8. L’Employeur en Dernier Ressort

Nous avons vu que ce qui permet au budget de ne pas être inflationniste est d’abord son caractère contracyclique, et non son équilibre budgétaire voire son surplus, dans le numéro 6 de notre série Les Bases. Aujourd’hui, nous affinons l’analyse d’un budget sans inflation et assurant le plein emploi avec la proposition majeure des partisans du néochartalisme : l’Employeur en Dernier Ressort.

Cette proposition est tout ce qu’il y a de plus naturel au regard de notre expérience historique : Comme lors de toutes les grandes dépressions économiques, elle invite l’État à embaucher lui-même les masses que le secteur privé est incapable d’employer. Il n’y a rien de choquant à cela, c’est ce vers quoi s’oriente progressivement Obama, ce que fit Roosevelt avec la WPA et d’autres administrations et ce qu’approuva le très sourcilleux et libéral Milton Friedman1 ! Retenant la leçon de l’inflation des Trente Glorieuses, l’Employeur en Dernier Ressort vise à injecter le déficit non pas dans de grands projets et laisser l’augmentation de l’activité résorber d’elle-même le chômage, mais à cibler directement les chômeurs en proposant à qui le désire d’être employé par cet agence à salaire fixe. Comme ce salaire ferait par définition figure de salaire minimum, il serait donc proche du montant du Smic en France, ce qui est loin d’être excessif pour mener une vie décente, tout en étant nettement plus substantiel que le RMI et diverses allocations.

Si cette proposition choque trop les convictions de mon lecteur, qu’il sache que le néochartalisme peut fonctionner comme lors des Trente Glorieuses, c’est-à-dire sans Employeur en Dernier Ressort, sans sous-emploi, mais avec deux ou trois pourcents de chômeurs, heureusement pour des durées beaucoup plus courtes et dans de bien meilleures conditions qu’actuellement. L’Employeur en Dernier Ressort n’est qu’une option pour le néochartalisme, une option très désirable me semble-t-il, mais une option, et qui permettrait de clore définitivement les débats sur la courbe de Phillips (voir son successeur le NAIRU), débat qui avait remis en selle le libéralisme après-guerre (voir mon billet Le choix du chômage de masse).

Le mécanisme est classique et connu de mes lecteurs. Lorsque la crise s’installe et que les prix baissent, les chômeurs trouvent un emploi et un salaire chez l’Employeur en Dernier Ressort (l’EDR), cela génère un déficit public puisque l’EDR est financé par l’État, et ce déficit public renfloue le secteur privé jusqu’à ce qu’il retrouve son assise. Lorsque ce dernier réembauche et remonte ses prix, il vide l’EDR de ses employés attirés par une meilleure rémunération, le déficit se tarit, et les prix sont stabilisés. Comme ce déficit n’est pas distribué sous la forme d’une grande enveloppe d’abord captée par ceux qui sont économiquement les plus forts (les commandes publiques peuvent être utilisées par le secteur privé soit à embaucher les chômeurs, soit à surenchérir sur les salariés déjà existants, cette deuxième alternative devient de plus en plus probable lorsqu’on s’approche des deux ou trois derniers pourcents de la population au chômage), ce déficit met l’argent directement dans la poche de celui qui est affaibli et contre un véritable travail ; c’est une alternative nettement plus saine qu’un assistanat dégradant, payant mal et sans cesse rogné comme une peau de chagrin.

Comme c’est un salaire fixe, les prix sont particulièrement stables. Il n’est pas possible, pour ceux qui produisent les biens et services de première nécessité, de relever leur prix pour augmenter sans effort leurs profits à la faveur de ce déficit : chaque consommateur employé par l’EDR verra ce prix sortir de ce que son salaire lui permet ; au contraire, la seule façon de bénéficier de la manne du déficit EDR est pour lui d’augmenter ses quantités et de vendre toujours aussi bon marché mais aussi aux employés de l’EDR. Rien à voir avec un renflouement des banques qui s’empressent de s’en faire de mirifiques bonus et des bulles spéculatives.

