La pièce à un billion de dollars

Vous avez peut-être entendu parler de l’histoire de la pièce à un billion de dollars (« one trillion dollars coin » en anglais) aux États-Unis. Rappelons qu’il s’agit pour l’État américain de contourner le plafonds de la dette, dont le relèvement régulier est source de psychodrames depuis la crise des subprimes : le Trésor peut, par disposition légale, frapper des pièces en platine, sans dénomination faciale particulière. Cette disposition fut adoptée lorsqu’on craignait des problèmes d’approvisionnement en or de la monnaie américaine. Puis elle fut oubliée jusqu’à ce que le commentateur Beowulf sur la blogosphère néochartaliste, mentionne l’idée comme solution technique à l’absurde problème de plafonds de la dette. (cf cet historique très complet de la genèse et de la diffusion de la pièce à un billion de dollar). Cette solution s’est popularisée jusqu’à être proposée par le Nobel Paul Krugman dans sa célèbre chronique du New York Times (Ici et etc.)

Petit rappel des lumières de Knapp à ceux qui ont la fausse impression que la pièce à un billion de dollars signifierait une catastrophe incontrôlable. Le métal, comme tout autre chose, n’a pas de valeur intrinsèque inaltérable. C’est même pour cette raison que les prix varient, parce qu’on ne sait jamais vraiment ce qu’une chose vaut, et parce que la valeur qu’on y voit dépend très fortement des constructions psychologiques qu’on y attache. L’or, comme l’argent ou le platine, n’a rien dans ses atomes qui le force à valoir x dollars. Du coup, pour fixer son prix, il est nécessaire d’en prendre la décision administrative. Le dollar, 1 dollar, est une monnaie, c’est-à-dire une unité de mesure arbitraire de la valeur. Il n’est pas nécessaire de lui trouver un support, des livres de compte font tout aussi bien l’affaire. Mais il est plus commode de pouvoir se déplacer avec lui sous forme de pièces ou de billets. De même que ce n’est pas le papier, l’encre, les hologrammes et la beauté du dessein qui font la valeur en dollar du billet en dollar, ce n’est pas la quantité de métal ni le type de métal qui fait la valeur de la pièce. On peut frapper un dollar sur un gramme d’or, un milligramme d’or ou un kilogramme d’or, indifféremment, ou encore sur un gramme de platine, un milligramme de platine, un kilogramme etc.
La vraie contrainte réside dans la quantité de dollar mise en circulation par rapport au nombre de dollars nécessaires pour s’acquitter des taxes auprès du Trésor américain acceptant ces dollars, ainsi que du désir d’épargne en devises dollars de l’économie. Si le gramme de platine se négocie à quatre dollars, alors la pièce d’un gramme de platine frappée d’un dollar fonctionne (le Trésor américain accepte la pièce en question à hauteur d’un dollar de paiement) mais disparait de la circulation : des petits malins préféreront utiliser la pièce d’un dollar d’un gramme de platine comme un gramme de platine plutôt que comme un dollar, et gagner ainsi trois dollars de plus. Les pièces émises par le Trésor seront ainsi progressivement retirées de la circulation et remises aux orfèvres, chimistes et autres…
Seule solution, fixer la valeur faciale de la pièce d’un gramme à parité ou au-dessus de la valeur marchande de son contenu brut, par exemple, frapper les deux dollars de platine brut en une pièce de cinq dollars valeur faciale (bien sûr, on peut aussi diminuer la quantité de platine dans la pièce, par exemple n’en mettre que cent milligrammes). Plus la valeur faciale est haute par rapport au cours du métal brut, plus il est certain que les variations de ce cours ne permettront pas aux petits malins de fondre ces pièces lorsque le cours de marché passe au-dessus du cours légal. Grâce à cela, maintenant nous pouvons enfin payer avec nos pièces sans surveiller fébrilement le cours des métaux !1 C’est une chose très difficile à comprendre pour un métalliste qui voudrait que l’administration n’ait rien à voir dans l’histoire et que tout ne devrait être que du troc, mais ils finiront un jour par le comprendre (ils ont déjà fait beaucoup de progrès au point de se raréfier comme peau de chagrin).

