Une hirondelle annonce-t-elle un changement de mentalité ?

L’une des choses les plus frappantes de la crise actuelle est l’impunité des escrocs parmi nos élites financières, entrepreneuriales et politiques. Non seulement il y n’y a qu’une poignée de hauts financiers inculpés après la plus grosse crise financière de toute l’histoire, mais en plus, on refuse de les inculper sous prétexte que le faire déstabiliserait les marchés. Comme cet aveu du « régulateur » en chef Andrew Beley au Royaume-Uni (via William Black sur New Economic Perspectives) :

Ce serait vraiment très déstabilisant. C’est une autre version de trop gros pour faire faillite […] En raison du problème de la confiance dans les banques, une mise en examen criminelle majeure, que nous n’avons pas vu et que je dirai que nous ne verrons pas… ce n’est pas une mise en examen ordinaire.

Il n’y a pas que William Black qui constate cette prolifération criminelle débridée, j’ai pu partager avec les lecteurs de ce blog les travaux de Jean-François Garaud et François Thual qui font le parallèle entre le refus italien de voir la mafia s’installer en son sein et la difficulté qu’elle a aujourd’hui à s’en défaire, avec notre propre situation qui préfère ignorer la dimension criminelle de nos « élites » prédatrices.

Or, sur ce front, un évènement intéressant rapporté par Marianne vient éclaircir le tableau :

C’est une première au niveau mondial qui risque de faire jurisprudence! Le tribunal de Milan vient de condamner quatre établissements financiers – UBS, J.P.Morgan, Deutsche Bank et sa filiale Depfa Bank- pour avoir trompé la mairie de la capitale de la mode dans une affaire de produits dérivés. L’affaire remonte à 2005. A l’époque, les quatre banques avaient conseillé à la municipalité (dirigée par un proche de Berlusconi) de restructurer sa dette en investissant dans des produits dérivés de type Swap 30 ans sur le prêt obligataire qu’elle avait souscrit. Un prêt dont le montant s’élevait à 1,68 milliards d’euros. Au lieu d’améliorer son endettement, la mairie s’était au final surendettée.

Les établissements incriminés ont écopé chacun d’une amende d’un million d’euros et neuf banquiers ont été condamnés à des peines d’emprisonnement allant de six à huit mois de prison. Les accusés qui ont toutefois bénéficié du sursis ne pourront pas signer de contrat avec l’administration publique pendant un an comme l’avait requis le procureur de la République. Le tribunal a aussi saisi 87 millions d’euros, soit le profit réalisé par ces établissements financiers dans le cadre de l’affaire concernant la mairie de Milan. Un montant nettement supérieur à celui qui avait été réclamé par le procureur du tribunal Alfredo Robledo qui s’élevait à 72 millions d’euros.
[…]
« Ce verdict est historique. Pour la première fois, on a reconnu le principe essentiel de la transparence dans les relations entre les instituts financiers et l’administration publique » a estimé Alfredo Robledo, procureur adjoint de Milan.

Rappelons nous, par exemple, des employés Goldman Sachs se défendant pour avoir vendu, entre autre, le produit dérivé toxique Abacus qui fit défaut à plus de 90 % : « Le client n’avait qu’à faire mieux attention, on ne lui vend que ce qu’il achète, et tout est légal. » C’est l'(anti-)éthique du marché selon laquelle seul le libre contrat est moral, et celui qui a fait confiance à tort n’avait qu’à ne pas faire confiance et être un commerçant plus retors que l’autre. C’est une éthique strictement individualiste (qui est le postulat libéral), fondamentalement contradictoire avec l’esprit de communauté, de collectif, où on est aussi obligé d’être bienveillant envers les autres, c’est-à-dire de leur offrir ce type de leçon en les avertissant du danger plutôt qu’en s’en faisant les bourreaux, et où une tentative délibérée de profiter de la faiblesse d’autrui, même d’un simple abus de confiance, est réprimé au-delà même d’une parfaite conformité légale sur tous les autres plans.

Est-ce une bonne nouvelle sans lendemain ou le prodrome du rétablissement de l’esprit collectif ? Je crois à la seconde option. Affaire à suivre.

11 Commentaires

Classé dans En vrac

11 réponses à “Une hirondelle annonce-t-elle un changement de mentalité ?

  1. jf

    Que le comportement de beaucoup de dirigeants des banques puisse être condamnable, je n’en doute guère.
    il n’empêche, le fond du problème est celui que les placements financiers vont toujours vers les rendement le plus fort, et ceci veut dire risqué, autrement dit, le risque que les promesses ne pourront pas toujours être tenues. Dans ces conditions, et pour satisfaire les exigences même du capital, à savoir la recherche du plus fort rendement, il est inévitable que les krachs se produisent de temps en temps, quel que soit le comportement « moral » ou « amoral » des banquiers!
    Ceci ne pourrait changer que si on imaginait une monnaie (par exemple la monnaie dite » fondante » ou marquée par le temps) qui cesserait d’être capital en toute circonstance, mais chercherait un placement, non pas pour un rendement positif mais seulement un placement qui ne comporterait pas ou peu de pertes en intérêts négatifs.
    Cela pourrait parfaitement fonctionner et stimulerait l’économie dite réelle très efficacement. Car il ne resterait que dans l’économie dite « réelle » l’espoir d’un rendement positif, tous les placements spéculatifs et purement financiers seraient constamment négativés.

