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Deux phrases qui expliquent la crise et à quel point elle était facile à éviter

Article de William Kurt Black, criminologue et économiste, originellement posté sur New Economic Perspectives.

Tout le monde devrait lire et comprendre les implications de ces deux phrases d’un rapport de 2011 de la Commission d’Enquête sur la Crise Financière (Financial Crisis Inquiry Commission, FCIC).

De 2000 à 2007, [les évaluateurs] ultimement portèrent une pétition aux officiels de Washington ; signée par 11 000 évaluateurs… elle accuse les prêteurs de presser les évaluateurs pour certifier des prix artificiellement haut sur les propriétés immobilières. Selon la pétition, les prêteurs mettaient « sur liste noire les évaluateurs honnêtes » et réservaient les affaires aux seuls évaluateurs qui atteindraient les objectifs de prix désirés

(FCIC 2011: 18).

Ces deux phrases nous en disent plus sur les causes de la crise, et combien il était facile de l’empêcher, que tous les livres publiés sur cette crise — réunis. Voici dix implications clés.

  1. Les prêteurs extorquent aux évaluateurs des estimations surévaluées.
  2. Aucun prêteur honnête ne surévaluerait une estimation, cette grande protection du prêteur contre les pertes.
  3. Les prêteurs sont la source essentielle des fraudes hypothécaires.
  4. Les prêteur n’étaient pas seulement fraudeurs, mais suivaient la même « recette » de « direction comptable frauduleuse ». Ils fabriquaient délibérément d’énorme quantité de prêts mauvais.
  5. Cela ne pouvait être fait sans que les PDGs ne le sachent. L’une des plus merveilleuses choses lorsqu’on est PDG est la capacité de communiquer avec les employés ou agents sans laisser une incriminante piste de papier. Les PDGs sophistiqués opérant de vastes fraudes comptables peuvent utiliser les choix d’affaires, de personnels et de primes pour envoyer trois messages clés : (a) vous ferez beaucoup d’argent si vous rapportez des résultats exceptionnels, (b) Je me fiche que les rapports soient soient vrais ou frauduleux, et (c) si vous ne rapportez pas des résultats exceptionnels ou si vous empêchez à des prêts d’être approuvés en insistant sur des garanties effectives et des évaluations honnêtes vous souffrirez et vos efforts seront annulés. La pétition des évaluateurs fut accomplies au cours de sept années. Même en supposant, à rebours des faits, que le PDG n’a pas conçu le plan pour surestimer les évaluations les PDGs savaient qu’ils fabriquaient d’énormes quantités de prêts « menteurs » avec des estimations frauduleuses. Il est facile pour un un PDG d’arrêter le prêt et l’évaluation massivement frauduleux. Où la fraude sur l’estimation était courante elle n’était faite qu’avec le soutien des PDGs.
  6. La création de prêts frauduleux génère une dynamique de Gresham (l’éthique mauvaise supplante la bonne éthique dans le marché ou la profession parce que les tricheurs prospèrent) au sein des prêteurs. Le PDG des prêteurs qui suivent la « recette » pour la fraude peuvent compter sur trois « choses sûres ». Le prêteur rapporte des revenus exceptionnels à court terme. Les responsables des contrôles seront rapidement riches par les modernes primes pour cadres. Le prêteur subira (plus tard) des pertes sévères. Les responsables des contrôles des prêteurs honnêtes rapporteront un revenu bien moindre et recevront beaucoup moins de primes. Le directeur financier aura peur de perdre son boulot avec raison. Cela pervertit les forces du marché et démultiplie les directions frauduleuses.
  7. La dynamique de Gresham et la « recette » pour la fraude peuvent causer une énorme expansion des mauvais prêts. cela peut hyper-gonfler une bulle financière. La bulle croissant la recette pour la fraude maximalise encore plus la richesse des cadres supérieurs immoraux. Le commerce comporte un dicton qui explique pourquoi les bulles sont si criminogènes — « un prêt qu’on roule n’encourt pas de pertes ». Les prêteurs frauduleux refinancent leurs mauvais prêts et rapportent des profits (fictionnels).
  8. Une fois les prêts frauduleux émis, ils ne peuvent être soignés. Il n’y a pas d’exorcistes des prêts. Toutes les reventes de l’hypothèque (ou des revenus de l’hypothèque) sur le marché secondaire requerra des fraudes supplémentaires et transférera les pertes mauvais actifs avec un risque accru de pertes. (Pas tous les prêts hypothécaires créés frauduleusement feront défaut et subiront des pertes, mais un portfolio de tels prêts a un risque tellement plus élevé de perte que la valeur attendu du portfolio est négative.) Les prêts menteurs ne « deviennent » pas mauvais ; ils sont frauduleux de manière endémique lorsqu’ils sont créés et les prêts hypothécaires créés sur la base d’estimations délibérément surévaluées sont toujours frauduleux. Seule la fraude comptable, échouer à fournir des provisions pour pertes sur prêts et locations (allowance for loan and lease losses, ALLL) lorsque les prêts furent faits, peut produire le revenu fictionnel qui propulse le schéma de fraude.
  9. La dynamique de Gresham qui nous cause la peine la plus dévastatrice en tant que régulateurs est celle que les responsables contrôlant les prêteurs frauduleux créent délibérément au sein des évaluateurs. Ils ont créé la liste noire pour forcer les plus honnêtes des évaluateurs. Les prêteurs frauduleux, bien sûr, n’ont pas à suborner effectivement tous les évaluateurs ou même la plupart des évaluateurs afin d’optimiser leurs fraudes. Une minorité assez petite d’évaluateurs subornés peut fournir toutes les estimations surévaluées requises. Les évaluateurs honnêtes perdront beaucoup de revenus et beaucoup seront éliminés de la profession par la perte de revenus ou parce que la dégradation de la profession les dégoûte. Ces professionnels non-riches, les évaluateurs éthiques, étaient blessés par les PDGs fraudeurs parce que les évaluateurs ont délibérément choisi l’honnêteté plutôt que la maximisation de leurs revenus. Les PDGs des prêteurs et les responsables et agents qu’ils ont induit (par une combinaison d’extortion et de pôts-de-vin de fait) à assister leurs fraudes ont choisi de maximiser leurs revenus à travers la fraude.
  10. Le gouvernement américain n’a rien fait en réponse à la pétition des évaluateurs avertissant de la liste noire d’évaluateurs honnêtes. La haine anti-régulatrice des chefs des agences fédérales des banques contre tous régulateurs effectifs a causé leur inaction en réponse à la pétition des évaluateurs. Les anti-régulateurs n’ont rien fait pendant des années, tandis que les évaluateurs signataires croissaient par milliers et que les études et investigations confirmaient leurs avertissements concernant les prêteurs extorquant des estimations surévaluées aux évaluateurs. Les évaluateurs ont mis les anti-régulateurs au courant de la fraude épidémique durant sept ans depuis 2000.

