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Conclusion des Programmes

Voici le dernier billet de la série Au programme ! C’est l’heure du bilan.

Les candidats ont fréquemment des propositions communes, ce qui confirme que les politiques ne font qu’appliquer les idées qui sont déjà dans l’air, et ne sont pas, intellectuellement, des forces motrices, sauf exception. Aucun n’adopte une vraie politique néochartaliste, en comprenant la nécessité du déficit, et en l’assumant pleinement. Au mieux, ils ont un gros doute quant à la pertinence du déficit zéro, au pire, lorsqu’ils n’y adhèrent pas, c’est parce qu’ils préfèrent ne pas y réfléchir. Donc, ce blog est nécessaire. Tous les candidats ne se valent pas loin de là, et ils sont par exemple plus ou moins volontaires et crédibles pour essayer la demi-solution protectionniste.

Le podium est donc le suivant :

  1. À la première place : personne. Il faudra en baver pour obtenir un bon salaire, par exemple en faisant concurrence aux petits Vietnamiens, aux petits Indonésiens, etc.
  2. Ceux qui allègent le fardeau du déficit zéro et sont protectionnistes. C’est-à-dire dans l’ordre mais dans un mouchoir de poche : Dupont-Aignan, Le Pen, Cheminade et peut-être Mélenchon. Ils s’arrangeront pour qu’on puisse plus facilement bénéficier des déficits chinois, vietnamiens et indonésiens que les habitants de ces pays, du moins par rapport au libre-échange.
  3. Ceux qui sont économiquement trop incohérents pour ne pas être dangereux, ou qui adhèrent trop au déficit zéro et au libre-échange pour éviter une grave récession (une dépression) à la France. À nouveau dans l’ordre mais dans un mouchoir de poche : Hollande, Sarkozy, Joly, peut-être Mélenchon, Bayrou, Poutou et Arthaud.

Bien sûr, ce classement n’est qu’un indice. Si on sent bien la différence majeure entre chaque marche du podium, entre deux candidats consécutifs, il est difficile de toujours garantir l’ordre tant les différences sont souvent minimes. Mélenchon est particulièrement insaisissable. Plus encore, cet ordre de préférence néochartaliste n’est pas le seul à décider du bulletin de vote, et les différences minimes, voire majeures, peuvent être balayées par d’autres considérations. J’espère néanmoins avoir aidé mes lecteurs à se faire une idée pour les scrutins des 22 avril et 6 mai prochain…

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Au programme : Nicolas Sarkozy

Et voici le dernier projet décortiqué dans la série Au programme, celui du candidat de l’UMP Nicolas Sarkozy.

Le président anti-austérité confirme son retournement de veste et annonce le déficit zéro dès 2016 et à 3 % dès 2013 (propositions nos 3 et 27), comme François Hollande, point à point (sauf un plus vague « en fin de mandat » de Hollande, le mandat s’achevant en 2017 et non 2016, qui suggère que Sarkozy est encore plus volontariste, plutôt une différence de caractère pour un même projet). Aucun ne comprend la nécessité du déficit public, tout deux semblent profondément accrochés à un pourtant impossible déficit zéro. L’UMP est totalement aux mains des libéraux rejetant toute la faute de la sous-activité sur les plus faibles, comme si l’austérité n’avait aucune conséquence sur cette activité, que les jeunes Grecs s’inoculant le sida pour toucher un revenu n’étaient que de simples tire-au-flanc. Mais non, ils doivent accepter de travailler pour une bouché de pain toujours plus petite, point final, comme l’illustre la proposition n° 7, obligeant à 7 heures de travaux d’intérêt général hebdomadaires les bénéficiaires du RSA. Il n’y a pas que Poutou et Arthaud pour mettre tout le monde dans un kolkhoze à force de refuser le déficit, c’est aussi ce vers quoi Sarkozy s’oriente, progressivement…

La semi-solution par défaut des exportations est la proposition n° 12 :

Exiger la réciprocité dans les échanges commerciaux entre l’Europe et le reste du monde. Si les négociations n’ont pas abouti d’ici un an, la France réservera ses marchés publics aux seules entreprises européennes, jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé.

C’est un des points les plus spécieux du programme. En plus d’être trop timide (la concurrence déloyale va bien au-delà des seuls marchés public) et d’être floue et lente (c’est un protectionnisme réactif et non préventif), la réciprocité exclut les autres membres de l’Union Européenne, à commencer par les pays de l’Est où on délocalise aussi, et les négociations ne seront pas incitatives du tout : aucun membre de l’Union Européenne n’a réellement intérêt à faire progresser le dossier puisqu’il a toujours accès aux marchés publics français, quant au reste du monde, on ne les voit pas du tout pousser ces pays membre à adopter de tels restrictions eux aussi. L’amélioration proposée est donc infinitésimale.

