Archives de Tag: Jean-Luc Mélenchon

Conclusion des Programmes

Voici le dernier billet de la série Au programme ! C’est l’heure du bilan.

Les candidats ont fréquemment des propositions communes, ce qui confirme que les politiques ne font qu’appliquer les idées qui sont déjà dans l’air, et ne sont pas, intellectuellement, des forces motrices, sauf exception. Aucun n’adopte une vraie politique néochartaliste, en comprenant la nécessité du déficit, et en l’assumant pleinement. Au mieux, ils ont un gros doute quant à la pertinence du déficit zéro, au pire, lorsqu’ils n’y adhèrent pas, c’est parce qu’ils préfèrent ne pas y réfléchir. Donc, ce blog est nécessaire. Tous les candidats ne se valent pas loin de là, et ils sont par exemple plus ou moins volontaires et crédibles pour essayer la demi-solution protectionniste.

Le podium est donc le suivant :

  1. À la première place : personne. Il faudra en baver pour obtenir un bon salaire, par exemple en faisant concurrence aux petits Vietnamiens, aux petits Indonésiens, etc.
  2. Ceux qui allègent le fardeau du déficit zéro et sont protectionnistes. C’est-à-dire dans l’ordre mais dans un mouchoir de poche : Dupont-Aignan, Le Pen, Cheminade et peut-être Mélenchon. Ils s’arrangeront pour qu’on puisse plus facilement bénéficier des déficits chinois, vietnamiens et indonésiens que les habitants de ces pays, du moins par rapport au libre-échange.
  3. Ceux qui sont économiquement trop incohérents pour ne pas être dangereux, ou qui adhèrent trop au déficit zéro et au libre-échange pour éviter une grave récession (une dépression) à la France. À nouveau dans l’ordre mais dans un mouchoir de poche : Hollande, Sarkozy, Joly, peut-être Mélenchon, Bayrou, Poutou et Arthaud.

Bien sûr, ce classement n’est qu’un indice. Si on sent bien la différence majeure entre chaque marche du podium, entre deux candidats consécutifs, il est difficile de toujours garantir l’ordre tant les différences sont souvent minimes. Mélenchon est particulièrement insaisissable. Plus encore, cet ordre de préférence néochartaliste n’est pas le seul à décider du bulletin de vote, et les différences minimes, voire majeures, peuvent être balayées par d’autres considérations. J’espère néanmoins avoir aidé mes lecteurs à se faire une idée pour les scrutins des 22 avril et 6 mai prochain…

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Classé dans Élections Présidentielles de 2012

Au programme : Jean-Luc Mélenchon

Nous poursuivons la série Au programme avec le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon, dont voici le programme.

Dans l’ensemble Mélenchon donne l’impression d’une Nathalie Arthaud hyper-revendicative, mais avec de la réflexion économique, ce qui est fortement bienvenue. Parmi ces revendications, le Smic à 1 700 euros brut (et même net pendant la législature, page 5), retraite à 60 ans à taux plein, etc. Certaines mesures sont plus originales comme celle consistant à limiter à 20 le rapport entre le salaire le plus élevé et celui le plus faible au sein d’une même entreprise. Elle illustre assez bien l’« esprit Mélenchon » : s’intéresser d’abord au résultat espéré, puis le décréter, plutôt que de partir depuis le fonctionnement effectif de l’économie pour à l’inverse tendre ensuite vers l’idéal. Les deux ont leurs forces et faiblesses, l’optique néochartaliste consiste à d’abord dresser l’état des possibles (par exemple en vérifiant les possibilités réelles du crédit, ou en comprenant les nécessités comptables de la croissance) et ensuite à avancer l’idéal en conséquence, l’idéal étant dans les deux cas une société où tous s’enrichissent et où une relative égalité facilite la cohésion d’ensemble.

Dans le cas particulier du ratio maximal de salaires, on pourrait croire à un désastre à la Nathalie Arthaud : pour pouvoir mener leur course à la rémunération la plus haute possible, l’entreprise délocaliserait par externalisation de toutes ses activités à faibles salaires (qui diminuerait donc encore), subdivisant encore plus le monde des entreprises en grandes multinationales exploitant de petites entreprises trop impuissantes pour faire autre chose que garder la tête hors de l’eau. Mais Mélenchon complète par une taxation des produits délocalisés et réimportés ce qui compense partiellement le problème (page 15). Partiellement parce que les entreprises étrangères pourront toujours laminer avec leurs salaires de misère la production nationale, et aussi parce que les entreprises peuvent se subdiviser entre deux entreprises françaises : l’une à forte valeurs ajouter, l’autre pour sortir les plus misérables de son ratio salarial. Que fera Mélenchon ? Il adossera le ratio non au salaire minimal d’une entreprise mais au Smic, par exemple ? Mélenchon se gausse de ceux qui préféreront partir plutôt que de limiter leur perspectives de rémunération. Mais il est rare que les motivations des personnes mêmes les plus bienfaisantes soient univoques : il est plus facile d’être nettement altruiste si, en plus, cela est personnellement profitable…

