Audrey Pulvar sermonne Jean-Luc Mélenchon, sans plus de finesse

Cette fois-ci c’est Jean-Luc Mélenchon qui passe dans On n’est pas couché. Comme avec Nicolas Dupont-Aignan, Audrey Pulvar fut l’occasion de rappeler au dogme l’impétrant Mélenchon. Avec quelques variations.

Mélenchon : Nous pouvons décider de monétiser la dette, c’est-à-dire qu’au lieu d’emprunter aux banques à 7, à 3 en ce moment c’est à 3, mais quand ils arrivent à vous prendre à la gorge comme ils l’ont fait aux Grecs, à 18, on va emprunter directement à la banque centrale européenne qui elle prête à 1 %, quand je l’ai dit il y a plusieurs mois, je n’étais pas le seul, (…)

Pulvar : les Américains se la (la dette publique américaine) rachète en créant de la monnaie à tire-larigot, on sait très bien qu’aujourd’hui il n’y a que la la banque centrale américaine qui achète des bons du Trésor américain, ça veut dire que c’est un colosse au pied d’argile. C’est exactement ce que vous voulez faire en France. (…) Mais ce que vous nous proposez, c’est la même chose, Jean-Luc Mélenchon, de faire fonctionner la planche à billet.

Mélenchon : Oui madame, (…) ce qui je vous l’accorde, créera une certaine inflation, pas beaucoup.

Le rachat de sa dette publique par un État via sa banque centrale crée-t-il de la monnaie, et même de l’inflation ? Non, et c’est facile à comprendre : lorsque l’État achète la dette qu’il vient d’émettre, l’État se promet tout simplement de se payer une certaine somme à lui-même, selon un échéancier préétabli. L’inflation n’est pas un risque, et c’est aussi très facile à comprendre : la monnaie qui rentre dans le Trésor de l’État aussitôt qu’elle en sort ne peut influencer les prix que d’un seul bien : les bons du Trésor, et d’une seule manière : à la baisse. En effet, cet acheteur supplémentaire qu’est la banque centrale change la rareté relative des offreurs et des vendeurs (ici : l’État d’un côté, et les seules banques commerciales de l’autre et jusqu’alors) en faveur des offreurs (l’État). On voit mal comment, alors que les banques perçoivent moins par les bons du Trésor, les prix à la consommation pourraient monter, ou même s’envoler. C’est bien ce qu’on observe concrètement, lors des expériences de « création monétaire par les banques centrales », ce que Pulvar qualifie de planche à billet : pas d’inflation, pas de tension sur les bons du Trésor. Un colosse aux pieds fort peu argileux, donc.

Bien que proches, les solutions de Mélenchon et Dupont-Aignan diffèrent en raison d’un défaut encore plus prononcé chez Mélenchon : le passage par la banque centrale. Elle donne l’impression que l’État ne peut pas créer lui-même l’argent, ce qui est pourtant le cas, et suggère qu’il le vole, puisqu’il doit cacher qu’il se le créé. Dupont-Aignan veut 0 % d’intérêt. Mélenchon veut 1 % d’intérêt. Moi, je préférerais que l’État n’emprunte pas, cela clarifierait la situation et ne donnerait pas lieu à hypocrisie, hypocrisie dont les banquiers se repaissent pour exiger des concessions supplémentaires ; mais j’accepte les deux offres : ce qui compte c’est que l’État puisse décider librement de ses dépenses et de ses recettes, structurer l’économie par un budget contra-cyclique pérenne ; si en plus il tient à se créer un pourboire et un protocole comptable un peu pompeux…

Plus intéressant encore que d’éventer le pseudo-argument de « la planche à billet », et d’observer pourquoi et quand Audrey Pulvar l’utilise. C’est uniquement lorsque l’État ne crée pas cette monnaie pour les marchés et ne s’abaisse pas à le leur mendier en retour, mais se le crée directement pour lui et l’assume (à moitié). Audrey Pulvar a besoin de l’onction libérale du marché, elle est à ce point pénétrée, très inconsciemment semble-t-il, par l’idéologie libérale, qu’elle en professe tout naturellement les dogmes, sans plus en voir l’inanité quant au réel. Si l’État fait marcher la planche à billet pour se prêter à lui-même, « c’est de la planche à billet » ; s’il le fait pour prêter aux banques, il n’y a plus à souligner d’un air narquois que « c’est de la planche à billet ».

La planche à billet dans cette discussion n’a nullement le rôle d’analyse, uniquement celui de tabou.

3 Commentaires

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3 réponses à “Audrey Pulvar sermonne Jean-Luc Mélenchon, sans plus de finesse

  1. quelle nulle cette Audrey…;-)

  2. BONO

    Melenchon est un politique que l’on voit depuis 30 ans, il a été ministre, il a soutenu des gouvernements qui privatisait, il vit de ses madats politiques et a saisi l’opportunité de la crise pour fonder le FDG , mais qui est-il veritablement……
    voir :
    http://2ccr.unblog.fr/2012/01/16/revolutionnaire-ou-reformiste/

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