En général, le quinquennat de Sarkozy a prouvé qu’il n’était pas un leader européen autre qu’énergique : il n’a pas de vision alternative à offrir, et se couche devant son idéologie lorsqu’elle lui résiste trop, comme sur l’austérité. Cela présage très mal de la suite.

Nicolas Sarkozy, l’autre grand favori sondagier, est donc du point de vue néochartaliste au même niveau que Hollande, c’est-à-dire déjà très bas, et peut-être même un peu en-dessous encore, le flou artistique de Hollande invitant au bénéfice du doute…

À très bientôt pour les conclusions de la série Au programme.

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Au programme : Philippe Poutou

Avant-dernière d’Au Programme avec le projet du candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste

Beaucoup plus posé que Nathalie Arthaud de Lutte Ouvrière, le Nouveau Parti Anticapitaliste (qui ne se définit plus comme communiste) lui ressemble néanmoins beaucoup dans le ton comme dans les propositions ainsi qu’à Jean-Luc Mélenchon. Le programme prend ainsi une dizaine de page pour brosser un tableau général de la crise, avant d’exposer le programme lui-même. Il n’y a pas jusqu’aux personnalités respectives de Poutou et d’Arthaud qui ne reflètent cela.

Parmi les propositions on retrouve le revenu minimum à 1 700 euros (page 14) d’Arthaud et Mélenchon, et comme la première on retrouve l’annulation de la dette publique (page 15) et la taxation des plus riches pour chercher à équilibrer le budget (page 16, en commençant par les fameuses niches fiscales). Brièvement, je répète ce que j’avais dit pour Arthaud : la suppression de la dette publique supprimera une part significative de l’actif du bilan des banques, provoquant une crise en chaîne, car ces dernières sont tout simplement trop fragiles pour encaisser un tel choc. L’effet combiné de l’effondrement du crédit et de la réduction des déficits publics serait une puissante dépression économique, amplifié par diverses mesures comme l’interdiction des licenciements et des suppressions d’emploi (page 13). Heureusement, et comme pour Arthaud et Mélenchon, sa volonté de ne laisser personne sur le carreau le mènera à employer tout le monde par l’État, ce qui aboutira toutefois à une expérience type soviétique. Sauf peut-être s’il est indulgent quant au déficit (c’est bien possible, ils ne sont manifestement pas attachés à l’orthodoxie économique) ce qui donnerait de l’oxygène au secteur privé, et lui permettrait, peut-être, de surmonter suffisamment les entraves précédemment citées, ainsi que les autres.

Poutou propose aussi de s’appuyer sur les mouvements populaires, des Indignados, des 99 %, etc. à travers l’Europe pour refonder l’Union Européenne tout en restant en elle, par principe internationaliste, à l’instar de Mélenchon. Comme pour ce dernier, on voit mal comment, après avoir réussi le tour de force de s’imposer en France, ils réussiront celui de s’imposer partout en Europe, et ce d’autant plus qu’ils donnent l’impression que chaque pays membre dispose d’un droit de veto sur l’évolution de tous les autres, tant que ces derniers refusent d’avoir un destin assumé en propre, seulement un destin européen.

Comme Arthaud et au contraire de Mélenchon qui faisait preuve d’un protectionnisme embryonnaire, Poutou ne fait même pas semblant d’essayer l’échappatoire par les exportations.

On retrouve les apories habituelles de l’extrême gauche : un volontarisme à courte vue faute d’une vraie réflexion économique ; un idéalisme universaliste qui les empêche de devenir concrètement réalisable tant la subdivision entre ceux qui veulent le destin espéré et ceux qui le refusent ne peut pas se limiter simplistement à la division entre travailleurs et capitalistes. Philippe Poutou est un personnage sympathique, mais candidat du NPA, avec un idéologie qui le classe sur les questions monétaires aux alentours d’Arthaud, un peu au-dessus peut-être, et qui ne peut pas emporter l’assentiment néochartaliste, même s’il peut emporter un assentiment sous d’autres aspects politiques.

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Au programme : Jean-Luc Mélenchon

Nous poursuivons la série Au programme avec le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon, dont voici le programme.

Dans l’ensemble Mélenchon donne l’impression d’une Nathalie Arthaud hyper-revendicative, mais avec de la réflexion économique, ce qui est fortement bienvenue. Parmi ces revendications, le Smic à 1 700 euros brut (et même net pendant la législature, page 5), retraite à 60 ans à taux plein, etc. Certaines mesures sont plus originales comme celle consistant à limiter à 20 le rapport entre le salaire le plus élevé et celui le plus faible au sein d’une même entreprise. Elle illustre assez bien l’« esprit Mélenchon » : s’intéresser d’abord au résultat espéré, puis le décréter, plutôt que de partir depuis le fonctionnement effectif de l’économie pour à l’inverse tendre ensuite vers l’idéal. Les deux ont leurs forces et faiblesses, l’optique néochartaliste consiste à d’abord dresser l’état des possibles (par exemple en vérifiant les possibilités réelles du crédit, ou en comprenant les nécessités comptables de la croissance) et ensuite à avancer l’idéal en conséquence, l’idéal étant dans les deux cas une société où tous s’enrichissent et où une relative égalité facilite la cohésion d’ensemble.