Du temps de l’étalon-or, on fixait le prix de l’or et tous les autres prix devaient s’ajuster, avec leurs quantités. Parmi eux les salariés, c’est-à-dire que, faute d’or au bon moment et au bon endroit, ces derniers voyaient leurs salaires baisser et le chômage augmenter. Aujourd’hui, l’ancrage officiel est le niveau général des prix (l’Indice des Prix à la Consommation Harmonisé). Là aussi, lorsque les prix menacent de monter, on restreint le crédit en renchérissant les taux, c’est-à-dire qu’on restreint l’activité donc qu’on diminue les salaires et l’emploi : dans le système actuel, le vrai bien d’ancrage est le chômeur, l’or est remplacé par une réserve de chômeur avec plus ou moins d’assistanat2 manière ignoble d’assurer la stabilité monétaire et qui ne s’avoue que rarement, et dont le choix fut délibéré, dès le début. L’EDR conjugue la stabilité des prix et le plein emploi ; il fait d’une pierre deux coup : en choisissant un ancrage nominal il stabilise les prix, et en choisissant le travail des chômeurs comme ancrage, il évite qu’ils soient les laissés pour compte des ajustements du marché.

L’essentiel a été fait, nous avons presque fini de poser les bases du néochartalisme (la Modern Monetary Theory chez les sources anglophones). Je vous remercie de votre attention, n’hésitez pas à revoir la série Les Bases si certains éléments vous paraissent encore obscurs…

7. Oui, « Il faut bien que l’argent vienne de quelque part. » < Série Les Bases > 9. Genèse des Shadoks

PS : Développements sur les aspects anthropologiques et économiques de l’Employeur en Dernier Ressort.

PPS : Voici un commentaire éclairant des aspects techniques de l’EDR :

Un EDR qui verraient regulierement ses effectifs croitrent ou décroitrent ne serait-il pas confronté à d’importantes difficultés de planification et d’organisation de son activité?

C’est un défi comme les adorent les technocrates (qui n’ont pas que des défauts). Ceux que visent l’EDR sont de facto ceux qui sont les moins qualifiés, car ce sont eux qui sont le plus les victimes du chômage (surtout lorsque l’économie retrouve des couleurs, ce qui est le but). Cela signifie aussi que l’EDR sera inégalement réparti géographiquement. Ensuite, les projets seront distingués entre projets prioritaires et projets flexibles, les prioritaires étant ceux qui sont contraignants en terme de délai ou de nombre requis d’employés. Les projets prioritaires devront être joints à des projets flexibles de manière à ce que les fluctuations de l’économie n’aient pas le temps de les prendre de court, mais vident d’abord les projets flexibles. Etc.

Quelles activités lui seraient confiées?

Ce sera l’objet d’un compromis politique. Roosevelt avait réaménagé le détroit du Mississipi et la Nouvelle Orléans n’avait plus subi les ouragans depuis lors, jusqu’à ce que l’entretien soit privatisé et que l’incurie du privé laisse Katrina, un ouragan banal, dévaster la ville. Roosevelt avait également alphabétisé nombre d’adultes illetrés, et il me semble qu’on commence de plus en plus à avoir ce type de besoin en France, malheureusement. Pour les moins qualifiés, on peut imaginer le nettoyage de zone plus ou moins naturelle ou on laisse habituellement les déchets plastiques et autres s’accumuler. Généralement, les partisans de l’EDR souhaitent des « activités sociales » mais il faudrait préciser. Tout projet avec de fortes externalités positives (c’est-à-dire de grosses difficultés à faire payer les bénéficiaires de l’activité) est a priori un bon candidat pour l’EDR, car le marché privé rationne fortement la production des biens communs non-individualisable. On pourrait démultiplier la restauration de monuments historiques en laissant les spécialistes à leur travail de spécialistes et en s’occupant de toute la partie logistique lourde et peu qualifiée, etc. On peut imaginer l’incorporation ponctuelle de qualification si l’employé EDR en donne l’opportunité, par exemple on peut utiliser un comptable non sur le chantier, mais pour tenir la comptabilité du chantier…

Enfin, il faut des objectifs à réaliser, réalistes mais clairs et consistants, pour que tout le monde travaille bien…

Envisagez vous un EDR en concurrence avec le secteur privé? Si c’est le cas, comment éviter les distorsions de concurrence?

