Glossaire

Si vous trouvez qu’il y a beaucoup de jargon dans le monde de la finance, et que vous peinez à suivre, vous êtes sur la bonne page. Bien que je ne puisse pas éliminer ce jargon car il est trop communément utilisé, je peux vous l’expliciter. Cliquez dans l’alphabet ci-dessous sur la lettre initiale du mot que vous recherchez, puis parcourez la section de cette lettre jusqu’au mot voulu. Vous pouvez cliquer sur la lettre titre de la section pour revenir à l’alphabet ci-dessous. Si vous pensez qu’un mot manque, vous pouvez le proposer en commentaire.

~ • ~ • ~ • ABCDEF • G • H • I • J • K • LMNOP • Q • RST • U • V • W • X • Y • Z • ~ • ~ • ~


A


AAA
Note maximale accordée par une agence de notation à un titre financier. Un titre noté AAA est celui qui a le moins de chance de faire défaut. Voir ici le détail des 18 à 22 niveaux, selon les agences, permettant de noter le risque d’un titre.


Argent
Argent est le terme courant pour désigner la base monétaire, c’est-à-dire les pièces, les billets, et les réserves détenues par les a href= »#Banque commerciale »>banques commerciales et le trésor chez la banque centrale. L’argent est le moyen ultime de paiement, c’est-à-dire qu’une fois payé avec lui, les parties contractantes lors d’une transaction sont libérées de tous futurs paiements impliqués par cette transaction. Plus personne ne doit quelque chose à l’autre. Pour les confusions entre argent, crédit et prêt, cf avant tout monnaie.


Arnaque pyramidale
Voir Ponzi.


Agence de notation
Compagnie privée offrant le service d’attribuer une note financière à une obligation ou à un produit dérivé d’obligation. Un produit noté est alors « standardisé » et peut-être acheté ou revendu en supposant facilement qu’il représente le même risque que les autres produits financiers notés identiquement. Trois compagnies se partagent 95 % du marché de la notation financière : Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch. Elles sont régulièrement l’objet de critique en raison du manque de fiabilité de leurs notes.


B


Banque centrale
Agence de l’État calqué sur le fonctionnement d’une banque et responsable de la gestion de la monnaie de cet État. Les banques centrales sont comme des banques pour banques, c’est-à-dire que ses banques membres viennent emprunter et rembourser en cette monnaie selon leurs besoins tout comme les particuliers et les entreprises s’adressent à ces banques membres pour leurs propres prêts à crédit. La banque centrale influe sur le volume des crédits accordés en décidant, toute seule, de réviser ou non les taux directeurs. Elle détient officiellement le monopole d’émission de la monnaie de l’État dont elle dépend, c’est-à-dire les pièces, les billets, et la monnaie centrale.


Banque commerciale
Le plus souvent membre d’une banque centrale dont elle utilise la monnaie, la banque commerciale dispose le plus souvent d’un compte client chez cette dernière (les banques commerciales sont seules dans ce cas avec le Trésor). Elles sont des entreprises privées dont les activités sont : la tenue des comptes de leurs clients avec mise à disposition de facilités de paiement (carte de crédit, chéquier, exécution de virement bancaire, …), le prêt aux autres acteurs économiques, et le crédit pour faciliter les paiements et minimiser les coûts de la banque. Elles pratiquent aussi de nombreuses activités, par prêt ou sur leurs propres trésoreries, dont certaines socialement nocives : la spéculation.


Battre monnaie
Voir Frapper Monnaie.


Bon du Trésor
Dette publique émise par le Trésor à court terme (environ depuis 1 mois jusqu’à cinq ans), par opposition aux obligations du Trésor à long terme. Il est remboursé en une fois à l’échéance promise. Certains bons versent des intérêts, d’autres se contentent de négocier le prix d’achat auquel le bon est acquis, la différence entre ce prix d’achat et le montant promis à échéance par le Trésor donne les intérêts perçus par le prêteur. Le montant minimal d’enchère sur ces bons est très élevé (1 million d’euros pour le Trésor français) et sont achetés surtout par des institutions financières (principalement les banques).


Bulle spéculative
Gonflement d’un ou plusieurs prix par des achats qui sont effectués dans le seul but de pouvoir revendre ultérieurement plus cher ces achats, donc de faire un profit. L’économie crée plus ou moins naturellement ces bulles en combinant la spéculation et le Ponzi.


C


Cavalerie
Voir Ponzi.