Dans le cas particulier du ratio maximal de salaires, on pourrait croire à un désastre à la Nathalie Arthaud : pour pouvoir mener leur course à la rémunération la plus haute possible, l’entreprise délocaliserait par externalisation de toutes ses activités à faibles salaires (qui diminuerait donc encore), subdivisant encore plus le monde des entreprises en grandes multinationales exploitant de petites entreprises trop impuissantes pour faire autre chose que garder la tête hors de l’eau. Mais Mélenchon complète par une taxation des produits délocalisés et réimportés ce qui compense partiellement le problème (page 15). Partiellement parce que les entreprises étrangères pourront toujours laminer avec leurs salaires de misère la production nationale, et aussi parce que les entreprises peuvent se subdiviser entre deux entreprises françaises : l’une à forte valeurs ajouter, l’autre pour sortir les plus misérables de son ratio salarial. Que fera Mélenchon ? Il adossera le ratio non au salaire minimal d’une entreprise mais au Smic, par exemple ? Mélenchon se gausse de ceux qui préféreront partir plutôt que de limiter leur perspectives de rémunération. Mais il est rare que les motivations des personnes mêmes les plus bienfaisantes soient univoques : il est plus facile d’être nettement altruiste si, en plus, cela est personnellement profitable…

Pour le budget public, le même défaut partiellement compensé se retrouve. Mélenchon est très conservateur, il veut garder l’euro, les banques privés, le pseudo-financement du budget public par les banques etc. Mais il ne veut pas des conséquences aussi essaie-t-il de ménager à la fois les institutions de la libérale Union Européenne ainsi que son idéal antilibéral : pages 27-28, il dit vouloir combattre « le Pacte pour l’Euro+ et le « semestre européen » qui veulent imposer l’austérité à vie aux peuples et nier la souveraineté de leurs représentants. » et organiser « un référendum sur ces dispositions nouvelles et nous ferons campagne pour qu’elles soient rejetées » et prône même la « désobéissance » face à Bruxelles. Enfin, il veut financer des projets de relance, au niveau européen, de projets sociaux et environnementaux comme Éva Joly, par la BCE et la création monétaire pure (page 12). De là, plusieurs possibilités : soit il a l’accord européen, ce qui serait un tour de force, et parvient à répartir la chose de manière à ce que la France en profite suffisamment, alors il gagnerait son pari ; soit trop de pays reste suffisamment cramponnés au dogme de l’austérité et s’alarment de la naissance d’une « incontrôlable planche à billets », et il se retrouve isolé. Sachant que les gouvernements européens qui perdent les élections laissent la place à des gouvernements tout aussi austères voire plus, il est douteux que la campagne mélenchonnesque remporte un grand chelem européen, Allemagne incluse. Et alors, si en plus, revenu à la nation française, il renonce (ce qu’on suspectera puisqu’il refuse d’en brandir la menace avec détermination), alors il ressemblera comme deux gouttes d’eau à Sarkozy promettant d’éviter l’austérité et la récession qui en découle en 2008, puis faisant précisément cela avec une récession de retour juste au moment des élections…

Jusqu’où Mélenchon osera désobéir ? Son entêtement et sa verve plaident pour un jusqu’au-boutisme, son passé socialiste, sa ruminante hésitation pour quitter le PS après le référendum de 2005 et ses convictions internationalistes qui refusent un destin français plaident contre lui. Le côté brouillon de ses propositions, bien qu’elles soient autrement plus cohérente que celles de Nathalie Arthaud, pourrait bien suffire à faire pencher la balance du mauvais côté. Que fera-t-il de sa monomanie sur la lutte des classes ? Un blocage intellectuel ou une capacité à passer outre les conventions établies ?

Trop outrancier pour ne pas susciter la suspicion, trop réfléchi pour ne pas emporter quelques convictions, trop contradictoirement passionné pour être prévisible, Jean-Luc Mélenchon est le candidat le plus imprévisible qui m’ait été donné à étudier jusqu’ici (le huitième sur dix). En moyenne mais avec une grosse marge d’erreur, Mélenchon se situe quelque part entre Hollande et Le Pen d’un point de vue néochartaliste, mais avec la possibilité d’être meilleure qu’elle ou de talonner la lanterne rouge Arthaud.

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Au programme : Marine Le Pen

Septième numéro d’Au programme avec le projet (au milieu du menu en haut à droite) de Marine Le Pen du Front National.

Il a beaucoup été dit sur les médias dominants qu’elle avait été plutôt brouillonne sur les questions économiques. C’est largement justifié, mais comme nous allons le voir, ça reste globalement plus cohérent que la moyenne des candidats, même celle des seuls Hollande et Sarkozy.

