L’insoutenable feuilleton

La Grèce fera-t-elle défaut ou non ? D’habitude, je ne relaie pas sur ce blog les péripéties de la « faillite du club Med », parce que j’ai trop de respect pour mes lecteurs pour croire qu’ils ont besoin de moi pour savoir en quoi le énième « sommet de la dernière chance » ne règle rien. Cette fois, un commentaire de mon blog m’a attiré l’attention sur un fait qui vaut la peine d’être commenté : un « réarmement » d’une banque centrale nationale, comme il le dit.

Le très officiel Figaro nous rapporte que la banque centrale grecque, qui n’a théoriquement qu’à exécuter le montant de création monétaire que veut bien lui allouer la BCE, a commis une entorse à ce principe et a avancé 6 milliards d’euros au trésor grec.

Pour éviter le scénario catastrophe en plein été, les responsables de la zone euro ont accepté une solution technique impliquant la banque centrale de Grèce, autorisée à faire une avance au Trésor grec de 6 milliards d’euros à court terme en août. Cette solution, autorisée exceptionnellement, permettra à Athènes d’assurer ses échéances en déchargeant la BCE de toute responsabilité. Car tout défaut de paiement grec viendra impacter le bilan de la banque centrale grecque et non celui de la BCE. «Demander un délai de remboursement à la BCE aurait déclenché un psychodrame grec en plein été. Il fallait donc agir différemment et faire circuler les liquidités. C’est un soulagement, même s’il est minime», conclut Vassilis Daskalopoulos.

Comme l’explique le néochartalisme, le déficit public est indispensable, et donc son financement. Déléguer la création monétaire à une banque centrale et la faire financer le Trésor est une solution. La plupart du temps, on préfère utiliser des banques commerciales comme intermédiaires entre les deux, et elles se servent au passage. L’essentiel c’est que la création monétaire soit effectuée. La zone euro a tellement pris au sérieux le mantra du marché réalisant tout à crédit que cet arrangement si banal (par exemple la France le faisait jusqu’en 1973). Une fois de plus, si les politiques sont prêts à prendre de tels risques pour une politique aux résultats aussi catastrophiques, c’est aussi parce qu’ils ont tout simplement été persuadés que le monde se résumait à « payer ou faire faillite ». Comme s’il n’y avait pas de création monétaire en somme.

Les négociations avec les hauts représentants de la troïka (FMI, BCE, UE) ont repris de plus belle, ce jeudi, à Athènes. […] Les dirigeants de partis d’opposition, Evangelos Venizélos, du Pasok, et Fotis Kouvelis, de la Gauche démocratique, sont associés aux discussions. Une fois n’est pas coutume, les principaux partis s’accordent sur la nécessité de mettre en place des mesures d’économies budgétaires de 11,5 milliards d’euros pour 2013 et 2014 pour rattraper les retards pris et écarter le spectre d’une faillite du pays.

8 Commentaires

Classé dans En vrac

8 réponses à “L’insoutenable feuilleton

  1. Sophie

    Tout à fait d’accord.
    Il faut noter que si la BCE ou la BdG s’était contenté d’offrir des liquidités aux banques grecques pour acheter des titres elles auraient demandé au Trésor des intérêts conséquents. Dans ce cas présent soit il n’y a pas d’intérêts (si la BdG appartient à l’État grec, comme la BdF en France … ce que j’ignore), soit l’intérêt est de toute façon minime..
    Mais il est de toute manière peu probable que le Trésor grec rembourse un jour sa banque centrale, mais il est intéressant de voir le coup de canif à l’article 123 et comment ils vont le justifier.

  2. grosrené

    Un article passionnant d’Alain Beitone au sujet des erreurs d’interprétation de la loi Pompidou/Giscard de 1973:

     » Est-ce à partir de 1973 que l’Etat commence à emprunter sur les marchés?
    La réponse est évidemment négative! L’émission de bons du Trésor, vendus par les percepteurs auxpaysans et commerçants prospères n’a rien de récent. Au XIXe siècle les chambres de commerce reprochent à la « haute banque» d’opérer sur les «
    rentes» d’Etat au lieu de financer les petites entreprises et elles revendiquent l’ouverture de nouveaux comptoirs de la Banque de France pour permettre aux entreprises d’accéder au crédit.
     »

     » La loi de 1973 marque-t-elle une rupture dans les rapports entre la Banque de
    France et l’Etat ?
    Pas du tout.
     »

      • grosrené

        Intéressant. Je lirai ça en détail, mais en attendant, je serai surpris que vous défendiez E. CHouard, étant donné que sa vision du système monétaire est assez contradictoire avec la MMT :
        – il pense que bons du trésor servent à financer l’Etat
        – il veux supprimer l’achat des bons par les banques privées (dans la MMT, les bons servent pourtant d’outils de régulation des quantités de réserves)
        – il dit que les déficits et la spéculation sont à l’origine de la crise des dettes souveraines (pour la MMT, elle est d’abord due à l’austérité forcée pour tendre vers des surplus budgétaires)
        – il pense que la création monétaire par le crédit a un rapport avec l’achat des bons du trésor : « Effectivement, il y a longtemps que les banques privées se sont arrogé le droit de créer la monnaie. (…) A partir de 1973, tout le monde doit passer par la case (payante) « banque privée » pour avoir accès à la monnaie, même l’État ! »

        Bien sûr, A. Beitone a de toute évidence une vision plus classique (néo-Keynésien ?) également contradictoire avec la MMT.

        • Je n’ai pas dit être d’accord sur tout. Il a raison de dire que le financement de l’État en monnaie monopole légal de cet État par les banques est une manipulation, une mystification…

        • grosrené

          oui il a raison, mais ce que dit A. Beitone, c’est que la loi de 73 ne l’interdit ni plus ni moins qu’avant. Peut-être que le traité de Maastricht est plus strict.
          Il donne un exemple dans l’article en lien sur un plan de relance post-73 financé par la BdF (ce n’est pas l’article auquel E. Chouard répond, celui-ci contient plus de précisions).

          Je ne crois pas que A. Beitone soit d’avantage du côté des néolibéraux que E. Chouard. Il s’écharpent sur des questions qui relèvent de la compréhension du système monétaire.

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s