L’agonisante fiction de la dette publique

L’une des premières choses qu’expliquent les néochartalistes, et en particulier moi-même sur ce blog, est que la dette publique est principalement une coquille vide, qui s’explique par le fonctionnement intrinsèque de nos monnaies.
J’écrivais dans mes derniers billets que les cercles officiels commencent à mesurer l’ampleur de leurs erreurs. Le voile se déchire en effet, lentement, avec une accélération sensible depuis la crise. William Mitchell attire notre attention sur un billet de Gavyn Davies sur le site du Financial Times dont voici la traduction. Après avoir remarqué que l'(hyper-)inflation prédite et dont s’alarmait les commentateurs ne s’est jamais matérialisée, il conclut :

L’assouplissement quantitatif a démontré à tous les politiciens qu’il est possible de financer les déficits publics simplement en créant de l’argent, un fait qui était devenu obscurs dans les économies développées lors des précédentes décennies. Le cordon ombilical, jusque-là intact, entre la présence d’un déficit public et l’obligation d’émettre de la dette publique a été détruit dans l’esprit du système politique. Qui sait ce que l’effet à long terme en sera.

Notons que, si le Financial Times croit que « Les macro-économistes sont condamnés à étudier ses effets pendant les décennies à venies. », les néochartalistes sont parfaitement capables de l’expliquer et on pu prédire son échec déjà depuis l’assouplissement quantitatif japonais. Le point clé est que la banque centrale n’a jamais mis de limite à son financement qui est essentiellement passif pour l’économie (qui est elle, la vraie contrainte, par sa solvabilité).

Comme du temps des chartalistes historiques, (Knapp, Keynes, etc.), la réalité travaille au cœur les mythes officiels, et il s’effondreront pour peu que nous sachions mettre les mots dessus, c’est ce que j’ai écris dans mon livre (p. 391) et ce que cet article du Financial Times me pousse à croire encore plus :

Si le néochartalisme parvient à une masse critique déniant au mythe libéral sa légitimité usurpée, alors il s’effondrera.

11 Commentaires

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11 réponses à “L’agonisante fiction de la dette publique

  1. Johannes Finckh

    Je suis parfaitement en phase avec cette analyse. Et je me l’explique ainsi:
    Si, au siècle dernier, l’augmentation à ce point massive de la liquidité circulante pouvait poser problème, cela tient à deux causes:
    La première était l’étalon or,abandonné par Nixon en 1971. Depuis, l’émission de monnaie est limitée par le souci d’éviter des inflations ou des hyperinflations.
    La deuxième cause était le fait que les politiques inflationnistes et hyperinflationnistes (Allemagne en 1923, Amérique Latine en 1945 et 1990) permettaient une fuite dans des espaces monétaires réputés plus stables, le dollar notamment, mais aussi le franc suisse.
    Ces deux causes n’existent plus, car toutes les grandes monnaies (les « monnaies-refuge ») pratiquent l’émission massive en simultané, histoire de contrer la trappe aux liquidités et de contrer des effondrements économiques déflationnistes.
    Le fait est que toutes ces grandes masses liquides ne circulent pas véritablement, et la Bundesbank a publié une étude en juin 2009 (déjà!) qui démontre que 90% de la monnaie liquide émise est tout simplement thésaurisée, en ce qui concerne l’Euro. Mais cet état de fait est vrai aussi pour toutes les autres monnaies (Yen,dollar, Livre, francs suisses etc.)
    Autrement dit, le risque d’un déclenchement hyper inflationniste reste théoriquement possible, mais je suis d’accord pour suivre l’analyse néochartaliste que cela ne se produira pas, compte tenu du fait que tous les détenteurs de ces trésors liquides se retrouvent devant le dilemme qu’un effondrement de leur devise les appauvrirait en tout premier lieu. Une fuite dans une autre devise n’est plus possible et un retour à l’étalon or semble exclu aussi.
    Malheureusement, cette situation ne réalise que la moitié du chemin, car la mauvaise circulation de la monnaie trop thésaurisable ne permet par le relance véritable. La situation évitera tout juste un effondrement déflationniste…

    • Tu as bien vu certains points argumentatifs néochartalistes, mais il t’en manque un d’importance : lorsque la banque centrale, au lieu de se contenter de promettre de racheter un titre en cas de besoin, le rachète sans attendre et appelle ça assouplissement quantitatif, ça ne crée pas d’occasions supplémentaires de faire affaire, ça change seulement al répartition des portefeuilles financiers…

