Robert Mundell, le mauvais génie de l’euro

À de nombreuses reprises, et malgré que je ne croie toujours pas qu’une conspiration puisse tout expliquer, j’ai montré comment le libéralisme produit les théories qui se conforment moins à la réalité qu’à ses désirs idéologiques. Une pièce de choix nous est fournie par Greg Palast lors d’un article pour le Guardian, traduit par Gilles, et parvenu jusqu’à moi via le Forum Démocratique. En voici les meilleurs extraits :

L’idée selon laquelle l’euro aurait échoué est dangereusement naïve. L’euro fait exactement ce que le géniteur des principes de l’euro (et le 1% des plus riches qui en avait soutenu le principe) avait prévu et planifié qu’il fasse.

Le géniteur des principes de l’euro est l’ex-économiste de l’Université de Chicago  : Robert Mundell. Le théoricien de « l’économie de l’offre » est maintenant professeur à l’Université de Columbia, mais je le connaissais à travers son lien avec mon professeur de l’Université de Chicago : Milton Friedman […]

Mundell, un canado-américain volontaire et obstiné, était résolu à faire une chose : trouver une arme […] : l’euro.

L’euro fera vraiment son travail quand la crise aura frappé, expliquât alors Mundell. Le retrait du contrôle du gouvernement sur la monnaie empêchera alors l’utilisation des politiques monétaire et budgétaire keynésiennes par les vilains petits élus pour sortir une nation de la récession. [Note : Exactement comme anticipé par Kalecki dès 1943, et plus récemment la stratégie du choc par Naomi Klein.]

« L’euro mettra la politique monétaire hors de la portée des hommes politiques », a-t-il dit. « Et sans la politique budgétaire, la seule façon pour les nations pour pouvoir conserver des emplois est la surenchère dans la réduction des règles du commerce. »

Il citât, alors les lois du travail, les règlements environnementaux et, bien sûr, les taxes et les impôts. Tout cela serait éliminé par l’euro. La démocratie ne serait pas autorisé à interférer avec le marché.

Comme un autre lauréat du prix Nobel, Paul Krugman l’avait remarqué, la création de la zone euro violait une observation de base de l’économie concernant les « zones monétaires optimales ». Cette observation pratique avait pourtant été théorisée par Robert Mundell en personne.

Pour lui, ce n’était pas une objection qui tienne. Pour Robert Mundell, le but de l’euro n’était pas de faire de l’Europe une puissante unité économique unifiée. Son but était approximativement le même que celui de Reagan et Thatcher : la révolution conservatrice.

« Ronald Reagan n’aurait pas été élu président sans l’influence de Robert Mundell », a écrit Jude Wanniski dans le Wall Street Journal.

[…]

Ainsi, nous voyons que le Premier ministre (non élu) Mario Monti exige la « réforme » du droit du travail en Italie pour rendre plus facile le licenciement pour les employeurs […] Mario Draghi, la tête (non élue) de la Banque centrale européenne, appelle à des « réformes structurelles » – un euphémisme pour l’écrasement des protections légales des travailleurs. […]

Monti et Draghi ne peuvent pas expliquer de manière crédible comment, si tous les pays du continent déprécient leur main-d’œuvre, que tous puissent ainsi acquérir un avantage concurrentiel.

Mais ils n’ont pas à expliquer leurs politiques ; ils n’ont qu’à laisser les marchés travailler sur les obligations de chaque nation. Par conséquent, l’union monétaire est la lutte des classes par d’autres moyens.

[…]

Loin d’échouer, l’euro, qui était le bébé de Mundell, a réussi probablement au-delà rêves des plus fous de son géniteur.

1 commentaire

Classé dans En vrac

Une réponse à “Robert Mundell, le mauvais génie de l’euro

  1. Anonyme

    Un peu de lecture!

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