Le Pen a parcouru la réflexion néochartaliste jusqu’au point où y avait été contraint Milton Friedman : elle est pour un « déficit structurel zéro », sachant que le déficit structurel et le déficit conjoncturel sont à peu près aussi difficiles à estimer que le chômage déflationniste et le chômage stabilisant l’inflation (NAIRU), cela s’annonce aussi mal que pour les deux principaux candidats du PS et de l’UMP (le Traité de Stabilité de Coordination et de Gouvernance voté par Sarkozy préconise, de manière légèrement plus souple, un déficit structurel limité à 0,5 % du PIB). Que Le Pen cherche sincèrement à l’appliquer est d’autant plus crédible qu’elle est pour un État fort, au sens de strict, et qu’elle a un temps souhaité un retour à l’étalon métallique (incompatible avec le néochartalisme comme l’avait expliqué Milton Friedman dans le même article, et comme l’a récemment expliqué Ben Bernanke président de la Fed). C’est ensuite que les subtilités commencent.

La première, bien connue de mon lecteur, consiste à faire du protectionnisme, c’est l’échappatoire insatisfaisante du commerce extérieur pour qui ne comprend pas la nécessité du déficit. Elle y est particulièrement crédible, beaucoup plus que Hollande ou Joly, notamment parce qu’elle est prête à la confrontation avec l’Union Européenne qui a fait du néolibéralisme sa raison d’être.

La seconde subtilité, elle aussi bien connue, consiste à faciliter la codécision du déficit, en ordonnant à la Banque de France de procéder à des avances au Trésor. Là encore, c’est très crédible, car elle préconise la sortie de l’euro plutôt que de renoncer à ce projet. Mais sa conviction d’éviter un déficit structurel la gênera, modérément, dans l’accomplissement des nécessaires déficits.

Mais la subtilité d’entre les subtilités, c’est justement que derrière les idées fortes ne se cache que très mal une réflexion qui se cherche encore. J’ai dit que l’idée qu’elle a eu de retourner à un étalon métallique était un indice défavorable quant à sa souplesse d’esprit monétaire. Certes, mais elle a abandonné cette idée. J’ai dit qu’elle voulait un déficit zéro. Certes, mais elle insiste par deux fois sur l’emploi (ici et ) au point que la nécessité d’un déficit zéro « structurel » pâlit en comparaison. De là à penser qu’elle préférera une définition laxiste du déficit conjoncturel plutôt que d’accepter une hausse du chômage, il y a un pas qui est aisé à franchir. Sarkozy, pour prendre celui à qui on a beaucoup comparé le FN comme référence, est beaucoup moins crédible lorsqu’il affirme vouloir défendre l’industrie, l’emploi et la croissance, mais renie ses promesses au nom de l’Europe. Enfin, suprême subtilité dans cette mutation en cours, le FN est la créature de Jean-Marie Le Pen, mais c’est maintenant Marine sa fille qui le plie progressivement à sa propre sensibilité. On a déjà suffisamment de quoi constater pour affirmer sans risque qu’elle n’adhère pas au reaganisme néolibéral de son père, et qu’elle lui préfère un État beaucoup plus activement protecteur et décideur. Là encore, cela suggère une suite accommodante du point de vue néochartaliste.

Indubitablement, Marine Le Pen, sur le plan des questions économiques et en particuliers monétaires, se situe en haut du classement, aux alentours de Dupont-Aignan, probablement juste derrière, loin devant Sarkozy ou Hollande, très loin devant Bayrou et Arthaud. Reste, comme à chaque fois, à chacun de pondérer ce jugement en fonction de tous les autres critères de sélection des candidats…

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Au programme : Éva Joly

Sixième numéro d’Au programme avec le projet d’Éva Joly, la candidate d’Europe Écologie – Les Verts.

Il y a peu de choses développées sur les questions monétaires dans le programme d’Éva Joly, tout tient dans quelques propositions des pages 37 et 67. En voici la substance : ceux qui ont élaboré le projet dont Éva Joly n’ont manifestement pas beaucoup de goût pour ces questions, aussi sont-elles traités en biais via des thèmes qui leur sont chers, selon un grand conformisme idéologique et avec pour résultat beaucoup d’incohérence. En voici le détail :

Page 67, ils nous font part de leur rejet de l’équilibre du budget publique comme idéal moral, normal, c’est une ineptie libérale. C’est leur soucis des citoyens qui prime. Pour transformer en actes cette ambition, ils proposent un Pacte de Développement Écologique et Social supplantant les critères de Maastricht et qui comporte un plan d’investissement financé par la BCE (page 37). En général, ils veulent le fédéralisme européen, et en particulier, ils souhaitent des euro-obligations, c’est-à-dire des bons du Trésor européens, solution archétypique chez les fédéralistes européens, et consistent à fusionner les dettes de tous les États de manière à empêcher les spéculateurs de brusquer les cours de telle ou telle dette nationale. Sauf que la chose est à peine plus réaliste que le bloc eurasiatique de Jacques Cheminade : l’Allemagne refuse d’avouer l’ineptie de sa politique et préfère infliger une austérité désastreuse aux pays pris dans ces engrenages. Pourquoi tout le monde serait soudainement d’accord pour des euro-obligations, proposition déjà faite aux plus hauts échelons européens, et toujours pas lancée ? Le charisme irrésistible d’Éva Joly ? Une politique proposée à l’échelon européen et qui n’est pas assorti d’une clause avertissant qu’on la ferait au niveau national en cas d’échec des laborieux pourparlers européens n’est tout simplement pas crédible.

