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Un système monétaire enfin clair.

Beaucoup d’articles de Frapper Monnaie sont consacrés à décortiquer comment le néochartalisme prévaut malgré tout dans le fonctionnement effectif du système monétaire et comment des politiques mal avisées la contrarient et empêchent plus ou moins (beaucoup en ce moment) d’atteindre la stabilité économique, la prospérité, et le plein emploi. Cette fois, je veux proposer une épure néochartaliste : un système conçu par et pour des personnes comprenant et adhérant au néochartalisme, sans camouflage et compromis douteux d’aucune sorte…

Simplification de la banque centrale

Plutôt que de passer par l’intermédiaire des bons du Trésor, la banque centrale règle les taux directeurs en versant des intérêts sur les réserves excédentaires. Cela donne le même résultat que de remplacer ces réserves par un bon du Trésor portant intérêt et de le racheter à tout moment pour que son possesseur puisse utiliser son montant comme réserves disponibles pour solder ses transactions. Mais on en s’occupe plus de savoir s’il y a assez de bons du Trésor, de quelles maturité, etc. Ce système est en place dans les banques centrales du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, la BCE et plus récemment à la Federal Reserves des États-Unis. La banque centrale peut ensuite varier le taux d’intérêt versé sur les réserves excédentaires pour moduler le taux minimal exigé par les banques sur leurs prêts aux autres agents économiques (elles ne prêteront que si le taux accepté par l’emprunteur est supérieur à ce qu’elle gagne simplement en gardant les réserves auprès de l’État sous forme de réserves excédentaires ou de bon du Trésor. Les intérêts versés sur réserves seront purs créations monétaires souveraines.

Simplification du Trésor

Plutôt que les psychodrames de savoir si les banques commerciales accepteront de contracter des bons du Trésor pour autoriser l’État à créditer les comptes de ceux qu’il veut payer (par exemple les détenteurs de précédents bons du Trésor parvenus à échéance), on supprime les bons du Trésor. Comme la banque centrale peut régler ses taux directeurs par les taux d’intérêt qu’elles versent sur les réserves, la disparition des bons du Trésor n’est pas un problème pour elle. Pour adoucir la transition, il est préférable de simplement ne plus émettre de nouveaux bons du Trésor, mais de payer comme convenu les anciens, et de les laisser disparaître avec leurs échéanciers.

Enfin, tous les budgets devront être fortement contra-cyclique, ce qui est déjà le cas, et on peut même l’inscrire dans la constitution pour satisfaire les plus maniaques.

Une version extrême de simplification néochartaliste consiste à supprimer les bons du Trésor sans verser d’intérêt sur les réserves, ce qui effectue l’euthanasie des rentiers vantée par Keynes : les prêteurs peineront à prêter avec une marge supérieure à la prime de risque car il y aura toujours des réserves excédentaires, dans ce système, qui ne trouveront aucun débouché et sous-enchériront auprès des emprunteurs… Comme, parmi les rentiers, il y aussi de simples particuliers voulant épargner pour leurs vieux jours ou leurs futurs projets, je déconseille cette position extrême. Mieux vaut s’affronter aux rentes abusives autrement.

Mise en place de l’Employeur en Dernier Ressort

Cette dernière mesure est une simplification pour les individus, mais non pour l’État. Elle est la mise en place de l’EDR déjà précisé dans Les Bases. En bref, l’emploi par l’État de toute personne le désirant, à salaire fixe, pour des travaux tels que ceux de la Work Projects Administration ou autres. Les employés de l’EDR forment ainsi un vaste réserve-tampon de personnes pouvant être embauchés ou non avec des prix stables, à l’instar des chômeurs actuels, mais sans la misère et la destruction de capital humain que le système actuel génère délibérément.

Ainsi, l’État accommoderait l’économie en lui fournissant ce qu’elle souhaite : de l’épargne jusqu’à ce qu’elle accepte de consommer plus, du travail si elle ne parvient pas à employer tout le monde, et une saine taxation lorsqu’elle est suffisamment forte pour employer toutes se ressources et faire pression sur les prix à la hausse.