[Édition du 11 juillet] Black a écrit une suite : Heeding the Appraisers’ Fraud Warnings Would have Prevented the Crisis

[Édition du 15 juillet] Black a écrit une autre suite : Why did the Fed Refuse to Heed the Appraisers, Prosecutors, and Industry’s Fraud Warnings?

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Une hirondelle annonce-t-elle un changement de mentalité ?

L’une des choses les plus frappantes de la crise actuelle est l’impunité des escrocs parmi nos élites financières, entrepreneuriales et politiques. Non seulement il y n’y a qu’une poignée de hauts financiers inculpés après la plus grosse crise financière de toute l’histoire, mais en plus, on refuse de les inculper sous prétexte que le faire déstabiliserait les marchés. Comme cet aveu du « régulateur » en chef Andrew Beley au Royaume-Uni (via William Black sur New Economic Perspectives) :

Ce serait vraiment très déstabilisant. C’est une autre version de trop gros pour faire faillite […] En raison du problème de la confiance dans les banques, une mise en examen criminelle majeure, que nous n’avons pas vu et que je dirai que nous ne verrons pas… ce n’est pas une mise en examen ordinaire.

Il n’y a pas que William Black qui constate cette prolifération criminelle débridée, j’ai pu partager avec les lecteurs de ce blog les travaux de Jean-François Garaud et François Thual qui font le parallèle entre le refus italien de voir la mafia s’installer en son sein et la difficulté qu’elle a aujourd’hui à s’en défaire, avec notre propre situation qui préfère ignorer la dimension criminelle de nos « élites » prédatrices.

Or, sur ce front, un évènement intéressant rapporté par Marianne vient éclaircir le tableau :

C’est une première au niveau mondial qui risque de faire jurisprudence! Le tribunal de Milan vient de condamner quatre établissements financiers – UBS, J.P.Morgan, Deutsche Bank et sa filiale Depfa Bank- pour avoir trompé la mairie de la capitale de la mode dans une affaire de produits dérivés. L’affaire remonte à 2005. A l’époque, les quatre banques avaient conseillé à la municipalité (dirigée par un proche de Berlusconi) de restructurer sa dette en investissant dans des produits dérivés de type Swap 30 ans sur le prêt obligataire qu’elle avait souscrit. Un prêt dont le montant s’élevait à 1,68 milliards d’euros. Au lieu d’améliorer son endettement, la mairie s’était au final surendettée.

Les établissements incriminés ont écopé chacun d’une amende d’un million d’euros et neuf banquiers ont été condamnés à des peines d’emprisonnement allant de six à huit mois de prison. Les accusés qui ont toutefois bénéficié du sursis ne pourront pas signer de contrat avec l’administration publique pendant un an comme l’avait requis le procureur de la République. Le tribunal a aussi saisi 87 millions d’euros, soit le profit réalisé par ces établissements financiers dans le cadre de l’affaire concernant la mairie de Milan. Un montant nettement supérieur à celui qui avait été réclamé par le procureur du tribunal Alfredo Robledo qui s’élevait à 72 millions d’euros.
[…]
« Ce verdict est historique. Pour la première fois, on a reconnu le principe essentiel de la transparence dans les relations entre les instituts financiers et l’administration publique » a estimé Alfredo Robledo, procureur adjoint de Milan.

Rappelons nous, par exemple, des employés Goldman Sachs se défendant pour avoir vendu, entre autre, le produit dérivé toxique Abacus qui fit défaut à plus de 90 % : « Le client n’avait qu’à faire mieux attention, on ne lui vend que ce qu’il achète, et tout est légal. » C’est l'(anti-)éthique du marché selon laquelle seul le libre contrat est moral, et celui qui a fait confiance à tort n’avait qu’à ne pas faire confiance et être un commerçant plus retors que l’autre. C’est une éthique strictement individualiste (qui est le postulat libéral), fondamentalement contradictoire avec l’esprit de communauté, de collectif, où on est aussi obligé d’être bienveillant envers les autres, c’est-à-dire de leur offrir ce type de leçon en les avertissant du danger plutôt qu’en s’en faisant les bourreaux, et où une tentative délibérée de profiter de la faiblesse d’autrui, même d’un simple abus de confiance, est réprimé au-delà même d’une parfaite conformité légale sur tous les autres plans.

Est-ce une bonne nouvelle sans lendemain ou le prodrome du rétablissement de l’esprit collectif ? Je crois à la seconde option. Affaire à suivre.

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Wray : Plus d’AQ, LIBOR, garde-fous des dettes publiques, gouvernements souverains et détermination des taux d’intérêt

Traduction d’un article de L. Randall Wray, professeur d’économie à l’Université du Missouri, du 1er août.

La Fed tient une nouvelle réunion, et beaucoup s’attendent à un nouveau tour d’assouplissement quantitatif (AQ). Les gens parle d’un Gros Bazooka, mais la Fed continue de tirer à blanc. Qu’importe ce qu’elle fera, ça ne changera pas grand chose.

Il y a tant de confusion à propos de la détermination des taux d’intérêt et des effets des taux sur l’économie. Laissez-moi vous entretenir de quelques sujets apparemment sans rapport qui montrent cette confusion.

De loin la plus importante des confusions que nous avons ces dernières années concerne les importances relatives des politiques fiscale et monétaire. Je n’irai pas dans les détails, mais il est vraiment remarquable combien les décideurs politiques s’illusionnent à croire que les banques centrales sont omnipotentes. En effet, il était admis qu’on n’avait même pas réellement besoin d’une politique fiscale1 puisque la politique monétaire toute seule peut finement régler l’économie, maintenir la croissance, un fort emploi et la stabilité des prix. C’était sous-jacent à l’argument de la « Grande Modération » de Ben Bernanke qui aurait dû exploser avec la Crise Financière Mondiale (CFM). Malheureusement, suite à la CFM, la suprématie prêtée à la Fed a survécu et nous avons cru qu’Oncle Ben pourrait nous sauver avec de l’Assouplissement Quantitatif : AQ1, AQ2, et bientôt, AQ3. [en anglais « Quantitative Easing, QE »]

Après cela il y aura un AQ 4,5,6 et ainsi de suite jusqu’à ce que QUELQU’UN à Washington reconnaisse que l’AQ est complètement impotent. Si nous nous sortons de cette crise, ce sera par la politique fiscale.