Chartalisme
De charta, écrit en latin, car le chartalisme analyse d’abord le caractère scripturale de la monnaie avant de s’intéresser aux contraintes qu’on lui rajoute comme l’or (qui a disparu depuis). Cette description du fonctionnement de la monnaie de l’État, grâce à une observation juridique, historique et une élaboration conceptuelle minutieuses, établie principalement par Georg Friedrich Knapp dans sa Théorie étatique de la Monnaie publié en allemand en 1905, avec des contributions du juriste Alfred Mitchell-Innes. Knapp y prédit avec environ sept décennies d’avance la fin de l’étalon-or. Keynes reprit le chartalisme et le résume en quelques lignes dans son Traité sur la monnaie de 1930. Progressivement oublié avec l’avènement du néo-libéralisme dans les années 1970, le chartalisme a été redécouvert, approfondi et étendu par le néochartalisme.

À noter que dans son œuvre maîtresse, Adam Smith avait lui aussi découvert le chartalisme en passant. On résumer ainsi les points cruciaux du chartalisme :

1. Pour payer ses dépenses et en paiement à son Trésor public, l’État accepte comme monnaie ce qu’il veut. Qu’elle soit en métal précieux ou non.
2. Parce qu’elle permet de s’acquitter de ses taxes, cette monnaie est acceptée par l’économie et a de la valeur.
3. L’État dispose du monopole de certification de cette monnaie. Si cette monnaie est artificielle (billet, frappe particulière de la pièce, par exemple à l’effigie du prince) plutôt que naturelle (poids en or), alors il doit centraliser sa fabrication et dispose de fait du monopole d’émission de cette monnaie.
4. Cette monnaie peut être prêtée ou promise à crédit, mais elle seule est libératoire, c’est-à-dire que la personne ayant payé avec cette monnaie ne doit plus rien à qui que ce soit.
5. L’État doit d’abord émettre cette monnaie avant que de la reprendre en la taxant. Et non l’inverse.

La transition du chartalisme au néochartalisme s’est faite suite à une quasi-disparition en raison de l’hégémonie libérale durant les années 1960, 1970 et 1980, des auteurs ayant ensuite redécouvert plus ou moins fortuitement le chartalisme en essayant de résoudre les lacunes béantes de la théorie monétaire libérale. CF ce résumé de l’histoire du chartalisme.

Les néochartalistes qui ont repris cette tradition l’appellent monnaie souveraine. Communément, elle est désigné par le nom de monnaie fiduciaire, bien que cette dernière puisse ne pas être souveraine.


Crédit
Technique d’allocation permettant de maximiser l’utilisation d’une ressource. Il est omniprésent dans le monde financier, en particulier les banques, à tel point qu’il est confondu avec les notions de monnaie et de prêt. Cette technique consiste à promettre de fournir la ressource promise à échéance à plusieurs personnes alors qu’on ne la leur donner à tous simultanément, mais qu’on peut la leur donner à chacun tour à tour ou groupe par groupe.

C’est une technique qui survient très naturellement. Lorsque deux personnes sont habituées à s’échanger ou se payer des transactions, il devient vite plus commode de ne pas payer directement en liquide chacun des achats à l’autre, mais de tenir les comptes puis de les solder en une seule fois périodiquement. C’est l’exemple un constructeur automobile avec ses fournisseurs, les baques entre elles, mais aussi un habitué d’un bistrot ou d’une boulangerie avec son commerçant. Même lorsque les transactions se font à sens unique (comme entre le boulanger et son habitué), le crédit est différent du prêt car il n’y a aucun versement préalable en sens inverse. Ainsi on peut retarder le paiement jusqu’à une date où seulement alors il devient nécessaire de posséder la somme qui doit être payée. Plus encore, dans le cas de deux banques par exemple, il n’est même plus nécessaire de rassembler toute cette somme : seule la différence entre ce que la première banque doit à la seconde et ce que la seconde doit à la première est nécessaire. En pratique, cette technique leur permet de réduire drastiquement le montant de trésorerie à sortir par rapport aux montants de paiements à effectuer, ou réciproquement : d’augmenter considérablement le montant des transactions soldées pour une même trésorerie. Un loueur de voitures prévoit comme nombre de véhicules à louer non pas le nombre de personnes susceptibles d’en louer une, mais seulement le nombre de personnes qui le plus souvent en loueront au même moment ; ça permet de réutiliser plusieurs fois la même voiture plutôt que d’en acheter une par utilisation. De même les banques ne disposent pas de toute la monnaie qu’elles ont promise à leurs clients, mais seulement des sommes qu’ils demandent le plus souvent à sa trésorerie simultanément.

