Ils le disent ailleurs…

Un article du New York Times intitulé God Save the British Economy s’interroge longuement sur l’orthodoxie économique. Bien que l’article baigne encore beaucoup dans la pensée dominante, la fraicheur du journaliste Adam Davidson combinée au choc de la crise des subprimes et aux menues originalités de l’économiste Adam Posen nous gratifient de quelques passages très significatifs. Florilège :

« Aujourd’hui ces deux approches offrent une expérience cruciale peut-être une percée dans le vieux débat entre l’austérité et la relance. Ces dernières années, les États-Unis connurent une forte récession suivie d’une reprise continue (mais atrocement lente). Le taux de chômage des États-Unis, qui était monté jusqu’à 10 pour cent, à la fin de 2009 depuis 4,4 pour cent en mi-2007, s’est réduit continument jusqu’à 7,7 pour cent. Ce peut être un rythme frustrant, mais c’est suffisant pour persuader la plupart des économistes qu’une reprise est en cours.

L’économie britannique, toutefois, est profondément touchée. Entre l’automne 2007 et l’été 2009, son taux de chômage bondit à 7,9 pour cent, depuis 5,2 pour cent. Cependant en trois années et demi depuis — en dépit même de la relance fournie par les Jeux Olympiques de cet été — le nombre se stabilise autour de 7,9 pour cent. Le niveau global d’activité économique, le PIB réel, est toujours en-dessous de là où il était cinq ans plus tôt également. Historiquement, il est presque inimaginable pour une économie importante d’être plus pauvre qu’il y a cinq ans. (En comparaison, les États-Unis ont un PIB réel qui est d’environ un demi-billion de dollars supérieur à que ce qu’il était en 2007.) Cependant les partisans de l’austérité continuent de plaider comme Cameron que la stagnation économique de la Grande Bretagne montre que le gouvernement évince toujours les investissements du secteur privé. Cela, disent-ils, est la preuve que l’austérité est plus indispensable qu’imaginé au début. Lorsque les dettes seront remboursées et que la zone euro aura résolu ses problèmes politiques, dit-on, l’économie britannique rebondira vite.
[…]
L’économie apparait souvent comme un exercice de calcul, mais elle ressemble beaucoup plus à un exercice de style qu’à de la mathématique. Avant que les membres du Comité de la Politique Monétaire ne se rassemblent pour leur rencontre mensuelle, ils s’asseyent devant une présentation par les économistes de la Banque d’Angleterre. Ces derniers leur présentent les plus récentes données économiques — croissance du PIB, taux de chômage et de plus subtils détails glanés lors d’entretiens avec des hommes d’affaires à travers le pays — et essayent de rentrer tout cela dans un récit. Une hausse soudaine des commandes des usines représente-t-elle un mouvement profond, ou n’est-ce que l’exception avant les vacances ? Des rapports ponctuels de prix alimentaires en hausse annonce une période d’inflation, ou est-ce le résultat d’une vague de froid. Quelle histoire est plus vraisemblable ?
[…]
Chaque mois, le Comité écouta l’avis de Posen. Chaque mois, il vota à 8 contre 1 contre lui. La Banque écarta ses suggestions expansionnistes et se cramponna à l’approche plus conservative de garder bas les taux d’intérêts et d’acheter quelques obligations. Bientôt Posen devint une figure célèbre de controverse dans la communauté financière londonienne, alternativement le génie illuminé essayant de sauver le pays ou le ricain fou qui voulait faire grossir la livre jusqu’à l’explosion. « Il y eut cette période », se souvient-il, « quand je restais réveillé la nuit et pensais : Suis-je simplement fou ? Peut-être suis-je cinglé. C’est comme la scène de “12 hommes en colère”. J’ai presque abandonné. Mais ensuite j’ai décidé : Non, non, non. J’étais convaincu : ils sont fous et j’ai raison. »
[…]
Le premier ministre Cameron et son équipe économique — comme beaucoup de centristes et d’économistes penchant à droite — regardaient ces données étranges et arrêtèrent un discours clair : les hommes d’affaire et les investisseurs globaux, découragés par un gouvernement en expansion et criblé de dettes, ont conclu que l’économie resterait coincée si rien ne changeait. Et n’importe quelle relance fiscale, argumentait Cameron, rendrait le gouvernement encore plus obèse. Ces dettes croissantes seraient encore plus dures à rembourser, terrifiant les investisseurs mondiaux. Après tout, c’est ce qui est arrivé en Grèce.
[…]
Posen diagnostiquait le problème comme une forte sous-production. L’économie, argumentait-il, était fondamentalement capable de produire beaucoup plus de biens et de services, d’employer plus de personnes et de faire plus d’argent. Combler l’écart entre l’économie déprimée et la production potentielle requérait que la banque centrale crée beaucoup plus d’argent et la mette dans l’économie. Simultanément, écrit-il, le gouvernement devait dépenser bien plus, également.
[…]
Des échanges dévoilés par Wikileaks ont plus tard révélé que durant les premiers mois de Posen à Londres, Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, faisait déjà pression sur Cameron pour poursuivre des politiques d’austérité. En mai 2010, la banque publiait un rapport affirmant la nécessité économique de l’austérité.
[…]
Le problème n’était pas un effondrement soudain des capacités des usines ou des ouvriers. Le problème, plus simplement, était qu’il n’y avait pas assez de demande pour soutenir une production complète. Le secteur privé, en d’autres termes, n’était plus capable ou désireux de dépenser suffisamment de monnaie pour que l’économie fonctionne à son maximum. Si le gouvernement ou la banque d’Angleterre pouvait faire plus pour stimuler l’économie à travers n’importe quel nombre d’outils à leur disposition — comme plus d’assouplissement quantitatif et de dépense d’infrastructure — la demande augmenterait, et la productivité de tous repiquerait vers la normale.
[…]
Depuis lors, cependant, un nombre croissant de décideurs de politiques économiques mondiaux ont tourné le dos à l’austérité. Plus tôt cette année, en une déclaration commune remarquable, le FMI, avec la Banque Mondiale, l’Organisation Mondiale du Commerce et huit autres institutions économiques majeures, ont averti que l’austérité abîmait la croissance mondiale et augmentait le chômage. Ils demandent aux plus importantes économies mondiales de pratiquer la relance. Ces derniers mois, le directeur délégué du FMI, David Lipton, avait également émises quelques suggestions d’adoucissements du programme d’austérité pour le gouvernement britannique. Mervyn King ne s’est pas entièrement départi de ses positions pro-austérité, mais il n’est plus le promoteur enthousiaste de cette politique.
[…]
Nos options, argue-t-il, peuvent être réparties entre trois catégories générales : l’austérité, la relance et ne rien faire. Il croit, à l’instar d’un nombre croissant d’économistes dominants, que nous pouvons maintenant enlever l’austérité de la liste. Ne faire ni relance ni austérité — ce qui est en gros ce qui se passe aux États-Unis — ne fonctionne pas, aussi. Donc, dit-il, essayons la relance, même si nous ne savons pas avec certitude si ça fonctionnera. Maintenant il veut persuader l’Amérique que c’est sa meilleure chance. »