La pièce à un billion maintenant. L’idée est pour le Trésor d’utiliser cette disposition légale réelle mais oubliée, pour acheter un peu de platine (un milligramme suffit amplement, mais il faudra un alliage pour avoir la place de marquer la dénomination), et de frapper la pièce avec une valeur faciale élevée. Très élevée. La plus élevée sera la meilleure. La dénomination la plus souvent mentionnée est un billion de dollars (1 000 000 000 000 $). Vu que l’économie américaine compte plusieurs billions de dollars, et que le budget des États-Unis est aussi en billions (3,6 en 2011), il serait encore plus efficace de la frapper à dix ou cent billions (encore qu’on ne soit pas à quelques centaines de grammes de platine près pour d’autres pièces). Ensuite, le trésor peut présenter cette pièce à la Federal Reserve qui est alors autorisée à créditer son compte du même montant, et le Trésor peut continuer ses opérations habituelles ne mettant en circulation que ce qui lui semble bon, sans défaut de paiement par plafonds de la dette ni dette supplémentaire.

Astucieux mais ridicule diront beaucoup.
C’est vrai.

Comme le dit Krugman, la situation est devenue ridicule bien avant, dès le moment où des élus du Congrès trouvèrent très malin de voter des dépenses mais pas le financement de ces dépenses. J’ajoute : et même encore avant, à la fin de l’étalon-or en 1971, lorsque la dette publique qui servait à contourner l’étalon-or ne fut pas supprimée (qu’aucune nouvelle émission ne soit faite) avec l’or.
Le choix est le suivant : soit le gouvernement pratique cette astuce peu glorieuse et nous pouvions continuer à avancer, soit le Trésor arrête tous ses paiements et déclenche une crise économique à faire passer la Grande Dépression des années 1930 pour une bluette. Nous aurions tort de sous-estimer ce « gadget à un billion de dollar » : c’est sûrement sa menace qui obligera le Congrès à voter le relèvement du plafonds de la dette avec beaucoup moins d’atermoiements que la dernière fois. Et une fois de plus, il sera prouvée que la possibilité de défaut était une contrainte légale idiote auto-imposée, dépourvue de fondement comptable ou économique.


Note :

1. En fait, il faut quand même surveiller le cours des métaux, ne serait-ce que pour repérer la spéculation. C’est si vrai que les pièces aux valeurs faciales les plus faibles peuvent devenir à nouveau plus chères brutes que frappées. Mais il s’agit de l’exception, le principe demeure. Au pire, nous nous rabattrons sur le papier.

25 Commentaires

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25 réponses à “La pièce à un billion de dollars

  1. ernest

    cette histoire de plafond de la dette n’est pas forcement une mauvaise mesure d’un point de vu gouvernance des finances publiques.

    Personne ne doute que celui-ci sera augmenté à chaque fois mais c’est tout de même l’occasion de poser les problèmes sur la table de temps en temps et d’en débattre.

    Tout laisse penser que le « désir d’épargne en devises dollars de l’économie » risque de prendre un sérieux coup dans l’aile avec l’introduction de cette pièce.

    • Les dépenses sont déjà contrôlées et mises sur la table lors du vote du budget. Car n’oublions pas que les dépenses sont toujours déjà votées. Et le vote d’un plafonds de dette est une mesure ultra-générale, qui ne risque donc pas d’apporter quoi que ce soit de plus au débat. En revanche, c’est une excellente occasion supplémentaire de faire de l’obstruction parlementaire. Constaté expérimentalement.

  2. Est-ce que le Japon est en train de créer de l’inflation?
    C’est l’avis de Jean Zin:
    « … maintenant le Japon a décidé de créer de l’inflation, inflation qui reviendra de toutes façons à tout signe de reprise, de même que le déblocage des trésoreries se produira dès que la confiance sera revenue. C’est parce que le Japon est tombé dans cette situation avant nous qu’il prend les mesures pour en sortir mais les retournements de cycles sont difficiles à gérer et produisent des emballements et des krachs. »
    c’est un commentaire ici: http://jeanzin.fr/2013/01/15/le-coup-le-plus-dur/#comments
    Qu’en penses-tu? ça me faux si j’ai bien suivi ta leçon sur les taux directeurs qui restent à zéro.

    • Je ne comprends pas la dernière phrase.