Tout ce que peut faire la Fed est abaisser les taux d’intérêt au jour-le-jour — ce qu’elle fit — à zéro (TIZ). Après cela, l’AQ simplement crée des réserves électroniquement pour remplacer des bons du Trésor dans le bilan des banques commerciales. Pourquoi, vraiment pourquoi, quelqu’un penserait que ça stimule la demande des banques pour faire quelque chose qu’elles n’auraient pas fait autrement ? [NdT : Voir la passivité, ou endogénéité, du crédit] Il y eut un effet positif du TIZ et de l’AQ qui était d’accroître les revenus nets des banques. Bien que la Fed ait diminué les revenus des actifs de leurs bilans, l’effet net d’une politique de taux d’intérêt apparemment éternellement bas fut de réduire les taux d’intérêt payés par les banques PLUS que les taux n’ont baissé sur les actifs de ces banques. Il fallait s’y attendre — le secteur bancaire est très oligopolisé (une poignée de banques contrôle les taux « du marché », comme discuté plus bas) et elles sont capables d’empêcher les taux de prêts au détail de chuter autant que les taux sur les dépôts. Plus encore, les banques font flamber toutes sortes de frais de dépôt et de chéquier — ce qui fonctionne aussi longtemps qu’elles le font toutes à l’unisson (si une grosse banque ou beaucoup de petites refusaient de le faire, elles ne pourraient maintenir ces frais élevés).

La même chose survint au début des années 1990 lorsque la Fed maintint bas les taux pour accroître les revenus bancaires afin qu’elles se recapitalisent. C’est implicitement une politique de sauvetage des banques. Rien de nécessairement mauvais à cela.

Mais il y a un côté plus sombre. Les taux d’intérêts plus faibles sur les dépôts et les frais élevés lessivent les épargnants. Je ne vous dis rien que vous ne sachiez déjà. Vous ne pouvez même pas obtenir un demi-point de pourcentage sur votre épargne chez les banques. Oui, votre taux hypothécaire a également chuté, mais l’effet net a drainé les revenus du consommateur. Voici un passage d’un rapport du Crédit Suisse :

L’effet secondaire du médicament de la Fed des intérêts à quasi-zéro — l’effondrement du revenu d’intérêt personnel ces dernières années. Le déclin du revenu des intérêts écrase les estimations des économies sur le service de la dette. La Figure 2 compare l’évolution des coûts du service de la dette des ménages et le revenu des intérêts personnels. Les deux agrégats ont connu leur pic à environ 1,4 billion de dollars presqu’en même temps — le milieu de 2008. Selon notre analyse des chiffres de la Federal Reserve, le service de la dette totale — qui inclut les coûts des hypothèques et des échéances — a diminué de 206 milliards de dollars depuis le pic. La contraction des intérêts s’élève à environ 407 milliards depuis le pic, plus que le double de l’aubaine des échéances réduites de la dette.

[NdT : voir aussi, par exemple, Avec les taux faibles, les banques accroissent leurs profits sur les hypothèques, New York Times, 8 août : « Les banques réalisent des gains inhabituellement élevés sur les hypothèques parce qu’elles prennent des profits beaucoup plus élevés que la norme historique […] Moins d’acteurs dans le secteur de l’origination signifie des marges de profits plus élevés pour ceux qui restent […] Les taux relativement haut des prêts hypothécaires n’aident pas la reprise de l’immobilier parce qu’ils rendent plus difficile pour les nouveaux propriétaires d’améliorer leur logement et parce qu’ils rendent le refinancement relativement moins attractif »]

Mettons cela en perspective. Vous souvenez-vous de la relance fiscale d’Obama ? Environ 400 milliards de dollars chaque année pendant deux ans — disons environ 3 % du PIB. Il y eut un énorme débat pour savoir si ça avait « fonctionné ». Seuls les authentiques fous croient vraiment que ça ne nous a pas épargné une récession encore pire que celle à travers laquelle nous sommes effectivement passés.

Eh bien, l’AQ nous enlève un montant de demande agrégée dans l’économie égale à la moitié de la relance d’Obama. Et cela pas seulement pendant deux ans — ça dure encore et encore et encore, année après année après année, aussi longtemps que la Fed poursuit une politique de TIZ.

Ainsi l’AQ est supposé stimuler l’économie en enlevant 1,5 % de PIB chaque année ?

Exactement comme nous l’avons appris pour le cas du Japon — des taux d’intérêt extrêmement faibles enlèvent plus de demande qu’ils n’en injectent. Ainsi la Fed a confondu les pédales de frein et d’accélération : l’AQ écrase la pédale de frein alors que la Fed pense accélérer l’économie. La seule chose dont nous pouvons lui être reconnaissants est que la Fed conduit un pousse-pousse, pas une Buick [NdT : ancêtre de General Motors]. Les dommages qu’elle peut causer ne sont pas létaux.

Ne me méprenez pas, je ne suis pas contre la politique de TIZ — j’aimerais un TIZ en permanence — mais nous devons comprendre qu’elle ne stimule pas l’économie.

Tout ce que cela signifie vraiment est que nous POUVONS et même DEVONS intensifier la politique fiscale. Le manque de demande est probablement d’au moins 6 ou 7 pour-cent du PIB — peut-être plus — sans AQ. L’AQ ajoute un supplément de nécessaire relance fiscale d’un point et demi. Donc, les gars, avec l’AQ nous devrions avoir PLUS de réductions d’impôt et PLUS de dépenses d’infrastructure publique — la taille nécessaire de l’expansion fiscale est plus GRANDE avec l’AQ ! Probablement 7,5 à 8,5 % du PIB. Nous pouvons complètement éliminer la fiscalité du travail, donner une exonération de l’impôt sur le revenu à tous ceux avec moins de 150 000 $ de revenu brut, et intensifier les dépenses sur les choses qui importent le plus comme l’éducation, des subventions fédérales aux États fédérés et aux collectivités locales, l’énergie verte, et les infrastructures publiques. Merci Oncle Ben !

Une autre chose prouvée au-delà de tout doute tant par la Fed que par la Banque du Japon est que les « garde-fous des dettes publiques » peuvent désirer aussi fortement une hausse des taux qu’ils le veulent, ils ne peuvent pas les obtenir si la banque centrale veut zéro ! Oubliez la détermination des taux des bons du Trésor par le marché. Ça n’est pas une histoire d’offre et de demande. L’émetteur souverain de la monnaie détermine le taux au jour-le-jour. Ensuite, l’AQ mène le taux jusqu’au « taux de soutien » de la banque centrale (taux qu’elle paie sur ses réserves), et si l’engagement de la banque centrale pour des faible taux d’intérêt est crédible, la structure des maturités [NdT : l’ensemble des taux d’intérêt pour chaque délai de remboursement] s’ajuste à la baisse. Il est difficile d’amener les taux à long terme en-dessous de 2 %, comme Keynes l’a expliqué, en raison du risque de perte de capital (qui balaierait les intérêts perçus).