Pire encore, si un choc des rhéteurs se produit, c’est très certainement Éva Joly qui perdra, parce qu’elle n’est elle-même pas convaincu par son projet : page 67, la déclaration de guerre à l’austérité est la suivante « Pas d’austérité mais une réduction soutenable du déficit Public », avec notamment 30 milliards d’euros d’augmentation des impôts « pour réduire le déficit » et un laïus annonçant à trois-quarts de mot l’austérité qu’elle accomplira malgré ses dénégations :

Réduire le déficit public (État et sécurité sociale) de 1 point de PIB par an revient à diminuer ce déficit d’environ 20 milliards. Par ailleurs, la faible croissance implique de moindres rentrées fiscales et de plus grandes dépenses sociales. Le surcoût pour l’État est évalué à au moins 10 milliards. C’est le chemin à la fois juste et responsable que je vous propose.

Et qu’on ne croit pas qu’une croissance anémique pourrait révolter Joly jusqu’à la décider à gonfler l’investissement, quitte à gonfler le déficit, et donc à aérer le secteur privé :

La lucidité, c’est d’assumer le fait que le temps de la croissance forte est derrière nous. Nous devons maintenant nous organiser pour vivre dans un monde à croissance faible.

Et en général, les écologistes sont des personnes qui prônent volontiers la frugalité, que les circonstances semblent favoriser ce penchant ne les dérangeraient pas, tout au contraire.

Comment croire qu’Éva Joly mènera une politique s’approchant du néochartalisme ? Les quelques timides avancées en ce sens sont contrebalancées par des propositions qui pourraient bien rigidifier encore la politique européenne : les exigences européennes et allemandes en particulier sont exorbitantes pour les FESF et pour le MES, qu’en sera-t-il pour des euro-obligations ? Et ce n’est pas une fois qu’Éva Joly nous aura mis dans ce piège qu’elle aura la vision, les convictions, et la volonté pour nous en sortir. Ce sont justement ses convictions et sa volonté qui nous y mettrons. On ne peut pas voter Éva Joly ne serait-ce que partiellement au nom du néochartalisme.

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Au programme : François Hollande

Nous voici à mi-chemin de la série Au programme avec cette fois le projet présidentiel du candidat du Parti Socialiste François Hollande.

François Hollande jouit d’une réputation de fin manœuvrier et on peut le constater sur les questions monétaires : face à la situation actuelle, il est à la fois pour et contre, et chacun peut y entendre ce qu’il veut.

Contre : son vote ainsi que celui des socialistes conte la règle d’or sauce Sarkozy ; sa promesse de mettre au pas les banques sous tous leurs aspects (juridiction, type d’activité, statut fiscal, etc.) lors de la proposition n° 7 ; son retour sur l’actuel Traité sur la Stabilité la Coopération et la Gouvernance (proposition 11) en faveur d’un autre désirant « sortir de la crise et de la spirale d’austérité qui l’aggrave ». Voilà qui flatte l’oreille néochartaliste, et plus généralement l’expérience commune quant au résultat d’une politique d’austérité. Mais ce n’est pas tout le discours de François Hollande.

Pour : deux propositions plus tôt (n° 9 donc), il affirme vouloir ramener le déficit à 3 % dès 2013 (contre 4,4 % de prévu officiellement pour 2012), et le déficit zéro en fin de mandat, c’est-à-dire une politique d’austérité forte dans la droite ligne de Sarkozy. Ce qui classe Hollande parmi ceux qui croient que le gouvernement doit s’autoriser un déficit en période de crise, et un surplus pour compenser en période de croissance, sans comprendre que le déficit qui renfloue lors de la crise et aussi celui qui finance lors de la croissance car le crédit n’est qu’un petit tour de prestidigitateur amplifiant le cycle économique. Il est osé de croire que ce défaut sera significativement compensé par du protectionnisme et une croissance financée par les déficits étrangers, car il est très vague sur son ambition de juste échange. Emmanuel Todd analysait pertinemment que si on a peur du mot protectionnisme, c’est qu’on a peur de la chose. Pour la régulation financière, il a tantôt affirmé que le monde de la finance est son ennemi, tantôt affirmé que la finance ne devait pas avoir peur de la régulation qu’il proposait et qu’il disait ça pour plaire au peuple, qu’il a les mêmes conseillers qu’Obama. Sachant qu’Obama fut le candidat le plus financé par Wall Street de l’histoire américaine, et que sa régulation est un gruyère avec plus de trous que de matière, Dodd-Frank en premier, on comprend bien la démagogie populiste actuelle et la désillusion qui s’ensuivra.