Pour le budget public, le même défaut partiellement compensé se retrouve. Mélenchon est très conservateur, il veut garder l’euro, les banques privés, le pseudo-financement du budget public par les banques etc. Mais il ne veut pas des conséquences aussi essaie-t-il de ménager à la fois les institutions de la libérale Union Européenne ainsi que son idéal antilibéral : pages 27-28, il dit vouloir combattre « le Pacte pour l’Euro+ et le « semestre européen » qui veulent imposer l’austérité à vie aux peuples et nier la souveraineté de leurs représentants. » et organiser « un référendum sur ces dispositions nouvelles et nous ferons campagne pour qu’elles soient rejetées » et prône même la « désobéissance » face à Bruxelles. Enfin, il veut financer des projets de relance, au niveau européen, de projets sociaux et environnementaux comme Éva Joly, par la BCE et la création monétaire pure (page 12). De là, plusieurs possibilités : soit il a l’accord européen, ce qui serait un tour de force, et parvient à répartir la chose de manière à ce que la France en profite suffisamment, alors il gagnerait son pari ; soit trop de pays reste suffisamment cramponnés au dogme de l’austérité et s’alarment de la naissance d’une « incontrôlable planche à billets », et il se retrouve isolé. Sachant que les gouvernements européens qui perdent les élections laissent la place à des gouvernements tout aussi austères voire plus, il est douteux que la campagne mélenchonnesque remporte un grand chelem européen, Allemagne incluse. Et alors, si en plus, revenu à la nation française, il renonce (ce qu’on suspectera puisqu’il refuse d’en brandir la menace avec détermination), alors il ressemblera comme deux gouttes d’eau à Sarkozy promettant d’éviter l’austérité et la récession qui en découle en 2008, puis faisant précisément cela avec une récession de retour juste au moment des élections…

Jusqu’où Mélenchon osera désobéir ? Son entêtement et sa verve plaident pour un jusqu’au-boutisme, son passé socialiste, sa ruminante hésitation pour quitter le PS après le référendum de 2005 et ses convictions internationalistes qui refusent un destin français plaident contre lui. Le côté brouillon de ses propositions, bien qu’elles soient autrement plus cohérente que celles de Nathalie Arthaud, pourrait bien suffire à faire pencher la balance du mauvais côté. Que fera-t-il de sa monomanie sur la lutte des classes ? Un blocage intellectuel ou une capacité à passer outre les conventions établies ?

Trop outrancier pour ne pas susciter la suspicion, trop réfléchi pour ne pas emporter quelques convictions, trop contradictoirement passionné pour être prévisible, Jean-Luc Mélenchon est le candidat le plus imprévisible qui m’ait été donné à étudier jusqu’ici (le huitième sur dix). En moyenne mais avec une grosse marge d’erreur, Mélenchon se situe quelque part entre Hollande et Le Pen d’un point de vue néochartaliste, mais avec la possibilité d’être meilleure qu’elle ou de talonner la lanterne rouge Arthaud.

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Classé dans Élections Présidentielles de 2012

Nouvelle série : Au programme

Ce billet commence une nouvelle série : Au programme, concernant les programmes présidentiels des divers candidats de 2012. Je ne m’intéresserai, par fidélité à ce blog, qu’aux questions monétaires et afférentes, bien qu’on puisse, moi le premier, attacher beaucoup d’importances aux autres aspects politiques. C’est un blog sur le néochartalisme et les candidats seront ici examinés selon un regard néochartaliste. La neutralité ne doit donc choquer personne, et on peut parfaitement décider de choisir un candidat en dépit de son manque de compréhension des questions monétaires mais en raison des autres aspects, tout comme on peut ne pas choisir un candidat malgré qu’il soit très fin sur ces questions particulières. Frapper Monnaie ne devient en aucun cas un blog partisan de tel ou tel parti, et demeure une boussole sur les questions monétaires et économiques, ni plus ni moins.

Les candidats seront traités par ordre alphabétique, et bien que le programme soit la source première de ces éclairages, je ferais des incursions dans le passé des candidats ou de leurs mouvements pour mieux juger de leur crédibilité, de leur cohérence, si besoin est.

Maintenant que les candidats sont officiellement attestés, je peux déjà vous annoncer dans l’ordre les 10 billets suivant : Nathalie Arthaud, François Bayrou, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, François Hollande, Éva Joly, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou et Nicolas Sarkozy.