C’est une possibilité, mais ça complique les choses. Il faudrait des règles additionnelles :
L’entrepreneur privé postulant pour être employeur EDR doit fournir des preuves de sa capacité (une entreprise déjà lancée et réussie, expertise dans le domaine où il veut se lancer, longue expérience fructueuse à la tête d’une entreprise, etc.), un succès chez l’EDR doit lui permettre de recommencer et en plus grand, un échec doit lui fermer les protes.
Ceux qui étudient son dossier doivent être impactés financièrement en fonction du résultat. L’employeur doit posséder des biens saisissable en France au cas où ça dégénérerait, par exemple un apport personnel versé au capital de l’entreprise EDR nouvelle.
Il faut fixer à l’avance un calendrier de rentabilisation, avec saisie de l’entreprise si l’échéancier n’est pas respecté et mise sous statut privé avec négociation salariale immédiate aussitôt que l’entreprise est rentable (mettons deux trimestres).
Interdiction doit être faite à des entreprises passant commande à une telle entreprise EDR pour sous-traitance de recréer une entreprise EDR lorsque la première relève ses salaires, avec fortes amendes à la clé ou sais de l’entreprise laminant ainsi sa sous-traitance.

Le plus probable, c’est que ce genre de dispositif, subtil, complexe, ne se mettra en place, avec son indispensable période de rodage, qu’une fois un EDR plus modeste, cf ci-dessus, entré dans les mœurs. Cet EDR 2.0 serait pourtant encore plus efficace et encore plus sympathique au marché : ce serait une sorte d’incubatrice entrepreneuriale géante…

Quels types d’emplois seraient proposés par l’EDR? Et, quels qu’ils soient, ne craignez vous pas que ces emplois n’apparaissent toujours que comme des emplois “bas de gamme”? Mal perçus, tant par les salariés que par les employeurs, générant ainsi une sorte d’effet d’évitement?

D’une part, tout le monde peut avoir des moments de faiblesse, être pris au dépourvu, même les meilleurs. Que les libéraux dominants qui jugent que personne de valeurs ne peut sortir de l’EDR commence par renier Milton Friedman qui les a remis aux rênes du pouvoir et qui a approuvé le programme de Roosevelt dont il avait bénéficié personnellement avec sa femme au plus fort de la dépression (cf Les Bases 8. L’employeur en dernier ressort).

Maintenant, il ne faut pas se leurrer, les plus faibles, les plus inaptes à la féroce compétition du marché privé seront surreprésentés chez l’EDR. On trouvera nettement plus d’immigrants récents baragouinant à peine la langue, de dépressifs dociles mais peu combatifs, de personnes ayant divers problèmes psychologique à commencer par la confiance en soi, etc. Pour les cas trop graves, l’EDR devra les refuser et d’autres services de l’État devra les prendre en charge. par exemple, les handicaps lourds du type trisomie ou tétraplégie ne seront pas réglés d’un coup de baguette magique par l’EDR, évidemment. Pour les personnes apeurées, l’EDR sera en soi une thérapie. Mieux, comme le marché privé ne sera plus déprimé par un manque de demande global chronique et croissant, le privé emploiera plus volontiers des personnes qui ne sont pas des cadors mais qui « font le boulot » plutôt que de les refuser systématiquement au prétexte qu’on « ne garde que les meilleurs ». Et travailler les améliorera et les entretiendra. cf le graphique de Fascinante offensive à outrance.

Dans le même ordre d’idées, si l’EDR constitue en quelque sorte un minimum auquel un salarié pourrait prétendre, ne craignez-vous pas que le “secteur public” (je vois l’EDR comme une branche du secteur public) doive se “contenter” des salariés les moins performants? Laissant ainsi au privé l’avantage de continuellement disposer du personnel le plus efficace?

Non, je ne le crains pas, parce que le privé les paiera plus cher. Ce n’est pas parce qu’un projet est fait un peu plus lentement et par un peu plus de monde qu’il ne vaut rien. Je préfère que tout le monde ait la possibilité de donner à la communauté et que chacun reçoit selon sa performance, plutôt que de procéder à « une euthanasie économique », un « eugénisme économique », où les plus forts créeraient un seuil de rentabilité qui serait sacré seuil d’existence économique et exterminerait impitoyablement « les inférieurs ».