Et si les marchés ne croient pas que la banque centrale s’engage dans une politique de taux d’intérêt zéro, cela peut prendre du temps avant que les taux à long terme ne baissent [NdT voir par exemple le cas du Japon] — cependant la réalité domine finalement les anticipations de manière à ce que la banque centrale réduise les taux de la dette publique même de long terme (comme la Fed est parvenue à le faire finalement). Marrant comme les anticipations convergent vers la réalité et non l’inverse comme Bernanke et d’autres économistes du « Nouveau Consensus Monétaire » le croient.

La banque centrale peut le faire encore plus rapidement si elle est prête à acheter n’importe quelle maturité à un équivalent du taux d’intérêt déclaré. Mais le point est que les garde-fous peuvent se déchaîner autant qu’ils le veulent, leur alternative aux bons du trésor est le taux de rémunération des réserves.

Passons au scandale du Libor. Je ne vais pas répéter les détails — vous en avez déjà lu sur ce sujet. Une poignée de gars ont truqué le Libor bien qu’ils prétendent qu’il est une variété de taux déterminé-par-le-marché. Eh bien, qu’attendiez-vous que des oligopolistes fassent ? Ils ont truqués les marchés. Tous les économistes savent cela. Vous souvenez-vous de l’histoire des deux stations-service de chaque côté de la rue ? L’un réduit ses prix, l’autre doit suivre. Les prix descendent à zéro, ensuite ils donnent des tranches de pain pour faire venir les consommateurs pour de l’essence gratuite. Si vous avez mon âge, vous l’avez vraiment vu arriver. les oligopolistes détestent cela. Donc ils truquent le marché — se mettent d’accord pour relever les taux et se partager le gâteau.

OK donc, les grosses banques londoniennes ont truqué le marché. C’est un comportement absolument normal, quoiqu’illégal aux États-Unis. Et 10 billions de dollars en prêts aux consommateurs et aux entreprises étaient liés à ces chiffres truqués. OK, ce n’est pas un énorme problème — seulement une énième fraude à plusieurs billions de dollars crées par nos gentils banquiers pour pigeonner les consommateurs.

Nenni, c’est légèrement pire que cela. Ils ont truqué les taux Libor parce que les banques ne veulent pas dévoiler les véritables taux d’intérêt qu’elles ont dû payer pour émettre leurs obligations à court terme. Cela aurait indiqué ce que le marché pense de leurs bilans — signalant qu’ils sont dans le lisier jusqu’au cou, pour ainsi dire.

Donc une autre partie du scandale du Libor était que les banques essayaient de cacher leur situation financière.

Mais ce n’est qu’une moitié de l’histoire. Chez certaines de ces banques, les taux déclarés de leurs emprunts qui servent à déterminer le Libor étaient manipulés par des traders pariant sur ces taux. Vous voyez, les profits du trading sont beaucoup plus certains si vous truquez le résultat. Pipez les dés et vous gagnerez plus au craps. Dans certains cas, les traders faisaient du profit au dépens de leur propre banque — réduisant le Libor et donc le revenu de la banque.

Vous n’avez plus qu’à adorer la moralité des traders.

Oh, et ça empire. Nous savons que le président de la Federal Reserve de New York Timothy Geithner connaissait tout ce truquage du Libor. Et il a cafardé aux Britishs. Lorsqu’ils ne parurent pas intéressés (il y a quelques controverses sur ce qu’il leur a exactement dit), il a laissé tomber.

Bien, mais ça n’est pas tout à fait exact. Puisque lorsque lui et le président Bernanke ont conçu le sauvetage de Wall Street à 29 billions de dollar, ils ont décidé de lier une partie des facilités de financement du sauvetage aux — vous l’avez deviné — taux Libor ! Oui, il a lié les fonds du sauvetage au Libor — un taux truqué par les banques. Par exemple, les sauvetage d’AIG et de Bear Stearns (Maiden Lanes I, II, III [dispositifs de sauvetage créés par Geithner en 2008] étaient liés au Libor, comme le sont les taux fixés pour la Facilité de Prêt à Terme Adossés à des Actifs Titrisés [Term Asset-Backed Securities Loan Facility (TALF)] qui ont émis des prêts sans autres recours. Beau travail, Timmy. Utiliser les taux truqués dont tu prétendais être si préoccupé que tu étais brièvement devenu une balance.

Un nouvel exemple de taux d’intérêt truqués. Nous savons aussi désormais que les plus grosses banques s’entendaient pour pigeonner toutes nos collectivités locales sur le marché des bons municipaux. Les banquiers escrocs ont organisé des tours pour « gagner » des enchères « compétitives ». Toutes truquées pour payer un plus faible taux d’intérêt aux mairies sur leurs fonds gardés.

La vérité est que, tous les marchés financiers sont truqués. Pour eux, contre nous. C’est la manière dont les marchés financiers fonctionnent. Comme je l’ai dit, nous sommes pigeonnés. Il n’existe pas de taux « déterminés par le marché ». Ce qui est nommé par euphémisme « marché » résulte souvent d’accords en coulisse ou de moyens moins ouverts de tarification oligopolistique (tel que la collusion tacite). Le meilleur plus-ou-moins honnête taux en ce monde est celui fixé par la banque centrale — le taux d’escompte et le taux au jour-le-jour de la Fed aux États-Unis. C’est ce que la Fed aurait dû utiliser pour ses sauvetages, et c’est ce qui sert de taux de référence pour les prêts des banques régulées. Le taux au jour-le-jour de la Fed [« Fed Funds rate »] est le principal taux directeur aux États-Unis et il est sensé pour les autres taux d’être fixés en fonction de celui-ci — non en fonction du Libor.

Warren Mosler avait commencé à avertir de taux truqués du Libor depuis la seconde moitié des années 1990. Lorsque la Fed commença à considérer des accords d’échanges réciproques temporaires de devises comme moyen de garder le Libor dollar sous contrôle en 2008, Warren argumenta qu’impliquer la Fed dans un taux manipulé par les banques n’avait aucun sens. Il proposa qu’aucune institution financière ne soit autorisée à utiliser le Libor pour fixer des taux. Voici la proposition de Warren : http://www.moslereconomics.com/?p=8968 Ou voici une sympathique présentation : http://www.moslereconomics.com/wp-content/pdfs/Financial%20Architecture%20Fundamentals.pdf

Réfléchissez-y. Pourquoi la Fed utiliserait-elle le Libor, ou permettrait à des banques américaines régulées de l’utiliser ? Comme nous le savons, la Fed fixe les taux d’intérêt de base aux États-Unis ; c’est son « levier » sur la politique monétaire des États-Unis. Quelqu’un peut-il expliquer pourquoi elle laisserait les banques sous sa supervision utiliser un taux fixé en coulisse à Londres ? Pire, pourquoi utiliserait-elle ce taux, elle-même, sur ses prêts ?

