L’illusion du « moteur » allemand

Petit billet rapide pour signaler un excellent article de La Tribune par Romaric Godin : Cette statistique allemande si inquiétante pour la zone euro, qui illustre très bien la relation comptable fondamentale prouvant (une fois de plus) la nécessité du déficit public. Morceaux choisis :

« Il est certaines statistiques qui sont plus parlantes que bien des discours. Ainsi en est-il celle publiée ce jeudi matin par Destatis, l’Office fédéral allemand des Statistiques. Le recul de 0,2 % des salaires bruts réels en Allemagne en 2013 est la preuve qu’il n’y a pas outre-Rhin de réel rééquilibrage du modèle économique.
[…]
Comme à son habitude, l’économie allemande a donc compensé le ralentissement de l’activité (+0,4 % en 2013) par une réduction des salaires. Ceci a évidemment permis de maintenir la compétitivité des produits allemands et explique en grande partie la reprise vigoureuse des exportations et le fait que, pour les années à venir, l’Allemagne va à nouveau dépendre du moteur extérieur pour sa croissance.

Malgré les discours du gouvernement allemand et de ses partenaires européens, l’Allemagne n’a jamais réellement modifié son modèle de croissance. En 2012, les salaires réels avaient progressé de 0,5 % seulement avec une croissance de 0,7 %. En 2011, la hausse de 1,2 % des salaires réels avait été bien en deçà de la croissance de 3,3 %. Plus que jamais donc, l’Allemagne comprime les salaires pour améliorer sa compétitivité.
[…]
Les conséquences de ce modèle sont considérables et inquiétantes. L’Allemagne ne sera pas le « moteur » de la croissance de la zone euro. Sa demande restera toujours inférieure à sa croissance, la transmission de la croissance allemande au reste de l’Europe va demeurer faible. […]

Car, malgré leurs efforts, les pays « périphériques » et certains pays comme la France ou l’Italie ne vont pas pouvoir s’imposer sur les marchés extérieurs. L’Allemagne, en augmentant encore sa compétitivité relative déjà considérablement plus élevée, condamne ses concurrents de la zone euro à une baisse considérable des prix pour tenter de maintenir ses parts de marché. Autrement dit, puisque l’arme monétaire n’existe pas pour eux, à une compression majeure des salaires ou des taxes. Dans les deux cas, cela signifie la poursuite de la politique d’austérité ainsi qu’une longue déflation et, au final, un appauvrissement des pays de la zone euro relativement à l’Allemagne.
[…]
Certes, cette situation est idéale pour l’Allemagne qui, ainsi, se découple de plus en plus du reste de la zone euro, comme le prouve les prévisions de croissance du pays. Mais cette simple statistique dresse donc un tableau bien sombre de l’avenir de la zone euro. […]

Enfin, ce chiffre permet de relativiser le discours moralisateur constant de l’Allemagne – notamment vis-à-vis de la France. L’Allemagne a bel et bien sa part de responsabilité dans les difficultés de la zone euro. Et elle en a d’autant plus qu’elle entraîne la région dans une stratégie qui semble faire fi des erreurs du passé. Cette stratégie désormais soutenue ouvertement par le gouvernement français est celle d’une « course à l’échalote » de la compétitivité qui semble perdue d’avance. Chaque pays va tenter de baisser ses coûts pour se partager la faible demande allemande. Et tout le monde s’appauvrira. La sortie de la zone euro apparaîtra alors comme la seule solution. Dans ce cas, l’Allemagne aura une responsabilité considérable face à l’histoire. »

Pour ceux qui veulent approfondir, je propose un article sur l’inanité des modalités de l’austérité, qui mène nécessairement au désastre, ou de comparer le mythe du salut par les exportations avec celui du déficit zéro et ses conséquences en terme de mythe du financement par la finance privé. Ces deux mythes découlant de celui avoué notamment par le Nobel d’économie Samuelson.

9 Commentaires

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9 réponses à “L’illusion du « moteur » allemand

  1. Il y a encore quelque chose de plus sinistre a l’horizon…ni la Chine ni l’Allemagne n’échapperont a la robotisation complète…aucun pays en fait.