Ce n’est pas le Parti Socialiste qui l’en empêchera, lui aussi est très massivement pro-Union Européenne. Aucune sortie de l’euro, sous quelque forme que ce soit n’est envisageable pour eux, et le déficit zéro est une conséquence naturelle d’être tous liés par la même monnaie. Au mieux, on peut s’attendre à ce que Hollande se montre particulièrement peu pugnace dans la réalisation de ses objectifs que, par exemple, François Bayrou qui est un convaincu, mais pas qu’il oriente la France dans la bonne direction. Il est extrêmement difficile de ne pas constater que le Parti Socialiste a une part entière de responsabilité dans la faillite de la génération politique actuelle. Ce n’est pas un double discours qui peut convaincre qu’ils ont enfin changé.

François Hollande, clairement, n’est pas un candidat néochartaliste. Il est trop flou pour pouvoir être pleinement identifié quant à ses convictions profondes, s’il en a sur ces sujets, et les concessions qu’il fait semblent beaucoup plus tenir du rapport de force entre le besoin électoral et ses bonnes relations avec l’élite libérale, rapport de force qui changera instantanément avec la fin des élections. Face à la crise toujours plus profonde que cause le parachèvement de l’entreprise libérale, il faut plus que du suivisme électoraliste ralentissant la progression de la maladie. C’est pourquoi, sur les questions monétaires François Hollande ne peut-être préféré qu’aux pires candidats de ces élections, comme Nathalie Arthaud.

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Au programme : Nicolas Dupont-Aignan

J’avais déjà traité Nicolas Dupont-Aignan lors de son passage à On n’est pas couché, et ce billet pour la série Au programme confirme la première impression.

Dans son projet, le candidat du parti Debout la République Dupont-Aignan propose lui aussi la sortie de l’euro en faveur d’un retour à l’ECU du Système Monétaire Européen l’ayant précédé, ou quelque chose d’approchant (proposition 6). C’est une bonne proposition : Le fait que la monnaie européenne ne soit qu’un panier de monnaies nationales permet à chaque État membre de réajuster son taux de change en fonction des priorités monétaires et fiscales qui lui sont propres ; bien qu’un tel système ne soit probablement pas suffisamment flexible encore pour une politique pleinement néochartaliste, c’est bien cela vers lequel il tend, et avec un bond déjà très significatif comme le montre les croissances respectives de la période avec euro et des décennies l’ayant précédé.

Là où il diverge explicitement, c’est sur l’équilibre budgétaire : très explicitement, Nicolas Dupont-Aignan souhaite « financer toutes ses mesures par les recettes générées par le retour de l’activité économique, qui sera facilité par la sortie de l’euro, le protectionnisme intelligent et la baisse des charges » (proposition 14). C’est la sempiternelle impasse du salut par l’exportation qui n’aboutit qu’à nous faire travailler pour la prospérité des États étrangers plutôt que du nôtre. Mais ne le condamnons pas précipitamment. En effet, Dupont-Aignan propose un budget « mieux » équilibré, c’est-à-dire pas nécessairement pleinement à l’équilibre, et souhaite limiter la codécision de la création monétaire au Trésor et à la Banque de France, via des crédits à 0 % (abrogation de la loi de 1973 ; proposition 7), en évinçant donc les banques commerciales si parasitaires et nocives dans les décision de financement de l’État. On pourra donc attendre potentiellement éternellement que « le retour de l’activité économique » finance le budget de l’État, mais n’ayant pas complétement les idées au clair, les décideurs politiques risquent de bêtement précipiter le mouvement en faisant de l’austérité, avant de relâcher la pression aussitôt qu’il constate l’affaiblissement de l’économie. Sur le long terme, ce petit garrot lancinant peut coûter très cher. Pourtant, le besoin de financement de l’économie à déficit public continu est un fait. L’idée que Nicolas Dupont-Aignan croit très naïvement que les États étrangers ne se financent pas par déficit est démontré par sa proposition nos 8 et 30 et plus encore ses appels à un « protectionnisme intelligent ». Bref, il suffirait que tout le monde travaille pour que tout le monde passe naturellement du troc au marché.

Nicolas Dupont-Aignan est un candidat crédible, et parmi ce qui se fait de plus proche du néochartalisme parmi les dix candidats. Même en tenant compte de ses approximations sur le commerce international, la mise en œuvre d’un tel projet serait une grande amélioration par rapport à la situation présente. 2narque ayant sacrifié lui aussi ce qui s’annonçait comme une belle carrière au sein de l’UMP et n’ayant que peu varié sur ses positions depuis de nombreuses années, il est éminemment crédible lorsqu’il affirme vouloir accomplir ce projet. C’est sur des sujets annexes, comme la politique étrangère ou sa personnalité, qu’on peut vraiment le départager d’un Jacques Cheminade.