Post Scriptum :

Malheureusement, et bien que la clarté soit une vertu pour le publiciste que je suis, elle n’est pas forcément recommandable pour le politique. Il est certain que la banque centrale désirera plus d’outil que ceux proposés au-dessus…

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Euthanasier la dette publique

Comme toutes les grandes institutions sont à l’heure actuelle en train d’évaluer divers plan de sortie de l’euro, voici ma petite contribution pour contrôler la dette publique.

En effet, libellée dans une monnaie devenue étrangère, la dette publique a l’immense inconvénient de ne pas pouvoir être garantie par l’émetteur souverain de la monnaie, puisque l’État n’est pas l’émetteur de la dite monnaie.

Voici une solution simple pour ne faire perdre aucun centime à qui que ce soit, sans avoir de risque de change pour l’État : le jour-J, jour du changement de monnaie, l’État euthanasie toute ses dettes en euro en stipulant aux détenteurs que ces dettes ne sont plus recevables que comme moyen de paiement à valeurs faciale auprès de son Trésor public, et à la même parité que pour le change de la nouvelle monnaie (typiquement 1 euro = 1 franc pour le cas de la France).

Les banques n’ont en définitive rien de mieux à faire avec la monnaie souveraine que de disposer pour le compte de leurs clients d’un moyen de payer ses taxes à l’État, et ce n’est qu’ensuite que l’acceptation fait boule de neige et que les banques se mettent à s’échanger entre elles cette monnaie, et les particuliers aussi. Donc ils ne perdent rien. En revanche, l’État perd toute incertitude sur la possibilité de financer ou non le paiement de ces bons du trésor car il n’aura aucun euro à se procurer pour cela…

Notons bien qu’il n’est pas souhaitable que toute la dette publique disparaisse, car elle est utile à la banque centrale pour réguler les taux d’intérêt…

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8. L’Employeur en Dernier Ressort

Nous avons vu que ce qui permet au budget de ne pas être inflationniste est d’abord son caractère contracyclique, et non son équilibre budgétaire voire son surplus, dans le numéro 6 de notre série Les Bases. Aujourd’hui, nous affinons l’analyse d’un budget sans inflation et assurant le plein emploi avec la proposition majeure des partisans du néochartalisme : l’Employeur en Dernier Ressort.

Cette proposition est tout ce qu’il y a de plus naturel au regard de notre expérience historique : Comme lors de toutes les grandes dépressions économiques, elle invite l’État à embaucher lui-même les masses que le secteur privé est incapable d’employer. Il n’y a rien de choquant à cela, c’est ce vers quoi s’oriente progressivement Obama, ce que fit Roosevelt avec la WPA et d’autres administrations et ce qu’approuva le très sourcilleux et libéral Milton Friedman1 ! Retenant la leçon de l’inflation des Trente Glorieuses, l’Employeur en Dernier Ressort vise à injecter le déficit non pas dans de grands projets et laisser l’augmentation de l’activité résorber d’elle-même le chômage, mais à cibler directement les chômeurs en proposant à qui le désire d’être employé par cet agence à salaire fixe. Comme ce salaire ferait par définition figure de salaire minimum, il serait donc proche du montant du Smic en France, ce qui est loin d’être excessif pour mener une vie décente, tout en étant nettement plus substantiel que le RMI et diverses allocations.

Si cette proposition choque trop les convictions de mon lecteur, qu’il sache que le néochartalisme peut fonctionner comme lors des Trente Glorieuses, c’est-à-dire sans Employeur en Dernier Ressort, sans sous-emploi, mais avec deux ou trois pourcents de chômeurs, heureusement pour des durées beaucoup plus courtes et dans de bien meilleures conditions qu’actuellement. L’Employeur en Dernier Ressort n’est qu’une option pour le néochartalisme, une option très désirable me semble-t-il, mais une option, et qui permettrait de clore définitivement les débats sur la courbe de Phillips (voir son successeur le NAIRU), débat qui avait remis en selle le libéralisme après-guerre (voir mon billet Le choix du chômage de masse).

