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[Posthume] À la racine de ce fanatisme

[Note de la famille: Jean-Baptiste a laissé quelques articles en Brouillon, nous les publions tel quels. Ici, seule la première partie a été rédigée. Bien que le sujet ne soit pas économique, nous le publions. Merci pour votre compréhension. Première ébauche le 14 janvier 2015.]

Ce billet est le second, et le dernier, d’une série exceptionnelle consacrée aux attentats djihadistes ayant attaqué notamment Charlie Hebdo ce 7 janvier. Le premier billet s’intitulait Je suis Charlie et justifiait ma présence lors de la manifestation du 11 janvier, en essayant de réunir tous ceux qui désapprouvent ces actes. Ce second billet veut traquer ce fanatisme qui a tué jusqu’à sa racine. En effet, il ne suffira pas de brandir des crayons et de continuer à caricaturer Mahomet pour l’extirper : Cela ne ferait qu’attiser encore leur fanatisme sans pour autant les ouvrir à l’amour. Ils ne cesseront pas de tuer les caricaturistes par « lassitude », au contraire, ils s’exciteront les uns les autres. Si tout ce que notre intelligence est capable de répondre se limite au symbole du crayon du caricaturiste, alors il est à craindre que « Je suis Charlie » ne signifie simplement que nous sommes les prochains sur la liste…
Le premier ministre de la France Manuel Valls s’est inquiété le 13 janvier devant l’Assemblée nationale de « cette frontière, trop souvent ténue, qui fait que l’on peut basculer dans nos quartiers – pas d’angélisme, regardons les faits en face ! – de l’islam tolérant, universel, bienveillant vers le conservatisme, vers l’obscurantisme, l’islamisme et, pire, la tentation du djihad et du passage à l’acte ? »
Il est temps d’utiliser pleinement la liberté d’expression, l’un des piliers de notre société, ainsi que la liberté de pensée.

L’islam est-il fondamentalement tolérant, une religion d’amour et de paix ? Est-il mitigé, comportant des fondements pacifiques et des fondements violents ? Est-il fondamentalement violent ? Est-il déterminant pour ceux qui s’en réclament ou négligeable face aux influences sociales, politiques, culturelles ou autres ?
Ces questions sont déterminantes. Si l’islam est tolérance, alors il faut le favoriser, car l’aigreur de la frustration serait sa seule source de violence. Si l’islam lui-même est violence, alors tout au contraire le favoriser serait un esprit munichois, laissant libre cours à des ennemis acharnés de la société ouverte, comme disait Popper, c’est-à-dire pour faire simple, de nos démocraties. Et même si l’islam était un danger, ne pouvons-nous faire simplement le pari que Claude Lévi-Strauss nous proposait en 1955 de tout confier à la force assimilatrice intrinsèque à la supériorité de nos principes1 ? Ou cela serait-il une fatale arrogance ?

Pour répondre, posément, précisément, et avec certitude à toutes ces questions, il n’existe qu’une seule méthode : retourner aux sources, en l’occurrence le coran, et vérifier point par point dans quelle configuration nous nous trouvons, puis élargir progressivement la perspective. Enfin je terminerai par donner des pistes de solutions découlant du diagnostic ainsi précisément posé.

1. Jusqu’à quel point l’islam justifie-t-il la violence ?

Dans le coran même, la référence ultime en islam pour trancher des indécisions, trouvons-nous des passages qui justifieraient, hélas, la violence des djihadistes qui s’en réclament ?

Ils auraient bien aimé vous voir renier comme ils ont renié afin que vous soyez égaux.
Ne prenez pas parmi eux des amis intimes jusqu’à ce qu’ils s’exilent sur le chemin de Dieu. S’ils font volte-face, faites-les prisonniers et tuez-les là où vous les trouvez et ne prenez parmi eux ni amis ni soutiens. (s4v89)2

Il n’appartient nullement à un Prophète d’avoir des prisonniers jusqu’à ce qu’il ait prouvé par les armes sa prédominance sur terre. (s8v67)

tuez les Associateurs [note : des non-musulmans] partout où vous les trouvez. Prenez-les, assiégez-les et installez-vous pour les épier dans tout poste d’observation. (s9v5)

Combattez ceux qui ne croient pas à Dieu et au Jour Dernier, n’interdisent pas ce que Dieu a interdit ainsi que son Messager et ne pratiquent pas la religion du vrai (s9v29)

