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Conclusion des Programmes

Voici le dernier billet de la série Au programme ! C’est l’heure du bilan.

Les candidats ont fréquemment des propositions communes, ce qui confirme que les politiques ne font qu’appliquer les idées qui sont déjà dans l’air, et ne sont pas, intellectuellement, des forces motrices, sauf exception. Aucun n’adopte une vraie politique néochartaliste, en comprenant la nécessité du déficit, et en l’assumant pleinement. Au mieux, ils ont un gros doute quant à la pertinence du déficit zéro, au pire, lorsqu’ils n’y adhèrent pas, c’est parce qu’ils préfèrent ne pas y réfléchir. Donc, ce blog est nécessaire. Tous les candidats ne se valent pas loin de là, et ils sont par exemple plus ou moins volontaires et crédibles pour essayer la demi-solution protectionniste.

Le podium est donc le suivant :

  1. À la première place : personne. Il faudra en baver pour obtenir un bon salaire, par exemple en faisant concurrence aux petits Vietnamiens, aux petits Indonésiens, etc.
  2. Ceux qui allègent le fardeau du déficit zéro et sont protectionnistes. C’est-à-dire dans l’ordre mais dans un mouchoir de poche : Dupont-Aignan, Le Pen, Cheminade et peut-être Mélenchon. Ils s’arrangeront pour qu’on puisse plus facilement bénéficier des déficits chinois, vietnamiens et indonésiens que les habitants de ces pays, du moins par rapport au libre-échange.
  3. Ceux qui sont économiquement trop incohérents pour ne pas être dangereux, ou qui adhèrent trop au déficit zéro et au libre-échange pour éviter une grave récession (une dépression) à la France. À nouveau dans l’ordre mais dans un mouchoir de poche : Hollande, Sarkozy, Joly, peut-être Mélenchon, Bayrou, Poutou et Arthaud.

Bien sûr, ce classement n’est qu’un indice. Si on sent bien la différence majeure entre chaque marche du podium, entre deux candidats consécutifs, il est difficile de toujours garantir l’ordre tant les différences sont souvent minimes. Mélenchon est particulièrement insaisissable. Plus encore, cet ordre de préférence néochartaliste n’est pas le seul à décider du bulletin de vote, et les différences minimes, voire majeures, peuvent être balayées par d’autres considérations. J’espère néanmoins avoir aidé mes lecteurs à se faire une idée pour les scrutins des 22 avril et 6 mai prochain…

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Au programme : Éva Joly

Sixième numéro d’Au programme avec le projet d’Éva Joly, la candidate d’Europe Écologie – Les Verts.

Il y a peu de choses développées sur les questions monétaires dans le programme d’Éva Joly, tout tient dans quelques propositions des pages 37 et 67. En voici la substance : ceux qui ont élaboré le projet dont Éva Joly n’ont manifestement pas beaucoup de goût pour ces questions, aussi sont-elles traités en biais via des thèmes qui leur sont chers, selon un grand conformisme idéologique et avec pour résultat beaucoup d’incohérence. En voici le détail :

Page 67, ils nous font part de leur rejet de l’équilibre du budget publique comme idéal moral, normal, c’est une ineptie libérale. C’est leur soucis des citoyens qui prime. Pour transformer en actes cette ambition, ils proposent un Pacte de Développement Écologique et Social supplantant les critères de Maastricht et qui comporte un plan d’investissement financé par la BCE (page 37). En général, ils veulent le fédéralisme européen, et en particulier, ils souhaitent des euro-obligations, c’est-à-dire des bons du Trésor européens, solution archétypique chez les fédéralistes européens, et consistent à fusionner les dettes de tous les États de manière à empêcher les spéculateurs de brusquer les cours de telle ou telle dette nationale. Sauf que la chose est à peine plus réaliste que le bloc eurasiatique de Jacques Cheminade : l’Allemagne refuse d’avouer l’ineptie de sa politique et préfère infliger une austérité désastreuse aux pays pris dans ces engrenages. Pourquoi tout le monde serait soudainement d’accord pour des euro-obligations, proposition déjà faite aux plus hauts échelons européens, et toujours pas lancée ? Le charisme irrésistible d’Éva Joly ? Une politique proposée à l’échelon européen et qui n’est pas assorti d’une clause avertissant qu’on la ferait au niveau national en cas d’échec des laborieux pourparlers européens n’est tout simplement pas crédible.

