Deux bonnes vidéos

Excellent documentaire d’Arte : Goldman Sachs – La banque qui dirige le monde, visible sur le site d’Arte+7 jusqu’au 12 septembre environ. La plupart des informations sont de premières qualités et le montage est très efficace. Merci au Forum Démocratique pour l’info. On peut y voir (mais ce n’est pas ce qui a emporté mon adhésion, qu’on se rassure) William Kurt Black, le régulateur digne de ce nom et néochartaliste de l’Université du Missouri, à Kansas City…
J’ai revu récemment le tout aussi excellent (plus même) documentaire La stratégie du choc, basé sur le livre de Naomi Klein. Je le recommande aussi. On y voit très bien les affinités très paradoxales mais très solides entre libéralisme et autoritarisme, entre autres. Qui veut faire l’ange fait la bête écrivait Pascal, justement, le libéralisme, en éliminant l’équilibre, aussi précaire soit-il, entre le collectif et l’individu, fait systématiquement place à un collectif particulièrement oppressif pour l’individu. Il y a opposition entre la mission d’émancipation individuelle assignée par le libéralisme à l’individu, et ses capacités à effectivement se construire seul, en dehors ou contre tout collectif. À chaque fois, l’individu réel finit par être sacrifié en vue de l’avènement utopique de l’homo liberalus, dont le bonheur est un horizon qui ne cesse de s’éloigner par le cauchemar concret. La révlution conservatrice n’est pas moins utopique que la révolution tout court. La Chine est loin d’être le seul cas d’hybridation autoritarisme-libéralisme, comme l’avait déjà remarqué le sagace Tocqueville :

Vers le milieu du siècle, on voit paraître un certain nombre d’écrivains qui traitent spécialement des questions d’administration publique, et auxquels plusieurs principes semblables ont faut donner le nom commun d’économistes ou de physiocrates. Les économistes ont eu moins d’éclat dans l’histoire que les philosophes ; moins qu’eux ils ont contribué peut-être à la Révolution ; je crois pourtant que c’est surtout dans leurs écrits qu’on peut le mieux étudier son vrai naturel. Les philosophes ne sont guère sortis des idées très générales et très abstraites en matière de gouvernement ; les économistes, sans se séparer des théories, sont cependant descendus plus près des faits. Les uns ont dit ce qu’on pouvait imaginer, les autres ont indiqué parfois ce qu’il y avait à faire. Toutes les institutions que la Révolution devait abolir sans retour ont été l’objet particulier de leurs attaques ; aucune n’a trouvé grâce à leurs yeux. Toutes celles, au contraire, qui peuvent passer pour son œuvre propre ont été annoncées par eux à l’avance et préconisées avec ardeur ; on en citerait à peine une seule dont le germe n’ait été déposé dans quelques uns de leurs écrits ; on trouve en eux tout ce qu’il y a de substantielle en elle.
Bien plus, on reconnaît déjà dans leurs livres ce tempérament révolutionnaire et démocratique que nous connaissons si bien ; ils n’ont pas seulement la haine de certains privilèges, la diversité même leur est odieuse : ils adoreraient l’égalité jusque dans la servitude. Ce qui les gêne dans leur dessins n’est bon qu’à briser. Les contrats leur inspirent peu de respect ; les droits privés, nuls égards ; ou plutôt il n’y a déjà plus à leurs yeux, à bien parler, de droits privés, mais seulement une utilité publique. Ce sont pourtant en général, des hommes de mœurs douces et tranquilles, des gens de bien, d’honnêtes magistrats, d’habiles administrateurs ; mais le génie particulier à leur œuvre les entraîne.
Le passé est pour les économistes l’objet d’un mépris sans bornes. « La nation est gouvernée depuis des siècles par de faux principes ; tout semble y avoir été fait au hasard », dit Letronne. Partant de cette idée, ils se mettent à l’œuvre ; il n’y a pas d’institution si vieille et qui paraissent si bien fondée dans notre histoire dont ils ne demandent l’abolition, pour peu qu’elle les incommode et nuise à la symétrie de leurs plans. L’un d’eux propose d’effacer à la fois toutes les anciennes divisions territoriales et de changer tous les noms des provinces, quarante ans avant que l’Assemblée constituante ne l’exécute.
Ils ont déjà conçu la pensée de toutes les réformes sociales et administratives que la Révolution a faites, avant que l’idée des institutions libres ait commencé à se faire jour dans leur esprit. Ils sont, il est vrai, très favorables au libre échange des denrées, au laisser faire ou au laisser passer dans le commerce et dans l’industrie ; mais quant aux libertés politiques proprement dites, ils n’y songent point, et même quand elles se présentent par hasard à leur imagination, ils les repoussent d’abord.

 

de Tocqueville Alexis, L’ancien régime et la Révolution, Gallimard, Paris, 1967 , 378 p., p. 254-256

1 commentaire

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Une réponse à “Deux bonnes vidéos

  1. Murer Philippe

    Très bon ton texte

    Envoyé de mon iPhone

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