Dieu a acheté les Croyants leur vie et leurs richesses en leur promettant le Paradis : Ils combattent sur le chemin de Dieu en tuant et en se faisant tuer. C’est là une promesse authentique qu’Il a prise sur Lui-même dans la Torah, l’Évangile et le Coran. Qui tient mieux que Dieu ses engagements ? Réjouissez-vous donc à l’avance de votre vente avec laquelle vous avez fait acte d’allégeance et c’est là le très grand succès.
Ceux qui sont revenus sur le droit chemin, qui adorent et louent (Le Seigneur) qui parcourent (le monde), qui se courbent et se prosternent (en priant), qui prescrivent ce qui est communément réprouvé, qui viellent au respect des limites de Dieu. Et annonce la bonne nouvelle aux Croyants !
Il n’appartient pas au Prophète et à ceux qui ont cru d’implorer l’absolution de Dieu pour les Associateurs même si ce sont des parents, une fois qu’il leur est apparu clairement que ce sont les gens de l’Enfer (s9v111-113)

Ô vous qui avez cru! Combattez ceux des Mécréants qui vous sont limitrophes ; qu’ils trouvent en vous quelque rudesse et sachez que Dieu est avec ceux qui Le craignent avec piété. (S9V123)

Ne sont pas au même niveau ceux des Croyants qui restent (chez eux) sans empêchement physique et ceux qui combattent sur le chemin de Dieu avec leurs biens et leurs vies. Dieu a élevé d’un degré ceux qui combattent avec leurs biens et leurs vies au-dessus des inactifs.
À tous Il a promis la meilleure (part) mais Dieu a favorisé les combattants sur les inactifs par un salaire immense. (s4v95)

Ne faiblissez donc pas et ne faites pas des propositions de paix alors que vous êtes les plus hauts [note : autres traductions : que vous avez le dessus, que vous êtes les plus forts], que Dieu est avec vous et qu’Il ne vous frustrera jamais du fruit de votre œuvre. (s47v35)

Les hommes ont la charge et la direction des femmes vu les avantages que Dieu a accordés aux uns de préférence aux autres et vu ce qu’ils ont dépensé de leur argent.
Les vertueuses sont pleines de crainte pieuse et sauvegardent le dépôt (de leur mari en son absence) par la sauvegarde de Dieu.
Celles dont vous craignez l’insubordination, sermonnez-les, éloignez-vous d’elles dans les lits et frappez-les. Si elles vous obéissent, ne cherchez plus injustement à leur nuire. Certes Dieu est constamment transcendant et grand. (s4v34)

N’épousez pas les Associatrices jusqu’à ce qu’elles croient : une esclave croyante est bien meilleure qu’une Associatrice même si elle vous a plu.
Ne donnez pas vos femmes en mariage aux Associateurs jusqu’à ce qu’ils croient, un esclave croyant est bien meilleur qu’un Associateur même s’il vous a plus. (s2v221)

Il n’appartient nullement à un Croyant ou à une Croyante, une fois que Dieu et Son Messager ont décidé d’une chose, d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir.
Celui qui désobéit à Dieu et à son Messager s’est en fait manifestement fourvoyé. (s33v36)

Celui qui a renié Dieu après y avoir cru sauf celui qui y a été contraint tandis que son cœur est plein de la sérénité de la foi… mais ceux qui ont ramené la sérénité d’une poitrine par la mécréance, ceux-là ont sur eux une colère de Dieu et ils ont un supplice énorme. (s16v106)

Vous ne les avez nullement tués mais c’est Dieu qui les a tués. Tu n’as pas jeté quand tu as jeté. Et afin qu’Il soumette les Croyants à une bonne épreuve de Sa part.
Certes Dieu est parfaitement audiant et sachant. (s8v17)

Ce n’est là qu’un très succinct échantillon de ce qu’on peut trouver dans la totalité du coran. Il est déjà extrêmement clair : il est commandé de ne pas se faire d’amis parmi les non-musulmans, de les combattre à mort, nous trouvons également des justifications de la violence conjugales, l’admission de l’esclavage. Sur ce dernier point, les notes du traducteurs et son index sont particulièrement intéressantes : page 552 se trouve l’entrée « esclaves » de l’index. Or, parmi les occurrences de ce mot, il y a la sourate 23 versets 1 et 6. Le verset 6 concernent les femmes avec qui ont peut avoir des relations sexuelles (en l’occurrence ses esclaves) et le premier verset se compose de cette seule phrase « Ils ont effectivement récolté le succès, les Croyants… » Le terme « esclaves » ne peut y désigner que « les Croyants » et donne bien le ton général du coran : on y est esclave de Dieu. SUr la page de ces versets (p. 297), le traducteur donne encore cette note « Le mot Islam (soumission totale à Dieu) est un nom générique pour la seule et unique religion de Dieu. ». Cela correspond aussi à la relation de Dieu envers les humains : « Dieu rend immuable dans ce monde et dans l’autre les assises de ceux qui ont cru. Dieu égare les Injustes (les Associateurs) et Dieu fait ce qu’Il veut. » (s14v27). Il n’est ici fait nul appel à la liberté individuel, au contraire.