Notes :

1 FRIEDMAN Milton et Rose, Two Lucky People, The University of Chicago Press, Chicago, 1998, xii + 660 p., p. 58-59 :

Le nouveau gouvernement créa une forte demande pour des économistes, particulièrement à Washington. Sans New Deal, il est loin d’être clair que nous aurions pu trouver des emplois d’économistes. […] Comme nos enseignants et nos condisciples à Chicago, et en effet à l’image de la nation, nous regardions beaucoup de mesures du New Deal comme des réponses appropriées à la situation critique — mais dans notre cas pas, je m’empresse d’ajouter, la fixation des salaires et des prix de la National Recovery Administration et de l’Agricultural Adjustment Administration, mais certainement la création d’emploi de la Works Progress Administration, Public Works Administration, et Civilian Conservation Corps.

2 Cf le constat étonné de Krugman, Nobel d’économie 2008 :

Beaucoup d’économistes pensent que les expériences américaine et européenne sont les deux faces d’un même problème. Pour une raison ou pour une autre, les employeurs sont de moins en moins enclins à payer les services de ceux qui n’ont rien d’exceptionnel à offrir. Aux États-Unis, où les indemnités de chômage sont assez maigres et ne durent pas très longtemps (vingt-six semaines), et où les chômeurs se retrouvent souvent sans assurance maladie, le travailleur n’a d’autre choix que d’accepter un emploi, quel que soit le salaire proposé. C’est ainsi que le marché américain de l’emploi est qualifié de « flexible » selon le bel euphémisme des documents officiels. En Europe, les diverses prestations sociales sont plus généreuses, ce qui permet aux travailleurs de refuser des offres qu’ils jugent inacceptables, alors que, de toute façon, un très grand nombre de règlements et restrictions rendent les employeurs moins disposés et même incapables d’offrir des emplois à faible salaire. Ainsi, les mêmes facteurs conduisent à une baisse des salaires pour les travailleurs les moins qualifiés aux États-Unis et au chômage pour la même catégorie de personnes en Europe. Le résultat global est le même des deux côtés de l’Atlantique : l’égalité économique plus ou moins grande que l’Occident avait fini par considérer comme un fait acquis depuis la guerre est en train de s’effacer de notre souvenir.

KRUGMAN Paul, La mondialisation n’est pas coupable, la découverte, Paris, 1998 (1996), 218 p., p. 184

10 Commentaires

Classé dans Les Bases, Propositions

10 réponses à “8. L’Employeur en Dernier Ressort

  1. grosrené

    Monsieur B.,

    Je tiens d’abord à vous remercier, car j’ai grand plaisir à la lecture de vos articles, aussi bien pour les connaissances qu’ils diffusent, que pour leur qualité littéraire !

    En cette période d’élection présidentielle, il est dommage que ce concept d’EDR soit aussi peu repris – ou alors de manière négative en parlant « d’assistanat »- par les candidats et les médias grand public.

    Sur un sujet voisin, j’aimerais connaître votre opinion sur le principe de l’Allocation Universelle, dont une version est présentée dans l’article donné en lien ci-après.

    La phrase introductive pourrait mériter d’être discutée en elle-même :

    « Tant pis pour les paresseux » est bien, en effet, la seule réponse des partisans de l’« allocation universelle » à ceux qui pensent que tout homme est obligé de travailler pour avoir le « droit de vivre ».

    http://postjorion.wordpress.com/2012/03/17/234/

    Merci d’avance pour votre réponse.

    Bien cordialement.