      • Johannes Finckh

        Cela change quand même quelque chose pour le détenteur d’un titre invendable! Pouvoir vendre un titre qui ne vaut plus rien au prix nominal d’émission, c’est plutôt une bonne affaire…
        Une bonne affaire « systémiquement nécessaire » sans aucun doute.
        Il ne me semble pas qu’actuellement les banques centrales achètent des titre dans un « sans attendre », mais dans une urgence tout à fait réelle, car tout s’effondrerait rapidement sinon. J’en veux pour preuve le choix de la Fed qui essaye de « sevrer » très timidement le marché de ses injections de 85 milliards mensuels en passant à 75 milliards mensuels avec une annonce d’une baisse qui devrait se poursuivre…- et on entend déjà! des commentateurs qui parlent d' »assèchement » de liquidités!
        Les détenteurs de créances douteuses (les BT américains et les titres hypothécaires des subprimes) sont totalement dépendants (addicts) de ces rachats.
        Et rien n’indique que la Fed pourra longtemps « baisser » les rachats sans être à nouveau contrainte de faire davantage!
        Avec son pragmatisme légendaire, on peut parier qu’elle le fera bien sûr!
        Le résultat est que les « too big to fail », qui ne méritent pas toujours d’être sauvés, sont à l’abri de tout risque. Soit, c’est sans doute un moindre mal que l’effondrement systémique!
        Mais il n’aura pas de relance possible, car tous ces milliards ne vont pas acheter des biens réels, car nous aurions sinon de forts taux de croissance et une poussée inflationniste à l’avenant.

  2. Johannes Finckh

    Quant à la dette publique, elle ne va pas se résorber ainsi, c’est évident.
    Mais la faiblesse des taux d’intérêt la rend néanmoins supportable encore pendant quelque temps, espérons-le.

  3. Johannes Finckh

    Tout à fait d’accord avec cette analyse! Mais cela implique que le « marché interbancaire » n’a plus besoin d’exister, car la banque centrale se substitue à lui en cas de montée des taux.
    Au fond, nous sommes en train d’évoluer vers un système monétaire où les fuites du système (dans la trappe aux liquidités) est systématiquement comblée par « en haut ».
    Tant que l’entreposage des liquidités en excès (inutiles!) dans les coffres-forts) ne pose pas de problèmes, tant qu’il y a de l’encre et du papier, on peut continuer indéfiniement…
    Mais: pas de relance en vue!

  4. Johannes Finckh

    Ce que tu observes pour les taux interbancaires ne se retrouve cependant pas au niveau des taux de crédit consentis aux entreprises et aux particuliers (ou à certains gouvernements en zone euro ayant abandonné leur souveraineté monétaire)!
    En effet, les taux d’intérêt monétaires nets restent toujours deux ou trois points au-dessus(au moins), et les choses se passent que l’argent reste « rare et cher » malgré l’arrosage considérable par les banques centrales. Cela confirme aussi le fait que l’économie dite réelle n’ que faire de ce qui se passe entre les banques centrales et et les créances pourries des « too big to fail » ou des gros investisseurs imprudents.
    Les taux d’intérêt de la monnaie consentis par les banques aux acteurs économiques autres qu’elles-mêmes restent au-dessus de l’inflation et actuellement au-dessus, bien souvent, des taux de profit productifs, moyennant quoi, les investissements dans l’économie réelle ne profitent absolument pas de cet argent « bon marché.
    Cela nous met sur la voie que Keynes avait déjà observé (en copiant sur Gesell et Wicksell) que les taux monétaires nets ont trois de leur quatre composantes qui n’ont rien à voir avec les taux directeurs centraux!
    En effet, les taux de crédit se composent -du taux central+le taux d’inflation+la prime de risque+un taux d’intérêt fondamental (taux net autour de deux ou trois%).
    Et cela sera toujours ainsi tant que la détention de liquidité constituent une valeur refuge qui se rémunère. On appelle cela aussi la « prime de (la renonciation à la ) liquidité »!
    Et la politique monétaire du QE ne peut absolument pas influencer cet état de fait.
    Pour faire « descendre l’argent bon marché dans l’économie réelle, il faudrait que la détention liquide soit grevée par une « fonte », histoire de neutraliser la prime de liquidité!
    Tu piges maintenant en quoi le QE ne fait que la moitié du chemin?
    Pour que la circulation dela monnaie soit complète, convenanble et stable, il n’ya que la monnaie fondante pour y parvenir – et cela seul nous fera disparaître tout phénomène de crise ou de chômage, même en régime de croissance nulle!

  5. A-J Holbecq

    « le taux d’intérêt fondamental » (c’est à dire la rémunération nette de l’épargne) ne peut se concevoir que lors de prêts d’une épargne existante …
    Or les banques ne prêtent pas l’épargne, elles prêtent la monnaie secondaire qu’elles fabriquent (elles « font crédit » )

  6. Pingback: L'Arnaque de la dette et les Banksters | Pearltrees

  7. Pingback: Lord Turner se positionne contre le tabou de la création de nos devises | Frapper monnaie

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