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Au programme : Jacques Cheminade

Suite de la série sur les présidentielles Au programme avec Jacques Cheminade, candidat du parti Solidarité & Progrès, qui avait déjà tenté de se présenter aux présidentielles de 1981 et 2002 et avait réuni ses 500 signatures pour celles de 1995. Cette fois, il a minutieusement préparé le terrain jusqu’à réunir 538 signatures et fait donc partie des 10 candidats officiels.

Jacques Cheminade diplômé d’HEC et de l’ENA ne semble pas avoir non plus pleinement réfléchi aux questions monétaires, préférant les « vrais » projets, ce qui donne un tableau assez convenu pour ce genre de candidat anti-système :

Il propose de raboter les niches fiscales, et une augmentation générale des impôts, c’est-à-dire qu’il suppose presque explicitement le prétendu impératif de l’équilibre budgétaire. Ainsi de la formule introductive — qui rappelle le début de campagne de François Bayrou — : « Prétendre ne pas augmenter les impôts après 2012 serait mentir. ». Mais il n’est pas libéral et n’en fait donc pas un principe moral, et il y ajoutent des réductions sur les charges sociales ainsi que des projets de grands travaux, dépenses qui vont trop à l’encontre de cet objectif affiché pour ne pas faire comprendre qu’il est du type politicien keynésien d’immédiat après-guerre. Cette impression est encore renforcée par sa déclaration en faveur d’avance au Trésor, dénonçant la loi de janvier 1973. Cheminade effleure du doigt le problème et le résoudra, même semi-consciemment. Bien que ses explications assimilant le crédit à une simple avance sur investissement sont encore très primitives, son attachement viscéral à défendre la dignité individuelle contre la seule logique de puissance fait qu’il préférera investir en une variante de l’Employeur en Dernier Ressort, quitte à assumer les risques inflationnistes de salaires au prix du marché, plutôt que de laisser la misère s’installer au nom du déficit zéro : « Le système de crédit productif public est au contraire un pari sur l’avenir, c’est-à-dire sur le propre de l’homme, qui est de créer. Il est intrinsèquement anti-oligarchique et anti-impérial car il respecte la personne humaine. » l’emphase est originelle.

Il ne semble pas pleinement percevoir la délicate question du pouvoir, notamment que les systèmes impériaux sont généralement aussi impitoyables pour préserver leur pouvoir qu’indifférents à la nature et aux modes de vie de leurs provinces ; qu’à l’inverse, son système très centralisé pourrait par contrecoup absorber la société civile d’autant plus certainement qu’un déficit zéro empêcherait le secteur privé de se développer, et que les grands projets publics financés par de nouveaux impôts accroîtraient inexorablement la part de l’État dans le PIB. Paradoxalement, tant les Anglo-Saxons effraient Jacques Cheminade, il est prêt à constituer un vaste empire eurasiatique avec ce principe. Mais, étant donné l’impossibilité de créer une Europe fédérale même avec l’oligarchie en place, de la différence que représentent les pays asiatiques ainsi que de la démultiplication des blocages des discussions en raison de l’opposition de tel ou tel de ces si nombreux membres, et de la fermeté de ses convictions donc de l’absence de souplesse négociatrice qui en découle, c’est la seconde option qu’il préconise qui se réaliserait : l’émancipation de la France qui serait enfin dirigée (certes, je force le trait). Il n’y a qu’à voir avec quelle célérité il lâche l’euro-franc polytechnique en faveur du franc polytechnique. On retrouve, ne manquons pas de le souligner, ce côté ingénieur qui, sans être du moindre apport en science économique, a la très fâcheuse habitude de réduire le complexe humain socio-économique à une machine bien huilée. — Paradoxalement ce sont souvent les ingénieurs qui ont le plus de mal à dissocier la monnaie de ce qu’elle paie, trop habitué à assigner identifier la réalité physique à la modélisation qu’ils en font ! — Si on en juge par son renouveau de la culture tourné vers la raison au détriment du sentiment, on peut en être convaincu ; la première phrase « Nous sommes en guerre. », ne plaide pas pour l’équilibre entre sensibilité et raison, alors que la culture (du moins une philosophie digne de ce nom) est au contraire le moteur contre toute conspiration, et non l’inverse.

Sincèrement convaincu d’œuvrer pour tous et chacun, volontaire, déterminé, ayant sacrifié ce qui s’annonçait comme une belle carrière en faveur de ses convictions, adouci par l’expérience (il a 70 ans), Jacques Cheminade, même sur le plan strictement monétaire, est assurément celui qui attire le plus la sympathie d’un néochartaliste parmi les trois candidats déjà étudiés. Reste pour chacun à se faire un opinion sur les autres aspects de son projet, politique étrangère notamment, et de sa personnalité pour éventuellement le préférer aux neuf autres.