    • Faux. Une fois de plus. Regardez le dernier graphique : avec une forte régulation, il n’y a pas de crises financières, pas de crash. Inutile de faire fondre la monnaie dans la poche des gens…

      • jf

        faux! Même avec une « forte » régulation, on n’empêchera pas la rétention d’argent; cela se voit très bien actuellement, où 90% de la monnaie liquide ne circule pas et créent une forte pression déflationniste à peine susceptible par une création de monnaie centrale à guichets ouverts (cf Japon, USA, etc…)

        • Sophie

          En tous cas aux USA elle circule toujours aussi vite qu’entre 1980 et 1997, certes, un peu moins vite que les années 2000 – 20010
          http://research.stlouisfed.org/fred2/series/M1V

          Votre lien de causalité jf est bidon, mais ca fait des années que vous vous y accrochez :-)

        • jf

          Ravi de lire ça! Mais cela n’explique quand même pas pourquoi, malgré une très forte augmentation de masse de monnaie liquide (des dollars notamment) en relation avec les QE successifs, il n’y a guère d’inflation…avez-vous une idée « raisonnable à ce sujet?
          Une piste serait peut-être que l’usage du dollar est véritablement mondial, et c’est pourquoi les effets inflationnistes restent limités aux USA.
          En tout cas, pour le Yen qui reste une monnaie surtout japonaise, la thésaurisation est massive, et pour l’Euro, les Franc suisse et même la Livre aussi!

        • Vous feriez mieux de ire ce blog. Par exemple Les Bases, ça vous changerait de ces erreurs de bases.

        • Sophie

          @jf
          « pourquoi n’y a t’il pas d’inflation? » c’est simplement parce qu’il y a un fort chômage et une forte capacité de production inemployée.

          Ce que vous ne semblez pas comprendre c’est que même s’il y a thésaurisation de billets de banque (allez, 10% de la masse monétaire M1 ?) , et ses conséquences restent à prouver, il ne peut y avoir de thésaurisation de DaV ou DaT puisque ce sont des ressources bancaires. Il n’y a pas de « manque  » de monnaie due à une quelconque thésaurisation: il n’y a simplement pas de demande supplémentaire de la part des agents non financier (ni les ménages, ni les entreprises ne veulent s’endetter actuellement), et c’est bien pour cette raison que l’Etat doit investir dans des projets collectifs créateurs d’emplois directs et indirects (indirects lors des utilisations ultérieures de la monnaie en investissements privés)

          Hors sujet: Je suis toujours restée abasourdie devant le raisonnement qui consiste à dire « on va forcer les gens à consommer en faisant fondre la monnaie » ; ce serait évidemment un motif majeur d’inflation importée ou de spéculation.

        • jf

          Merci pour votre réplique. Je vous retourne votre part d' »incompréhension »! La thésaurisation n’est effectivement pas un problème majeur dans la mesure où la banque centrale compense actuellement totalement un potentiel manque de monnaie en y ajoutant autant que nécessaire, c’est cela le vrai sens du QE..
          Quant aux DaV et aux DaT, désolée de vous décevoir! Ces dépôts bancaires n’engendrent aucune demande supplémentaire, ne l’ont jamais fait et ne le feront jamais!
          En effet, ce que l’un dépose en le prêtant ainsi aux banques (ce ne sont en aucune façon des « ressources bancaires »!) est emprunté par d’autres qui demandent en plus ce que les prêteurs (les épargnants) demandent en moins! S’agissant de l’état, c’est la même chose quand il emprunte, car l’état fera alors demande en se substituant aux aux agents économiques qui ne le feront plus!
          Il reste donc que c’est seule de la monnaie centrale supplémentaire, sortie de la planche à billets, qui est susceptible de générer de la demande supplémentaire et/ou causer de l’inflation.

          Le fait qu’il n’y a pas d’inflation tient au seul fait que la monnaie centrale supplémentaire émise est thésaurisée (et donc retirée de la circulation pour un temps plus ou moins long!) au même rythme que son émission!

          A propos de la monnaie dite fondante, il ne s’agit pas de « forcer » à consommer, celui qui veut épargner pourra toujours le faire (sans intérêts sans doute…), et nous aurons toujours le même raisonnement que c’est seule de la monnaie (centrale) supplémentaire qui peut augmenter la demande et/ou générer de l’inflation.

          Bien sûr, la rapide circulation de la monnaie dite fondante interdira la création massive de monnaie nouvelle par les banques centrales, mais cela ne sera évidemment plus nécessaire, compte tenu que la thésaurisation aura disparu.

        • jf

          Encore une remarque:
          Je vous conseille d’abandonner les « agrégats monétaires », genre M1, M2, Mx!
          Il s’agit de complications qui apportent beaucoup de confusions et n’expliquent rien du tout.
          Cela relève de l’ésotérisme de la plupart des économistes, y compris certains prix Nobel!
          La seule distinction pertinent est celle en monnaie et crédit ou monnaie et avoir monétaire).

  2. Est-ce que l’idée de faire du HFT un monopole d’état serait stupide? Une façon pas comme une autre de lever l’impôt?

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