Il est vrai que c’est une technique qui comporte un risque. Il se peut que plus de personnes viennent chercher les sommes promises que prévu, plus encore que la marge de sécurité prévue. Même aujourd’hui, avec tous les dispositifs mis en place par l’État pour éviter une telle ruée (banque centrale, fonds de garantie des dépôts, etc.), le risque demeure, comme l’a illustré à ses dépens Northern Rock. Il est extrêmement peu probable que le crédit disparaisse pour autant : le risque se matérialise trop rarement et la technique permet d’économiser des sommes énormes trop fréquemment pour qu’on en se montre plus intéressé. De plus, comme pour le boulanger et son habitué, c’est une habitude qui se contracte naturellement, simplement en optimisant la gestion de sa trésorerie et de son administration. Des libéraux, qui se proclament très attachés à l’évolution naturelle, ont pourtant défendu l’interdiction du crédit comme Irving Fisher ou Milton Friedman sous la formule dite du « 100 % monnaie ». L’approche néochartaliste consiste à stabiliser l’économie de manière contracyclique et à réguler les conditions d’emprunt et de solvabilité, plutôt qu’à essayer de libéraliser le prêt complètement mais en tentant d’éliminer le crédit.

Crédit et prêt sont différents. On peut payer à crédit sans rien prêter, par exemple lorsqu’une entreprise paie son salarié par un virement sur son compte en banque. On peut prêter sans crédit, comme un ami qui fait une avance pour du liquide. Mais il est vrai que le plus souvent, les prêts sont accordés par les banques sous forme de crédit supplémentaire, ce qui entretient fortement la confusion.


D


Déflation
Contraire de l’inflation, la déflation est la baisse générale des prix, c’est-à-dire que les mêmes produits ou services sont vendus à des prix moindres en moyenne. Parmi ces prix figure le salaire, c’est-à-dire le prix du travail. La déflation est un phénomène économique plus nocif encore que l’inflation : comme personne ne peut savoir à l’avance quelle sera la production réelle de l’économie et quelle sera sa quantité de monnaie et de crédit, chacun défend simplement le prix de sa propre production, et c’est seulement lorsque le chômage frappe qu’on accepte de baisser ses prix plutôt que d’être frappé à son tour. Pire, si on conserve sa monnaie pour soi, on peut ensuite acheter plus de production pour le même montant, mais le revenu des autres diminue d’autant. Si tout le monde fait cela alors l’économie entre en dépression (la production réelle diminue significativement, constamment et durablement).

À ne pas confondre avec la désinflation.


Demande
La demande, l’un des deux éléments de la loi de l’offre et de la demande, est le pouvoir d’achat disponible pour un prix donné.


Désinflation
La désinflation est une diminution du taux d’inflation, mais avant déflation. Si le taux d’inflation continue à baisser en dessous de zéro, il y a une déflation croissante.


Dette publique
Ensemble de la dette émise par le Trésor, qu’il promet donc de payer, dont les bons du Trésor et les obligations du Trésor. Les financiers se les achètent et se les revendent continûment suivant leurs besoins de monnaie et les opportunités.


Devise
Synonyme de monnaie souveraine, terme souvent utilisé pour désigner la monnaie au sens le plus strict, des pays étrangers. Toutefois, comme l’illustre l’expression « devise nationale », la monnaie souveraine de son propre pays, en plus d’être une devise étrangère pour les pays étrangers, est une devise, nationale, aussi pour soi-même.


E


Étalon de change-or
Version édulcorée de l’étalon-or. En plus d’émettre des billets échangeable contre de l’or comme dans l’étalon-or, les billets sont hiérarchisés selon leurs devises nationales : certaines devises sont directement échangeables contre de l’or, mais les autres ne sont échangeables que contre ces devises étalons. C’est très avantageux pour la devise étalon : en plus de pouvoir imprimer beaucoup plus de billets que d’or comme dans un étalon-or classique, elle peut aussi en imprimer pour tous ceux qui désirent assurer une contrepartie à leurs devises secondaires. Ce système a défini la monnaie principalement de 1944 jusqu’à son effondrement en 1971. Depuis la monnaie est simplement chartaliste et appelée monnaie fiduciaire.


Étalon-or
Système consistant à ne pas faire circuler des pièces en or mais seulement des billets de banques promettant une certaine quantité d’or au porteur. Ce système permit d’imprimer plus de billet qu’il n’y avait d’or et ainsi d’accroître la monnaie disponible pour l’économie, car l’or intéresse peu de monde simultanément, conformément à la technique du crédit. L’étalon-or s’est imposé au 19ème siècle et connut son apogée d’environ 1870 à 1914. Il fut remplacé par l’étalon de change-or surtout à partir des Accords de Bretton Woods en 1944.