Le mécanisme est classique et connu de mes lecteurs. Lorsque la crise s’installe et que les prix baissent, les chômeurs trouvent un emploi et un salaire chez l’Employeur en Dernier Ressort (l’EDR), cela génère un déficit public puisque l’EDR est financé par l’État, et ce déficit public renfloue le secteur privé jusqu’à ce qu’il retrouve son assise. Lorsque ce dernier réembauche et remonte ses prix, il vide l’EDR de ses employés attirés par une meilleure rémunération, le déficit se tarit, et les prix sont stabilisés. Comme ce déficit n’est pas distribué sous la forme d’une grande enveloppe d’abord captée par ceux qui sont économiquement les plus forts (les commandes publiques peuvent être utilisées par le secteur privé soit à embaucher les chômeurs, soit à surenchérir sur les salariés déjà existants, cette deuxième alternative devient de plus en plus probable lorsqu’on s’approche des deux ou trois derniers pourcents de la population au chômage), ce déficit met l’argent directement dans la poche de celui qui est affaibli et contre un véritable travail ; c’est une alternative nettement plus saine qu’un assistanat dégradant, payant mal et sans cesse rogné comme une peau de chagrin.

Comme c’est un salaire fixe, les prix sont particulièrement stables. Il n’est pas possible, pour ceux qui produisent les biens et services de première nécessité, de relever leur prix pour augmenter sans effort leurs profits à la faveur de ce déficit : chaque consommateur employé par l’EDR verra ce prix sortir de ce que son salaire lui permet ; au contraire, la seule façon de bénéficier de la manne du déficit EDR est pour lui d’augmenter ses quantités et de vendre toujours aussi bon marché mais aussi aux employés de l’EDR. Rien à voir avec un renflouement des banques qui s’empressent de s’en faire de mirifiques bonus et des bulles spéculatives.

Du temps de l’étalon-or, on fixait le prix de l’or et tous les autres prix devaient s’ajuster, avec leurs quantités. Parmi eux les salariés, c’est-à-dire que, faute d’or au bon moment et au bon endroit, ces derniers voyaient leurs salaires baisser et le chômage augmenter. Aujourd’hui, l’ancrage officiel est le niveau général des prix (l’Indice des Prix à la Consommation Harmonisé). Là aussi, lorsque les prix menacent de monter, on restreint le crédit en renchérissant les taux, c’est-à-dire qu’on restreint l’activité donc qu’on diminue les salaires et l’emploi : dans le système actuel, le vrai bien d’ancrage est le chômeur, l’or est remplacé par une réserve de chômeur avec plus ou moins d’assistanat2 manière ignoble d’assurer la stabilité monétaire et qui ne s’avoue que rarement, et dont le choix fut délibéré, dès le début. L’EDR conjugue la stabilité des prix et le plein emploi ; il fait d’une pierre deux coup : en choisissant un ancrage nominal il stabilise les prix, et en choisissant le travail des chômeurs comme ancrage, il évite qu’ils soient les laissés pour compte des ajustements du marché.

L’essentiel a été fait, nous avons presque fini de poser les bases du néochartalisme (la Modern Monetary Theory chez les sources anglophones). Je vous remercie de votre attention, n’hésitez pas à revoir la série Les Bases si certains éléments vous paraissent encore obscurs…

7. Oui, « Il faut bien que l’argent vienne de quelque part. » < Série Les Bases > 9. Genèse des Shadoks

PS : Développements sur les aspects anthropologiques et économiques de l’Employeur en Dernier Ressort.

PPS : Voici un commentaire éclairant des aspects techniques de l’EDR :

Un EDR qui verraient regulierement ses effectifs croitrent ou décroitrent ne serait-il pas confronté à d’importantes difficultés de planification et d’organisation de son activité?

C’est un défi comme les adorent les technocrates (qui n’ont pas que des défauts). Ceux que visent l’EDR sont de facto ceux qui sont les moins qualifiés, car ce sont eux qui sont le plus les victimes du chômage (surtout lorsque l’économie retrouve des couleurs, ce qui est le but). Cela signifie aussi que l’EDR sera inégalement réparti géographiquement. Ensuite, les projets seront distingués entre projets prioritaires et projets flexibles, les prioritaires étant ceux qui sont contraignants en terme de délai ou de nombre requis d’employés. Les projets prioritaires devront être joints à des projets flexibles de manière à ce que les fluctuations de l’économie n’aient pas le temps de les prendre de court, mais vident d’abord les projets flexibles. Etc.