C’est probablement dû à quelque croyance persistante dans la supposée « efficacité économique » de la fixation-par-le-marché des taux d’intérêt par les ciseaux de l’offre et de la demande. Mais nous comprenons (maintenant) que le Libor n’était pas un taux du marché — pas plus que ne l’étaient les divers autres taux hypothétiquement « déterminés par le marché » via « l’offre et la demande ».


Note :
1 Paul NdT : Krugman, Nobel d’économie de 2008, proclame sa foi en l’omnipotence de la Fed le 6 février 1997 :

À mes yeux, au moins, l’idée que les changements de la demande seront normalement compensés par la politique de la Fed — de sorte qu’ils n’auront, en moyenne, aucun effet sur l’emploi — semble à la fois simple et entièrement raisonnable. Cependant il est clair que peu de gens à l’extérieur du monde académique pense les choses ainsi. Par exemple, le débat sur l’Accord de Libre-Échange Nord-Américain fut monopolisé presque entièrement par les questions de création et de destruction d’emplois. Le point évident (à mes yeux) que le taux moyen de chômage durant les dix prochaines années sera là où la Fed voudra qu’il soit, quelle que soit la balance commerciale entre les États-Unis et le Mexique, ne s’est jamais imposé à la conscience publique. (En fait, quand j’ai avancé cet argument dans une commission en 1993, un autre membre — un partisan de l’ALÉNA comme il apparut — explosa de rage : « Ce sont des remarques comme celle-là qui font haïr les économistes ! »)

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Wray : Le quotidien frauduleux des financiers

J’ai plusieurs fois expliqué que le scandale du Libor n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan, une toute petite nuisance parmi toutes celles de la finance. Ça ne doit surtout pas nous faire oublier la fraude dans son ensemble, au contraire. Voici les meilleurs morceaux du dernier billet du professeur L. R. Wray, qui m’ont fortement rappelé le livre de Jean de Maillard L’arnaque : La finance au-dessus des lois et des règles1, où il affirmait que la fraude était tout simplement devenue le régime normal du capitalisme, ainsi que celui de Bill Black sur le rôle crucial, moteur et orchestrateur, de la fraude durant la crise des Savings&Loans : The Best Way to Rob a Bank Is to Own One. De son pessimisme, je partage surtout l’ouverture finale à l’espoir, mais l’article est intéressant parce que c’est un clé indispensable à la compréhension de notre crise.

Pourquoi sommes-nous pigeonnés, L. R. Wray, 3 juillet 2012

Alors que la Crise Financière Mondiale (CFM) gronde au long de sa cinquième année, nous lisons les dernières révélations sur les financiers escrocs : le scandale du LIBOR. Ça fait suite à l’arnaque par fixation des intérêts des bons municipaux détaillée il y a environ deux semaines, ainsi que le fiasco spéculatif de J. P. Morgan et l’effondrement de MF Global par Corzine, et tous les autres scandales de ces derniers mois. À chaque fois, ce sont des traders fous furieux qui truquent les « marchés » pour faciliter leurs paris aux dépens de quelqu’un. Dans des temps comme les nôtres, je me rappelle toujours Robert Sherrill affirmant en 1990 à propos de la crise des S&Ls que « Les voleurs sont l’essence du capitalisme dérégulé. »

Après 1999 nous avons ôté ce qui restait de régulation financière survivant à la flopée de dérégulation du début des années 1980 qui avait libéré les caisses d’épargne afin qu’elles puissent s’autodétruire. Et nous sommes choqués, CHOQUÉS !, que des voleurs aient prix le contrôle du système financier.

Et même, ils ont pris le contrôle de toute l’économie et les clés du système politique et tout le toutim. Ils n’ont pas seulement fait exploser la finance, ils ont supervisé le transfert le plus rapide de richesse vers le sommet que le monde ait connu. Ils ont laisser tomber les travailleurs hors de l’emploi, ils ont mis les propriétaires immobiliers à la rue, ils ont laissés les retraités sans le sou, et ils ont nettoyé les municipalités de leurs revenus et actifs financiers.
Les financiers forcent des écoles, des parcs, des casernes de pompiers, des centres pour citoyens âgés, et des bibliothèques à fermer. Ils forcent les gouvernements nationaux à vendre à l’encan leur héritage culturel au plus offrant. Tout doit disparaître en un instant à des prix truqués par des traders de vingt ans et quelques au profit des institutions les plus grosses et les plus corrompus que le monde ait connu.

Et comme ils ont achetés les politiciens, le législateur, et les juges, personne n’empêchera cela. Peu le discuterons seulement, puisque la plupart des administrations universitaires ont similairement été achetées le plus souvent, les universités sont même dirigées par des « chefs » entrepreneuriaux, et leurs professeurs font partie du personnel de Wall Street.

Nous sommes pigeonnés.

Bill Black a rejoint notre département en 2006. À l’Université de Kansas City (Missouri) (et à l’Institut Levy) nous avons longuement discuté et analysé la CFM dont nous savions qu’elle allait frapper, en utilisant les approches de Misky et de Godley. Bill a insisté que nous négligions le facteur le plus important : la fraude. Pour être plus précis, Bill l’appelle direction frauduleuse, lorsque les supérieurs de la directions de l’entreprise opèrent l’institution comme une arme pour piller les actionnaires et les clients au profit de la direction. Pensez à Bob Rubin, Hank Paulson, Bernard Madoff, Jamie Dimon et Jon Corzine. Longtemps avant, j’a croisé le nom de Bill alors que j’écrivais sur le scandale des S&L, et j’avais listé la fraude comme la seconde plus importante cause de cette crise. Bien que j’étais ouvert à cet argument déjà en 2006, je n’aurais jamais pu concevoir l’étendu de la dépravation de Wall Street. Tout tourne autour de la fraude. Comme je l’ai dit, cette crise est comme l’oignon de Shrek, avec de la fraude à chaque couche. Il n’y a, tout simplement, aucune partie du système financier qui ne soit criblée de fraudes.