    The Lights in the Tunnel: Automation, Accelerating Technology and the Economy of the Future by Martin Ford
    http://amzn.com/B002S0NITU

    http://econfuture.wordpress.com/

  2. johannes finckh

    C’est assez bien vu, c’est assez convaincant!
    Oui, trois fois oui, l’euro est une erreur!
    Tant que l’Allemagne se contente d’une demande intérieure faible (cela ne semble pas susciter un mécontentement social en Allemagne pour l’instant, donc ça passe!
    Dans de telles circonstances, la monnaie d’un pays s’apprécierait fortement!
    Or, l’euro ne s’apprécie que relativement peu si on met son appréciation en face du gigantesque excédent commercial allemand (près de 200 milliards en 2013!). Cette « faible » appréciation face au dollar est cependant très mal supportée par les autres pays de la zone euro qui réclament, et c’est juste et compréhensible, une BAISSE de la monnaie face au dollar.
    Il est évident que cela ne fonctionnera pas bien ensemble!
    Ce qui a causé toutes les crises de l’euro depuis le quasi défaut de la Grèce est toujours en place, et l’Allemagne ne peut être contrainte de devenir cigale, puisque cela n’est pas dans ses gènes…
    Pour ramener tout le monde à la raison, il ne reste qu’ abandonner l’euro immédiatement et le retour aux monnaies nationales.
    Le tout associé à un moratoire des dettes pendant un ou deux ans, histoire de permettre aux différentes monnaies nationales de trouver le taux d’échange qui conviendrait pour avoir une balance commerciale en équilibre!
    Avec quelle justification peut-on demander aux allemands de payer pour les fraudeurs grecs? Si les autres pays s’organisent avec une monnaie qui ne leur permet pas de retrouver le chemin de l’équilibre, cela reste le seul problème de ces pays qui se soumettent volontairement, et sans que l’Allemagne n’a à lever le petit doigt, aux conditions de la compétitivité allemande. C’est ça, l’euro!
    La réponse « raisonnable », en fait, ce serait EXCLURE l’Allemagne de la monnaie commune!
    Dès lors, la monnaie allemande prendrait le chemin de l’appréciation, un peu comme le franc suisse, et l’Allemagne se retrouverait avec une balance commerciale en équilibre! Cet équilibrage équilibrerait la balance des autres pays simultanément bien sûr! CQFD (je rappelle: l’excédent de l’un=le déficit de l’autre)…

  3. L’euro rejoindra le florin d’Autriche-Hongrie, la couronne de Tchécoslovaquie, le dinar de Yougoslavie, le rouble de l’URSS, etc, dans le grand cimetière des monnaies plurinationales.

    Même les plus acharnés partisans de l’euro commencent à comprendre ce que nous devons préparer :

    Nous devons préparer l’après-euro.

    Même Jean-Marc Vittori vient de le comprendre !

    Même Jean-Marc Vittori !

    Mieux vaut tard que jamais.

    Mardi 25 février 2014 :

    Se préparer à l’après-euro.

    http://www.lesechos.fr/opinions/chroniques/0203335771066-se-preparer-a-l-apres-euro-652624.php

    • johannes finckh

      je le souhaite ardemment, car s’accrocher à l’euro coûtera des centaines de milliards pour le seul bénéfice des exportateurs allemands!
      Et même pour eux, cela finira par coûter cher, car les importateurs des autres pays finiront en cessation de paiement, ce qui fera s’effondrer aussi la production allemande…
      Moyennant quoi, l’euro ruinera tout le monde, sans gagnant!

  4. Chômage en janvier 2014 : catégories A, B, C, D, E :

    France métropolitaine :

    5 597 700 inscrits à Pôle Emploi.

    France entière (y compris l’outre-mer) :

    5 924 400 inscrits à Pôle Emploi.

    Variation sur un mois : + 0,6 %.

    Variation sur un an : + 5,7 %.

    http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-CT78QI.pdf

    – « Si le traité de Maastricht était en application, finalement la Communauté européenne connaîtrait une croissance économique plus forte, donc un emploi amélioré. » (Valéry Giscard d’Estaing, 30 juillet 1992, RTL)

    – « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois. » (Michel Sapin, 2 août 1992, Le Journal du Dimanche)

    – « Maastricht constitue les trois clefs de l’avenir : la monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité ; la politique étrangère commune, ce sera moins d’impuissance et plus de sécurité ; et la citoyenneté, ce sera moins de bureaucratie et plus de démocratie. » (Michel Rocard, 27 août 1992, Ouest-France)

    – « Les droits sociaux resteront les mêmes – on conservera la Sécurité sociale –, l’Europe va tirer le progrès vers le haut. » (Pierre Bérégovoy, 30 août 1992, Antenne 2)

    – « Pour la France, l’Union Economique et Monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage. » (Michel Sapin, 11 septembre 1992, France Inter)