Donc, il est parfaitement possible, par le coran, de se croire obligé par Dieu à tuer les non-musulmans, comme épreuve pour gagner le paradis, et que c’est ce qu’il y a de préférable. Mais il y a-t-il des versets allant en sens inverse, pacifiste ? Et que valent-ils face à tous les versets violents dont nous avons lu un échantillon ? Voici quelques extraits brandis par le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur par exemple :

À cause de cela nous avons prescrit aux fils d’Israël que celui qui a tué un être sans que ce soit pour meurtre ou pour corruption en Terre, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière et celui qui l’a fait revivre, c’est comme s’il avait fait revivre l’humanité entière. (s5v32)

Ne tuez qu’en toute justice la vie que Dieu a faite sacrée. (s6v151)

Toute la clé est dans les expressions « sans que ce soit pour meurtre ou pour corruption » et « qu’en toute justice » : Il suffit donc que le coran prescrive par ailleurs le meurtre pour que toute garantie de sacralité de la vie humaine soit levée. D’ailleurs, le verset suivant de celui tiré de la sourate 5 est particulièrement clair, pour qui serait intellectuellement trop peu agile : « La seule réponse (digne) de ceux qui font la guerre à Dieu et à Son Messager et qui s’efforcent de semer la corruption en Terre, est qu’ils soient massacrés ou crucifiés ou qu’on leur coupe successivement les mains et les pieds par ordre croisé ou qu’on les bannisse du pays. Cela est pour eux une opprobre dans le monde et ils auront dans l’autre de très grands tourments. » (s5v33). Voir aussi, par exemple, cette explication en français par un cheikh du verset « nulle contrainte en religion ». On peut encore retrouver nombre de ces « clauses suspensives » dans la Déclaration islamique des Droits de l’Homme, qui vident les garanties de leurs substances, par exemple l’article 1a) sur la sacralité de la vie humaine qui se termine par « sauf sous l’autorité de la Loi »…

Il est très clair que le texte coranique incite beaucoup trop à la violence et en protège beaucoup trop peu pour ne pas le reconnaître chez les divers terroristes qui s’en réclament.

2. Quelle importance pour un texte si rarement lu ?

3. La République n’a-t-elle pas déjà dompté tout aussi violent, voire plus, que l’islam ?

4. Quelles solutions face au problème islamique ?
Notes
1. Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Plon, 1955, 380 p., p. 366
2. Coran, sourate (chapitre, noté s) 4, verset (paragraphe ou à peu près, noté v) 89. Traduction et notes par le docteur Salah Ed-Dine Kechrid, sixième édition, revue et corrigée par le docteur Mohammad Yalaoui de l’université de Tunis, publié sous la supervision de Habib El-Lamssi, Beyrouth, B.P.: 113/5787, Liban, en 1994.
Toutes les citations du coran sur cette page en sont issues.

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Je suis Charlie

Tout d’abord, bonjour à tous et bonne année. Voici deux billets très exceptionnels, sur ce blog consacré au néochartalisme, parce que les récents évènements nous engagent trop intimement pour, je crois, me borner strictement à ma ligne éditoriale. Bonne lecture.

Pourquoi être Charlie ?

La question est réelle, car il y a énormément d’objections possibles à ce mouvement « Je suis Charlie. »
Il est vrai que je ne fais pas partie des lecteurs (de moins en moins nombreux, cette presse satirique avait de plus en plus de difficultés financières) de Charlie Hebdo. En fait je goûtais très peu leur humour qui me paraissait le digne héritier de (l’indigne) « Hara Kiri, le journal bête et méchant » (et sale, doit-on ajouter).
Il est vrai que tous ceux qui brandissent le slogan « Je suis Charlie » sont loin d’être toujours d’accord, et ce dimanche 11 janvier, j’ai vu des scouts et des francs-maçons, des personnes visiblement conservatrices et une Marianne noire avec un drapeau arc-en-ciel LGBT. Je comprends qu’on puisse douter de la sincérité d’un tel rassemblement. La majorité d’entre eux n’avait-elle pas de l’indifférence, du mépris, voire de l’aversion pour Charlie Hebdo ? Parmi ces millions de manifestants, combien se passaient effectivement avec plaisir les quelques cinquante ou soixante mille abonnements du journal satirique ?
Il est vrai, plus encore, que les politiciens sont à la manœuvre pour tenter de récupérer le mouvement d’opinion à leur profit. Parmi tous les politiques venus défiler devant nous, je reconnais volontiers qu’aucun n’a mon vote, et certains de très loin.
Il est vrai que ces mêmes politiques très souvent ont beaucoup fait pour aggraver la situation, par leurs aveuglements et amateurismes, pour répandre le terrorisme à l’étranger comme en France même (cf par exemple Une France sous influence de Pierre Péan et Vanessa Ratignier sur ce sujet), alors défiler derrière eux…
Il est vrai que ces attaques n’ont fait « que » 17 morts ; avons-nous fait ne serait-ce que la moitié de cette manifestation pour le quasi-génocide au Darfour qui dure depuis des décennies et a fait des centaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes ?