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Au programme : François Bayrou

Deuxième partie de la série Au programme, avec le projet du candidat de l’UDF.

François Bayrou en avait fait un cheval de bataille dès la campagne de 2007, il réitère son engagement de réduire la dette : le déficit zéro est cette fois promis pour 2016 et l’inscription dans la constitution de la règle d’or (une appellation beaucoup plus méritée qu’on ne le pense vu qu’elle nous fait retourner au temps de l’étalon-or, lorsque le budget public était « à sec » pour financer la croissance ou stabiliser les récessions voire les dépressions…). Il ne précise pas ce qu’il entend exactement par « règle d’or » et s’est abstenu de voter pour celle de juillet 2011. Je suppose donc que Bayrou est un dur, et ne veut pas de la version édulcorée de l’année dernière (qui prévoit, par exemple, que le sauvetage de la Grèce ne fasse pas partie du déficit, on ne sait pourquoi, ou plutôt on sait trop bien pourquoi).

Nous supposerons donc que Bayrou, sincèrement convaincu qu’il faille supprimer d’autorité le déficit public, veut rien de moins que toutes les dépenses de l’État, incluant la charge de la dette, doivent avoir leur contrepartie en recettes pour le Trésor. Pour la méthode, Bayrou choisit à moitié la réduction des dépenses publiques, et à moitié l’augmentation des impôts, et il tient à nous le faire savoir. Centriste un jour, centriste toujours.

En supposant qu’il y parvienne, qui fera les déficits nécessaires au fonctionnement de l’économie ? Par nécessité logique, Bayrou obligera l’économie française à croître par l’exportation. Or, Bayrou est favorable à l’euro et au libre-échange. Tout au plus favorise-t-il un patriotisme du consommateur avec le « fabriqué en France ». Il n’y a par exemple, aucune mesure prévue contre l’Allemagne, avec laquelle nous ne pouvons dévaluer, puisque tous deux au sein de l’euro. Le reste du monde, notamment les États-Unis ne se laisseront pas faire facilement et font déjà du protectionnisme notamment par le taux de change, tel le Royaume-Uni près de chez nous qui a dévalué de 30 % la livre sterling en 2008. Enfin, les autres membres de la zone euro seront sans nul doute contraints à la même rigueur, comme les Grecs. La bataille pour exporter à la place de son voisin sera donc acharné : chacun voulant arracher la maigre émission monétaire étrangère sans en faire une de son côté. Le pire, c’est que, même en supposant que ça réussisse, nous aurons pour cela bradé nos biens et nos services en faveur du train de vie d’étrangers, c’est-à-dire de personnes qui ne nous retournerons pas facilement leur prospérité à laquelle nous aurons durement contribué.

Ça n’apportera même pas la croissance. Cette stratégie, l’Allemagne la tente déjà depuis quelques années, et selon l’OCDE, le PIB réel de l’Allemagne a cru de 1,0 % en moyenne de 2003 à 2010 contre 1,1 % pour la France, ou 0,9 % pour le Japon qui a la même stratégie que l’Allemagne et pouvant dévaluer son yen. Mirobolant (un excellent article éventant le mythe allemand, via le manifeste pour un débat sur le libre-échange). Il faut encore intégrer dans cet état de fait qu’il y aura alors encore moins de déficits publics à travers le monde à se départager, donc, ce chiffre famélique est encore à réviser à la baisse, et rien ne garantit qu’il ne deviendra pas négatif.

On peut estimer que Bayrou, centriste, infléchira sa politique suite aux déconvenues. J’en doute : Bayrou n’est pas de ces centristes qui renient beaucoup pour une alliance, au contraire, il a abondamment prouvé préférer la solitude et ses convictions à l’exercice du pouvoir. Ne serait-ce que par son sens de l’honneur donc, il est susceptible d’attendre la fin de son quinquennat pour réaliser son erreur. En plus, Bayrou est convaincu par l’Europe, et notamment l’euro. Or, comme on pet le constater entre la Grèce et l’Allemagne, qu’un pays puisse s’octroyer le seigneuriage afférant au déficit public alors que d’autres s’en prive est tabou dans le fonctionnement de l’euro. Donc, il sacrifiera les nécessités monétaires aussi par européisme. Enfin, les personnes qu’il est susceptible de recruter, tant au centre-droit qu’au centre gauche, partagent ces mêmes convictions, et ne pourront donc le corriger par leur influence.

Conclusion

François Bayrou se présente comme un candidat anti-système, mais il est extrêmement conformiste sur les questions monétaires, n’ayant comme différence avec les deux partis dominants que de vouloir être le premier de la classe, sans comprendre que le professeur libéral lui raconte des inepties. On ne peut donc voter pour lui au nom du néochartalisme. Sur le plan strictement économique, il s’en sort mieux que Nathalie Arthaud, mais faire pire eût été une prouesse.

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