Archives de Tag: rilance

[Posthume] Les retrouvailles en cours avec un penseur oublié : Abba Lerner

[Note de la famille: Jean-Baptiste a laissé quelques articles en Brouillon, nous les publions tel quels. Ici, seule l’introduction est rédigée. Merci pour votre compréhension.]

C’est un argument qu’on entend de plus en plus : En période de récession, réduire les déficits aggrave la récession. Il faut attendre la reprise pour retrouver l’équilibre budgétaire. On trouve parmi les quelques voix assez lucides pour le voir le prix Nobel d’économie Joseph Eugene Stiglitz, ainsi que d’autres, de moindres renommées, comme le relate cet article du Monde. À l’appui de ce constat, ils citent évidemment Keynes, le grand théoricien de la relance budgétaire.

C’est une bonne chose que de retrouver les enseignements de Keynes, mais ce dernier, mort dès 1946 ne fut pas le propagateur vivant du keynésianisme après-guerre. Ce fut un de ses disciples les plus talentueux Abba Ptachya Lerner, qui a largement contribuer à l’œuvre de Keynes et qu’on ferait mieux de ne pas oublier si on ne veut pas subir une nouvelle crise aussi grave que l’actuelle voire pire.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans En vrac

Panique à la BCE

La BCE à commencer par son président, est une institution officielle qui affiche en toutes circonstances un visage rassurant de maîtrise des difficultés. C’est son rôle, de maîtriser les difficultés, et c’est donc presque son rôle d’afficher une olympienne sérénité. En toutes circonstances, surtout les pires, comme actuellement. Mais en privé, ils sont beaucoup plus diserts et beaucoup plus francs !

Officiellement, les États sont coupables de déficits publics excessifs, et c’est cela, et uniquement cela qui met la zone euro dans de tels affres. Aussi vite que les peuples auront leur système social rationné, ils retrouveront la compétitivité pour faire la croissance qui financera les surplus budgétaires tant désirés, c’est la thèse officielle, Keynes est mort, les plans de relance sont une utopie qu’on se le dise ! La Grèce ne devrait plus tarder à en donner la confirmation, à moins qu’elle soit congénitalement incompatible avec les universelles lois du marché. Officieusement, le charismatique député européen Daniel Cohn-Bendit nous rapporte quelques unes de leurs confessions :

D. C.-B. : Un des grands problèmes de la sphère financière aujourd’hui — et tout le monde ! Tous les banquiers vous le disent. Moi j’ai été à la Banque Centrale Européenne, je suis à Francfort, c’est à même pas un kilomètre de mon appartement. Hein, je les vois. Eh bien quand on discute avec eux, ils disent : « Si on n’arrive pas à débloquer un plan de relance, eh bien la spéculation va repartir parce qu’on ne sera pas crédible !

Henri Guaino : Oui.

D. C.-B. : L’austérité n’est pas crédible !

H. G. : Oui, oui, mais vous prêchez un convaincu, et vous le savez très bien, Daniel.

D. C.-B. : Eh bien alors !

Comme je l’écrivais lorsque je démontais la rilance de Christine Lagarde, les politiques sont perdus (et les banquiers centraux sont les plus politiques des financiers) : ils ont érigé le dogme de l’équilibre budgétaire et la sacralisation de la monnaie bancaire par idéologie libérale, envers et contre toute recherche rigoureuse des faits, et ils ont l’impératif du déficit public, de la relance, au nom du principe de réalité. Entre les deux, ils restent tétanisés tel l’âne de Buridan. Le choix se fera, fût-ce par effondrement de la zone euro, et il se fera en faveur d’émission de la monnaie par l’émetteur de la monanie, mais on peut beaucoup souffrir encore avant de l’admettre, à la grecque. Suspens hitchcockien.