Quelles activités lui seraient confiées?

Ce sera l’objet d’un compromis politique. Roosevelt avait réaménagé le détroit du Mississipi et la Nouvelle Orléans n’avait plus subi les ouragans depuis lors, jusqu’à ce que l’entretien soit privatisé et que l’incurie du privé laisse Katrina, un ouragan banal, dévaster la ville. Roosevelt avait également alphabétisé nombre d’adultes illetrés, et il me semble qu’on commence de plus en plus à avoir ce type de besoin en France, malheureusement. Pour les moins qualifiés, on peut imaginer le nettoyage de zone plus ou moins naturelle ou on laisse habituellement les déchets plastiques et autres s’accumuler. Généralement, les partisans de l’EDR souhaitent des « activités sociales » mais il faudrait préciser. Tout projet avec de fortes externalités positives (c’est-à-dire de grosses difficultés à faire payer les bénéficiaires de l’activité) est a priori un bon candidat pour l’EDR, car le marché privé rationne fortement la production des biens communs non-individualisable. On pourrait démultiplier la restauration de monuments historiques en laissant les spécialistes à leur travail de spécialistes et en s’occupant de toute la partie logistique lourde et peu qualifiée, etc. On peut imaginer l’incorporation ponctuelle de qualification si l’employé EDR en donne l’opportunité, par exemple on peut utiliser un comptable non sur le chantier, mais pour tenir la comptabilité du chantier…

Enfin, il faut des objectifs à réaliser, réalistes mais clairs et consistants, pour que tout le monde travaille bien…

Envisagez vous un EDR en concurrence avec le secteur privé? Si c’est le cas, comment éviter les distorsions de concurrence?

C’est une possibilité, mais ça complique les choses. Il faudrait des règles additionnelles :
L’entrepreneur privé postulant pour être employeur EDR doit fournir des preuves de sa capacité (une entreprise déjà lancée et réussie, expertise dans le domaine où il veut se lancer, longue expérience fructueuse à la tête d’une entreprise, etc.), un succès chez l’EDR doit lui permettre de recommencer et en plus grand, un échec doit lui fermer les protes.
Ceux qui étudient son dossier doivent être impactés financièrement en fonction du résultat. L’employeur doit posséder des biens saisissable en France au cas où ça dégénérerait, par exemple un apport personnel versé au capital de l’entreprise EDR nouvelle.
Il faut fixer à l’avance un calendrier de rentabilisation, avec saisie de l’entreprise si l’échéancier n’est pas respecté et mise sous statut privé avec négociation salariale immédiate aussitôt que l’entreprise est rentable (mettons deux trimestres).
Interdiction doit être faite à des entreprises passant commande à une telle entreprise EDR pour sous-traitance de recréer une entreprise EDR lorsque la première relève ses salaires, avec fortes amendes à la clé ou sais de l’entreprise laminant ainsi sa sous-traitance.

Le plus probable, c’est que ce genre de dispositif, subtil, complexe, ne se mettra en place, avec son indispensable période de rodage, qu’une fois un EDR plus modeste, cf ci-dessus, entré dans les mœurs. Cet EDR 2.0 serait pourtant encore plus efficace et encore plus sympathique au marché : ce serait une sorte d’incubatrice entrepreneuriale géante…

Quels types d’emplois seraient proposés par l’EDR? Et, quels qu’ils soient, ne craignez vous pas que ces emplois n’apparaissent toujours que comme des emplois “bas de gamme”? Mal perçus, tant par les salariés que par les employeurs, générant ainsi une sorte d’effet d’évitement?

D’une part, tout le monde peut avoir des moments de faiblesse, être pris au dépourvu, même les meilleurs. Que les libéraux dominants qui jugent que personne de valeurs ne peut sortir de l’EDR commence par renier Milton Friedman qui les a remis aux rênes du pouvoir et qui a approuvé le programme de Roosevelt dont il avait bénéficié personnellement avec sa femme au plus fort de la dépression (cf Les Bases 8. L’employeur en dernier ressort).