4 Commentaires

Classé dans En vrac

4 réponses à “Ils le disent ailleurs…

  1. Mardi 8 janvier 2013 :

    Taux de chômage en zone euro : novembre 2012 :

    1- Médaille d’or : Espagne : 26,6 %.

    2- Médaille d’argent : Grèce : 26 %.

    3- Médaille de bronze : Portugal : 16,3 %.

    4- Irlande : 14,6 %.

    http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-08012013-BP/FR/3-08012013-BP-FR.PDF

    Zone euro : le chômage atteint 11,8 % en novembre, un record.

    L’ascension du chômage se poursuit en Europe avec 11,8% de la population active sans emploi en novembre dans la zone euro, contre 11,7% en octobre. Un nouveau record.

    Selon les chiffres publiés mardi par l’office européen de statistiques Eurostat, 18,82 millions de personnes étaient au chômage en novembre dans la zone euro, soit une hausse de 113.000 personnes par rapport à octobre, et une hausse de 2,015 millions par rapport à novembre 2011.

    Et, surtout, répétons le slogan habituel :

    « L’euro nous protège. L’euro nous enrichit tous. L’euro nous protège. L’euro nous enrichit tous. L’euro nous protège. L’euro nous enrichit tous. L’euro nous protège. L’euro nous enrichit tous. »

  2. Jeudi 10 janvier 2013 :

    Une dépêche de l’AFP fait le point sur la faillite de Chypre : la troïka – Fonds monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne – va devoir prêter 17 milliards d’euros à Chypre.

    Lisez cette dépêche AFP :

    Le sauvetage de Chypre risque d’occuper la zone euro pendant plusieurs mois.

    La zone euro commence l’année avec le dossier complexe de l’aide à Chypre, mais une décision semble impossible dès la fin janvier, comme prévu, car les besoins du pays sont encore mal connus et le calendrier politique défavorable, selon plusieurs responsables européens.

    Le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, et le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, s’étaient prononcés fin 2012 en faveur d’une décision au cours de la prochaine réunion des ministres des Finances de la zone euro, le 21 janvier.

    Les autorités chypriotes avaient estimé avoir besoin de 17 milliards d’euros sur quatre ans, dont 10 milliards pour renflouer les banques.

    Une des premières tâches des ministres des Finances de la zone euro va consister à évaluer les besoins financiers réels de l’île. Une aide de 17 milliards d’euros équivaut au PIB du pays. Cela signifie que la dette risque d’atteindre 200 % du PIB, ce qui « n’est pas soutenable », explique une des sources interrogées. En revanche, « si les besoins sont en fait de 10 milliards d’euros, cela fait une différence ».

    Le caractère urgent de l’aide est aussi en question, selon la même source, qui rappelle que les autorités chypriotes avaient d’abord dit que le pays ne tiendrait pas financièrement au-delà de 2012, avant de parler de mars 2013.

    Mais d’autres questions doivent aussi trouver leurs réponses. « Parmi les éléments du dossier chypriote, il y a le fait que le secteur bancaire représente 800 % du PIB. Il y a aussi une dimension russe et une dimension de blanchiment d’argent », selon un autre diplomate.

    http://www.lorientlejour.com/category/%C3%89conomie/article/795466/Le_sauvetage_de_Chypre_risque_d'occuper_la_zone_euro_pendant_plusieurs_mois.html

    • Oui, l’orthodoxie est démentie par les faits plus violemment que jamais. Danton disait qu’on ne détruit que ce qu’on remplace (peut-être apocryphe). Il faut donc que je m’attelle au livre, indispensable si nous voulons sortir de ce cauchemar.

  3. marie neihouser

    Bonjour Jean-Baptiste,

    doctorante en science politique à l’Université Montpellier I (laboratoire CEPEL CNRS), je réalise une thèse sur la blogosphère.
    En acceptant de répondre à ce questionnaire (temps estimé : 15 min), vous apportez une aide précieuse à mes recherches.
    Vos réponses seront traitées de façon confidentielle.

    En vous remerciant,

    Voici le lien vers le questionnaire :

    https://docs.google.com/spreadsheet/viewform?formkey=dHZZSVdhWGxzZjZMbmluTXVWVkFGV0E6MQ#gid=0

    Cordialement,

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s