  2. Pingback: Aspect politique du plein emploi, par Michal Kalecki « Frapper monnaie

  3. Je me découvre néochartaliste d’esprit (sans doute des détails inexacts et des lacunes techniques) dans cette proposition de monnaie fondante pour fluidifier le travail du domaine social, compte tenu de la perte de souveraineté monétaire liée à l’Euro tel qu’il est. C’est un texte qui date de 2005, bien avant que j’aie entendu parler de MMT:
    http://solidariteliberale.hautetfort.com/archive/2005/09/23/monnaie-fondante-et-rarete-monetaire.html

  4. Sébastien

    Bonjour,
    Merci pour votre travail qui m’a beaucoup apporté, moi qui ne suis pas un économiste, j’ai cependant 4 questions.
    1) Si je résume bien le néo chartalisme, le déficit public (la dépense publique) est la principale source de création monétaire et
    le régulateur premier de l’économie. Tendance à la récession, déficit public croissant, à l’inverse surchauffe de l’économie ralentissement de la dépense publique. Cependant, j’ai des doutes sur la facilité à faire varier la dépense publique à volonté selon la situation économique. Les stabilisateurs sociaux (indemnités chômage, RSA , ou employés en dernier ressort) vont jouer en cas de difficultés économiques, comme nous l’avons constaté en France au début de la crise de 2008, même si cet effet à été de courte durée. Mais lorsqu’il faut réduire la dépense publique, les choses sont plus compliquées politiquement, socialement et économiquement. On voit les difficultés du gouvernement Hollande à faire baisser la dépense publique, même si je suis d’accord avec vous pour dire que cette politique est inepte.
    2) vous évoquez la tva pour reguler les prix. Votre raisonnement ne semble pas tenir la route sur ce sujet. Augmenter ou baisser la tva n’a aucune action sur le producteur, puisque c’est le consommateur qui la paie. Augmenter la tva fait juste augmenter le prix du produit, la baisser l’inverse. Le producteur peut ne pas répercuter totalement une hausse de tva , en baissant ses prix, s’il a un doute sur la solvabilité de la demande, en période de ralentissement économique, mais ça ne régule rien du tout, ce serait même le contraire dans la situation présente.
    3) pourquoi laisser vous les banques privées continuer à créer de la monnaie par le Crédit? La logique dans votre système serait que l’état souverain contrôle seul la création monétaire. Il pourrait le faire par le déficit et il pourrait aussi le faire par le crédit dont la banque centrale aurait l’exclusivité, les banques privées ne devenant qu’un intermédiaire entre la banque centrale et l’emprunteur (elles continueraient à gérer les dépôts).
    4) Je crois avoir compris l’équation comptable qui fonde le chartalisme, mais je garde des doutes sur votre raisonnement qui consiste in fine à dire, déficit public à volonté, déficit commercial aussi. Si la monnaie est virtuelle, est une convention, elle a cependant une valeur par rapport aux autres monnaies, et même si sa création précède la production, la valeur de la monnaie est finalement et globalement le reflet de la quantité de richesse produite par le pays emmetteur de la monnaie. L’argent est une promesse de marchandises. Donc on ne peut pas considérer le déficit commercial comme sans importance, comme vous semblez le faire. Si on pousse votre raisonnement à l’extrême, si le pays a une production nulle, rien ne lui interdit de consommer à volonté les produits fabriqués par d’autres, le déficit public y pourvoira.

    Je vous remercie pour vos réponses.
    Cordialement

    • Bonjour et merci à vous.

      1) La dette publique est neutralisée par la banque centrale, François Hollande n’aurait pas à étouffer notre économie si nous n’avions pas perdu notre souveraineté monétaire par l’euro. Au sein de l’euro, il peut au plus un chantage contre la BCE sur le thème « si vous nous refusez votre prospérité vous faîtes sauter l’euro qui vous fait exister. »

      2) La TVA est répercutée par le producteur sur son prix de vente. Plus il doit répercuter, moins le consommateur achète et/ou moins il fait de profits sur ses ventes. Donc les variations du montant de TVA perçu influe bien sur le niveau d’activité économique.

      3) Pourquoi pas ? Les stabilisateurs automatiques lissent aussi leurs fluctuations, et le crédit privé n’a pas que des inconvénients (même s’il est nécessaire de le réguler.).