      • Je veux dire que ce n’est pas parce que le Japon réinjecte de l’argent dans son économie que l’inflation va suivre puisque le taux directeur reste faible et que c’est lui qui commande en premier. C’est bien ce que tu dis?

        • Si l’argent injecté ne sert qu’à remplacer des crédits d’une économie surendettée, alors il est neutre. Il se peut même que le déficit soit encore insuffisant, lorsqu’une pyramide de crédit s’effondre. En général, après une orgie spéculative, le déficit limite la récession et l’abrège fortement au point de retrouver la même croissance deux ou trois ans après, mais n’évite pas totalement la récession.

          Le taux directeur ne vient que dans un second temps. S’il est à zéro, et qu’il n’y a toujours pas d’inflation, cela signifie que les capacités d’endettement ont été épuisées et que le déficit public est vital. S’il monte, le déficit n’est pas mauvais obligatoirement pour autant : La banque centrale et le trésor peuvent ainsi opérer une stratégie de désendettement de leur économie privée, avec du coup des capacités d’endettement qui seront à nouveau disponibles en cas de ralentissement impromptu.

          https://frappermonnaie.wordpress.com/2012/07/24/le-point-sur-le-japon/

          Regarde le deuxième graphique. Ce n’est que lorsque les déficits se sont suffisamment accumulés et la croissance repartie, que le taux directeur peut commencer à être relevé. C’était déjà la même chose dans les années 1930 aux États-Unis : https://frappermonnaie.wordpress.com/2012/11/03/le-deficit-public-et-non-la-guerre-mit-fin-a-la-grande-depression/

          C’est toujours la même histoire.

    • Sinon, cf l’article le point su le japon, j’y ai déjà tout dit, je crois.

  3. Pierre-Yves

    Si je comprends bien la probabilité d’un defaut de paiement des usa est quasi-nulle car ils peuvent créer autant de dollar qu’ils veulent pour rembourser leur dette( la fed peut racheter la dette us si les taux remontent …) De plus, le risque d’inflation est aussi très faible aux usa à cause des QE.
    Il n’ ya donc aucun inconvénient à l’endettement public?!
    Dans ce cas là , pourquoi ne pas avoir un deficit public de 20% du pib par exemple?
    Nous pourrions redistribuer autant d’argent que l’on veut rien qu’en l’empruntant?

    • Il n’y a aucun problème avec la création monétaire par dette publique, excepté qu’elle est très tordue. S’il y a 20 % du PIB de déficit public, cela injecte massivement des devises dans l’économie américaine (et mondiale), au point qu’il faudra à la Fed restreindre les crédits en relevant les taux directeurs. C’est a priori une bonne chose, vu que l’économie américaine doit se désendetter. Ultimement, toutefois, même en remplaçant tous les crédits par de la devise USD, continuer à injecter des devises à un tel rythme générerai de l’inflation jusqu’à ce que le niveau des prix monte là où le déficit public est nul (plus les prix sont élevés, plus les taxes rapportent). Les prix se stabiliserait alors. Si le déficit de 20 % du PIB est maintenu en toute circonstance, c’est-à-dire accru à chaque fois que l’inflation le réduit, il pourrait s’ensuivre une hyperinflation contre le gouvernement assez stupide pour s’obstiner dans une telle politique (cas extrêmement rare).

  4. ernest

    petite question technique relative à cette histoire de pièce :

    Si j’ai bien compris, le trésor peut créer la pièce et « obliger » la fed à créditer son compte d’un montant équivalent, le passif de la fed va donc d’un coup s’accroitre d’ un billion de $ . Que va-t-il y avoir à l’actif du bilan de la fed en face ?

  5. Mercredi 23 janvier 2013 : chiffres de la dette publique pour le troisième trimestre 2012.

    En zone euro, la dette publique de plusieurs Etats atteint des sommes inimaginables.

    En zone euro, la dette publique de plusieurs Etats est devenue hors de contrôle.

    Plus personne ne contrôle quoi que ce soit.

    Nous entrons dans une nouvelle époque : l’époque des défauts de paiement de plusieurs Etats européens.