Pourtant, aucune de ces objections ne tient la route.

L’essentiel et l’accessoire

Commençons par éliminer la politique politicienne. Bien que je sois très largement d’accord avec ce qu’a écrit Olivier Berruyer ou Jacques Sapir sur ce point, comme ce dernier, je crois que ce n’est pas une raison pour ne pas avoir défilé. Il ne faut pas oublier ce qu’est une manifestation. Elle n’est ni un parti politique, ni un engagement philosophique, mais une manifestation, justement, ponctuelle de soutien à une cause. Et, si on veut bien ne pas jouer aux dupes, au fond tout le monde sait ça. Je n’avais pas l’intention de voter pour le moindre des politiques présents avant la manifestation et ne l’ai toujours pas après ! J’ai manifesté par sentiment d’union nationale et citoyenne autour de ce drame, je suis allé à la manifestation « pic » de ce mouvement d’unité, et que François Hollande ou Nicolas Sarkozy y soient présents ne m’obligent absolument pas à leur faire confiance, ni en particulier à voter pour eux…

L’argument du double standard concernant la compassion aussi ne tient pas. Contrairement aux grands discours sur « les citoyens du mondes », on se sent d’autant plus proche de personnes qu’elles partagent des caractéristiques avec nous, en plus de la simple humanité. Même famille, même lieu de résidence, même profession, même nationalité, même culture, même philosophie, en bref même vécu, comptent beaucoup, et se sentir solidaire d’un peuple avec qui nous serions extrêmement dissemblables est toujours un exercice de pensée trop abstrait, comme le notait Lévi-Strauss (Race et Histoire, suivi de Race et Culture, Albin Michel, 2002, p. 47). On peut le déplorer bien sûr, mais pas au point d’en refuser la manifestation : Comment exiger des autres qu’ils aient le cœur assez ouvert pour les victimes des guerres civiles si nous n’avons pas le cœur assez ouvert pour les victimes d’attentats ? Ne vaut-il pas mieux communier dans la compassion déjà existante, plutôt que de condamner les cœurs pour leurs indifférences par ailleurs ? N’est-ce pas précisément le tour d’esprit des terroristes Amedy Coulibaly, Chérif et Saïd Kouachi, que de refuser de considérer l’humanité de ceux qui ne partagent pas suffisamment leurs propres prédilections ? Il est si fréquent chez ces gens-là de justifier leurs propres meurtres par des morts en Palestine, par exemple, dont ils seraient solidaires, comme si rajouter des morts ici enlevait des morts là-bas, comme si la logique de mort ne s’en trouvait pas encore plus amplifiée. Au contraire, si nous désirons l’amour, la première des choses à faire est de s’efforcer de répondre à la compassion par la compassion. Alors, faire un pas de plus en ce sens sera plus naturel pour ceux qui s’en abstenaient jusque-là.

Précisément, ce que ces terroristes ont attaqué, au-delà de Charlie Hebdo, de policiers en exercice ou d’une supérette juive, c’est tout ceux qui ne partagent pas leur fanatisme où les cœurs individuels n’ont pas droit à leurs tâtonnements, errements, victoires aussi. Où les cœurs n’ont pas le droit à la vie, mais ne sont qu’une sorte de bétail qui doit soit produire ce qu’ils ont planifiés, soit finir directement à l’abattoir. Tous ceux qui ne rentrent pas dans ce cadre sont Charlie, chacun à sa manière, et auraient donc pu (ou dû ?) défiler ce dimanche 11 janvier 2015. Ils sont Charlie aux yeux de ces terroristes, qu’ils l’admettent ou non.

C’est pourquoi, je suis Charlie, moi aussi, à ma manière.

Le second billet analysera les causes idéologiques des morts de ce début janvier, en tentant de proposer des solutions.

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