F


Frapper Monnaie
Appellation du procédé révolu de fabrication des pièces de monnaies métalliques. Jusqu’à la période moderne, la monnaie souveraine était le plus souvent du métal précieux (or, argent) coulé dans un moule au sein d’une enclume, recouvert d’un petit couvercle, chacune de ces deux parties ayant le verso ou le recto de la future pièce gravée à l’envers, il fallait ensuite, à l’aide d’un marteau, frapper l’ensemble pour imprimer le relief sur le métal souvent déjà froid. On pouvait alors sortir la pièce de monnaie toute neuve du moule.

Le pouvoir de « frapper monnaie », ou « battre monnaie », parce qu’il donnait un pouvoir d’achat ex nihilo à son détenteur (la pièce valait plus que son métal précieux et que son artisanat), était un droit âprement disputé entre les rois et leurs grands féodaux. En effet, le pouvoir d’édicter sa monnaie et de l’accepter en paiement de ses propres services est un des attributs essentiels de la souveraineté.


I


Inflation
Inverse de la déflation, l’inflation est la hausse générale des prix, à qualité constante. Elle est le signe d’un excès de monnaie par rapport à la production économique. L’épargne thésaurisée (l’épargne sous forme d’un montant fixe de monnaie) est alors érodée en terme réel quoique préservé en terme nominal. Ainsi, un billet de 100 unités monétaires (euro, dollar, franc, etc.) qui est conservé pendant une période d’inflation de 300 % ne peut acheter à la fin de la période que le quart de ce qu’il pouvait acheter au tout début : si avant inflation une calculette coûtait 50 unités, à la fin de la période elle coûte 200 unités (50x(1+300/100)), et deux billets de 100 pouvait en acheter quatre en début de période mais seulement un unique en fin de période. Sauf précision contraire, la période choisie pour exprimer l’inflation est l’année, et elle est mesurée par l’Indice des Prix à la Consommation.

L’inflation est une notion voisine de celle de bulle spéculative et souvent confondue avec elle.


Indice des Prix à la Consommation
Mesure de référence de l’inflation. Voici par exemple un résumé qu’en fait l’Insee :

L’IPC couvre tous les biens et services consommés sur l’ensemble du territoire, par les ménages résidents et non-résidents (comme les touristes). Une faible part des biens et services ne sont pas observés par l’indice : il s’agit principalement des services hospitaliers privés, de l’assurance vie et des jeux de hasard. Le taux de couverture de l’IPC est de 94,5 % en 2012.


L


Loi de l’offre et de la demande
La loi de l’offre et de la demande est la tarte à la crème de la « science économique » libérale, donc de la pensée économique tout court vu la domination, usurpée, de cette dernière. Il existe, parmi les nombreuses forces opérant sur les marchés, une tendance à réduire l’achat d’un bien ou d’un service avec l’augmentation de son prix, et au contraire à en augmenter les ventes avec cette même augmentation (réciproquement : à en augmenter l’achat avec la diminution du prix et en diminuer la vente). Cette constatation simple, triviale même, a grandement séduit les libéraux qui recherchait un mécanisme impersonnel d’harmonisation des intérêts individuels. Aussi, cet aspect du réel a progressivement éclipsé les autres, parfois extrêmement gênants, et on peut voir une étape de cet idéologisation de cette vertu du marché chez William Stanley Jevons, l’un des plus grands économistes libéraux (c’est lui, avec Marshall et Walras, qui ont lancé la « révolution néoclassique » reforgeant le libéralisme dans les années 1870) :

Ces derniers temps j’ai pas mal travaillé l’économie politique [NdT : ancien nom de la « science économique »] ; ces derniers mois j’ai finalement forgé ce que je ne doute pas être la vraie Théorie de l’Économie, si complète et cohérente, que je ne peux plus lire d’autres livres sur le sujet sans indignation. Bien que la théorie est entièrement mathématique en principe, je montre, en même temps, comment les données à calculer sont compliquées au point d’être désespérante pour le moment. Néanmoins, j’ai obtenu des ces principes mathématiques toutes les lois principales auxquelles étaient arrivées les économistes politiques, elles sont simplement arrangées en une série de définitions, c’est-à-dire des axiomes, qui lorsque la quantité d’une marchandise, par exemple, de la bonne nourriture, qu’un homme doit consommer, augmente, décroît en degré l’utilité ou le bénéfice dérivé de la dernière portion utilisée. La réduction de la jouissance entre le début et la fin d’un repas peut-être pris comme exemple. Et je prends pour hypothèse qu’en moyenne, le ratio d’utilité est une fonction continue mathématique de la quantité de la marchandise. Cette loi de l’utilité a en fait, toujours été supposée par les économistes politique sous la forme plus complexe et le nom de Loi de l’Offre et de la Demande. Mais une fois décemment exprimé en sa forme simple, cela découvre tout le sujet.