    1- Médaille d’or : la Grèce. Dette publique de 301,193 milliards d’euros, soit 152,6 % du PIB. Tous les soi-disant « plans de sauvetage » de la Grèce ont échoué. Le premier défaut de paiement avait effacé 107 milliards d’euros de dettes. Mais la dette publique continue à augmenter, à augmenter encore, à augmenter toujours. La Grèce va de nouveau se déclarer en défaut de paiement.

    2- Médaille d’argent : l’Italie. Mario Monti laisse derrière lui une dette publique de 1995,143 milliards d’euros, soit 127,3 % du PIB. Mario Monti a fait la preuve de sa nullité. Mario Monti a fait la preuve de son incompétence.

    3- Médaille de bronze : le Portugal. Dette publique de 201,003 milliards d’euros, soit 120,3 % du PIB. Là encore, le soi-disant « plan de sauvetage » a échoué. La dette publique du Portugal continue à augmenter. Le gouvernement portugais a annoncé que le Portugal était incapable de rembourser comme prévu les 78 milliards d’euros du soi-disant « plan de sauvetage ».

    4- Dette publique de l’Irlande : 190,954 milliards d’euros, soit 117 % du PIB. Là encore, le soi-disant « plan de sauvetage » a échoué. La dette publique de l’Irlande continue à augmenter. Le gouvernement irlandais a annoncé que l’Irlande était incapable de rembourser comme prévu les 85 milliards d’euros du soi-disant « plan de sauvetage ».

    5- Dette publique de la Belgique : 380,923 milliards d’euros, soit 101,6 % du PIB.

    L’Irlande bénéficie depuis novembre 2010 d’un plan de sauvetage sur trois ans de l’Union européenne et du FMI. Le Portugal a quant à lui dû solliciter un plan de sauvetage sur trois ans en mai 2011.

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL6N0ARB6520130122?pageNumber=3&virtualBrandChannel=0

  6. Steed

    Je suis un peu novice mais si je me souviens bien mes cours d’économie , l’inflation ne se répartit pas d’égal façon. Les « Input » peuvent très bien subir une hyperinflation à cause d’une création de monnaie excessive et par contre le prix des biens d’équipements peuvent stagner. Cela donne une moyenne qui peut rester faible selon les méthodes de calcul mais l’important est avant tout de savoir comment la création de monnaie impacte les matières premières.

  7. Vous vous rappelez toutes les belles promesses au moment du référendum sur le traité de Maastricht en 1992 ?

    Vous vous rappelez toutes les belles promesses en 1992 pour nous inciter à voter « oui » à la monnaie unique, « oui » à l’euro ?

    – « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois. » (Michel Sapin, 2 août 1992, Le Journal du Dimanche)

    – « Pour la France, l’Union Economique et Monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage. » (Michel Sapin, 11 septembre 1992, France Inter)

    En réalité, nous avons eu exactement le contraire.

    En réalité, la construction européenne aboutit à un désastre économique, un désastre financier, un désastre social, un désastre humain.

    Vendredi 25 janvier 2013 :
    France : chômage concernant les catégories A, B, C, D, E :
    5 560 100 demandeurs d’emploi inscrits en fin de mois à Pôle Emploi.

    http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-VHP736-2.pdf

    Espagne :
    Les chiffres effarants du chômage de masse en Espagne.
    Le taux de chômage espagnol a terminé l’année 2012 sur un nouveau record historique à plus de 26% de la population active, tandis qu’il monte même à 55% chez les jeunes. Et la situation a toutes les chances de s’aggraver encore en 2013.

    Grèce :
    Avec 26,8%, le chômage en Grèce va de record en record.
    Le taux de chômage grec a atteint un nouveau record en octobre à 26,8%, contre 26,2% le mois précédent (chiffre révisé), a annoncé jeudi l’agence nationale des statistiques Elstat.
    L’économie grecque devrait subir une sixième année consécutive de récession en 2013.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/reuters-00490279-avec-26-8-le-chomage-en-grece-va-de-record-en-record-527279.php

  8. Dimanche 27 janvier 2013 :

    Michel Sapin évoque « un État totalement en faillite. »

    « Il y a un État, mais c’est un État totalement en faillite. » Le diagnostic, dressé par le ministre du Travail, Michel Sapin, ce dimanche sur Radio J, n’est pas nouveau.

    Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, François Fillon, quelques mois après son arrivée à la tête du gouvernement, avait usé des mêmes mots lors d’une visite en Corse. Un même constat alarmant plaidant pour des mesures d’économies.

    «C’est la raison pour laquelle il a fallu mettre en place des programmes de réduction des déficits et aucune sirène ne doit nous détourner de cet objectif», s’est justifié Michel Sapin, répondant là aux critiques de la gauche qui s’élèvent contre l’objectif de ramener le déficit public sous les 3 % du PIB à la fin de l’année.

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/01/27/20002-20130127ARTFIG00150-michel-sapin-evoque-un-etat-totalement-en-faillite.php

  9. pierre-yves

    @ brunoarf
    L’idée que la france est en faillite est farfelue.
    Nous avons une dette élevée mais si un jour les investisseurs vendent notre dette la bce rachetera la dette française et comme les investisseurs le savent, elle n’aura même pas à le faire!
    Nous avons un poids différent que celui de la grèce dans la zone euro!
    La BCE ne peut se permettre de laisser la France subir un krach obligataire!
    Même si elle laissait monter les taux jusqu’a 7%, elle interviendra à la place de laisser le France faire défaut. Après cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais réduire le deficit public

  10. Jeudi 31 janvier 2013 :

    Le scandale de la Monte dei Paschi en Italie sera-t-il le déclencheur d’une nouvelle crise grave de la zone euro ?

    La banque italienne Monte dei Paschi (MPS), la plus vieille banque du monde, fondée en 1472, se trouve actuellement au cœur d’un scandale dont les ramifications menacent les élections italiennes du mois prochain, et le projet de l’UE de créer une union bancaire, affirme Ambrose Evans-Pritchard dans le Telegraph.

    La banque est soupçonnée d’avoir dissimulé des pertes sur des produits dérivés non déclarés, et d’avoir payé un prix excessif pour le rachat de la banque Banca AntonVeneta en 2007, pour la somme de 9 milliards d’euros. Selon la presse italienne, l’enquête aurait révélé un réseau de corruption, ce que réfute la banque.

    Les pertes de la MPS s’élèvent à 6,4 milliards d’euros depuis début 2011 et il se pourrait qu’elle ait perdu une somme additionnelle de 500 millions d’euros dans une opération immobilière appelée « Chianti Classico ». La banque a donc émis un emprunt de 4,5 milliards d’euros pour faire face à ses pertes, et ses actions se sont effondrées de 95%. C’est la troisième fois qu’elle nécessite un plan de sauvetage.

    Mais ce qui fait la particularité de cette affaire, ce sont les liens très proches de la MPS avec le parti démocrate (PD) de Luigi Bersani. En Italie, ce scandale fait la une des journaux et il entame la crédibilité des deux candidats pro-européens et pro-austérité des élections du mois prochain, Luigi Bersani mais aussi Mario Monti. Il rend service à l’autre ex-Premier, Silvio Berlusconi, qui avait jusque-là les plus grandes peines à gagner les faveurs des électeurs, et dont la campagne a largement consisté à attaquer l’UE. La coalition qu’il mène, formée de son parti, le Parti des Libertés (PdL), et de celui de la Ligue du Nord, obtient actuellement 26% de votes.

    L’hypothèse que les eurosceptiques remportent assez de sièges aux élections pour bloquer les éventuelles réformes du nouveau gouvernement, est de plus en plus plausible. Or, les entraves à la nécessaire réforme du pays pourraient entamer la confiance des marchés à l’égard de l’Italie, et obliger la Banque Centrale Européenne à prendre le relai comme elle s’y était engagée en juillet dernier, et remettre en cause la relative accalmie que connait la zone euro actuellement.

    Le scandale touche également Mario Draghi, l’actuel gouverneur de la BCE, qui a été gouverneur de la banque centrale italienne (BCI), en charge de la supervision de la MPS. Selon le Corriere Della Sera, des documents montrent que la BCI avait eu vent de ces irrégularités et qu’elle avait missionné 2 audits. Les juges italiens ont d’ailleurs ouvert une enquête la concernant.

