes excédents.

LE DÉSIR DE SE DÉSENDETTER

Ces excédents s’expliquent en partie par le désir de se désendetter, en partie par la réticence à emprunter, en partie par l’incapacité ou la répugnance du secteur financier à prêter. Tout cela représente la douloureuse gueule de bois consécutive à la grande orgie du crédit.

La grande affaire reste le désendettement du secteur privé, tempéré par une politique monétaire souple et compensé par l’endettement des États. La disposition des autorités à mener de front ces deux politiques en dépit des critiques irréfléchies nous a évité de sombrer dans une seconde Grande Dépression. Il paraît extraordinaire que ces gros déficits budgétaires évincent la dépense privée alors que les taux d’intérêt sont si faibles dans les pays qui ont la chance de ne pas se trouver dans la zone euro.

[…]

La conclusion est qu’il faut que les déficits budgétaires, aisément financés dans les pays importants, s’accroissent encore car ils doivent à la fois faciliter le désendettement et soutenir la demande. L’autre façon possible d’accélérer le désendettement serait une cascade de faillites, phénomène également connu sous le nom de dépression. […]

l’incapacité de la zone euro à apporter une réponse efficace à la crise ne peut qu’entretenir le désordre. Ceux qui s’emploient à définir la politique se soucient plus de l’aléa moral de certains que de la panique de tous. Cette attitude rend envisageable une vague de crises souveraines et bancaires culminant dans le rétablissement des contrôles des changes et la désintégration de la zone euro.

Martin Wolf n’est pas néochartaliste. Il ne comprend pas que la dette publique n’emprunte à personne, tout comme les banques, mais au « néant » de manière illimitée auprès de la banque centrale, tout comme les banques qu’elles se choisissent le plus souvent comme intermédiaire. Et il ne comprend pas le caractère endogène du budget public via les stabilisateurs automatiques, donc l’absence totale de nécessité de l’austérité et la capacité du budget à trouver tout seul son équilibre avec le reste de l’économie. Cf Les Bases dont la partie sur le fonctionnement du crédit et celle sur la stabilité des prix et de l’économie.

Le Japon, les États-Unis et le Royaume-Uni continuent à enregistrer de très forts déficits budgétaires pour un temps de paix. Et pourtant, malgré ces énormes déficits, les taux d’intérêt à long terme des obligations gouvernementales nippones, américaines et britanniques sont très faibles, à 0,8 %, 1,5 % et 1,6 % respectivement. […] à condition que les États-Unis ne tombent pas de leur falaise budgétaire avant la fin de l’année, ils devraient enregistrer un modeste redressement emmené par le secteur privé. Une fois ce redressement assez solide, une consolidation budgétaire sérieuse pourra s’amorcer. L’austérité doit suivre un redressement vigoureux, et non le précéder.

L’Europe s’enfonce dans l’euro-dépression sur Marianne2.fr

2 Commentaires

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2 réponses à “Sauvé par le déficit (Martin Wolf)

  1. Une lumière au bout du tunnel?

    Europe – A Policy Proposal with Teeth? | PRAGMATIC CAPITALISM
    http://pragcap.com/europe-a-policy-proposal-with-teeth

    Bloomberg reports:
    “The European Central Bank is considering setting limits on yields of euro area sovereign debt by pledging unlimited bond purchases, Germany’s Spiegel magazine reported without saying where it obtained the information.”

    This is simple. If the ECB sets rate caps on long-term rates then the solvency crisis is essentially over. This would essentially be a pseudo guarantee of bond markets with the ECB’s backing. This would almost certainly bring private investors back to these markets and help fund the governments. So we eliminate the solvency crisis. That’s a HUGE first step.

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