Maintenant, il ne faut pas se leurrer, les plus faibles, les plus inaptes à la féroce compétition du marché privé seront surreprésentés chez l’EDR. On trouvera nettement plus d’immigrants récents baragouinant à peine la langue, de dépressifs dociles mais peu combatifs, de personnes ayant divers problèmes psychologique à commencer par la confiance en soi, etc. Pour les cas trop graves, l’EDR devra les refuser et d’autres services de l’État devra les prendre en charge. par exemple, les handicaps lourds du type trisomie ou tétraplégie ne seront pas réglés d’un coup de baguette magique par l’EDR, évidemment. Pour les personnes apeurées, l’EDR sera en soi une thérapie. Mieux, comme le marché privé ne sera plus déprimé par un manque de demande global chronique et croissant, le privé emploiera plus volontiers des personnes qui ne sont pas des cadors mais qui « font le boulot » plutôt que de les refuser systématiquement au prétexte qu’on « ne garde que les meilleurs ». Et travailler les améliorera et les entretiendra. cf le graphique de Fascinante offensive à outrance.

Dans le même ordre d’idées, si l’EDR constitue en quelque sorte un minimum auquel un salarié pourrait prétendre, ne craignez-vous pas que le “secteur public” (je vois l’EDR comme une branche du secteur public) doive se “contenter” des salariés les moins performants? Laissant ainsi au privé l’avantage de continuellement disposer du personnel le plus efficace?

Non, je ne le crains pas, parce que le privé les paiera plus cher. Ce n’est pas parce qu’un projet est fait un peu plus lentement et par un peu plus de monde qu’il ne vaut rien. Je préfère que tout le monde ait la possibilité de donner à la communauté et que chacun reçoit selon sa performance, plutôt que de procéder à « une euthanasie économique », un « eugénisme économique », où les plus forts créeraient un seuil de rentabilité qui serait sacré seuil d’existence économique et exterminerait impitoyablement « les inférieurs ».


Notes :

1 FRIEDMAN Milton et Rose, Two Lucky People, The University of Chicago Press, Chicago, 1998, xii + 660 p., p. 58-59 :

Le nouveau gouvernement créa une forte demande pour des économistes, particulièrement à Washington. Sans New Deal, il est loin d’être clair que nous aurions pu trouver des emplois d’économistes. […] Comme nos enseignants et nos condisciples à Chicago, et en effet à l’image de la nation, nous regardions beaucoup de mesures du New Deal comme des réponses appropriées à la situation critique — mais dans notre cas pas, je m’empresse d’ajouter, la fixation des salaires et des prix de la National Recovery Administration et de l’Agricultural Adjustment Administration, mais certainement la création d’emploi de la Works Progress Administration, Public Works Administration, et Civilian Conservation Corps.

2 Cf le constat étonné de Krugman, Nobel d’économie 2008 :

Beaucoup d’économistes pensent que les expériences américaine et européenne sont les deux faces d’un même problème. Pour une raison ou pour une autre, les employeurs sont de moins en moins enclins à payer les services de ceux qui n’ont rien d’exceptionnel à offrir. Aux États-Unis, où les indemnités de chômage sont assez maigres et ne durent pas très longtemps (vingt-six semaines), et où les chômeurs se retrouvent souvent sans assurance maladie, le travailleur n’a d’autre choix que d’accepter un emploi, quel que soit le salaire proposé. C’est ainsi que le marché américain de l’emploi est qualifié de « flexible » selon le bel euphémisme des documents officiels. En Europe, les diverses prestations sociales sont plus généreuses, ce qui permet aux travailleurs de refuser des offres qu’ils jugent inacceptables, alors que, de toute façon, un très grand nombre de règlements et restrictions rendent les employeurs moins disposés et même incapables d’offrir des emplois à faible salaire. Ainsi, les mêmes facteurs conduisent à une baisse des salaires pour les travailleurs les moins qualifiés aux États-Unis et au chômage pour la même catégorie de personnes en Europe. Le résultat global est le même des deux côtés de l’Atlantique : l’égalité économique plus ou moins grande que l’Occident avait fini par considérer comme un fait acquis depuis la guerre est en train de s’effacer de notre souvenir.

KRUGMAN Paul, La mondialisation n’est pas coupable, la découverte, Paris, 1998 (1996), 218 p., p. 184

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