La fraude ne peut être résorbée encore moins éliminée. D’abord, il n’y a pas de régulateurs pour l’arrêter, ni de procureurs pour la punir. Mais, beaucoup plus important, la fraude est le modèle économique. Plus encore, même si une institution financière essaie d’aller à contre-courant elle échouerait. Comme le dit Bill, la fraude est la plus lucrative des activités disponibles. Ainsi la dynamique de Gresham assure que la fraude est la seule activité lucrative disponible.

Comme l’a dit Sherrill, sans régulation, le capitalisme c’est du vol. Nous avons arrêté de réguler le système financier, aussi les voleurs ont pris le dessus.

Il y a un siècle Veblen analysait la religion comme la quintessence de l’entreprise capitaliste. Elle vend un produit intrinsèquement éphémère dont la qualité ne peut être testée. La majeure partie de sa valeurs n’existe que dans les esprits des acheteurs, et la majeure partie de cette valeurs ne peut être réalisée qu’à la mort. Les consommateurs insatisfaits ne peuvent retourner les choses achetées aux entrepreneurs qui les ont vendus — il n’y a aucune garantie explicite de se repasser la monnaie et de toutes façons, la plupart des mécontents sont déjà trépassés. La valeur de l’institution de l’entrepreneur est similairement éphémère, principalement déterminée par la « réputation ». Mis à part de jolis bureaux, très peu de chose dans le registre des équipements n’est vraiment nécessaire pour un entrepreneur religieux.

Mais la finance moderne a remplacé la religion comme entreprise capitaliste suprême. À nouveau, aucun besoin de produire des équipements — un joli bâtiment, quelques écrans de Bloomberg, des commerciaux charlatans et gominés, et quelques traders rapaces est tout ce qu’il est nécessaire pour séparer les veuves et les orphelins de tout leurs pécules et de leurs maisons. Les institutions religieuses ne veulent que 10 % ; Wall Street aujourd’hui tire 20 % de toute la production nationale (et 40 % des profits), mais ne s’arrêtera jamais jusqu’à tout posséder.

Il n’y que rarement des recours pour les clients insatisfaits des institutions financières. Peu de consommateurs comprennent ce qu’ils achètent des entrepreneurs de Wall Street. Le produit vendu est infiniment plus compliqué que la Théorie de la Trinité avancé par Théophile d’Antioch après J.C., mis à part les Vêtements du Temple (souvent appelé Dessous Magiques par les incroyants) vendus aujourd’hui. Ça rend tellement plus facile d’escroquer les clients et de cacher la fraude sous de complexes instruments et une comptabilité fallacieuse.

Une poignée de voleurs opérant une firme moderne de Wall Street peut facilement contracter 2 billions (1 000 milliards) de dollars en actifs éphémère dont la valeurs est principalement déterminée par ce que les voleurs leur assignent.

Et ce n’est que le début. Ils ont également placés des dizaines de billions de paris sur des produits dérivés dont la valeur est purement « notionnelle ». Les voleurs sont payés lorsque quelque chose rate — la mort d’un propriétaire immobilier, d’un travailleur, d’une firme, ou d’un pays déclenche les paiement sur les Accords Mortuaires, Assurance sur Paysan, ou la Permutation d’Impayés (Credit Default Swap). Afin de s’assurer que la mort vienne tôt plutôt que tard, l’entrepreneur travaille avec les émules de John Paulson pour sélectionner les plus malades ménages, firmes et gouvernements à mettre derrière leurs paris dérivés.

Et la valeur de la firme de l’entrepreneur de Wall Street est presque entièrement fondée sur ce qui est appelé par euphémisme « réputation » — comme s’il y avait la moindre bonne réputation à parier sur la mort.

Avec ces entrepreneurs occupant la scène, il n’y a aucune surprise que nous soyons ensevelis sous des montagnes d’écrasants hypothèques insolvables, prêts sur valeurs domiciliaires, dette de carte de crédit, de prêts étudiants, dettes de santé, et de finance tournant autour de l’automobile. Simplement lister la liste des types de dettes que nous devons rend clair combien nous sommes allés loin sur le chemin de la financiarisation : tout est financiarisé à mesure que Wall Street mis la main dans chacun des pot.

Il y a trente ans nous pouvions encore écrire une dichotomie — industrie contre finance — et catégoriser General Electric et General Motors comme des compagnies industielles, avec Goldman Sachs comme firme financière. Ces temps sont révolus, et General Motors requiert un sauvetage en raison de ses errements financiers (la production auto n’était plus qu’un produit d’appel utilisé pour charger les ménages de dettes dues à la General Motors Acceptance Corporation, leur principale affaire), et Goldman Sachs rachète tout les silos de grain pour faire monter les prix alimentaires en une bulle spéculative. La réforme de l’assurance santé d’Obama simplement renforce le contrôle de la Pieuvre Vampire sur l’industrie de la santé en insérant ses tentacules toujours plus profondément dans chaque aspect de la vie.

L’alimentaire ? Financiarisé. L’énergie ? Financiarisée. La santé ? Financiarisée. Le logement ? Financiarisé. Le gouvernement ? Financiarisé ? La mort ? Financiarisée. Il n’y a dorénavant plus de séparation entre le secteur financier (banque, assurance, immobilier) et le secteur non-financier de l’économie. Tout est financier.

Tout est financé de manière complexe. Dans l’ancien temps, une mairie aurait vendu une obligation à 20 ans à taux fixe pour financer le projet du système d’égoût. Maintenant elle embauche Goldman pour créer de complexes échanges financiers (swap) (ou de plus complexes échanges financiers à maturités constantes, des « swaptions », et des boules de neige) dans lesquels ils émettent une obligation municipale à taux variable et promettent de payer à la Pieuvre un taux fixe tandis que la Pieuvre leur paie un taux flottant lié au LIBOR — qui est truqué par la Pieuvre pour s’assurer que la municipalité se fait pigeonner. Oh, et la mairie paie des commissions d’avance à Goldman pour la pure joie de se faire pigeonner par le gratin de Wall Street.

La quatre plus grosses banques des États-Unis détiennent pour 171 billions de dollars d’accord de produits dérivés comme celui-là. Les dérivés sont généralement de purs paris de Wall Street que nous serons pigeonnés — ce n’est de l’« assurance » que si nous défaillons. Tout est assuré — par eux contre nous.

Qu’est-ce que vraiment « l’assurance »-santé ? Vous donnez votre salaire à Wall Street dans l’espoir que vous aurez besoin de soins médicaux, ils permettront à votre « prestataire de soin » de le fournir. Mais lorsque vous avez besoin de la prestation, Wall Street décide si ça peut être fourni ou non.
Oh, et les entrepreneurs de Wall Street ont également parié que vous mourerez plus tôt que vous ne le croyez, donc ils font d’une pierre deux coups en vous déniant la couverture.