    « Cela pourrait sérieusement entamer la crédibilité de Mario Draghi », estime Stephen Lewis de Monument Securities. « S’il ne savait pas ce qui se passait à la MPS, ils [les Allemands opposés à une union bancaire européenne placée sous la supervision de la BCE] vont dire qu’il n’est pas tout à fait l’homme idéal pour prendre en charge la supervision bancaire de la zone euro ».

    http://www.express.be/business/fr/economy/le-scandale-de-la-monte-dei-paschi-en-italie-sera-t-il-le-declencheur-dune-nouvelle-crise-grave-de-la-zone-euro2/185429.htm

  11. Vendredi 1er février 2013 :

    Nous savions que les pays européens périphériques étaient en faillite : Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne, Chypre. Nous venons d’apprendre qu’un autre pays européen en faillite frappait à la porte de l’Union Européenne : la Croatie.

    Fin décembre 2012, le taux de chômage de la Croatie est de 21,1 %.

    Pays en faillite, 21,1 % de chômage, la Croatie remplit donc toutes les conditions pour rejoindre l’Union Européenne.

    Le 1er juillet 2013, la Croatie deviendra le 28ème Etat membre de l’Union Européenne.

    Je sens qu’on va bien rigoler !

    Lisez cet article :

    Moody’s abaisse la Croatie au rang d’investissement spéculatif.

    L’agence de notation financière Moody’s a abaissé jeudi la note de la Croatie à Ba1 contre Baa3, ce qui la place parmi les investissements spéculatifs, mais sa perspective est désormais stable contre négative auparavant.

    Moody’s justifie cette décision par « l’absence de reprise économique en Croatie » et n’attend pas « d’amélioration significative alors que la croissance est structurellement entravée ». L’agence déplore aussi « l’absence de consolidation budgétaire » dans un « contexte de difficultés économiques » ainsi que la « vulnérabilité » du pays aux chocs économiques extérieurs.

    « Après quatre années de croissance faible ou de récession l’économie de la Croatie manque toujours de nouvelles sources de croissance », détaille Moody’s. « Son modèle économique, qui a toujours reposé beaucoup sur la consommation interne et la construction (…) est en panne tandis que les blocages persistent pour l’investissement » et les exportations, ajoute-t-elle.

    L’économie croate n’a pas connu de croissance depuis 2009 et s’est de nouveau contractée d’environ 1,1 % en 2012, selon les estimations.

    Le gouvernement table sur une croissance de 1,8 % en 2013, mais la Banque mondiale anticipe à 0,8 % la hausse du Produit intérieur brut cette année.

    Le taux de chômage s’est établi en Croatie à 21,1 % fin décembre 2012, son plus haut niveau depuis près de dix ans.

    La Croatie doit devenir le 28e pays membre de l’Union européenne le 1er juillet.

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/02/01/moody-s-abaisse-la-croatie-au-rang-d-investissement-speculatif_1825783_3234.html

  12. pierre-yves

    @ brunoaf
    Le problème de l’euro existe et n’est PAS réglé …
    CE N’EST PAS UN PROBLEME DE DETTE PUBLIQUE mais de la concordance de pays héterogènes économiquement, culturellement. Il est vrai que la grèce à fait un defaut de paiement et que certaints pays ont vu leur taux s’éloigner des taux directeurs de la bce…Mais c’est uniquement parce que la bce les a « laissé tomber ».
    Elle ne voulait pas racheter leur dette . C’est vrai que les « qe » trop importants peuvent ammener à des risques de bulles sur les actifs mais si elle avait dit »nous racheterons autant de dette grecque que necessaire pour que les taux restent bas » dès 2010 la grèce n’aurait pas vu son pib baisser de 25%!!!! L’europe ne serait pas en depression aujourd’hui. Nous n’aurions même pas les inconvénient s d’une banque centrale expansionniste car elle n’aurait même pas eu à agir!

  13. Mercredi 6 février 2013, je viens de lire cette phrase dans « Le Monde » :

    « Le Front national se banalise et plus d’un tiers des Français adhèrent à ses idées. »

    Et ça m’a rappelé le score du Front National au premier tour de l’élection présidentielle de mai 2012 : Marine Le Pen avait obtenu 6 421 426 voix, soit 17,90 % des suffrages exprimés.