    – « C’est principalement peut-être sur l’Europe sociale qu’on entend un certain nombre de contrevérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l’Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les plus inquiets sur ces contrevérités. Comment peut-on dire que l’Europe sera moins sociale demain qu’aujourd’hui ? Alors que ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion. » (Martine Aubry, 12 septembre 1992, discours à Béthune)

    – « Si aujourd’hui la banque centrale européenne existait, il est clair que les taux d’intérêt seraient moins élevés en Europe et donc que le chômage y serait moins grave. » (Jean Boissonnat, 15 septembre 1992, La Croix)

  5. johannes finckh

    le traité de Maastricht était déjà un foutage de gueule monumental qui défiait le bon sens économique le plus élémentaire!
    Depuis, évidemment, il ne s’est rien confirmé de ce qui avait été promis par les délirants inventeurs de la monnaie unique!
    Constamment, depuis cette époque, les performances européennes ont perdu du terrain par rapport au reste du monde.
    Si l’Allemagne tire son épingle du jeu (sans pour autant « briller »), c’est qu’elle avait moins menti sur les critères de Maastricht que les autres – elle a menti aussi, mais moins.
    Du coup, la monnaie reste une bonne monnaie pour la puissante industrie exportatrice allemande, et l’euro est poussé à la hausse par l’Allemagne, mais tiré vers le bas par tous les autres. Tous disent: l’euro est trop fort, sauf les allemands…
    Le résultat: les exportations allemandes booment en raison même de la monnaie « trop faible » pour les allemands, et les exportations des autres pays stagnent et reculent à cause d’une monnaie trop forte pour eux!
    L’abandon de la souveraineté monétaire sans se soucier des convergences budgétaires, fiscales, salariales, sociales et au niveau de la législation travail, c’est tout simplement de la folie!
    L’Allemagne a gagné en 15 ans autant d’emploi industriels que la France a perdu pendant ces mêmes 15 ans!

  6. Mercredi 5 mars 2014 :

    Ukraine : plan d’aide européen d’au moins 11 milliards d’euros.

    « Aujourd’hui, la Commission européenne a identifié un programme d’aide à l’Ukraine. Ceci est notre contribution au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de demain (jeudi) », a annoncé M. Barroso.

    « Au total, le paquet pourrait apporter un soutien d’au moins 11 milliards d’euros sur les deux prochaines années, provenant du budget de l’UE et des institutions financières européennes », a-t-il précisé.

    http://www.romandie.com/news/n/Plan_d_aide_europeen_d_au_moins_11_milliards_d_euros60050320141307.asp

    En Europe, tout le monde est surendetté :
    – les entreprises privées sont surendettées
    – les particuliers sont surendettés
    – les banques sont surendettées
    – les 28 Etats membres de l’Union Européenne sont surendettés : leur dette publique est de :
    11 310,458 milliards d’euros.

    ET DONC le plan d’aide européen sera d’au moins 11 milliards d’euros !

    Personne ne possède ces 11 milliards d’euros, mais c’est pas grave : on va emprunter ces 11 milliards d’euros sur les marchés financiers !

    L’Union Européenne, c’est des pays surendettés, qui se surendettent encore plus pour prêter de l’argent à des pays en faillite qui ne les rembourseront jamais.

  7. Le cadre maximal de la solidarité est le cadre national.

    La solidarité supranationale, ça n’existe pas.

    Il n’y a aucune solidarité entre les pays européens.

    La zone euro va exploser. La seule question est : « Quand ? »

    Jeudi 6 mars 2014 :

    La Grèce exige des réparations de guerre de l’Allemagne.

    http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/03/06/la-grece-exige-des-reparations-de-guerre-de-l-allemagne_4378951_4350146.html

    • Johannes finckh

      quand bien même la Grèce se retrouverait un jour exemptée de toute sa dette parce que « les allemands » payeraient, cela ne sauverait en rien l’euro!
      En effet, tant que les autorités grecs ne sont pas en mesure de faire payer les impôts convenablement, la Grèce serait à nouveau en déséquilibre très rapidement.
      Une option: déclarer que l’Allemagne devrait compenser tous les ans le budget grec sans avoir un droit de regard sur la politique fiscale grecque – ce serait ça la « répararation » pour la 2ème guerre mondiale?
      Gaver les milliardaires un peu plus au détriment des ouvriers allemands – les ouvriers allemands vont aimer!
      Déclarer Athènes capitale de l’Allemagne! Vive l’antiquité classique!
      On sent que le débat sera de plus en plus serein!

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