      4) Ce n’est pas parce qu’on peut toujours fournir à l’étranger les devises qu’il désire que ce dernier en désire toujours. Si le pays ne produit rien, sa devise ne sera pas demandée. Mais si sa devise est très demandée (par exemple pour des réserves de changes internationales), étouffer l’économie domestique pour diminuer ce qu’on achète à l’étranger par simple seigneuriage. Pire, il est absurde de vouloir que tous les pays se financent par surplus extérieur, comme l’Allemagne le serine, car l’importateur doit non seulement se financer, mais aussi financer ces exportateurs étrangers chez lui, et tout ce petit monde se retrouve encore plus dépendant des déficits publics du pays importateur…

  5. Sébastien

    Bonjour,
    Je relis vos « bases » pour être certains de comprendre. Il y a cependant quelques éléments qui m’échappent:
    1) Vous écrivez, « Retenant la leçon de l’inflation des Trente Glorieuses, l’Employeur en Dernier Ressort vise à injecter le déficit non pas dans de grands projets et laisser l’augmentation de l’activité résorber d’elle-même le chômage, mais à cibler directement les chômeurs en proposant à qui le désire d’être employé par cet agence à salaire fixe. » En quoi injecter le déficit dans de grands projets est inflationniste? Cela revient pourtant à adosser une création monétaire à de la richesse produite, donc cela semble,à priori, moins inflationniste qu’une injection de monnaie qui n’a pour seule fonction que d’augmenter la demande?
    2) Pourquoi voulez vous conserver la création monétaire par les banques commerciales à travers les crédits qu’elles octroient? A vos yeux, le crédit privé n’a pas que des inconvénients, quels sont ses avantages ?
    3) Lorsque j’évoque la possibilité de crédits octroyés uniquement par la banque centrale, dont les intérêts seraient un source financière pour l’état, une sorte d’impôt sur le capital, vous me répondez pourquoi pas, mais qu’est-ce qui vous empêche de le proposer réellement?
    4) on trouve partout le principe de la création monétaire par les banques commerciales, les libéraux s’en félicitent, d’autres en contestent le principe. Mais je ne trouve nulle part de différence d’appréciation sur le type de crédit proposé. Je m’explique, si je désire acheter une maison déjà construite d’une valeur de 200 000 euros, j’emprunte à la banque 200 000 euros. Pour cela la banque va créer 200 000 euros de monnaie, elle aura monétisée un actif déjà existant sans qu’il y ait création de richesse, sans qu’aucun travail nouveau n’ait été produit. Si j’achète une maison, non encore construite d’une même valeur de 200 000 euros, la banque créera aussi 200 000 euros mais avec une différence de taille c’est que dans cette dernière opération, j’aurai créé une richesse nouvelle qui n’existait pas, et j’aurai permis la travail du maçon, du plombier etc… Est-ce que ces deux prêts de nature différente ont la même incidence en terme d’inflation? Ne faudrait-il pas financer la première opération par un prêt issu à 100% de l’épargne d’autrui et la deuxième par un prêt d’une banque commerciale?
    Je vous remercie encore pour votre travail que vous nous faites partager, et veuillez m’excuser pour la naïveté de mes questions car je suis un béotien en matière économique.
    Cordialement

    • Bonjour,

      1) Théoriquement, si on injectait tout le déficit public chez un euro tiré au sort, ce particulier richissime dépenserait cette manne et elle relancerait toute l’activité économique, résorberait le chômage, etc. En pratique, il en épargnerait une partie, ne parviendrait pas à tout dépenser suffisamment vite, ou alors surenchérirait sur les prix n’importe comment. Il faudrait un certain temps pour que les premiers vendeurs à ce chanceux à leur tours dépensent chez d’autres qui à leur tour, etc. et étaler ainsi la monnaie dans toute l’économie jusqu’aux chômeurs (il est peu probable que le richissime emploie des personnes au chômage mais préférera les personnes les plus qualifiées donc les plus demandées). Donc, le point d’injection du déficit public importe, toutes les activités économiques n’ont pas la même capacité à ruisseler à travers toute l’économie. Les travaux publics sont de particulièrement bons candidats : la construction est déjà un vaste secteur, généralement très actif en plein boom, donc avec des capacités disponibles en récession, et les salaires sont relativement faibles, donc vite dépensés dans le reste de l’économie. Mais même la construction n’est pas parfaite : imagine-t-on lancer des grands travaux pour employer un million, deux, trois voire quatre millions de chômeurs d’un coup dans la construction ? Il faudrait attendre qu’il y ait suffisamment de compétences réunies pour chaque projet qui demeureront en conséquence assez simples, former un minimum les chômeurs, et en absorber ainsi d’autres, à mesure que ceux qui reprennent pied économiquement trouvent des emplois ailleurs. Le plus efficace serait de multiplier les projets à taille plus adaptables, genre nettoyage de site pollué par des déchets ménagers, etc., pour employer directement un maximum de chômeurs et éviter que le secteur de la construction ne voit une soudaine pénurie d’électriciens/carreleurs/etc. avec la soudaine avalanche de projet ou l’inadéquation des compétences des chômeurs avec leurs besoins. Parfois, les grands travaux sont aussi une idée pour ceux qui ne veulent pas réfléchir…