À très bientôt.

PS : La série est arrivée à son bilan conclusif.

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Audrey Pulvar sermonne Jean-Luc Mélenchon, sans plus de finesse

Cette fois-ci c’est Jean-Luc Mélenchon qui passe dans On n’est pas couché. Comme avec Nicolas Dupont-Aignan, Audrey Pulvar fut l’occasion de rappeler au dogme l’impétrant Mélenchon. Avec quelques variations.

Mélenchon : Nous pouvons décider de monétiser la dette, c’est-à-dire qu’au lieu d’emprunter aux banques à 7, à 3 en ce moment c’est à 3, mais quand ils arrivent à vous prendre à la gorge comme ils l’ont fait aux Grecs, à 18, on va emprunter directement à la banque centrale européenne qui elle prête à 1 %, quand je l’ai dit il y a plusieurs mois, je n’étais pas le seul, (…)

Pulvar : les Américains se la (la dette publique américaine) rachète en créant de la monnaie à tire-larigot, on sait très bien qu’aujourd’hui il n’y a que la la banque centrale américaine qui achète des bons du Trésor américain, ça veut dire que c’est un colosse au pied d’argile. C’est exactement ce que vous voulez faire en France. (…) Mais ce que vous nous proposez, c’est la même chose, Jean-Luc Mélenchon, de faire fonctionner la planche à billet.

Mélenchon : Oui madame, (…) ce qui je vous l’accorde, créera une certaine inflation, pas beaucoup.

Le rachat de sa dette publique par un État via sa banque centrale crée-t-il de la monnaie, et même de l’inflation ? Non, et c’est facile à comprendre : lorsque l’État achète la dette qu’il vient d’émettre, l’État se promet tout simplement de se payer une certaine somme à lui-même, selon un échéancier préétabli. L’inflation n’est pas un risque, et c’est aussi très facile à comprendre : la monnaie qui rentre dans le Trésor de l’État aussitôt qu’elle en sort ne peut influencer les prix que d’un seul bien : les bons du Trésor, et d’une seule manière : à la baisse. En effet, cet acheteur supplémentaire qu’est la banque centrale change la rareté relative des offreurs et des vendeurs (ici : l’État d’un côté, et les seules banques commerciales de l’autre et jusqu’alors) en faveur des offreurs (l’État). On voit mal comment, alors que les banques perçoivent moins par les bons du Trésor, les prix à la consommation pourraient monter, ou même s’envoler. C’est bien ce qu’on observe concrètement, lors des expériences de « création monétaire par les banques centrales », ce que Pulvar qualifie de planche à billet : pas d’inflation, pas de tension sur les bons du Trésor. Un colosse aux pieds fort peu argileux, donc.

Bien que proches, les solutions de Mélenchon et Dupont-Aignan diffèrent en raison d’un défaut encore plus prononcé chez Mélenchon : le passage par la banque centrale. Elle donne l’impression que l’État ne peut pas créer lui-même l’argent, ce qui est pourtant le cas, et suggère qu’il le vole, puisqu’il doit cacher qu’il se le créé. Dupont-Aignan veut 0 % d’intérêt. Mélenchon veut 1 % d’intérêt. Moi, je préférerais que l’État n’emprunte pas, cela clarifierait la situation et ne donnerait pas lieu à hypocrisie, hypocrisie dont les banquiers se repaissent pour exiger des concessions supplémentaires ; mais j’accepte les deux offres : ce qui compte c’est que l’État puisse décider librement de ses dépenses et de ses recettes, structurer l’économie par un budget contra-cyclique pérenne ; si en plus il tient à se créer un pourboire et un protocole comptable un peu pompeux…

Plus intéressant encore que d’éventer le pseudo-argument de « la planche à billet », et d’observer pourquoi et quand Audrey Pulvar l’utilise. C’est uniquement lorsque l’État ne crée pas cette monnaie pour les marchés et ne s’abaisse pas à le leur mendier en retour, mais se le crée directement pour lui et l’assume (à moitié). Audrey Pulvar a besoin de l’onction libérale du marché, elle est à ce point pénétrée, très inconsciemment semble-t-il, par l’idéologie libérale, qu’elle en professe tout naturellement les dogmes, sans plus en voir l’inanité quant au réel. Si l’État fait marcher la planche à billet pour se prêter à lui-même, « c’est de la planche à billet » ; s’il le fait pour prêter aux banques, il n’y a plus à souligner d’un air narquois que « c’est de la planche à billet ».

La planche à billet dans cette discussion n’a nullement le rôle d’analyse, uniquement celui de tabou.

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