2013 = 2007 ?

Cela fait déjà cinq ans que beaucoup de monde explique à quel point la classe politique occidentale s’est contentée de radouber le navire économique en catastrophe, suffisamment pour qu’il puisse continuer à voguer vers les récifs d’une finance déchaînée. Les tentatives de régulation, que ce soit Dodd-Frank au États-Unis, ou en France la loi Moscovici de non-séparation d’une poignée d’activités de spéculation d’une part d’avec des activités nettement plus socialement indispensables comme la gestion des dépôts d’autre part.

Effectivement, les choses se précisent, et elles ressemblent beaucoup à ce qu’on avait connu juste avant cette crise, en 2007. Voici un article du Telegraph relatant les recherches de la Banque des Règlements Internationaux, plus précisément de deux de ses membres éminents : Claudio Borio, actuellement chef de la recherche et de la statistique à la BRI, que nous avons déjà vu lorsqu’il a fallu démontrer que dettes publiques et devises ne sont que les deux faces d’une même pièce et donc que le crédit fait dessus n’est pas la vraie monnaie donc pas la vraie force financière motrice, et William White, chef du département économique de la BRI pendant les treize années précédant la crise de 2008, et ayant averti de celle-ci, alors en vain malheureusement.

Je vous traduit ici l’article en entier, mais ne partage pas tous les points argumentatifs.

La « banque centrale des banques centrales » basée en Suisse a dit qu’une chasse au rendement a attiré en masse les investisseurs vers des instruments très risqués, « un phénomène qui n’est pas sans rappeler l’exubérance d’avant la crise financière ».

Cela survient alors que le Système de Réserve Fédérale se prépare à retirer son stimulus et à commencer à drainer la liquidité en dollar des marchés mondiaux, un virage difficile à négocier et qui pourrait très mal aller.

« Cela me semble être exactement comme en 2007, et même en pire », dit William White, l’ancien économiste en chef de la BRI, célèbre pour avoir dénoncé les pratiques sauvages des marchés de la dette avant que la tempête mondiale ne frappa en 2008.

« Tous les précédents déséquilibres sont toujours là. Les niveaux de dette totale privé et public en proportion du PIB sont 30 % plus élevés dans les économies avancées qu’ils ne l’étaient alors, et nous avons ajouté un nouveau problème avec les bulles dans les marchés émergents qui se terminent comme un cycle expansion-récession », dit Mr White, maintenant président du Comité du Développement et d’Examen Économiques de l’OCDE.

La BRI dit dans son rapport trimestriel que l’émission de dettes subordonnées — qui laisse les prêteurs exposés à de plus grosses pertes si les choses vont mal — a plus que triplé durant cette dernière année à 52 milliards de dollars en Europe, et a décuplé à 22 milliards de dollars aux États-Unis.

La part des « prêts à effet de levier » utilisés par les emprunteurs les plus faibles dans le marché des prêts consortiaux a bondi à un record historique de 45 %, dix points de pourcentage plus haut que le pic précédent la crise, en 2007-2008.

La part de prêts à effet de levier (risqué) n'a jamais été aussi élevée.

Prêts consortiaux signés à l’échelle mondiale

La BRI dit que les investisseurs s’arrachent les prêts « à faibles obligations » qui offrent peu de protection aux créditeurs, aussi bien qu’à une forme de capital hybride pour banques connue sous le nom de CoCos (Contingent Convertible, instruments de capitaux convertibles selon les contingences) qui échangent de la dette contre du capital si le ratio de capital de la banque tombe trop bas. Bien que les CoCos aident à protéger les contribuables des pertes dans une crise bancaire en laissant les créditeurs privés avec plus du risque, le récent appétit pour un tel instrument est en soi un avertissement.

La BRI dit que le crédit interbancaire des marchés émergents a atteint le « plus haut niveau de l’histoire » tandis que la valeur des obligations émises dans les centres off-shore par des compagnies privées de la Chine, du Brésil et d’autres nations en développement excèdent l’émission totale des compagnies des pays riches pour la première fois, soulignant la taille brute de l’amoncellement de dettes accumulées en Asie, Afrique Latine et Moyen-Orient.

Claudio Borio, le chercheur en chef de la BRI, dit que les tensions dans les marchés émergents depuis que la Fed s’est durcie en mai sont un avertissement aux investisseurs qu’ils doivent traiter avec prudence. « Les marchés financiers globaux ont réagi très fortement. S’il y avait le moindre doute quant à la force des conséquences internationales des politiques, il a été calmé », dit-il.