Jevons in Keynes John Maynard, William Stanley Jevons in Essays and sketches in biography, Meridian Books, New York, 1956 (1936), 347 p., p. 142

La représentation néoclassique est aujourd’hui à la base de l’enseignement de l’économie dans nos universités et se présente ainsi :

Tout semble alors d’une clarté mathématique, et le point d’équilibre, au centre, est la « seule voie possible », ou du moins souhaitable.

Comme l’explique Keynes à la page 107 du même ouvrage, le fondement utilitariste de cette structure théorique, c’est-à-dire l’axiome de cette axiomatique, fut très largement décrédibilisé, et leurs promoteurs initiaux y croyaient nettement moins (Jevons compris). L’axiome friable, on a pourtant « toujours fait confiance à la superstructure sans trop regarder la cohérence des fondations originelles ».

Les contradictions entre la jolie simplifications pour étudiants et libéraux ci-dessus et la réalité sont nombreuses. Contrairement à l’hypothèse de Jevons, on peut accroître ou maintenir la quantité achetée d’un bien parce que son prix augmente. C’est le cas des produits de premières nécessité, où d’autre achats seront sacrifiés plutôt que de traduire leur enchérissement par une consommation moindre, ou encore des produits de luxes, dont le prix permet de faire ostentation de sa richesse et de se distinguer de ceux qui ne peuvent se l’offrir (effet Veblen). Il faut enfin considérer toutes les pratiques oligopolistiques qui sont le lot commun des marchés. Des marchés financiers, mais aussi des marchés industriels (c’est-à-dire à peu près tout) comme le montre ce magnifique documentaire d’Arte Prêt à jeter ou l’obsolescence programmée (2011)…


M


Marché primaire
En finance, il s’agit du marché où un titre financier est vendu pour la première fois, par exemple les adjudications des bons du trésor. Lorsque les financiers se revendent ces titres, le marché est dit secondaire.


Marché secondaire
Une fois un titre financier vendu sur le marché primaire, il peut être revendu, un nombre indéterminé de fois, sur un marché qui est pour cela dit secondaire. Les règles d’achat et de ventes diffèrent souvent entre les deux marchés.


Monnaie
Terme malheureusement galvaudé, la monnaie signifie vaguement « moyen de paiement ». Au sens strict, la monnaie est ce qui est dit libératoire, c’est-à-dire que la personne ayant payé avec cette monnaie ne doit plus rien à personne. C’est le cas des pièces et des billets, ainsi que de la monnaie centrale, qui tous ensemble forment la monnaie souveraine, appelée « M1 » dans la statistique des banquiers centraux. Or, le plus souvent, on appelle monnaie ce qui permet simplement de payer en différé, comme le chèque ou le virement bancaire. En effet, dans ces cas, le « paiement » n’est effectif par « monnaie bancaire » que dans la mesure où la banque ensuite exécute avec de la monnaie centrale les ordres de paiement, ce qu’elle peut ne pas faire, si le compte bancaire de l’émetteur du chèque est vire, ou si elle fait faillite : le « moyen de paiement dit monnaie » fait alors défaut, ce qui est pourtant antithétique à la notion de monnaie. La banque offre seulement de payer « à crédit ». S’il peut être utile de fondre les deux acceptions de la monnaie lorsqu’on désire étudier leur influence sur les prix, refuser de comprendre la différence entre les deux monnaies expose à laisser le crédit s’accumuler sans comprendre la nécessité de la monnaie souveraine, façon Ponzi, jusqu’à ce que surviennent des défauts de paiements en cascade en une faillite d’autant plus grande que le crédit s’était accumulé.


Monnaie bancaire
Aussi appelé crédit bancaire, synonyme de crédit galvaudant le terme de monnaie.


Monnaie centrale
Aussi appelée monnaie banque centrale, parfois encore réserves par anachronisme, la monnaie centrale est la monnaie utilisée par la banque centrale pour ses paiements libératoires (c’est-à-dire définitif et dégageant de tout futur paiement). La monnaie centrale est ce qu’on appelle communément « l’argent ». Elle est extrêmement proche de la monnaie souveraine, et les systèmes monétaires actuels confondent les deux dans la plupart des pays.


Monnaie fiduciaire
De fides, la confiance en latin. La monnaie fiduciaire est supposé reposer sur la confiance en sa capacité de servir comme monnaie, de manière totalement tautologique. Elle est définie négativement comme ne dérivant pas sa valeur de métaux précieux, de sa matière. Ce nom occulte la nature chartaliste de cette monnaie, à commencer par le rôle de l’État et de ses taxes dans son acceptation.