Finalement, l’immobilier des États-Unis — la partie logement du secteur financier — sous-tend la totalité du bazar. C’et la vraie histoire derrière la CFM : étant donné les surplus budgétaires du président Clinton et l’explosion simultanée de la finance privée, il n’y avait tout simplement plus assez de dette du gouvernement fédérale pour collatéraliser tous ces dettes risquées émises entre les institutions financières au milieu des années 1990. Wall Street avait besoin d’une autre source de collatéral.

Voyez-vous, toutes les insitutions financière au sommet sont des nids de voleurs, et les voleurs savent qu’il ne faut pas faire confiance à un autre voleur. Donc les prêts à d’autres collègues voleurs doivent être collatéralisés par des actifs financiers sûrs — un rôle traditionnellement joué par les bons du Trésor. Mais il n’y en avait pas assez pour tout le monde, aussi Wall Street a titrisé les hypothèques qui étaient découpées et décorés pour avoir des tranches qui étaient supposés aussi sûres que les obligations de l’Oncle Sam. Et il n’y avait pas assez d’hypothèques de qualité, alors Wall Street a refilé des hypothèques et des prêts sur valeurs domiciliaires avec des emprunteurs plus risqués pour créer plus de produit.

Jamais satisfaits, afin de tirer plus de profits des hypothèques, Wall Street a créé des produits hypothécaires « pour toutes les bourses » avec de coûteuses commissions et des taux d’intérêt qui explosent — dont ils savaient que ça se terminerait mal. Même ça ne fut pas assez, alors les Pieuvres créèrent des dérivés de titrisation (obligations adossées à des actifs, collateralized debt obligations, CDOs) et les dérivés carrés et cubes — et alors nous étions lancés vers la CFM.

Wall Street parie que votre maison va brûler, puis allume de la dynamite dans votre logis.

Les hypothèques qui étaient conçues pour finir mal ont mal fini. Les Obligations adossées à des actifs conçues pour échouer échouèrent.

Soudainement il n’y avait plus de collatéraux derrière les prêts que les voleurs de Wall Street ses ont faits entre eux. Chaque voleur de Wal Street regarda dans le miroir et réalisa que tout ce qu’il détenait était de la merde, parce qu’il savait que toute sa propre dette était de la merde.

Salut oncle Sam, oncle Tim (Timothy Geithner, alors ministre des finances), oncle Ben (Bernanke), nous avons un problème. Pouvez-vous nous trouver 29 billion de dollars pour nous sauver ?

Et c’est pourquoi nous sommes pigeonnés.

Je vis deux scénarios qui se déroulent. Dans le premier, nous autorisons toujours Wall Street à faire tourner sa musique, alors que la crise des saisies continue et que Wall Street vole toutes les maisons, les empaquetant dans des lots vendus quelques centièmes à des fonds alternatifs (hedge funds). Toute la richesse est redistribuée vers le 1 % au sommet qui deviendront les nouveaux seigneurs féodaux modernes et les autres 99 % vivant pour leur plaisir sur leurs immenses propriétés féodales.

VOus pouvez individuellement essayer d’imaginer ce que vous devrez faire pour plair aux seigneurs.

Cela prendra des années, peut-être une décennie ou plus, mais c’est la longue marche que Wall Street a formulée pour nous. Bien sûr, « formulée » ne doit pas être interprété comme une intention. Personne ne s’est assis et a planifié la création du féodalisme en Europe Occidentale lorsque Rome s’est effondrée. Bien sûr, les seigneurs féodaux modernes à Wall Street certaineemnt conspirent — pour truquer le LIBOR et les marchés des obligations municipales, par exemple — et chacun individuellement veut tirer autant que possible des clients, des créanciers et des actionnaires. Mias ils ne conspirent pas pour la planification et la restauration de la féodalité. Cependant, c’est le scénario par défaut — le résultat qui émergera d’une absence de réaction.

Dans le second, les 99 % occupent, ferment et effacent Wall Street. Honêtement, je n’ai aucune idée de comment cela peut arriver. J’attends des suggestions.

Fin de la traduction.


Note

1 Coignard Sophie, Gubert Romain, L’oligarchie des incapables, Albin Michel, Paris, 2012, 363 P., p. 212-213 :

Jean de Maillard était, jusque fin 2010, président du tribunal correctionnel d’Orléans. Sa hiérarchie ne voulait plus de lui, mais elle n’avait pas le pouvoir de le muter ailleurs. Alors, cet expert de la délinquance financière internationale, spécialisé dans les affaires pénales, a été nommé, dans le même palais de justice, au tribunal de la Sécurité sociale. Il a protesté ? Le ministère de la Justice, bon prince, lui a proposé de rejoindre les tribunaux de Paris. Là, il s’occupe des dossiers civils de baux commerciaux, autre secteur pour lequel il n’exprime ni goût ni compétence particulière. Mais au moins, il n’embête plus personne.
Ses supérieurs, lorsqu’il était à Orléans, ont d’abord essayé de le coincer pour faute lourde. Après tout, il donne des conférences sur les dangers de la mondialisation au lieu d’être posté à heures fixes devant la machine à café. En vain, il faisait le travail pour lequel il était payé. Alors, ils se sont rabattus sur le tribunal de la Sécurité sociale.

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Hystérie sur le LIBOR

Régulièrement, avec une saveur narquoise un peu amère qui plait à son goût, la classe dominante ridiculise le désarroi de ceux qu’elle dirige et souligne les dérives conspirationnistes qu’ils tentent désespérément, faute d’explication plus rationnelle à leurs problèmes. Elle s’en repaît d’autant plus que leur affolement éclipse sa propre incompétence. Mais que se passe-t-il lorsque cette élite elle-même s’embourbe dans son ignorance et son manque toujours plus grand de prise sur le réel ? La même chose, elle recourt au conspirationnisme. Autant que la chose puisse être saine, délectons-nous à notre tour. Vous souvenez-vous de Laurence Parisot blâmant les lézardes issues des malfaçons de la monnaie unique sur un prétendu torpillage téléguidé depuis les États-Unis ? C’était peu de chose comparée à l’actuelle hystérie qui gagne progressivement toutes nos élites quant aux divers LIBOR (taux interbancaires des différentes monnaies).

Commençons par servir le plat de résistance. En bon néochartaliste, je sais que la banque centrale arrime les taux d’intérêts d’autant plus fermement à son taux directeur que ces taux sont situés sur un marché proche de ceux où elle opère, chose particulièrement vrai pour le marché interbancaire, car c’est là qu’elle opère ! Après le LIBOR du dollar américain et l’EURIBOR, voici maintenant un graphique montrant divers taux LIBOR de la livre sterling, ainsi que le taux d’escompte (un taux directeur) de la Banque d’Angleterre, et même le taux des bons du Trésor britannique :

Taux directeur de la Banque d’Angleterre (orange)
Taux des bons du Trésor du Royaume-Uni (vert)
Taux des LIBOR en livre sterling aux maturités 1, 3, 6, 9 et 12 mois.

