Au programme : Jacques Cheminade

Suite de la série sur les présidentielles Au programme avec Jacques Cheminade, candidat du parti Solidarité & Progrès, qui avait déjà tenté de se présenter aux présidentielles de 1981 et 2002 et avait réuni ses 500 signatures pour celles de 1995. Cette fois, il a minutieusement préparé le terrain jusqu’à réunir 538 signatures et fait donc partie des 10 candidats officiels.

Jacques Cheminade diplômé d’HEC et de l’ENA ne semble pas avoir non plus pleinement réfléchi aux questions monétaires, préférant les « vrais » projets, ce qui donne un tableau assez convenu pour ce genre de candidat anti-système :

Il propose de raboter les niches fiscales, et une augmentation générale des impôts, c’est-à-dire qu’il suppose presque explicitement le prétendu impératif de l’équilibre budgétaire. Ainsi de la formule introductive — qui rappelle le début de campagne de François Bayrou — : « Prétendre ne pas augmenter les impôts après 2012 serait mentir. ». Mais il n’est pas libéral et n’en fait donc pas un principe moral, et il y ajoutent des réductions sur les charges sociales ainsi que des projets de grands travaux, dépenses qui vont trop à l’encontre de cet objectif affiché pour ne pas faire comprendre qu’il est du type politicien keynésien d’immédiat après-guerre. Cette impression est encore renforcée par sa déclaration en faveur d’avance au Trésor, dénonçant la loi de janvier 1973. Cheminade effleure du doigt le problème et le résoudra, même semi-consciemment. Bien que ses explications assimilant le crédit à une simple avance sur investissement sont encore très primitives, son attachement viscéral à défendre la dignité individuelle contre la seule logique de puissance fait qu’il préférera investir en une variante de l’Employeur en Dernier Ressort, quitte à assumer les risques inflationnistes de salaires au prix du marché, plutôt que de laisser la misère s’installer au nom du déficit zéro : « Le système de crédit productif public est au contraire un pari sur l’avenir, c’est-à-dire sur le propre de l’homme, qui est de créer. Il est intrinsèquement anti-oligarchique et anti-impérial car il respecte la personne humaine. » l’emphase est originelle.

Il ne semble pas pleinement percevoir la délicate question du pouvoir, notamment que les systèmes impériaux sont généralement aussi impitoyables pour préserver leur pouvoir qu’indifférents à la nature et aux modes de vie de leurs provinces ; qu’à l’inverse, son système très centralisé pourrait par contrecoup absorber la société civile d’autant plus certainement qu’un déficit zéro empêcherait le secteur privé de se développer, et que les grands projets publics financés par de nouveaux impôts accroîtraient inexorablement la part de l’État dans le PIB. Paradoxalement, tant les Anglo-Saxons effraient Jacques Cheminade, il est prêt à constituer un vaste empire eurasiatique avec ce principe. Mais, étant donné l’impossibilité de créer une Europe fédérale même avec l’oligarchie en place, de la différence que représentent les pays asiatiques ainsi que de la démultiplication des blocages des discussions en raison de l’opposition de tel ou tel de ces si nombreux membres, et de la fermeté de ses convictions donc de l’absence de souplesse négociatrice qui en découle, c’est la seconde option qu’il préconise qui se réaliserait : l’émancipation de la France qui serait enfin dirigée (certes, je force le trait). Il n’y a qu’à voir avec quelle célérité il lâche l’euro-franc polytechnique en faveur du franc polytechnique. On retrouve, ne manquons pas de le souligner, ce côté ingénieur qui, sans être du moindre apport en science économique, a la très fâcheuse habitude de réduire le complexe humain socio-économique à une machine bien huilée. — Paradoxalement ce sont souvent les ingénieurs qui ont le plus de mal à dissocier la monnaie de ce qu’elle paie, trop habitué à assigner identifier la réalité physique à la modélisation qu’ils en font ! — Si on en juge par son renouveau de la culture tourné vers la raison au détriment du sentiment, on peut en être convaincu ; la première phrase « Nous sommes en guerre. », ne plaide pas pour l’équilibre entre sensibilité et raison, alors que la culture (du moins une philosophie digne de ce nom) est au contraire le moteur contre toute conspiration, et non l’inverse.

Sincèrement convaincu d’œuvrer pour tous et chacun, volontaire, déterminé, ayant sacrifié ce qui s’annonçait comme une belle carrière en faveur de ses convictions, adouci par l’expérience (il a 70 ans), Jacques Cheminade, même sur le plan strictement monétaire, est assurément celui qui attire le plus la sympathie d’un néochartaliste parmi les trois candidats déjà étudiés. Reste pour chacun à se faire un opinion sur les autres aspects de son projet, politique étrangère notamment, et de sa personnalité pour éventuellement le préférer aux neuf autres.

1 commentaire

Classé dans Élections Présidentielles de 2012

Une réponse à “Au programme : Jacques Cheminade

  1. mettait en eux grande confiance:)

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