Monnaie souveraine
La monnaie souveraine, aussi appelée devise, est la monnaie qu’un gouvernement utilise pour payer via son Trésor public, et que ce Trésor accepte en paiement de ce qu’on lui doit, et dont l’État dispose du monopole d’émission, en général via une banque centrale qu’il crée à côté de son Trésor. Ce dernier cas est de loin le plus fréquent à travers le monde. Elle comporte les pièces et les billets en cette monnaie, ainsi que la monnaie de la banque centrale, car cette dernière est adossée sur les paiements du trésor, via les bons du trésor. Si on considère l’unité de l’État et rassemble ainsi son Trésor et sa Banque centrale, il est évident que dans tous les pays dont les institutions sont dites néochartalistes, la fiction de la monnaie centrale s’efface devant la vérité de la monnaie souveraine, c’est-à-dire conforme au chartalisme.


N


Néochartalisme
Corpus théorique développé à partir des années 1990 décrivant le fonctionnement des systèmes monétaires, reposant sur le chartalisme qu’il a redécouvert et en tirant des recommandations pratiques pour leur bon fonctionnement. Ses principaux penseurs sont les professeurs d’économie William Mitchell et L. Randall Wray, ainsi que le financier Warren Mosler, d’autres professeurs y adhèrent notamment à l’Université de Kansas City dans le Missouri. Voir Le chartalisme à travers l’histoire.

En vue d’un fonctionnement optimal de l’économie, ses recommandations pratiques sont :

1. L’État doit utiliser une monnaie inconvertible, c’est-à-dire qui n’est pas échangé à taux fixe, mais seulement selon des prix librement fluctuants. Donc, une monnaie qui n’est promise contre aucune quantité prédéterminée de métal précieux, dont l’or, ni une autre monnaie, etc. Mieux vaut que cette monnaie soit sûre mais facile à produire à moindres coûts, comme les billets, les livres de comptes, ou mieux encore les livres de comptes sur ordinateurs.

2. Il doit être souverain de cette monnaie, c’est-à-dire disposer du monopole d’émission de cette monnaie. Les contraintes autres que celles recommandées doivent n’être que de simples formalités à contourner, comme le plafonds de la dette fédérale aux États-Unis, etc.

3. Sans pour autant interdire ni le prêt ni le crédit, il doit fermement réguler les banques pour éviter qu’elle ne fasse du Ponzi.

4. Le néochartalisme accepte que l’État subdivise son organisation monétaire entre Trésor et Banque centrale, et même que le Trésor doive passer par l’intermédiaire des banques pour placer de la dette, mais il préfère que l’État crédite purement et simplement du montant désiré le compte de celui qu’il veut payer, et réciproquement : qu’il débite purement et simplement le compte de celui qui lui paie. Cela signifie que la monnaie souveraine est créée par la dépense de l’État, et détruite par sa dépense, que ce soit via l’État, et éventuellement via la banque centrale, et qu’elle est détruite lorsque l’État perçoit de sa monnaie. La plupart des systèmes monétaires actuels, comme ceux du Canada, du Japon, du Royaume-Uni, de l’Australie, du Chili, des États-Unis, du Royaume-Uni et de bien d’autres, sont suffisamment conformes pour se prêter à la recommandation 5 sans modification législative.

5. Son budget doit-être contracyclique, c’est-à-dire qu’il doit dépenser plus lorsque les prix de son économie privé baissent, et moins lorsque ces prix augmentent. Voir La stabilité des prix et de l’économie. Cela signifie aussi ne pas faire de relance en cas d’inflation, ni d’austérité en cas de déflation, et préférer a priori la stabilité de la structure du budget.

6. Assurer un niveau de vie décent à tous en améliorant l’actuel tampon de chômeur par la technique de l’Employeur en Dernier Ressort, éventuellement celle du revenu de base. Ainsi, les objectifs de stabilité des prix et de plein emploi ne s’opposent plus mais se renforcent mutuellement.


Non-gouvernemental
Par opposition au secteur gouvernemental, désigne l’ensemble de tous les secteurs qui ne sont pas celui du gouvernement du pays étudié : le secteur privé domestique (financier et non-financier), les secteurs privés étrangers, et les secteurs gouvernementaux étrangers.


Note financière
Technique financière consistant à noter les produits financiers selon leur degré de risque de défaut de paiement (non-remboursement). Elles sont souvent attribuées par des agences de notations spécialisées.