1 commentaire

Classé dans En vrac

Une chimère nommée « rilance »

Notre classe politique, composée d’hommes d’action, c’est-à-dire très souvent à courte vue malheureusement, observe les effets immédiats des différentes tentatives de remettre en marche cette boîte noire qu’est pour eux notre système monétaire et financier. Lorsqu’ils font de la relance, l’endettement gonfle, et ils ne peuvent (pour la zone euro uniquement) l’empêcher de sombrer dans une spirale qui attisent tous les spéculateurs. Lorsqu’ils font de la rigueur, l’économie retourne en récession, et les financiers – au premier rang  desquels lesdits spéculateurs – s’insurgent aussi, laissant nos politiques comme l’âne de Buridan, mais entre la peste et le choléra et avec l’obligation de choisir et vite.

Nous autres néochartalistes, nous savons que c’est la contrainte budgétaire qui est fictive et la contrainte économique qui est réelle (cf la série Les Bases), bien que l’euro soit parvenu à créer la contrainte budgétaire de toutes pièces quasiment à la perfection. Il n’y a pourtant rien d’absolument inimaginable là-dedans, la monnaie est une fiction à l’évidence, et l’économie réelle est, comme son épithète l’indique, réelle ; en bonne logique tout le monde devrait donc chercher à adapter la fiction à la réalité plutôt que l’inverse. Pas nos politiques. Aveugles, ils cherchent une troisième voie, et leur manque d’imagination les poussent à synthétiser les deux. C’est le concept de « rilance » mot-valise composé par rigueur et relance, forgé par Christine Lagarde alors ministre français des finances (et très accessoirement de l’économie). Depuis, elle est partie, et, sans reprendre le mot, c’est bien la seule politique imaginée par les gouvernements de toute l’eurozone et même ailleurs, pouvons-nous constater.

En quoi consiste exactement la « rilance » ?

Vu l’aberration que c’est, mieux vaut commencer par définir rigueur et relance.

La rigueur budgétaire consiste à diminuer les dépenses publiques ou à augmenter les recettes publiques (les impôts, principalement), ou le plus souvent un mélange des deux précédents, afin de réduire le déficit public, ou, très rarement, de dégager un surplus budgétaire. En clair : l’État cherche à gagner plus d’argent qu’il ne gagne ou à se rapprocher du moins autant que possible de cette situation, quitte à sommer l’économie réelle de s’adapter.

La relance budgétaire consiste à augmenter les dépenses publiques (financement de ponts, routes, laboratoires de recherche, écoles, etc.) ou à diminuer les recettes publiques, ou le plus souvent un mélange des deux précédents, afin d’augmenter le déficit public, ou, très rarement, de le créer après un surplus budgétaire. En clair : l’État cherche à ce que l’économie réelle gagne plus d’argent et (re)trouve de la croissance, quitte à ce que son budget, son déficit et sa dette impressionnent encore un peu plus les badauds.

Donc, la rilance consiste à… À rien, du coup. Le concept de rilance ne rime à rien car, au lieu d’être une troisième voie, il est simplement la fusion de deux contraires, un oxymore, et conceptuellement : une aporie. Logiquement, la rilance est la perpétuation du budget tel qu’il est. C’est de l’immobilisme politique.

Toutefois, si on tente de lire entre les lignes les projets de rigueur-relance, car les politiques sont très avares de détails sur eux – Et pour cause ! –, (mais on connait suffisamment déjà les premières mesures votées, comme chez les Grecs, les Irlandais, les Espagnols, et nous aussi Français déjà un peu, pour pouvoir deviner la suite), la rilance n’est pas rien mais plutôt le camouflage d’une politique de rigueur dont les politiciens ont peur mais dont ils ne savent pas se défaire. Loin de la relance, la rilance est de la rigueur avec un surcroît d’inhibitions et d’hypocrisie.

Il faut dire que les récessions qui s’ensuivent systématiquement ont effectivement de quoi faire douter. Mais pourquoi ne font-ils que douter, sans même s’arrêter ?

1 commentaire

Classé dans En vrac