Pire encore, si un choc des rhéteurs se produit, c’est très certainement Éva Joly qui perdra, parce qu’elle n’est elle-même pas convaincu par son projet : page 67, la déclaration de guerre à l’austérité est la suivante « Pas d’austérité mais une réduction soutenable du déficit Public », avec notamment 30 milliards d’euros d’augmentation des impôts « pour réduire le déficit » et un laïus annonçant à trois-quarts de mot l’austérité qu’elle accomplira malgré ses dénégations :

Réduire le déficit public (État et sécurité sociale) de 1 point de PIB par an revient à diminuer ce déficit d’environ 20 milliards. Par ailleurs, la faible croissance implique de moindres rentrées fiscales et de plus grandes dépenses sociales. Le surcoût pour l’État est évalué à au moins 10 milliards. C’est le chemin à la fois juste et responsable que je vous propose.

Et qu’on ne croit pas qu’une croissance anémique pourrait révolter Joly jusqu’à la décider à gonfler l’investissement, quitte à gonfler le déficit, et donc à aérer le secteur privé :

La lucidité, c’est d’assumer le fait que le temps de la croissance forte est derrière nous. Nous devons maintenant nous organiser pour vivre dans un monde à croissance faible.

Et en général, les écologistes sont des personnes qui prônent volontiers la frugalité, que les circonstances semblent favoriser ce penchant ne les dérangeraient pas, tout au contraire.

Comment croire qu’Éva Joly mènera une politique s’approchant du néochartalisme ? Les quelques timides avancées en ce sens sont contrebalancées par des propositions qui pourraient bien rigidifier encore la politique européenne : les exigences européennes et allemandes en particulier sont exorbitantes pour les FESF et pour le MES, qu’en sera-t-il pour des euro-obligations ? Et ce n’est pas une fois qu’Éva Joly nous aura mis dans ce piège qu’elle aura la vision, les convictions, et la volonté pour nous en sortir. Ce sont justement ses convictions et sa volonté qui nous y mettrons. On ne peut pas voter Éva Joly ne serait-ce que partiellement au nom du néochartalisme.

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Nouvelle série : Au programme

Ce billet commence une nouvelle série : Au programme, concernant les programmes présidentiels des divers candidats de 2012. Je ne m’intéresserai, par fidélité à ce blog, qu’aux questions monétaires et afférentes, bien qu’on puisse, moi le premier, attacher beaucoup d’importances aux autres aspects politiques. C’est un blog sur le néochartalisme et les candidats seront ici examinés selon un regard néochartaliste. La neutralité ne doit donc choquer personne, et on peut parfaitement décider de choisir un candidat en dépit de son manque de compréhension des questions monétaires mais en raison des autres aspects, tout comme on peut ne pas choisir un candidat malgré qu’il soit très fin sur ces questions particulières. Frapper Monnaie ne devient en aucun cas un blog partisan de tel ou tel parti, et demeure une boussole sur les questions monétaires et économiques, ni plus ni moins.

Les candidats seront traités par ordre alphabétique, et bien que le programme soit la source première de ces éclairages, je ferais des incursions dans le passé des candidats ou de leurs mouvements pour mieux juger de leur crédibilité, de leur cohérence, si besoin est.

Maintenant que les candidats sont officiellement attestés, je peux déjà vous annoncer dans l’ordre les 10 billets suivant : Nathalie Arthaud, François Bayrou, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, François Hollande, Éva Joly, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou et Nicolas Sarkozy.

À très bientôt.

PS : La série est arrivée à son bilan conclusif.

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