O


Obligation
Les obligations financières sont des titres financiers de dettes. Parmi elles, les obligations du trésor sont l’équivalent des bons du trésor mais à long terme, avec des échéances oscillant d’environ sept ans à cinquante ans, suivant les périodes et les trésors publics. Les obligations du trésor font partie de la dette publique.


Offre
L’offre, l’un des deux éléments de la loi de l’offre et de la demande,


Or
De tous ses supports, il est celui qui est le plus associé à l’idée de monnaie, encore aujourd’hui, et même si la monnaie peut avoir n’importe quel support, fût-ce une simple entrée comptable dans la mémoire électronique d’ordinateurs. L’or n’a jamais été la principale source de la valeur de la monnaie, et la monnaie n’a jamais été avant tout en métal précieux encore moins en or seul, comme le montre la recherche archéologique et historique. Toutefois, la doctrine selon laquelle c’était l’or qui faisait sa valeur était si profondément ancré, que nos sociétés mirent beaucoup de temps à comprendre le chartalisme.

Progressivement toutefois, et poussé par le désir de trouver des financements nouveau pour une croissance économique qui dépassait le plus souvent l’extraction de métal précieux, l’or fut progressivement retiré au profit de l’étalon-or, puis de l’étalon de change-or, avec à chaque fois une raréfaction de l’or dans le système monétaire, jusqu’à disparition totale en 1971. Pourtant, il faudra attendre les années 1990 pour comprendre comment en tirer tous les avantages, cette compréhension s’appelle le néochartalisme.


P


Ponzi
Du nom de Charles Ponzi, italien émigré aux États-Unis où il pratiqua cette escroquerie à vaste échelle en 1919. Aussi appelée, arnaque pyramidale, ou encore cavalerie, cette escroquerie consiste à créer une activité promettant d’attrayants mais mensongers revenus aux investisseurs volontaires. Les mises des premiers investisseurs servent à payer les premières échéances promises, et mettent ainsi en confiance d’autres investisseurs dont les dépôts sont utilisés de la même façon. Au passage, l’escroc prélève son propre revenu sur ces flux financiers. Comme chaque nouvel investisseur l’est devenu par la promesse de réaliser à son tour de superbes gains, il faut toujours plus accélérer la collecte de nouveaux fonds investis pour respecter les échéanciers. Ultimement, l’arnaque s’effondre par un énorme défaut de paiement, laissant les derniers investisseurs payer toutes les pertes.

Chez l’économiste Minsky, le qualificatif Ponzi concerne plus généralement toute entreprise (dont les banques) qui se retrouve à devoir collecter toujours plus de fonds pour satisfaire ses échéanciers, même si cela est dû à une erreur sincère de prévision des futurs revenus, par exemple par une détérioration générale de la conjoncture économique.


Prêt
Souvent confondu avec le crédit, le prêt désigne au sens strict le versement d’une somme de monnaie contre promesse de la rembourser à échéance et le plus souvent avec des intérêts. Le prêt est souvent confondu avec le crédit qui essaie de ne pas verser la somme promise, car la majeure partie des prêts sont accordés par les banques qui utilisent la technique du crédit pour octroyer leurs prêts. Les deux notions demeurent distinctes, et s’il est possible d’obtenir un prêt à crédit chez une banque, il est possible également de se prêter purement et simplement des sommes entre amis par exemple.


R


Réserves
Terme archaïque désignant la monnaie centrale encore très couramment utilisé. Autrefois, du temps de l’étalon-or, il était indispensable de constituer des réserves d’or pour assurer qu’on puisse effectivement échanger les billets émis contre l’or promis à tout moment. Mais on ne promet plus d’or. En fait, les réserves ne sont même plus en réserves, mais créées sur le champ par les banques centrales en fonction de leur besoin. C’est par exemple ce que reconnaît Bernanke président de la Federal Reserve. Le terme de réserve participe de la confusion autour du terme de monnaie.


S


Secteur non-gouvernemental
Voir Non-gouvernemental.

Souveraineté
Concept clé dans la conception du pouvoir, la souveraineté est la capacité à poser ses propres décisions plutôt qu’à devoir subir, pour le meilleur et pour le pire, celles des autres. La souveraineté, notion travaillée par Jean Bodin notamment, dès le XVIème siècle, est à rapprocher des réflexions d’Étienne de la Boétie sur la servitude volontaire : En quoi croit-on ? Si on croit en quelque chose, on se donne toujours, par un renouvellement de l’aventure collective les moyens de s’assembler jusqu’à imposer l’exercice des décisions auxquelles on croit. On se crée et on dispose alors de sa souveraineté. Sinon, on la délègue, ne serait-ce que par défaut. C’est donc un concept très jaloux de ses prérogatives. « Par essence, la souveraineté est un absolu qui exclut toute idée de subordination et de compromission. Un peuple souverain n’a de comptes à rendre à personne et n’a, vis-à-vis des autres, que les devoirs et les obligations qu’il choisit librement de s’imposer à lui-même. » (Philippe Séguin sur le traité de Maastricht)

Dans le domaine monétaire, la souveraineté consiste en la capacité de chacun et des collectivités à se choisir une monnaie (y compris en créer une) et d’agir en conséquence. La souveraineté monétaire est l’objet d’étude du chartalisme.