      2) D’abord je n’aime pas trop qualifier la création de crédit de création monétaire. Si une banque commerciale n’a pas la devise, la vraie monnaie, ses crédits font faillite et montrent qu’ils ne sont pas autant monnaie… Ensuite, le crédit permet de ne pas épargner avant de lancer une activité, et même de payer avec le revenu généré par cette activité. C’est une huile substantielle dans les rouages. Si on élimine ses effets secondaires (pénurie monétaire par effondrement du crédit) c’est un adjuvant appréciable. J’ajoute que je me suis toujours montré favorable à la suppression de la dette publique et au financement du déficit public par création de devise purement et simplement.

      3) Je ne parlais pas des intérêts (précision absente de votre précédent billet), mais du capital. J’ajoute que la banque centrale ne devrait pas prêter au Trésor : ce devrait être au Trésor d’émettre les billets qu’il accepte en impôt et ce souverainement, et de les retirer par l’impôt au moment qu’il apprécie comme opportun, toujours souverainement.

      4) Pas chez les néochartalistes : pour nous, les banques ne crée que du crédit, et il faut galvauder le terme de monnaie pour qualifier ainsi le crédit. Lorsqu’on signe un chèque en bois, on ne crée pas de monnaie, demandez à celui qui l’a reçu ; et si ce chèque est provisionné, c’est la provision, votre dépôt en billets qui fait que ça vaut autant que le billet (forcément, en ce cas), pas le crédit lui-même. Dernier cas, si A promet 2×100€ à crédit à B et B 4×50€ à crédit à A, alors le crédit fonctionne aussi bien que la devise sans cette devise… parce qu’en ce cas elle était inutile et ils auraient pu fonctionner en troc. Gare à celui qui essaie de faire croire que l’échange monétaire n’est qu’un troc : le jour où il devra débourser, il fera faillite, il n’a d’autres choix que de calculer divinement ce que seront ses revenus…

      Dans ton exemple, la banque monétisera peut-être ton crédit hypothécaire lui-même. Celui qui acceptera de le monétiser prendra le risque d’avoir surestimé ta solvabilité…

      Tes deux exemples n’ont pas la même influence en terme d’inflation : le premier est inflationniste (tend à augmenter les prix, mais peut être compensé par des effets déflationnistes) sur le prix du bâti, le second sur les matériaux et services de constructions. Pour le type de financement du prêt, ce qui compte, c’est plutôt ta solvabilité : a-t-on sérieusement vérifié qu’il était très probable que tu rembourses bien tout ? (pas un liar’s loan par exemple). On peut toujours estimer que le crédit inclut un risque (ce qui est vrai) et donc l’interdire, plus ou moins complètement. À chacun ses préférences. Pour ma part je préfère une économie qui rebondit très vite à une économie qui est très craintive. Essayer c’est aussi, parfois mais inévitablement, se tromper. Et dans la vie, il faut essayer. À chacun d’apprécier les risques un petit peu et d’être adulte : de se prendre en main puis d’assumer les conséquences en essuyant une perte sur ses crédits pour le banquiers, la perte de la maison pour l’emprunteur, mais toujours la possibilité de se retrouver une activité et de recommencer avec l’expérience en tête. Là, on n’est plus vraiment dans l’économie, et beaucoup plus dans le choix de société…

      Ne vous inquiétez pas, ce blog s’adresse aussi, et même d’abord (du moins j’essaie) aux béotiens :)
      cordialement,

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