    Désindustrialisation de la France, usines qui ferment, effondrement de l’industrie en France, chômage qui explose, crise économique, crise financière, crise sociale, appauvrissement des classes populaires, appauvrissement des classes moyennes, « Le Front national se banalise et plus d’un tiers des Français adhèrent à ses idées », etc, etc.

    Alors continuons à répéter le slogan habituel pour nous rassurer :

    « L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. »

    Continuons pendant que le bateau coule.

    Continuons pendant que l’euro coule la France.

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/02/06/le-fn-se-banalise-aux-yeux-des-francais_1827548_823448.html

  14. Vendredi 8 février 2013 :

    L’Union Européenne adopte pour la première fois un budget en baisse, pour la période 2014-2020.

    « La Commission européenne aurait préféré, c’est vrai, des montants plus élevés, mais c’était le meilleur résultat qui pouvait être atteint à l’unanimité », a déclaré son président, José Manuel Barroso.

    De sources européennes, on a souligné que cela correspond à une baisse de 3% du budget pour la période 2014-2020 par rapport aux sept années précédentes.

    http://www.lalibre.be/toutelinfo/afp/453937/l-ue-adopte-pour-la-premiere-fois-un-budget-en-baisse.html

    En clair : pour la période 2014-2020, le budget de l’Union Européenne sera au niveau minable de 1% du PIB de l’Union Européenne.

    Et en 2021 ?

    En 2021, le budget de l’Union Européenne atteindra le niveau gigantesque de 1,1 % du PIB de l’Union Européenne ?

    Ou alors le budget de l’Union Européenne atteindra le niveau titanesque de 1,2 % du PIB ?

    En 2021, soyons fous, le budget de l’Union Européenne atteindra 1,3 % du PIB ?

    Une citation de Charles de Gaulle :

    Alors, il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri, en disant : « l’Europe, l’Europe, l’Europe ! » , mais ça n’aboutit à rien et ça ne signifie rien.

    (Charles de Gaulle, 14 décembre 1965.)

    La soi-disant « Union Européenne », ça n’aboutit à rien et ça ne signifie rien.

  15. En septembre 2011, il y a eu une information importante :

    11 septembre 2011 :

    Budget de l’UE : neuf pays entament un bras de fer contre Bruxelles.

    Neuf pays européens, dont l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni vont faire savoir lundi à la Commission que sa proposition de futur budget de l’UE (2014-20) est trop élevée face au contexte de rigueur généralisée, selon des sources diplomatiques.

    « La proposition de la Commission européenne est trop élevée. Les hausses de dépenses du prochain cadre multiannuel sont nettement excessives par rapport à ce qui est requis pour une stabilisation du budget européen », indique un projet de déclaration conjointe obtenu l’AFP, qui doit être rendu public lundi.

    Les ministres des Affaires européennes d’Autriche, du Danemark, d’Allemagne, de Finlande, de France, d’Italie, des Pays-Bas, de Suède et du Royaume-Uni doivent approuver ce document lors d’une rencontre lundi à Bruxelles, avant une réunion avec leurs homologues de l’ensemble de l’UE.

    http://www.20minutes.fr/economie/784994-budget-ue-neuf-pays-entament-bras-fer-contre-bruxelles

    Mais ça, c’était en septembre 2011.

    Ensuite, il y a eu mai 2012, l’élection de François Hollande. Et la France a changé de camp. Après mai 2012, la France a rejoint le camp des Etats européens favorables à une augmentation du budget européen.

    Enfin, il y a eu le vendredi 8 février 2013 : les chefs d’Etats et de gouvernements d’Autriche, du Danemark, d’Allemagne, de Finlande, des Pays-Bas, de Suède et du Royaume-Uni ont gagné une bataille historique.

    Ils ont obtenu une baisse de 3 % du budget européen.

    Et la France se retrouve dans le camp des vaincus.

    Pour la période 2014-2020, le budget de l’Union Européenne sera au niveau minable de 1 % du PIB de l’Union Européenne.

    Et il reste des bisounours qui croient encore à « l’Europe fédérale » ?

    J’éclate de rire !

    • Ces gens-là ne comprennent rien à la générosité, au don et contre-don, au pactes moraux plutôt que purement utilitaires. C’est effectivement très drôle. En attendant, Bruxelles empêche aussi les communautés d’avoir en leurs seins cette nécessaire générosité.

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