Signaux contradictoires

L’actualité envoie des signaux contradictoires.

D’un côté, le dogme du déficit zéro semble ferme chez les instances dirigeantes, et le Parlement européen vient de voter des mesures joignant la mutualisation des dettes à des sanctions supplémentaires en cas de non-respect des critères de Maastricht. Mais c’est peut-être l’inertie trompeuse du processus législatif, car simultanément, il semble y avoir une inflexion significative vers l’indispensable financement de l’économie par déficit public.

Le tout dernier plan de « sauvetage » concernant les banques espagnoles a dévié du cours des précédent :

Q : Quelles seront les conséquences du plan de sauvetage espagnol sur les autres pays en difficulté ?
R : Le plan de sauvetage de l’Espagne va sans doute faire tâche d’huile. L’Irlande demande déjà à se voir accorder rétroactivement le même traitement que l’Espagne, c’est à dire un programme d’aide sans contrepartie d’austérité.

Un changement de cap ? Un repli stratégique ? Difficile à savoir. Mais cet article de l’Expansion fait écho, par exemple, à cet article du Figaro affirmant que la chancelière allemande Angela Merkel elle-même commence à sentir l’abîme dans lequel l’austérité nous précipite tous, et mettrait de l’eau dans son vin en coulisse.

Il est difficile de départager la lame de fond de l’écume, avec si peu de recul. Le gouvernement espagnol a refusé jusqu’à aujourd’hui à parler de plan de sauvetage, et ce plan ne concerne que les banques, même si ces dernières peuvent ensuite prêter aux États-membres de l’euro. Que les instances dirigeantes soient plus laxistes envers les banques qu’envers les États n’est rien moins que très habituel, même si c’est parfaitement illogique. Quant aux « arrières-pensées » distribuées en coulisse par Angela Merkel, elles peuvent n’être qu’une tactique rhétorique usée jusqu’à la corde consistant à affirmer qu’on « compatit, mais qu’il va bien falloir y passer ». Tout prédateur sait calmer sa proie et desserrer ses mâchoires avant de les refermer plus à son aise sur elle. Plus encore, jamais les partisans de l’austérité n’ont voulu et encore moins réussi à pleinement accomplir leur idéal du déficit zéro, même le déficit structurel — celui qui est supposé n’avoir aucune excuse pour ne pas être à l’équilibre — est autorisé à hauteur d’un très symbolique 0,5 % du PIB. Nos dirigeants préfèrent l’interminable supplice à la mort subite.

Mais malgré mon scepticisme patiemment alimenté par l’expérience de ces élites au pouvoir depuis de si nombreuses années, je crois pouvoir déceler lucidement dans ces signaux un présage heureux : il semble bien que le vent tourne, et que nos élites n’auront pas besoin d’une dépression façon années 1930 pour retrouver les leçons qu’on en avait tirées. Espérons.

8 Commentaires

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8 réponses à “Signaux contradictoires

  1. Pingback: Une intox à jet continu 2/2 « Frapper monnaie

  2. EH

    « C’est que le « pacte social monétaire » qu’est l’euro (toute institutionnalisation d’une monnaie procède d’un pacte social) est particulièrement peu clair. »

    > Votre définition du « pacte social monétaire  » , tacite, et absolu qui plus est, n’est pas claire non plus.

    Lorsque le Roi ou l’Empereur fait frapper des pièces d’or à son éphigie (dont on reconnait encore une valeur aujourd’hui) afin d’en garantir institutionnellement la valeur, c’est quoi le pacte social ?

    Si Singapour arrime sa monnaie sur le dollar américain (non maîtrisé par Singapour), c’est quoi le pacte social ?

    • J’entends par pacte social la mise en place d’un lien de dépendance et de services mutuels entre ceux qui s’échangent cette monnaie. Comme souvent, avec les questions de valeurs, l’accord est tacite implicite. Par exemple, lorsque l’empereur bat sa monnaie et l’impose par son pouvoir, le pacte social est que l’empereur disposant de son empire et des sujets y résidant, il est libre de prélever et de payer « par son pouvoir », lorsque l’État décide un étalon-or, il choisit comme pacte social un matérialisme de la valeurs et un rôle simplement fonctionnel de ce rapport au valeurs. Lorsqu’il choisit de ne battre monnaie qu’à crédit privé (en tout cs tente de le faire), il déclare l’individualisme et le primat du marché libéral fondement social, lorsqu’il passe à une monnaie purement chartaliste en cas de guerre, le pacte social est qu’il n’est de valeurs que ce que l’État parviendra à faire survivre, lorsqu’un pays arrime sa monnaie à celle d’un autre, il choisit comme pacte social de se greffer sur le fonctionnement économico-social de son hôte et de tirer son épingle dans son jeu, (après, bien sûr, du protectionnisme peut lui dénier cette possibilité) plutôt que de suivre une voie entièrement originale ou au moins développée en interne à cette communauté, et cela signifie aussi qu’il se met dans une certaine dépendance des variations du pacte social hôte : protectionnisme ou pas, stabilité social et donc de la monnaie ou pas, égoïsme national de ce pays ou pas (façon enfoncer l’Argentine arrimée au dollar) ou pas, etc.

      Bien sûr les pactes sociaux ne sont jamais parfaitement acceptés et encore moins éternellement.

  3. EH

    Il y a une question plus fondamentale. Pourquoi certains Etats impruntent-ils pour payer les dépenses courantes (ou en tout cas, pourquoi à de telles niveaux stratosphériques) ?

  4. johannes finckh

    On ne peut pas continuer à creuser les déficits, mais on y est contraint!
    Tout cela tient au fait que l’épargne s’autoalimente par le truchement des intérêts et des intérêts des intérêts, exactement au même rythme que la dette, et ceci est ainsi quelle que soit la politique budgétaire menée. En cas de supposé recul de la dette publique, ce seront les dettes privées qui augmenteront davantage. La plupart du temps et sans discontinuer, toutes les dettes augmentent selon une courbe de croissance exponentielle, en doublant tous les sept à dix ans!
    Avec la monnaie actuelle (SMD), ceci est « génétique »!
    Seule une monnaie nouvelle (SMT) en viendrait à bout.
    Si j’ai bein compris, votre néochartalisme est une sorte de keynesianisme revu, alors, cela ne marchera jamais, et l’inflation n’est évidemment pas une solution! Sinon, elle serait là, car tous les ingrédients d’une inflation sont bien là!

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