Par où éclatera la bulle ?

Comme l’explique le néochartalisme depuis les années 1990, les tentatives de substituer l’endettement privé au déficit public se traduit par un épuisement progressif mais inéluctable des capacités du privé à s’endetter. Il est loin, le temps de Clinton, où ce dernier pouvait laborieusement dégager des surplus budgétaires publics, sans refiler le problème du financement à un autre pays via un surplus de sa balance extérieure, mais en laissant la bulle internet gonfler, gonfler, gonfler… Même le temps des subprimes est loin déjà. Alors, une débauche de spéculation financière n’avait permis que de limiter le déficit public, et la finance était tellement fragile que la bulle sur les matières premières a fait exploser celle sur les subprimes à la stupéfaction générale de la finance.

Depuis, les banques centrales se démènent comme jamais pour susciter une bulle apte à dégager quelque surplus budgétaire. Or, la fragilité de la finance n’a pas disparu, tout au contraire. Rappelons que, contrairement à l’État qui fait accepter sa devise comme moyen de paiement en la prélevant par des impôts obligatoires, la finance privée est obligée d’obtenir le consentement de ceux qui acceptent sa monnaie de crédit, et elle le fait typiquement en promettant un versement à échéance d’un montant plus élevé encore que celui consenti : le prêt à intérêt. Tout repose donc sur la confiance en la capacité à payer les sommes promises, elles-mêmes reposant sur la solvabilité et la liquidité des relations économiques de celui qui paie à crédit. Un montage autrement plus fragile… et fragilisé encore par l’austérité budgétaire qui détériore cette solvabilité.

Les plus surveillés sont les marchés actions, littéralement sous perfusion des banques centrales, au point que de plus en plus de monde redoute ce qui se passera lorsque la perfusion sera arrêtée. De même, la Grèce à travers sa dette publique, est surveillée comme le lait sur le feu, inutile d’y revenir.
Mais l’éclatement pourrait venir d’un endroit parfaitement inattendu. En fait, c’est même précisément parce qu’un percement de la bulle est inattendu qu’il a le plus de chance de réussir.

Dans la foulée de la crise des subprimes, la banque autrichienne Hypo Alpe Adria fit faillite, une banque de défaisance fut chargée de reconstituer quelque activité financière saine : la Heta Asset Resolution AG a « découvert » une perte de 7,6 milliards d’euro (8,5 milliards de dollars) due à son exposition à l’Europe du sud et centrale. Comme quoi les financiers germaniques ne sont pas nécessairement plus performants que leurs homologues du sud sur leur terrain. Panique à bord. La province de Carinthie avait garanti la Heta afin d’aider au rétablissement du secteur financier. En conséquence, tout le monde jusqu’à la BCE avait accepté le crédit émis par la Heta, et ces crédits se sont effectivement diffusé. Petite peur à un bord nettement plus vaste. Sauf que, pour ne pas subir cette perte de Heta, la Carinthie a décidé de renier sa garantie, lassée d’essuyer les pertes. Petite peur qui grossit fortement. En Allemagne, la Düsseldorfer Hypotherkenbank contaminée par ces pertes passe sous le contrôle du fonds de sécurité de l’Association des banques privées. L’exposition de la Düsselhyp serait de 280 millions d’euros, pour un bilan de 11 à 12 milliards d’euros. Et c’est là que la magie du crédit privé continue de fonctionner à la façon du balai de l’apprenti sorcier. Pour financer ces 11 milliards d’euros, la Düsselhyp ne dispose que de 233 millions d’euros de fonds propres, le reste n’étant que du crédit qu’elle avait émis. Donc, la Heta mettrait ses fonds propres à -47 millions d’euros : « Dès jeudi, l’agence de notation Fitch mettait en garde : « L’effondrement de la banque est inévitable ». ». La faillite sur tous ses crédits, soit environ 11 milliards d’euros… qui eux-mêmes ont servi de fonds propres à des crédits : des Pfandbriefe. Ceux-ci, jugés particulièrement sûrs, sont un des piliers de la finance allemande. Or, la faillite de la Düsselhyp sèmerait le doute sur ces Pfandbriefe qui représentent 400 milliards d’euros… Du coup, les autorités autrichienne ont accordé à la Düsselhyp ce qu’ils ont refusé à Tsipras : un moratoire sur ses dettes.

Il est pour le moins difficile d’empêcher une grosse bulle de savon, avec sa fine paroi, d’éclater. C’est à cet exercice que se livrent les élites, financières et politiques, actuelles. Les chartalistes ont clamé la nécessité du déficit publics, épargne indispensable pour l’économie privée. Nous verrons combien de temps elles parviendront à jouer les funambules.

1 commentaire

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Une réponse à “Par où éclatera la bulle ?

  1. Natixis se risque à des prévisions sur le comment probable de la future crise. Une crise des investisseurs institutionnels.
    « la prochaine crise financière dans la zone euro sera donc probablement une crise des investisseurs institutionnels ; ceux-ci achètent aujourd’hui des actifs financiers avec des taux d’intérêt anormalement faibles et des primes de risque écrasées par l’excès de liquidité. Lorsque la BCE arrêtera sa politique monétaire très expansionniste dans le futur, la remontée des taux d’intérêt à long terme et la réouverture des primes de risque ruineront ces investisseurs. Ceci pourra se produire en particulier lorsque les prix du pétrole remonteront, ce qui amènera l’inflation de la zone euro au voisinage de 2%. »

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