On peut constater la « révélation néochartaliste » habituelle : tous ces taux suivent de manière servile les taux directeurs de leur banque centrale, ce qui est le but, avec un léger décalage à la hausse à mesure que la maturité s’allonge (normal : l’immobilisation de la monnaie est facturée) et une seul exception lors du crash de 1987. Cette exception est rigoureusement sans rapport avec l’actuelle hystérie sur la prétendue manipulation des LIBOR qui apparaît après la crise des subprimes de 2007. Conclusion : s’il y a manipulation, les conspirateurs ne sont vraiment pas doués. Qu’importe. Tout le monde est sur les dents, la Commission européenne, et en Amérique la SEC, le DoJ, etc. Tout ce que la finance compte de plus puissant et de plus officiel est lâché sur

Pourtant Barclays, l’une des plus puissante banque de la City londonienne, a dû tout récemment payer récemment 290 millions de livres sterling suite à des enquêtes quant à d’éventuelles manipulations du LIBOR par la Financial Services Authority (FSA), en charge de la régulation de la City. 290 millions de livres sterling, soit 360 millions d’euro ! Et que dit dans son rapport la FSA avoir trouvé pour justifier une telle condamnation ? Que, lors de la collecte des déclarations de taux interbancaire auprès des quelques banques (de 16 pour le LIBOR anglais à 40 pour l’EURIBOR) pour ensuite déterminer quel est le taux interbancaire global, certains des traders donnant l’information au collecteur ont reçu l’ordre de ne pas éveiller les soupçons quant à la solidité de la banque et de déclarer un taux faible, ou au contraire de déclarer un taux élevé, le plus élevé collecté (page 11), et ce sans prévenir des paris via les produits dérivés que d’autres traders de la banque font sur les variations de ce même LIBOR, etc. Assurément, tout cela est peu reluisant, mais le calcul du taux est plus robuste que cela : sont exclues du calcul les valeurs collectées les plus élevées, et celles les plus basses, ainsi la moitié est écrémée pour le LIBOR de la livre sterling et 30 % pour l’EURIBOR (page 7), et ensuite il s’agit d’une moyenne ce qui dilue encore d’éventuelles manipulations. Plus fort, c’est justement l’exclusion du calcul que recherchait l’un des traders (page 11) :

Le trader C exprima sa préférence pour que Barclays soit « éjecté » du calcul moyen.

Si, par le rapport, on a vraiment l’impression d’un monde roublard, malhonnête autant qu’il le peut si ça pousse son avantage, on constate aussi que les roublards grappillent des kopecks (certes, multipliés par le nombre de transactions et les sommes brassés à ces taux.) : sur la même page 12, le trader C pense qu’il devrait rajouter 1 point de base, à 91 points de base (0,91 %), pour ne plus faire partie du calcul ; page suivante, il explique qu’il ne peut pas déclarer 93 ou plus mais seulement 92,5 parce qu’il a abaissé une autre maturité, ou encore, les taux réels étant à 2,90 et 3,05, il souhaite déclarer « immédiatement au-dessus » (« a tick above ») et pour plaire à ses collègues déclare… 2,89 et 3,04 ! Je vous épargne la suite et vous invite à consulter le rapport, si vous ne me croyez pas, page 16, vous verrez graphiquement qu’il n’y a même pas 1 point de base de différence au maximum entre le taux soumis et le LIBOR final à 3 mois, pour les autres maturités l’écart est moindre encore.

Même en tenant compte de ces espiègles gamineries de mauvais garçon, la FSA note que 14 % des déclarations étaient ainsi frauduleuses, 16 % de déclarations douteuses, et… 70 % de déclarations sincères (page 14) !

Mais alors, pourquoi une telle sévérité et une telle hystérie autour de chose aussi minimes ?

Là, ma réflexion devient un peu plus spéculative. Pour une part, je crois que les autorités de régulations sont sur les dents : elles apparaissent tellement nulles qu’elles remplissent de moins en moins leur fonction de mise en confiance des petits acteurs sur les marchés. Aussi, régulièrement, les autorités régulatrices froncent les sourcils pour ses sentir exister et le laisser accroire ailleurs en punissant pour des montants certes impressionnant mais relativement faibles pour ces richissimes banques et ne blâmant que des broutilles. Pourquoi ne pas refaire ce coup cette fois sur le calcul des LIBOR ? La FSA demande 60 millions de livres sterling, leurs collègues américains de la SEC et de la CFTC demandant le reste des 290 millions.

Les taux interbancaires sont dictés par les taux directeurs depuis des décennies ; les traders essaient de grappiller quelques dixièmes de points de base, et les autorités régulatrices y trouvent comme rarement le courage de réagir après la crise la plus catastrophique depuis les années 1930…

Toujours aussi pathétique, on observe monter un clone de cette hystérie ridicule sur les bons du Trésor :

« Récemment, j’ai écrit sur un aspect particulier de cette absurdité : les prix plus élevés des bons du Trésor américain alors qu’ils sont plus fournis que jamais. Cela en soi, est une contradiction financière absolue. Une offre plus abondante devrait impliquer des prix moindre, pour tous les marchés du monde — exceptés les bons du Trésor américain. »

Sa vision est conspirationniste quant au marché des bons du Trésor et il s’en est suivi une série de réponses différentes de Joe Wiesenthal, John Carney et beaucoup d’autres. Ce débat perdure depuis des années sous une forme ou sous une autre.

Source ; un prix d’achat plus élevé d’un bon du Trésor signifie un moindre intérêt payé par le Trésor car il paie la somme promise et reçoit la somme d’achat. En France, on peut observer les mêmes germes par exemple chez des observateurs pourtant critiques par ailleurs comme Olivier Berruyer à de multiples reprises. Aucun d’eux ne comprend que c’est la monnaie souveraine qui est émise par le Trésor, réémise par la banque centrale, et qui paie ensuite les bons du trésor ou les taxes, et non les bons du Trésor qui iraient chercher une monnaie rare et précieuse et devraient surenchérir pour l’obtenir. La banque centrale dicte les taux d’intérêt interbancaires comme souverains, comme le montre le graphique ci-dessus pour le cas britannique.

PS : Confirmation sur FT Alphaville et sur Pragmatic Capitalism (Cullen Roche) du caractère surfait de cette « affaire du LIBOR ».

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