La rhétorique de la Fed ne parvient pas à empêcher la hausse des taux à long terme.

Contrats à terme sur fonds fééraux

Mr Borio dit que personne ne sait comment les coûts d’emprunts mondiaux monteront alors que la Fed resserre la vis ou « combien désordonné sera le processus ».

« Le défi est d’y être prêt. Cela signifie être prudent, limiter son effet de levier, et écarter toute tentation de croire que les marchés resteront liquides en cas de tension, l’illusion de la liquidité », dit-il.

La BRI jouit d’une grande autorité. Elle fut la seule institution mondiale majeur à clairement prédire la crise du crédit bancaire, appelant tôt à changer de politique à un moment ou les autres étaient emportés par l’euphorie d’alors.

Mr White dit que les cinq années depuis Lehman ont largement été gaspillées, laissant un système global qui est encore plus déséquilibré, et pourrait être à court de cordes de sauvetage. « Le moteur ultime du monde entier est le taux d’intérêt des États-Unis et lorsqu’il montera il y aura des pertes pour tout le monde. Le déclencheur pourrait être la rétractation de la Fed mais il y a beaucoup d’autres choses qui peuvent aller mal. Je suis très inquiet que la politique économique d’Abe puisse aller de travers au Japon, et que l’Europe reste excessivement vulnérable aux chocs extérieurs. »

Mr White dit que le monde est devenu drogué à la monnaie facile, les taux tombant toujours plus bas à chaque cycle et chaque crise. Il y a peu de munitions encore disponibles si le système lâche à nouveau. « Je ne sais pas ce qu’ils feront : la politique d’Abe pour le monde entier je suppose, mais c’est la dernière carte des vauriens », dit-il

La BRI a calmement réprimandé le gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney et son homologue de la zone euro Mario Draghi, en disant que la tentative d’utiliser les « indications de prospectives » pour maintenir bas les taux par la seule rhétorique a essentiellement échoué. « Il y a des limites à ce qu’une bonne communication peut faire pour entraîner les marchés. Ces limites sont devenues ô combien visibles », dit Mr Borio.

5 Commentaires

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5 réponses à “2013 = 2007 ?

  1. johannes finckh

    A mon avis, les injections des banques centrales dans les années à venir ne vont aucunement ralentir, au contraire, elles augmenteront toujours plus.
    Ces liquidités gigantesques seront alors toujours aussitôt gelées dans les coffre-forts toujours plus grands, elles n’irriguent l’économie que dans des circuits très spéculatifs et pendant très peu de temps.
    cela évitera sans doute une crise systémique, mais cela ne permettra en aucune façon d’éviter des crises sociales toujours plus aigues.
    Tant que les banques centrales injectent une monnaie destinée, à 90% ou plus, à ne pas circuler (une monnaie thésaurisée aussitôt), les choses ne changeront plus.
    Compte tenu que le phénomène, en partant de Fed, est mondial, aucun « sevrage » ne sera possible…
    Seule une émission de monnaie dite « fondante » pourrait résoudre ce problème…(un signe monétaire marquée par le temps).

  2. johannes finckh

    eh oui!
    et toi, c’est ta passion habituelle de vouloir ignorer ce qui offrirait une issue de le crise, comme tous les autres: la passion de l’ignorance est tenace! Ne vouloir rien savoir et ne rien vouloir comprendre du fonctionnement de la monnaie!
    Surtout: continuer à se coucher devant le kapital!

  3. Lundi 30 septembre 2013 :

    Italie : Berlusconi donne la fièvre aux taux italiens.

    Le rendement des obligations d’Etat italiennes à 10 ans s’inscrit à 4,73% lundi, en hausse de 31 points de base par rapport à vendredi. Cette tension fait suite à la démission des cinq ministres issus du PDL, le parti de Silvio Berlusconi, qui menace la coalition gouvernementale.

    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0203035494410-italie-le-taux-des-emprunts-d-etat-a-10-ans-remonte-a-4-73-611340.php

    Italie/crise politique : la Bourse de Milan ouvre en baisse de 2,01%.

    La Bourse de Milan a ouvert en forte baisse en réaction à la nouvelle crise politique provoquée au cours du week-end par Silvio Berlusconi, qui menace la survie du gouvernement.

    Vers 07H20 GMT, l’indice FTSE Mib reculait de 2,01% à 17.292 points. Les plus grands perdants étaient les valeurs bancaires qui affichaient des titres en chute jusqu’à 5%.

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