Spéculation
La spéculation est l’activité économique (ou devrait-on dire financière ?) consistant à acheter et vendre des produits ou des titres, non pas pour leurs valeurs, mais en fonction de l’évolution du prix de ces produits ou titres, en vue d’un profit. La spéculation infiltre la quasi-totalité de l’activité économique, selon divers degrés. Elle va de ceux qui truquent les cours boursiers par des rumeurs ou réalisent leurs profits par délits d’initié, c’est-à-dire en toute illégalité mais souvent impunément. Et elle se poursuit jusqu’au calcul que les entrepreneurs; et les commerçants incluent dans leurs prises de décision, quant à savoir si leurs opérations seront profitables ou non. L’un des plus fameux critiques de ce dernier aspect est Karl Marx, qui opposait l’échange M-A-M c’est-à-dire troquant une marchandise contre de l’argent, puis cet argent contre une marchandise, jugé bon, à l’échange A-M-A’ l’argent est utilisé pour être investi dans des marchandises uniquement en vue d’une somme d’argent supérieure (A’), jugé délétère. Il faut dire que le simple fait de devoir être rentable pour ne pas éviter la faillite, et de devoir prévoir à l’avance quel est le volume souhaitable de production, oblige nécessairement à s’impliquer dans ce genre de logique à quelque degré.

Toutefois, et comme toujours, ce n’est pas parce que la frontière est floue qu’elle ne peut être fixée. Différents niveaux de spéculations peuvent avoir des résultats radicalement différents sur l’économie réelle (cf par exemple la bulle des matières premières explosant en 2008) Ainsi, toute la spéculation qui vend et achète via des contrats ne résultant en aucun autre changement que le versement d’une somme d’argent (même pas le déplacement d’une marchandise d’un point A à un point B) pourrait faire l’objet d’une interdiction très bénéfique pour l’utilité sociale des activités économiques et financières. Voir par exemple ce qu’en dit Paul Jorion, l’un des plus convaincus partisans de cette mesure.


T


Taux directeur
Taux d’intérêt de référence défini par la banque centrale. La banque centrale prête, achète des créances ou les revend à ce taux aux banques membres de manière potentiellement illimitée. Dès lors, ces dernières s’alignent sur ce taux car elles préfèrent se fournir auprès de la banque centrale si on exige trop d’elles ou à l’inverse perdent des contrats si elles exigent significativement plus.

Il y a en pratique plusieurs taux directeurs, avec l’un d’eux dominant. Les conditions d’obtention changent selon le taux directeurs : La BCE entre le 14 décembre 2011 et le 11 juillet 2012, par exemple, rémunérait les fonds inutilisés (dites réserves excédentaires, ici concerné par le « deposit facility ») à 0,25 %, acceptait ses transactions habituelles à 1,00 % (taux principal) et ne prêtait à ceux qui se faisait surprendre qu’à 1,75 %. Il y a d’autres subtilités, et chaque banque centrale propose son lot de taux directeurs à ses différentes conditions. Mais le schéma de base est le même : « Le point le plus crucial du système est le fait que la RBNZ ne met aucune limite au montant d’argent qu’elle emprunte ou prête aux taux se référant à l’OCR », et cela suffit à essentiellement déterminer les taux d’intérêt tant entre banques que ceux du Trésor. Notons au passage que cela signifie que le Trésor, par excellence trop-gros-pour-faire-faillite, ne sera jamais à court de monnaie, au taux directeur.


Trésor public
Souvent simplement appelé Trésor, parfois sans majuscule, le Trésor public est la caisse de l’État. Son fonctionnement est très particulier, tout comme la banque centrale est une banque très particulière, car ils sont des organes de l’État et que ce dernier est l’émetteur de sa monnaie. Cela génère un fonctionnement chartaliste du compte du Trésor, et non à l’instar des utilisateurs de sa monnaie comme les entreprises ou les ménages. Par exemple, afin de financer l’économie privée, il est nécessaire pour le Trésor d’opérer des déficits tant pour financer la reprise que pour financer la croissance, comme l’explique le néochartalisme.


Triple A
Voir AAA.

3 réponses à “Glossaire

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